Michael Snow

Michael (James Aleck) Snow, C.C., artiste, cinéaste et musicien (né le 10 décembre 1929 à Toronto, en Ontario).

Autorisation
Épreuves argentiques instantanées et ruban adhésif sur miroir dans un cadre de métal de Michael Snow, 1969(avec la permission de la National Gallery of Canada/Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa).
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Michael Snow, 1962, huile sur toile montée sur bois (avec la permission du Musée des beaux-arts de l'Ontario).

Michael (James Aleck) Snow, C.C., artiste, cinéaste et musicien (né le 10 décembre 1929 à Toronto, en Ontario). Compagnon de l’Ordre du Canada, premier artiste à se voir attribuer le Prix du Gouverneur général en arts visuels et arts médiatiques et ayant fait l’objet d’une rétrospective organisée sous la houlette du Musée des beaux‑arts de l’Ontario dans différents lieux, Michael Snow est l’un des artistes les plus accomplis et les plus influents au Canada.

Formation et début de carrière

Michael Snow suit les enseignements de l’École des beaux‑arts de l’Ontario, devenue l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario, de 1948 à 1952, notamment auprès du directeur du design, John Martin. Ce dernier l’encourage à proposer l’un de ses tableaux abstraits, Polyphony, pour le salon annuel de l’Ontario Society of Artists; l’œuvre est acceptée, donnant lieu à la première exposition publique de son travail artistique. Après l’obtention de son diplôme, Michael Snow travaille pour une agence de publicité, peint, joue de la musique de jazz et se rend en Europe pour la première fois. En 1955, le producteur de films d’animation George Dunning, qui réalisera ultérieurement Yellow Submarine, un film d’animation basé sur la musique des Beatles, visite une petite exposition de ses dessins et lui offre un poste à la Dunning Graphic Films, qu’il conservera jusqu’à la fermeture de la société en 1956. Durant cette période, il produit, en 1956, son premier film indépendant, un court métrage d’animation, A to Z, et rencontre sa première femme, l’artiste Joyce Wieland. Cette même année, il présente également sa première exposition individuelle à la Avrom Isaacs’s Greenwich Gallery, à Toronto. Après des séjours prolongés à New York entre 1962 et 1964, il s’installe avec Joyce Wieland dans cette ville en 1964, avant de revenir à Toronto en 1972.

Années 1960

Entre 1961 et 1967, les œuvres de Michael Snow, réalisées en utilisant toutes sortes de techniques et de supports, sont basées sur la silhouette d’une jeune femme. Qu’il s’agisse de peinture, de dessin ou de sculpture, le prototype de « la femme qui marche » est une élégante silhouette féminine donnant à voir, à l’avant, les courbes de la poitrine et, à l’arrière, celles des fesses, tandis que ses bras se balancent alors qu’elle avance. Cette importante série d’œuvres, intitulée The Walking Woman Works, culmine avec une sculpture de onze pièces réalisée pour le pavillon de l’Ontario de l’Expo 67.

Le cinéma occupe également une place majeure dans le travail de Michael Snow au milieu des années 1960. Dans son premier film important de 1964, New York Eye and Ear Control, il donne vie, sur la pellicule, à la femme qui marche, tout en introduisant un nouvel élément dans son travail, la musique, en l’occurrence une bande‑son originale par le géant du free jazz Albert Ayler. Le film propose la juxtaposition d’images de la femme qui marche dans des scènes de rue ou sur des rochers affleurant dans l’eau et de personnes réelles, les sculptures étant toujours peintes en noir ou en blanc. À un moment donné, une femme se compare avec une découpe de la femme qui marche, le film se terminant sur un gros plan d’un homme noir et d’une femme blanche faisant l’amour.

C’est toutefois Wavelength, en 1967, qui établit la réputation de Michael Snow et qui demeure à ce jour son film le plus connu. Il s’agit d’un zoom avant, s’étalant sur une durée de trois quarts d’heure environ. Il s’ouvre sur un plan large d’un atelier de SoHo à New York pour se resserrer sur les fenêtres faisant face à la rue, une onde sinusoïdale constituant la bande‑son qui accompagne ces images. Il n’y a pas véritablement de récit, mais le film regorge de différents petits événements : à un moment, un homme trébuche et s’effondre sur le sol; à un autre, l’homme est assis à un bureau près de la fenêtre et parle au téléphone; pendant tout le film, l’écran se colore successivement de vert, de jaune et de bleu. La caméra effectue un zoom hésitant sur une section du mur, entre les fenêtres, où sont accrochés un dessin de deux femmes qui marchent et une photographie de vagues. Le film remporte le Grand Prix au festival du film expérimental de Knokke en Belgique en 1967.

Michael Snow réalise ensuite, en 1971, un autre film majeur, La région centrale. Cette œuvre de trois heures s’articule autour des mouvements circulaires d’un bras robotique conçu pour tenir une caméra dirigée vers les paysages du nord du Québec. Le film n’offre aucun point de vue humain sur le paysage, mais consiste en une succession d’images tourbillonnantes de roches, de toundra et de panorama montagneux, la caméra effectuant également des rotations verticales à 180°.

