Journaux au Canada : de 1800 aux années 1900

Les premiers journaux indépendants sont apparus au Canada approximativement entre 1800 et 1850. En effet, c’est à l’époque que diminuent les coûts d’installation et d’exploitation des presses à imprimer, alors qu’augmentent le taux d’alphabétisme et l’appétit de la population pour nouvelles et points de vue. Puisque les rédacteurs de ces journaux dépendent de moins en moins des subventions gouvernementales, ils sont à même de critiquer le pouvoir en place; on assiste donc à la naissance d’un journalisme qui, sans être impartial, est indépendant. Depuis le milieu des années 1800 jusqu’au début 1900, les journaux deviennent de plus en plus rentables, à mesure que les populations et les commerces grandissent et que les revenus des lecteurs ainsi que ceux générés par la publicité augmentent. À l’époque, les journaux grand public sont partisans de personnalités politiques et de groupes culturels.

Cet article fait partie d’une série portant sur l’histoire de l’industrie du journalisme au Canada. Voir aussi Premiers journaux au Canada.

Journaux indépendants et partisans : 1800-1850

La création d’assemblées législatives en Amérique du Nord britannique mène à la naissance de factions politiques (voir Système de partis). Au même moment, on assiste à l’émergence, surtout à Halifax, Saint John, Montréal, Kingston et York (maintenant Toronto), d’une classe marchande de plus en plus avide de lectures portant sur les affaires commerciales et la publicité. Des journaux hebdomadaires se créent; ils sont alliés à des mouvements politiques ou à des groupes culturels et défendent différents intérêts mercantiles et agricoles. En outre, des presses à imprimer moins coûteuses et plus efficaces attirent dans l’industrie un grand nombre d’imprimeurs. Plusieurs des journaux indépendants implantés à l’époque sont dirigés par des imprimeurs-rédacteurs indépendants qui contrôlent à la fois la presse elle-même et les messages véhiculés par les éditoriaux de leurs publications. Afin d’augmenter leurs revenus, ils publient également des almanachs, des livres et des pamphlets pour différents clients. Plus les lecteurs veulent de nouvelles de l’actualité, plus il y a de journaux. À l’époque, l’actualité de certaines villes est couverte par deux publications différentes; c’est notamment le cas de Kingston, York, Montréal et Québec.

Au Bas-Canada, le Quebec Mercury (fondé à Québec en 1805) et le Montreal Herald (1811) défendent les intérêts des politiciens et des marchands anglophones de la province, tandis que Le Canadien (fondé à Québec en 1806) et La Minerve (Montréal, 1826), journaux de langue française, défendent les intérêts politiques et professionnels du milieu canadien-français émergent.

Le Canadien
Première page du Le Canadien, 22 novembre 1806, vol. 1, no. 1. Le Canadien était un journal de langue française publié à Québec.
The Quebec Mercury
Première édition du Quebec Mercury, publiée le samedi 5 janvier 1805.

Le rédacteur et imprimeur William Lyon Mackenzie publie le premier numéro du Colonial Advocate le 18 mai 1824 à Queenston, dans le Haut-Canada. Il crée l’hebdomadaire dans le but de prôner le mouvement réformiste et de s’exprimer au nom des fermiers contre les groupes professionnels et marchands dominants dans le Haut-Canada (voir Family Compact).

William Lyon Mackenzie
En décembre 1837, Mackenzie est le chef d'une rébellions dans le Haut-Canada
Joseph Howe
Patriote néo-écossais par excellence, Howe a utilisé son pouvoir d'orateur pour influencer ses compatriotes plus que n'importe qui (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-22002).

Dans les Maritimes, des journaux comme le Novascotian (fondé en 1824) remettent également en question l’autorité des oligarchies coloniales, surtout sous la gouverne du réformateur politique Joseph Howe, l’un des plus fervents défenseurs du gouvernement responsable (voir Joseph Howe et la presse de la Nouvelle-Écosse).

Amor de Cosmos se sert de son journal, The British Colonist, qui paraît pour la première fois le 11 décembre 1858, pour promouvoir le gouvernement responsable et l’entrée de la Colombie-Britannique en Confédération. À l’instar de Joseph Howe et William Lyon Mackenzie, le travail journalistique d’Amor de Cosmos sert de tremplin à sa carrière politique.

The British Colonist
Une du British Colonist du 11 décembre 1858.

