Industrie brassicole au Canada

À ses débuts, l'industrie brassicole se résume à de petites brasseries indépendantes disséminées ça et là dans tout le pays.

Brasserie

Ce sont les premiers colons et commerçants arrivés au Canada qui ont donné naissance à l'industrie brassicole. Au début, la bière se fabriquait de façon artisanale, mais en 1668, l'intendant Jean Talon choisit Québec pour la construction de la première brasserie commerciale canadienne. Cette initiative comportait trois objectifs : offrir une boisson moins forte que l'alcool importé de France, réduire les dépenses reliées à l'importation et tirer profit de l'abondance de céréales sur les terres du Nouveau Monde.

À ses débuts, l'industrie brassicole se résume à de petites brasseries indépendantes disséminées ça et là dans tout le pays. Grâce à l'avènement des systèmes de distribution modernes, des progrès technologiques en matière de contrôle de la qualité et à la hausse des coûts, la production se centralise, et la plupart des brasseries locales disparaissent. Au cours des années 80, des brasseries de petite envergure, communément appelées microbrasseries, voient le jour au Canada et desservent les marchés locaux et régionaux.

Aujourd'hui, deux compagnies nationales se partagent le secteur brassicole du Canada, soit la brasserie John Labatt Ltée (8 usines) et les compagnies Molson Limitée (8 usines). Il existe également six brasseries régionales : Big Rock Brewery (Alberta), Lakeport Brewing Corporation (Ontario), Moosehead Breweries Limited (Nouveau-Brunswick), Pacific Western Brewing Company (Colombie-Britannique) et Sleeman Brewing and Malting Company Limited (Ontario et Colombie-Britannique). De plus, quarante microbrasseries sont réparties dans tout le Canada, à l'exception du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l'Île-du-Prince-Édouard, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest.

En un peu plus de dix ans, l'industrie brassicole canadienne subit une véritable transformation. On assiste, par exemple, à l'émergence de brasseries libres-services, à la fois brasseries et pubs, qui détiennent un permis de vente d'alcool, mais strictement à des fins de consommation sur place. Ces établissements connaissent un regain de popularité déclenché par la tendance à la consommation de ales véritables en Europe. Les brasseries libres-services existent depuis 1983 au Canada.

Types de bières

Le mot « bière » est un générique qui englobe les lagers et les ales. Parmi la vaste gamme de bières offertes aux consommateurs, un peu plus de la moitié des Canadiens (56 p. 100) préfèrent les lagers, des bières de fermentation basse, tandis que 34 p. 100 préfèrent les ales, des bières de fermentation haute.

Ce qui les différencie, c'est que les lagers sont plus légères au goût et sont fabriquées à partir d'un type de levure qui descend au fond de la cuve de fermentation. Quant aux ales, elles contiennent plus de houblon, et le type de levure qui les compose remonte à la surface de la cuve. Les stouts (des bières plus brunes, plus sucrées, très houblonnées, brassées avec du malt torréfié) et les porters (moins denses que les stouts) occupent moins de 1 p. 100 du marché.

Les bières légères, qui contiennent jusqu'à 4 p. 100 d'alcool par volume, ont été introduites au Canada à la fin des années 70. Quant aux bières canadiennes ordinaires, elles en contiennent 5 p. 100 par volume. Au cours des dernières années, les grandes brasseries comme les petites ont diversifié leurs gammes de produits pour satisfaire davantage les goûts des consommateurs. De nouveaux processus et des technologies avant-gardistes ont donné naissance à de nouveaux types de bières : extra légère, dry, extra dry, dry légère, forte, extra forte, ice, maltée, boissons rafraîchissantes, bières et boissons rafraîchissantes non pasteurisées et sans alcool.

Réglementation et taxes

L'industrie brassicole est l'une des industries canadiennes les plus réglementées. Les brasseries doivent obtenir des licences des gouvernements provinciaux et fédéral. En général, elles assurent le plein contrôle de leur système de distribution, de la vente au détail, de l'étiquetage, de la publicité, des techniques de commercialisation, de l'importation et de l'établissement des coûts. Elles décident également du nombre et du type de bières qui seront mises sur le marché. Toutefois, elles doivent tenir compte des lois fédérales en matière d'ingrédients, d'emballage, d'étiquetage et de publicité radiophonique et télévisée.