Les années 1970 et au‑delà

Les films de Michael Snow du début des années 1970, après son retour au Canada en compagnie de Joyce Wieland, recèlent plus de fantaisie et sont moins formels et moins cérébraux que Wavelength et La région centrale. “Rameau’s Nephew” by Diderot (Thanx to Dennis Young) by Wilma Schoen, est un film d’une durée de quatre heures et demie datant de 1974. L’œuvre, composée d’une succession de scènes, s’ouvre sur un plan du réalisateur en train de siffler devant un fond rouge vif; dans une autre scène, des personnages prennent le thé et lisent leurs répliques à l’envers. Le cinéaste réalise un nouveau film en 2002, Corpus Callosum, en français « corps calleux », du nom d’un faisceau de fibres nerveuses interconnectant les deux hémisphères du cerveau. Dans cette œuvre, la première qu’il réalise en numérique, l’artiste poursuit son exploration de la nature de l’esprit et de la perception, mettant cette fois l’accent sur la façon dont le cerveau manipule les informations pour créer des images.

En 1970, Michael Snow représente le Canada à la Biennale de Venise et ses œuvres font l’objet d’une exposition rétrospective au Musée des beaux‑arts de l’Ontario. En 1978, une exposition très complète de son travail est présentée à Lucerne en Suisse, et à Bonn et Munich en Allemagne. Cette même année, on lui commande une sculpture, Flight Stop, pour le Eaton Centre de Toronto. Pour cette œuvre, il suspend des moulages de Bernaches du Canada, figées en plein vol, au plafond‑cathédrale du centre commercial. On lui commande, pour l’Expo 86, la production d’une œuvre holographique majeure. Le travail résultant de cette commande, The Spectral Image, consiste en une composition d’installations formée de 48 images holographiques. En 1989, l’artiste réalise The Audience pour le SkyDome (devenu le Rogers Centre)à Toronto. Il s’agit de grandes sculptures dorées dominant les entrées nord‑est et sud‑est de l’édifice, représentant des partisans. Une grande rétrospective de son travail est présentée au Musée des beaux‑arts de l’Ontario et à la Power Plant en 1994. Pour célébrer sa victoire au prix Gershon Iskowitz en 2011, certaines des œuvres de Michael Snow sont montrées au Musée des beaux‑arts de l’Ontario, dans le cadre d’une exposition intitulée Objects of Vision permettant d’admirer ses sculptures abstraites des années 1950, de la fin des années 1960 et de 1982.

Musique

Bien qu’on le rattache plus spontanément aux arts visuels, Michael Snow déploie une activité intense dans le domaine de la musique improvisée pendant de nombreuses années. Le pianiste de boogie‑woogie Jimmy Yancey l’encourage dans ce sens au cours de ses séjours à Chicago à la fin des années 1940, et il joue du piano dans des groupes de jazz traditionnel à Toronto alors qu’il est étudiant à l’École des beaux‑arts de l’Ontario. Il entreprend l’étude de la trompette au début des années 1950.

Après avoir joué du piano avec le trompettiste dixieland Mike White entre 1958 et 1961, et avec ses propres groupes de bebop de 1958 à 1962, Michael Snow est attiré par le free jazz à la suite de son association à l’Artists’ Jazz Band à Toronto et aux chefs de ce mouvement à New York, dont certains, tels Albert Dayler et Don Cherry, figurent dans son film de 1964New York Eye and Ear Control. Il continue à se produire avec l’Artists’ Jazz Band, est membre du Toronto New Music Ensemble de 1966 à 1967 et cofonde le CCMC en 1974. Ce dernier, avec lequel il joue du piano, de la trompette, de la guitare et du synthétiseur, constitue le centre de son activité musicale tout au long des années 1980, bien qu’il donne également des récitals solos à Toronto, Québec et New York.

Dans les albums solos de cette période, il transpose sur le plan sonore la manipulation poussée d’une idée, d’un thème ou d’une technique qui caractérise ses travaux dans le domaine des arts visuels. Dans Sinoms, une œuvre de 50 minutes, il réalise, par exemple, un enregistrement multipiste où quelque 20 voix, avec autant d’accents anglais ou français différents, lisent la liste complète des maires successifs de Québec, parfois en juxtaposant simplement les prononciations, parfois en créant un effet de chœur. Dans ses films, depuis New York Eye and Ear Control, il réunit souvent des éléments musicaux et visuels pour en tirer une composition intégrant image et son.

Héritage et distinctions

Un certain nombre de thèmes traversent l’ensemble de l’œuvre de Michael Snow, notamment la définition, toujours remise sur le métier, des relations entre les différents médias, l’acte même de la perception et ses interprétations, et les imbrications complexes du son, du langage et de la signification. Son travail de cinéaste expérimental lui vaut des critiques élogieuses tant aux États‑Unis qu’en Europe et en 2000, il reçoit un Prix du Gouverneur général en reconnaissance de son œuvre dans ce domaine. Il obtient un prix Molsonen 1979 et est nommé Officier de l’Ordre du Canadaen 1981, chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, en France, en 1995, et Compagnon de l’Ordre du Canada en 2009. Il remporte le prix Gershon Iskowitz en 2011.


Lecture supplémentaire

  • R. Cornwell, Snow Seen (1980); L. Dompierre,Walking Woman Works, 1961-1967 (1983).