Marcelle Gauvreau

Marcelle Gauvreau, femme de science, botaniste, éducatrice, gestionnaire, écrivaine et journaliste québécoise (née le 28 février 1907 à Rimouski, Québec; décédée le 16 décembre 1968 à Montréal, Québec). Botaniste de carrière, Marcelle Gauvreau a fait sa marque comme enseignante, écrivaine, journaliste, gestionnaire et fidèle collaboratrice du frère Marie-Victorin (Conrad Kirouac). Ses livres, ses articles, ses conférences, son école et son souci de vulgarisation de la flore ont permis à nombre de Québécois du 20e siècle de se familiariser avec les plantes et d’aimer la nature.

Marcelle Gauvreau
Marcelle Gauvreau à l'Institut botanique, 1939.

Enfance à Montréal et premières études

Marcelle Gauvreau passe les deux premières années de sa vie à Rimouski, dans une maison de style néo-Queen Anne qui abrite aussi le cabinet médical de son père. Le docteur Joseph Gauvreau est un nationaliste et ardent défenseur de la langue française, réputé pour sa préoccupation pour la nature, l'hygiène et la médecine préventive. Il a fait construire cette maison pour sa nombreuse famille. De la fratrie de Marcelle Gauvreau (cinq filles et cinq garçons), on connaît surtout Jean-Marie, fondateur de l’École du meuble de Montréal, et Louis, dessinateur de meubles. On connaît également son neveu, le médecin et cinéaste Claude Jutra, fils de sa sœur Rachel et du médecin-radiologiste Albert Jutras. 

Déménagée à Montréal en 1909, Marcelle Gauvreau étudie à l'Académie Saint-Urbain, des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame (CND), et à l'Académie du Boulevard, des sœurs de la Congrégation de Sainte-Anne. Au secondaire, elle est pensionnaire au Mont-Sainte-Marie de la CND. En 1917, son père achète une maison de campagne à Rivière-Beaudette. C’est là que s’éveille son amour de la nature. Éprouvée par la poliomyélite très jeune, puis par la tuberculose avant ses études universitaires, elle s’y repose.

Études universitaires et début de carrière

Au sortir de la maladie, en 1929, elle poursuit enfin ses études en lettres et en philosophie à l'Université de Montréal. À l’automne 1930, un herbier qu’elle a confectionné se distingue au concours de botanique du Devoir (mais n’étant plus élève au secondaire, elle est classée hors concours). Elle s’oriente ensuite vers les sciences naturelles et s’inscrit à l’Institut botanique de l’Université de Montréal, dont le frère Marie-Victorin est le directeur. Elle y obtient d’abord un certificat de botanique générale et un certificat de botanique systémique en 1932. En 1933, elle reçoit sa licence en sciences naturelles. Elle suit aussi des cours de zoologie, de pédagogie des sciences naturelles, de paléobotanique, de botanique économique, de biologie générale et de floristique.

Frère Marie-Victorin (Conrad Kirouac)
Conrad Kirouac (frère Marie-Victorin) en 1928 à la grande île à la vache marine, dans le golfe du Saint-Laurent, tenant un chardon de Mingan (cirsium minganense), une espèce de chardon qu'il avait identifiée en 1924.

Elle commence sa carrière en devenant la première bibliothécaire de l’Institut botanique. Comme Marie-Victorin lui demande de classer les documents de la bibliothèque de l’Institut de botanique, elle étudie à l’École de bibliothécaires de l’Université McGill dont elle obtient un diplôme de bibliothéconomie scientifique en 1935. Elle participe aussi à la publication de La Flore laurentienne de Marie-Victorin. En 1933, elle en révise les textes et en rédige l’index et le glossaire, tâches qu’elle exécute aussi pour les trois volumes Itinéraires du frère. De plus, elle œuvre comme assistante à l’Institut de botanique.

Son intérêt pour la nature la pousse aussi à suivre des cours d’astronomie en 1950.  

Spécialisation en tant que botaniste

Une des pionnières du début de l’ère scientifique et première diplômée à la maîtrise en sciences au Canada français, Marcelle Gauvreau se spécialise dans les algues marines du fleuve et de l’embouchure du Saint-Laurent. Sa recherche l’amène aux îles de la Madeleine, en Gaspésie, au Saguenay, dans la région de Charlevoix, en Minganie, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard. Son directeur de mémoire est Jules Brunel. Elle fait aussi de nombreux voyages aux États-Unis et en Europe pour étoffer ses cours.

Enseignement

Marcelle Gauvreau transmet ses connaissances en premier lieu aux religieuses enseignantes, dont des sœurs de la Congrégation de Jésus-Marie du Canada et des États-Unis (au Collège de Sillery de Québec) et des soeurs de la CND (à l’Institut de pédagogie familiale des sœurs de la Congrégation des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie à Outremont). Elle donne aussi des cours d’été aux enseignants à l’Institut botanique. Tout au long de sa vie, elle est donc éducatrice autant des tout-petits que des élèves, étudiants, adultes et enseignants.

