Margaret Jean Gee

Margaret Jean Gee, avocate (née le 10 décembre 1927, à Vancouver, en Colombie‑Britannique; décédée le 17 juillet 1995, au même endroit). Margaret Gee a été la première femme canadienne d’origine chinoise à être admise au barreau, au Canada.

Margaret Jean Gee, avocate (née le 10 décembre 1927, à Vancouver, en Colombie‑Britannique; décédée le 17 juillet 1995, au même endroit). Margaret Gee a été la première femme canadienne d’origine chinoise à être admise au barreau, au Canada.

Jeunesse

Margaret Gee est la fille d’immigrants chinois qui tiennent une librairie. Elle est la seule fille d’une famille de six personnes. Elle est scolarisée à Vancouver et grandit dans le quartier chinois de la ville, durant l’ère de l’exclusion, qui a duré de 1923 à 1947. (Voir Loi de l’immigration chinoise.) Tout au long de cette période, il est interdit aux immigrants chinois d’entrer au Canada. Parallèlement, les Chinois installés au pays se voient également refuser de nombreux droits civils. (Voir Libertés civiles.) Les résidents chinois ne peuvent pas, par exemple, voter aux élections (voir Droit de vote au Canada) et ne sont autorisés ni à entrer ni à sortir librement du pays. Les Canadiens d’origine chinoise sont également exclus de certaines professions, notamment le droit. Cette discrimination légale, dans le contexte d’un racisme anti‑Chinois explicite au sein de la société canadienne, marginalise la communauté chinoise. (Voir aussi Ségrégation raciale des Canadiens d’origine asiatique.) En dépit de tous ces obstacles, Margaret Gee ne renonce pas à ses ambitions.

Faculté de droit

Le Barreau de la Colombie‑Britannique lève finalement les restrictions qui interdisent aux Canadiens d’origine chinoise l’accès aux professions juridiques. Margaret Gee profite de cette ouverture pour s’inscrire en faculté de droit à l’Université de la Colombie‑Britannique. Sa décision de s’écarter de ce qui est alors considéré comme la place traditionnelle des femmes déconcerte les membres de la génération plus âgée de sa communauté; toutefois, en dépit de leurs réticences, ils lui souhaitent bonne chance et l’encouragent à exceller.

Margaret Gee explique qu’elle souhaite s’appuyer sur la loi comme un moyen d’aider les plus défavorisés de la société. Elle rêve de pouvoir un jour sauver la vie d’un accusé devant un tribunal, en appelant au jury, dans ses propres mots (la peine de mort est toujours en vigueur au Canada à l’époque). Elle souhaite en outre disposer d’un levier pour aider sa propre communauté.

La marque des « premières »

En 1953, Margaret Gee devient la première femme d’origine chinoise à obtenir un diplôme en droit à l’Université de la Colombie‑Britannique. L’année suivante, admise au Barreau de la Colombie‑Britannique, elle devient la première femme sino‑canadienne à obtenir le titre d’avocate au Canada.

Dans une interview au Sun de Vancouver, elle déclare : « Je n’oublierai jamais les paroles du juge Farris quand j’ai été admise au barreau. Il nous a dit que bien que nous ayons certains privilèges, nous avions aussi des obligations! », ajoutant : « Je suis Canadienne et j’espère jouer mon rôle dans la préservation de la démocratie, grâce à la qualité des tribunaux de ce pays. »

En aout 1955, Margaret Gee devient la première Canadienne d’origine chinoise à ouvrir son propre cabinet, à Vancouver. Elle collabore également avec un autre avocat, Thomas Hurley, dans une affaire de vol de banque.

Chemin vers l’acceptation

Pour les personnes d’origine chinoise, même instruites et nées au Canada, il peut tout de même s’avérer difficile de réussir. C’est particulièrement vrai en Colombie‑Britannique où le racisme anti‑Chinois est endémique. Dans un reportage réalisé par la CBC, en 1957, Margaret Gee évoque le racisme qu’elle a subi à l’école, à l’université et dans son cabinet d’avocats. Elle fait remarquer qu’elle a, malgré tout, eu la chance de ne devoir faire face que rarement à de tels incidents. Dans une entrevue au quotidien The Province, de Vancouver, elle exprime sa gratitude pour la bienveillance dont ont fait preuve, à son égard, les membres les plus anciens de la profession. Il s’agit là probablement d’une indication que les vieux préjugés étaient alors en voie de disparition. Margaret Gee, l’une des rares femmes à exercer la profession d’avocate en Amérique du Nord, à cette époque, est également une pionnière à ce chapitre. Elle indique qu’elle est heureuse lorsqu’on la qualifie « d’avocate ».

Lors d’un entretien avec le Globe and Mail, on lui demande si la plupart de ses clients viennent de la communauté chinoise. Elle répond : « Curieusement, la plupart d’entre eux sont occidentaux. Les gens s’attendent à ce que j’aie des clients chinois, mais ça ne marche pas comme ça! »

Après une carrière de pionnière, Margaret Gee prend sa retraite de sa pratique juridique, en 1981. Dans sa vie personnelle, Margaret Gee a vécu avec son partenaire, Robert Wah Jew Lee, un ancien membre de Force 136. Ils n’ont jamais eu d’enfants et ne se sont jamais officiellement mariés.