Journaux multiculturels : 1850-1910

Le premier journal canadien de langue autre que le français et l’anglais est l’hebdomadaire allemand Die Welt, und Neuschottländische Correspondenz, basé à Halifax, qui paraît pour la première fois en janvier 1788. Comme les presses à imprimer et le reste du matériel nécessaire deviennent de plus en plus abordables, les imprimeurs sont en mesure de créer des maisons d’édition indépendantes. Plusieurs de ces institutions publient des journaux qui reflètent les besoins, les intérêts, les orientations politiques et les langues de communautés distinctes.

Voice of the Fugitive

Le 1 janvier 1851, Henry et Mary Bibb font paraître la première édition de The Voice of the Fugitive, le premier journal dirigé par des Noirs au Canada. Basé à Sandwich, dans le Canada-Ouest (aujourd’hui la ville de Windsor, en Ontario), le journal sert surtout à communiquer avec les sympathisants du chemin de fer clandestin. Il a des abonnés tant au Canada qu’aux États-Unis et sert de ressource aux Noirs venus s’établir au Canada.

The Provincial Freeman

The Provincial Freeman, journal tenu par Mary Ann Shadd, souligne les réussites des Noirs vivant au Canada en plus d’offrir des nouvelles des réfugiés arrivés récemment. Lorsque le premier numéro paraît à Sandwich, le 24 mars 1853, Mary Ann Shadd devient la première femme noire à publier un journal en Amérique du Nord, ainsi que l’une des premières femmes journalistes au Canada.

The Provincial Freeman.
Image: Archives of Ontario/microfilm N 40, Reel 1.\r\n
Mary Ann Shadd Cary, c. 1845-55.
Coupure du journal The Provencial Freeman, dans les années 1850.
Coupure du journal The Provencial Freeman, dans les années 1850.
Coupure du journal The Provencial Freeman, dans les années 1850.
Coupure du journal The Provencial Freeman, dans les années 1850.

Das Berliner Journal

Paru pour la première fois en 1859, Das Berliner Journal est un journal de langue allemande publié à Berlin, dans le Canada-Ouest (aujourd’hui Kitchener). Le journal en acquiert quatre autres, soit par achat, soit par fusion, entre 1904 et 1909; il rapporte des nouvelles locales et internationales et fournit de l’information utile aux Germano-Canadiens, tant aux nouveaux arrivants qu’aux familles bien établies. Il s’agit du dernier journal de langue allemande distribué en Ontario avant qu’un décret fédéral interdise la parution de journaux de langue allemande en 1918 (voir Première Guerre mondiale).

Tairiku Nippō

Tairiku Nippō (Nouvelles quotidiennes du continent) est un journal canadien japonais publié à Vancouver entre 1907 et 1941. La plupart des articles sont écrits en japonais et traitent d’une variété de sujets pertinents pour les immigrants japonais installés en Colombie-Britannique. En 1941, toutefois, le gouvernement fédéral bannit les journaux de langue japonaise (voir Internement des Canadiens d’origine japonaise).

The Chinese Times

The Chinese Times est un quotidien qui paraît pour la première fois à Vancouver en 1914. Il s’agit du journal sino-canadien ayant eu la plus longue période d’activité (1914-1992); on y rapporte à la fois des nouvelles locales et de l’étranger.

Les journaux, la politique et l’État : 1850-1900

Au début du 19e siècle, la majorité des journaux d’importance sont partisans soit du mouvement réformiste (devenu aujourd’hui le Parti libéral) ou du Parti conservateur. Ils sont cependant loin d’être de simples outils pour les partis qu’ils soutiennent; au contraire, il s’agit d’institutions étroitement liées aux meneurs ou aux factions de ces partis. Ainsi, le Globe (créé en 1844) est un organe d’importance pour son imprimeur, le politicien réformiste George Brown. Le Toronto Mail (1872), après des débuts en tant que publication périphérique du Parti conservateur, est rapidement repris par la faction dominante du parti, menée par le premier ministre Sir John A. Macdonald.

The Manitoba Free Press, créée par W.F. Luxton en 1872, favorise dès ses débuts les intérêts du Parti libéral. Le journal est acheté en 1898 par Clifford Sifton, un politicien libéral influent et membre du Cabinet; il devient ensuite l’organe de communication principal du Parti libéral dans les Prairies.

Manitoba Free Press

Il n’est pas inhabituel que l’une de ces publications dévie de la ligne directrice du parti. The Toronto Mail, par exemple, rompt avec les conservateurs de Macdonald dans les années 1880, obligeant le parti à trouver en l’Empire un autre moyen de communication en 1887. L’indépendance relative des journaux par rapport aux partis politiques et au gouvernement varie d’un endroit à l’autre. De manière générale, toutefois, les journaux jouissent d’une plus grande indépendance par rapport aux partis politiques à mesure qu’augmentent leurs revenus de distribution et de publicité.