Fondation et gestion de l’École de l’Éveil

Fondée en 1935, L’Éveil est une école d’initiation des jeunes de 4 à 7 ans à l’histoire naturelle par le développement du sens de l’observation. L’école s’installe d’abord pendant quatre ans dans un salon de l’Hôtel Pennsylvania, en face de l’Université de Montréal, rue Saint-Denis, puis, à partir de l’été 1939, au Jardin botanique au sein du Service éducationnel du Jardin. Ses frères s’occupent de l’ameublement : Louis en dessine les plans et Jean-Marie les réalise. L’Éveil déménage à l’Institut Cardinal-Léger en 1957 et, en 1965, à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, rue Sherbrooke. Marcelle Gauvreau donne des cours à travers la province et ouvre des succursales à Ville d’Anjou, Duvernay, Rivière-des-Prairies, Rosemont et Saint-Léonard. Les élèves de 7 à 10 ans profitent aussi de ses cours. L’Éveil contribue à une démocratisation du savoir scientifique, mais disparaît avec la mort de sa fondatrice.

Travail de communicatrice

De 1933 à 1944, Marcelle Gauvreau est une des premières femmes à présenter le fruit de ses recherches à l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS). Dès 1941, à l’émission éducative Radio-Collège, de la Société Radio-Canada (SRC), elle réalise quelques capsules dans le cadre de la série La cité des plantes. En 1943, toujours à la radio de la SRC, trois fois par semaine, elle raconte, en tant que Fée des fleurs, de fabuleuses histoires pour les petits et les adultes au cœur d’enfant. Elle y est aussi chroniqueuse à moult émissions radiophoniques, dont Le Réveil rural et Fémina, et à la télévision dans le cadre des Merveilles de la nature. Dans cette dernière émission, elle travaille aussi comme documentaliste.

Marcelle Gauvreau rédige durant huit ans la chronique mensuelle des Cercles des jeunes naturalistes dans L’oiseau bleu, revue publiée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. De 1938 à 1954, chaque semaine, elle écrit dans le journal Le Devoir un article traitant de botanique. Elle publie trois livres de vulgarisation scientifique pour les plus jeunes dont elle est la seule auteure, deux livres en collaboration et une dizaine de brochures. Elle signe 267 articles pour plusieurs journaux et magazines, dont L’Intérim, L’Action catholique, L’Écho du Bas-Saint-Laurent, L’Éclaireur, L’Enseignement primaire, L’oiseau bleu, la Bibliothèque des jeunes naturalistes, La Famille, La Presse, La Province, La Voix nationale, le Bulletin des Sociétés de géographie de Québec et de Montréal, Le Devoir, Le Droit, Le Quartier latin, les Annales de l’ACFAS, Paysana et Regard. Bref, elle rédige environ 400 documents, en plus de traduire et d’adapter deux volumes sur la flore et la faune du Canada. Ses multiples conférences ravissent ses auditoires aussi nombreux que variés.

Relation avec le frère Marie-Victorin

Le frère Marie-Victorin est d’abord le mentor de Marcelle Gauvreau, mais il existe une connivence entre ces deux rescapés de la tuberculose, que remarquent ceux qui les côtoient. Au fil des ans, de proche collaboratrice, Marcelle Gauvreau devient la confidente du religieux. D’aucuns parlent même d’amour. De 1933 à 1944, elle entretient avec lui une relation épistolaire, qui a donné lieu au livre Lettres biologiques : recherches sur la sexualité humaine. Les deux chercheurs échangent sur différents sujets. Elle collabore à sa recherche sur la sexualité basée sur ses rencontres avec des prostituées de Cuba, en le renseignant, entre autres, sur le désir féminin.

 Cette correspondance peut sembler étonnante. Rappelons toutefois la relation épistolaire du cardinal Karol Wojtyla, archevêque de Cracovie, futur Jean-Paul II, avec la philosophe américaine mariée d’origine polonaise Anna-Teresa Tymieniecka; relation de trente ans qu’il qualifie lui-même « d’amitié intense ». Le frère Marie-Victorin a signifié à maintes reprises combien l’obligation de la chasteté était une épreuve insurmontable et combien il fallait réconcilier la sexualité et la religion. Spécifions aussi que ces « lettres biologiques » représentent une contribution importante à l'histoire de la sexualité au Québec et à celle de la vie religieuse.

Publications

  • Plantes curieuses de mon pays (1943)
  • Les algues marines du Québec (1956)
  • Avec Hélène Gagné-Dufresne, Plantes vagabondes (1957)
  • Avec Georges Préfontaine, Le président de l’ACFAS pour 1937-1938 : le Frère Marie-Victorin, biographie et bibliographie (1938)
  • Avec Claire Morin et Jacques Rousseau, Bibliographie des travaux botaniques contenus dans « Les Mémoires et Comptes rendus de la Société royale du Canada : de 1882 à 1936 inclusivement » (1939)

Prix et distinctions

  • Prix de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) (1939)
  • Médaille de l’Association canadienne des bibliothécaires pour enfants (pour Plantes vagabondes) (1961)