Le prix de la bière est en grande partie déterminé par les taxes. En moyenne, pour la consommation domestique de bière, 53 p. 100 du coût correspondent aux taxes fédérales et provinciales. À cet égard, le Canada partage avec la Norvège la première place sur la liste des 23 principaux pays industrialisés. Les taxes canadiennes sont environ 3 fois plus élevées que les taxes américaines, qui s'élèvent à 18 p. 100 seulement.

Répercussions économiques

En 1994, la production, la distribution et la vente de bière représentent 11,5 milliards de dollars du produit intérieur brut (PIB) du Canada, c'est-à-dire 1,5 p. 100, ce qui illustre bien les répercussions de la consommation de bière sur l'économie. Les bières canadiennes étant particulièrement appréciées par les Américains, le volume des exportations vers les États-Unis s'élève à 15,7 p. 100 de la production en 1995. Toujours en 1995, plus de 98 p. 100 de la bière consommée au Canada est produite par des brasseries canadiennes conventionnelles ou des microbrasseries réparties en 62 usines, en activité dans toutes les provinces à l'exception de l'Île-du-Prince-Édouard, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest.

Chaque année, l'industrie brassicole dépense un montant substantiel pour l'achat de matériel et de fournitures domestiques (724 millions de dollars en 1994). Ainsi, l'orge maltée coûte plus de 128 millions de dollars; les bouteilles et les canettes achetées au Canada coûtent respectivement plus de 93 millions de dollars et de 110 millions de dollars; et les cartons et les étiquettes, plus de 151 millions de dollars. Quant aux salaires, aux commissions et aux avantages sociaux des employés, les déboursés s'élèvent à plus de 763 millions de dollars en 1994. Toutefois, ces dépenses ne représentent qu'une mince part de la masse salariale totale si l'on tient compte du pourcentage total d'emplois liés au brassage et à la commercialisation.

Quelque 13 700 emplois sont directement liés au secteur de l'industrie brassicole, tandis que 68 600 emplois le sont à la distribution et à la vente. De plus, 87 200 emplois sont indirectement liés à la production, à la distribution et à la vente. En résumé, le nombre total d'emplois s'élève à 169 500, ce qui représente 1,2 p. 100 de la main-d'oeuvre du Canada en 1994.

Toujours en 1994, si l'on inclut les revenus de tous les paliers de gouvernement, les profits générés par le brassage et la commercialisation de la bière s'élèvent à près de 4,9 milliards de dollars. Quelque 3,2 milliards de dollars proviennent de la taxe de vente et du droit d'accise au palier fédéral ainsi que des taxes de vente et des profits des régies des alcools des provinces. La différence provient de taxes que les différents paliers de gouvernement exigent de la part des employés et des compagnies.

En 1995, la consommation de bière canadienne représente plus de 19 millions d'hectolitres, soit 66,5 litres par personne. Au cours des 5 dernières années, les ventes n'ont pratiquement connu aucune augmentation et sont demeurées stables depuis le record de 20,7 millions d'hectolitres enregistré en 1987.

L'industrie du brassage et l'environnement

En ce qui a trait à la vente au détail, non seulement les commerçants vendent-ils le produit, mais ils gèrent les retours de bouteilles. Plus de 78 p. 100 de toutes les bières vendues pour la consommation domestique proviennent de bouteilles retournées et recyclées, et 97 p. 100 de ces bouteilles reviennent à l'industrie pour être nettoyées et remplies. Une bouteille peut être réutilisée de 15 à 20 fois, ce qui diminue énormément le gaspillage. Une fois qu'elle ne peut plus être réutilisée, elle est concassée et envoyée aux fabricants de verre, qui en produisent de nouvelles.

Les canettes d'aluminium, qui représentent 15 p. 100 des ventes totales, sont également recyclées, tout comme les cartons. La bière pression est vendue en barils qui ont une durée de vie de 15 à 20 ans avant d'être concassés et recyclés eux aussi. Même les enveloppes des céréales utilisées dans le processus de brassage sont recyclées comme provende.

Comportement responsable

L'industrie brassicole canadienne a été l'une des premières au monde à se préoccuper de la responsabilité et, encore aujourd'hui, elle finance de nombreux programmes visant à promouvoir la modération dans la consommation d'alcool. Au cours de la dernière décennie, elle a investi plus de 95 millions de dollars pour mettre les consommateurs en garde contre l'abus d'alcool, développer des programmes éducatifs visant à freiner les comportements à risque et encourager la recherche sociale, béhavioriste et biomédicale sur la consommation d'alcool.