Sans être, encore une fois, de simples pions des partis, les différents journaux demeurent étroitement liés aux factions politiques au 20e siècle. Le Toronto Star, fondé par des imprimeurs en grève appuyés par leur syndicat en 1892, est entièrement réorganisé en 1899 par un consortium d’affaires soucieux de mettre en place un organe de communication pour le nouveau premier ministre libéral, sir Wilfrid Laurier. Au cours de la première décennie du 20e siècle, le Calgary Heraldutilise la structure organisationnelle du Parti conservateur de l’Alberta pour vendre des abonnements. Jusqu’aux années 1930, la plupart des principaux journaux québécois demeurent dépendants du parti au pouvoir.

La politisation des journaux se perpétue en partie parce que ce sont les lecteurs qui réclament de leur part une prise de position. La politique est une affaire sérieuse dans le Canda du 19e siècle, et on attend donc des publications qu’elles prêtent leur voix au débat; c’est entre autres ainsi que naît le phénomène des villes où sont distribués deux journaux. Dès 1870, chaque ville assez populeuse pour faire vivre un journal en fait vivre deux, habituellement l’un d’alliance libérale et l’autre conservatrice. Rappelons aussi que les journaux ne se défont jamais entièrement de leur dépendance financière vis-à-vis du gouvernement. À partir de 1867, le gouvernement fédéral subventionne les imprimeurs de ces journaux en leur accordant des tarifs postaux spéciaux (voir Postes). Le premier service international de transmission au Canada, la Canadian Associated Press (1903), est soutenu financièrement par le gouvernement fédéral, tout comme la coopérative de nouvelles Presse canadienne pendant les années suivant sa création en 1917.

Toutefois, le lien entre les journaux canadiens et l’État a aussi son côté sombre. Les premiers rédacteurs à être considérés trop critiques des actions du gouvernement risquent de se retrouver en prison, ce qui arrive d’ailleurs à un certain nombre d’entre eux (voir Joseph Howe et la presse de la Nouvelle-Écosse), et des lois anti-diffamation servent à réduire au silence les journalistes les plus dérangeants (voir Droit et presse). Au 20e siècle, les contraintes imposées par le gouvernement visent surtout les journaux de gauche. Le Parti communiste du Canada se voit interdire de publication à de nombreuses reprises. Sous Maurice Duplessis (1936-1939 et 1944-1959), le gouvernement du Québec met à profit sa Loi du cadenas pour réprimer les journaux considérés communistes. Le gouvernement fédéral applique des mesures de censure en 1970 à la suite de l’enlèvement de deux hommes pendant la crise d’octobre.

Changement des revenus : l’essor de la publicité

Si l’esprit partisan demeure, la dépendance financière des journaux envers les gouvernements et les partis politiques s’estompe au cours du 19e siècle, ce qui est attribuable tant à l’économie de l’édition des journaux qu’au développement de l’économie en général. En effet, les éditeurs de journaux ont à composer avec toutes sortes de frais généraux; par exemple, ils doivent fournir le même investissement de départ pour l’équipement, la composition et les textes de fond, qu’ils impriment un ou 10 000 exemplaires. Dans les années 1860, alors que la distribution quotidienne d’un journal dépasse rarement les 5 000 exemplaires, ces frais sont généralement couverts par un parti politique allié. Toutefois, à mesure que la population et le taux d’alphabétisme augmentent, les éditeurs peuvent compter sur plus de lecteurs pour assumer eux-mêmes ces frais. De plus, la circulation en hausse des journaux en fait des outils publicitaires de plus en plus alléchants pour les commerçants. Comme la capacité de production augmente dans toutes les industries, la publicité devient un moyen essentiel d’inciter les gens à consommer la grande quantité de biens qui se fabriquent (voir Industrialisation au Canada).

Les premiers à se lancer dans la publicité sont des grossistes souhaitant attirer l’attention d’autres marchands. À partir des années 1890, toutefois, ce sont les publicités de vente au détail, destinées au grand public, qui sont les plus répandues; les abonnés et la vente à la copie ne représentent plus qu’un tiers du revenu des quotidiens des grandes villes. Quand arrive l’année 1900, les lecteurs sont inondés de publicités dans les journaux les incitant à se procurer des biens comme du savon, des médicaments brevetés ou des ceintures électriques.

Avancées technologiques

Les avancées technologiques dans l’industrie du journal hâtent l’arrivée des journaux de grande diffusion aux revenus générés surtout par la publicité. L’arrivée du télégraphe dans les années 1850 ainsi que l’installation du câble télégraphique transatlantique en 1866 permettent d’obtenir des nouvelles du monde entier mais ont également pour effet d’augmenter les frais de production des journaux. Dans les années 1880, les presses rotatives ou à bobines, qui impriment rapidement et sur de grands rouleaux de papier, ainsi que l’usage de la stéréotypie, permettent malgré tout aux journaux d’élargir suffisamment leur distribution pour couvrir les frais supplémentaires.

