John Molson

John Molson, entrepreneur, homme politique, philanthrope (né le 28 décembre 1763 près de Moulton, dans le Lincolnshire, en Angleterre; décédé le 11 janvier 1836 à Boucherville, au Bas‑Canada). John Molson a fondé la plus ancienne et plus grande brasserie du pays et a inauguré la navigation à vapeur au Canada. Ses investissements à Montréal ont contribué à transformer un poste colonial en un centre cosmopolite. Aujourd’hui, l’entreprise brassicole qu’il a créée poursuit sa destinée au sein de la Molson Coors Brewing Company.



John Molson
John Molson, un orphelin de Lincolnshire en Angleterre, s'installe à Montréal en 1782. En 1786, le jeune entrepreneur y aura déjà fondé une petite brasserie qui est aujourd'hui l'une des plus vieilles compagnies du Canada.

Jeunesse

John Molson est l’aîné de cinq enfants de John Molson père et de Mary Elsdale. Orphelin dès l’âge de huit ans (son père décède en 1770, sa mère en 1772), il est confié à la garde de son grand-père, qui utilise l’argent de la location du domaine familial, Snake Hall, pour subvenir aux besoins et à l’éducation du jeune John et garnir son héritage à venir.

À l’âge de 17 ans, John Molson souffre d’une maladie inconnue. Son médecin lui prescrit comme remède de passer du temps en mer. Il décide alors de se rendre au Canada, qu’il voit comme une terre promise. Son grand-père s’y oppose, mais son oncle, le célèbre corsaire Robinson Elsdale, l’y encourage. Il met le cap sur le Québec le 2 mai 1782. Une mer agitée et un capitaine délinquant le forcent à quitter le navire et à finir le voyage à bord d’un bâtiment de la marine britannique. Il aboutit sain et sauf à Montréal à la fin de juin ou au début de juillet.

Brasserie de Molson

John Molson se met en relation avec Thomas Loid, un ami de la famille venu d’Angleterre qui a établi une petite brasserie sur les rives du Saint-Laurent, à la périphérie de Montréal. Jusque-là, la bière n’a pas eu de succès dans la ville, mais au lendemain de la Révolution américaine, la demande s’accroît avec l’arrivée d’un fort contingent de loyalistes et d’une garnison de soldats britanniques. Voyant sa chance, John puise dans son héritage pour s’associer avec Loid en 1783. Leur association ne dure pas et, un an plus tard, il intente un procès à Loid pour une affaire de dette en souffrance. Il finira par devenir le seul maître de la brasserie et achètera l’essentiel de son actif dans un encan plus tard cette année‑là. Le procès lui a sans doute permis de se faire céder la propriété en évitant les créanciers. Il a pu même continuer de vivre avec Thomas Loid tout au long des procédures, et ses associés et lui ont été les seuls à faire une offre sur les avoirs de la brasserie.

En 1785, John Molson retourne en Angleterre pour régler ses affaires. Il en profite pour se procurer l’ouvrage de John Richardson, Theoretic Hints on an Improved Practice of Brewing Malt-Liquors, qu’il lit durant son voyage de retour au printemps de 1786. Muni de son nouveau savoir et en pleine possession de son héritage, il agrandit la brasserie en 1787. Seule brasserie locale, son commerce devient vite populaire et rentable, encore plus après 1789, lorsque la Révolution française et les troubles consécutifs en Europe mettent pratiquement fin aux approvisionnements de bière étrangère. En 1795, la brasserie s’agrandit encore et se met à produire 54 000 gallons d’ale anglaise, de bière et de soda épinette chaque année.

Le saviez-vous?

Les descendants de John Molson ont dirigé l’entreprise familiale pendant sept générations. En 2005, vers la fin de la carrière de cinq décennies d’Eric Molson, la brasserie a fusionné avec l’américaine Coors pour former la Molson Coors Brewing Company. Les fils d’Eric Molson, Andrew et Geoff, ont suivi ses traces au conseil d’administration de la société.


Empire commercial

En 1791, John Molson est assez connu et respecté pour être admis à la loge maçonnique locale, et il contribue régulièrement à des œuvres de bienfaisance. S’il continue durant toute sa vie à faire grandir la brasserie, d’autres entreprises et d’autres causes lui tiennent à cœur. En particulier, il lance avec deux associés la navigation à vapeur au Canada. Le 1er novembre 1809, il inaugure le navire à vapeur Accommodation, qui fait la liaison sur le Saint-Laurent entre Montréal et Québec. Il accroît sa flotte constamment, jusqu’à détenir le monopole de la navigation à vapeur sur le Saint-Laurent, la rivière des Outaouais et le canal Rideau. Il aidera plus tard à financer le premier chemin de fer du Canada, mais mourra avant d’en voir l’achèvement.

Le succès de son service de navigation l’amène à construire un hôtel et un quai sur les berges de Montréal. L’hôtel Mansion House sera le centre de la société mondaine de la métropole jusqu’à ce qu’un incendie le rase en 1821. L’hôtel qui le remplace sera considéré comme le plus grandiose du Canada jusqu’à ce qu’il brûle à son tour en 1832. En 1825, John Molson participe à la fondation du Theatre Royal, qui accueillera des artistes du monde entier à Montréal.

Poussé par les problèmes qu’il a eus pour obtenir l’autorisation de construire le quai et par son désir de défendre les intérêts des Québécois, John Molson entre en politique en 1816. Il siège à la Chambre d’assemblée du Bas‑Canada jusqu’en 1820, où il ne se représente pas. Il devient président de la Banque de Montréal en 1826 et préside en 1831 le conseil d’administration de l’Hôpital général de Montréal, un établissement auquel il fournit un important capital. En 1832, il est nommé au Conseil législatif, un organe consultatif qui sert le gouverneur général, lord Aylmer. Les membres de ce conseil comptent parmi les figures politiques les plus puissantes de l’époque.

Vie familiale

John Molson fait la connaissance de la loyaliste Sarah Vaughan en 1786 et se met en ménage avec elle peu après. Bien que non mariés légalement avant 1801, ils ont trois enfants : John en 1787, Thomas en 1791 et William en 1793. Sarah s’éteint en 1829.

John Molson intéresse ses fils à ses entreprises et forme avec eux à partir de 1816 des associations d’affaires qui fonctionnent bien. Toutefois, après sa mort survenue le 11 janvier 1836, l’interprétation de son testament entraînera des poursuites judiciaires entre les frères.

Le décès de John Molson est un événement d’importance, et des éloges paraissent dans tous les grands journaux du Québec. Le journal de langue française Le Canadien écrit pour sa part que peu d’hommes ont contribué mieux que lui au progrès matériel de leur pays.


Lecture supplémentaire

  • Shirley E. Woods, La saga des Molson, 1763-1983 (1983).

  • Alfred Dubuc, « Molson, John (1763–1836) », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7 (1988).

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