LE SAVIEZ-VOUS?
Un stéréotype est une sorte de plaque d’imprimerie qui permet de reproduire des pages de journaux entières, autant le texte que les illustrations. L’usage le plus fréquent de ce terme, soit la première impression trop simpliste d’une personne ou d’un groupe de personnes, est une métaphore dérivée de ce terme d’imprimerie.
La fonte de caractères, quant à elle, est un procédé mécanique par lequel les lettres sont coulées dans un moule, puis assemblées pour former des mots, des phrases et des paragraphes. Le terme anglais, « typecasting », est utilisé pour décrire une personne qui semble incarner un stéréotype, ou alors un acteur qui interprète constamment le même type de rôle.

En 1876, le tirage des quotidiens des neuf grands centres urbains, additionné, s’élève à 113 000. Sept ans plus tard, il fait plus que doubler. Dès le milieu du 19e siècle, la construction du chemin de fer augmente encore le nombre de gens qui peuvent être rejoints par les journaux quotidiens ou hebdomadaires. Vers 1890, les machines de fonte de caractères tels que le linotype permettent aux quotidiens d’agrandir leur format, passant de 4, 8 ou 12 pages, à 32 ou 48 pages (voir Imprimerie). Ce changement agrandit considérablement l’espace que l’on peut consacrer à la publicité. Dans un même temps, on se met à produire du papier journal à partir de pulpe de bois, ce qui offre une matière première moins coûteuse (voir Industrie des pâtes et papiers). Le prix du papier journal chute considérablement, passant de 203 $ la tonne en 1873 à 50 $ la tonne en 1900.

LE SAVIEZ-VOUS?
La première photographie publiée dans les quotidiens canadiens est une photogravure en demi-ton du chef du Parti libéral, Wilfrid Laurier, parue dans le Globe du samedi 28 mars 1891. Toutefois, les photographies sont coûteuses et difficiles à reproduire sur du papier journal; elles ne sont donc que rarement publiées, et toujours dans des quotidiens d’importance. Cela prendra du temps avant qu’elles figurent régulièrement dans les pages des journaux canadiens.

Expansion vers l’ouest

Les journaux, d’abord les hebdomadaires puis les quotidiens, apparaissent peu à peu dans l’Ouest canadien, au même rythme que l’accroissement de la population (voir Prairies occidentales). Le premier journal à paraître dans l’Ouest est l’hebdomadaire francophone Le Courrier de la Nouvelle Calédonie. Journal politique et lit[t]éraire. Organe des populations françaises dans les possessions anglaises., publié à Victoria au début de 1858. Si le journal ne produit que deux numéros, l’imprimeur se sert de la même presse pour produire The British Colonist, qui est publié pour la première fois le 11 décembre 1858; l’éditeur en est Amor de Cosmos.

Le premier journal de ce qui est aujourd’hui le Manitoba est le Nor’-Wester, dont le numéro initial voit le jour le 28 décembre 1859 dans la colonie de la rivière Rouge. Le Nor’-Wester est interdit de publication pendant la rébellion de la rivière Rouge en 1869, lorsque Louis Riel et le gouvernement provisoire des Métis prennent le contrôle de la presse; ils s’en servent pour faire paraître le New Nation, dont la durée de vie sera finalement assez brève.

La Manitoba Free Press (voir Winnipeg Free Press) est publié pour la première fois le 30 novembre 1872. Comme l’expliquent ses éditeurs, l’hebdomadaire paraît grâce à « la première vraie presse amenée au nord-ouest de St. Paul, [Minnesota] ».

Le premier journal à être publié dans le vaste territoire entre la rivière Rouge et Victoria est le Saskatchewan Herald, imprimé pour la première fois à Battleford le 25 août 1878. Le premier tirage du Bulletin, un journal d’Edmonton, paraît pour la première fois le 13 décembre 1880; il s’agit du premier journal de la région que l’on nomme aujourd’hui l’Alberta.

Saskatchewan Herald
Une du Saskatchewan Herald du 25 août 1878.

Les premiers journaux publiés au Yukon sont imprimés à Dawson pendant la ruée vers l’or du Klondike. On compte parmi ceux-ci le Klondike Nugget, qui paraît pour la première fois le 27 mai 1898, ainsi que le Yukon Midnight Sun, daté du 11 juin 1898.

Journaux quotidiens et numéros du soir

Les premiers journaux sont pour la plupart hebdomadaires, bien que nombre d’entre eux soient en fait publiés deux ou trois fois par semaine. Le premier quotidien du Canada, le Montréal Daily Advertiser, paraît pour la première fois le 14 mai 1833, mais fait malheureusement faillite en moins d’un an. La parution de journaux quotidiens débute réellement dans les années 1840 lorsque les éditeurs de deux autres journaux montréalais, la Montreal Gazette et le Herald, font le choix de publier un numéro tous les jours pendant la période estivale, soit la plus occupée pour les commerces. L’augmentation de la population et de l’alphabétisme, ainsi que l’urbanisation, accélèrent le passage du journalisme hebdomadaire au journalisme quotidien. En 1873, il n’existe que 47 quotidiens au Canada; en 1900, ce chiffre grimpe à 112.

L’utilisation du télégraphe permet aux nouvelles de voyager plus rapidement, alors même que les avancées technologiques en matière d’imprimerie permettent de publier en grosses quantités pendant la seconde moitié du 19e siècle. La compétition grandit entre les différents journaux, qui tiennent à être les premiers à publier les nouvelles de l’heure. Le compte rendu d’un événement peut paraître dans les numéros du matin ou du soir, tout dépendant du moment où il se produit; plusieurs journaux ajoutent un second numéro quotidien à leur tirage, souvent à prix réduit, pour rivaliser avec leurs compétiteurs. Par exemple, le Globe et le Mail publient des numéros le matin et le soir. Quelques éditeurs donnent un nom différent à ce second tirage quotidien; c’est notamment le cas du numéro du soir du Herald d’Halifax, nommé le Mail, et de celui du Chronicle, l’Echo.

Les quotidiens d’importance, quant à eux, mettent à profit les systèmes du chemin de fer et de la poste pour distribuer leurs publications hebdomadaires parmi les communautés rurales; dès le 20e siècle, y circulent surtout des suppléments de fin de semaine, comme le Star Weekly de Toronto ou le Family Herald montréalais.

L’apparition d’une classe ouvrière dans les grandes villes, surtout Montréal et Toronto, permet la création de nouveaux types de journaux qui mettent l’accent sur les nouvelles locales, la distribution de masse, les petites annonces et le journalisme à scandale (soit les nouvelles choc, surtout lorsqu’elles concernent des gens connus). Parmi ces nouveaux journaux, qui se vendent habituellement à 1¢ l’exemplaire (soit la moitié ou le tiers du prix des quotidiens bien établis), on compte notamment La Presse (fondée en 1884) et le Star (1869) à Montréal; le Telegram (1876), le News (1881), le World (1880) et le Star (1892) à Toronto, ainsi que le Herald à Hamilton (1889). Les journaux plus anciens, bien établis, augmentent également leur tirage pour attirer de nouveaux lecteurs parmi toutes les classes sociales. À Toronto, en 1872, chaque ménage achète en moyenne un de ces journaux; en 1883, le ménage torontois moyen s’en procure deux tous les jours.

Toutefois, au Québec, l’expansion du journalisme est d’abord freinée par un très faible taux d’alphabétisme. En 1871, seuls 50 % des adultes francophones du Québec savent lire et écrire, contre 90 % des personnes adultes en Ontario. En revanche, on ne trouve qu’au Québec des quotidiens dédiés à des questions de nature religieuse, comme le journal catholique ultramontain Le Nouveau Monde (1867) et le journal protestant Daily Witness (1860). Au Québec, les journaux alliés à l’Église, au nationalisme et à la cause du Canada français sont florissants jusque vers le milieu du 20e siècle. En 1910, le nationaliste Henri Bourassa crée Le Devoir afin de promouvoir les intérêts du Québec. Des journaux comme Le Devoir, bien qu’ayant un tirage relativement restreint, demeurent très influents au sein de l’intelligentsia québécoise (voir Nationalisme canadien-français).

Les femmes et la presse

Le Globe est le premier journal à inclure une page pour les femmes en 1882; la plus célèbre éditrice de cette section est Kathleen « Kit » Coleman. D’autres journaux publient des textes destinés aux femmes, notamment le Herald de Montréal, tandis que d’autres comprennent des chroniques écrites par des femmes, telles que Robertine Barry (qui publie des textes dans La Patrie sous le pseudonyme de Françoise) et Emily Murphy (sous le pseudonyme de Janey Canuck, elle écrit dans plusieurs journaux d’importance).

Kathleen Coleman, chroniqueuse
Kit Coleman est l'une des premières femmes journalistes du Canada (avec la permission du \u00ab Globe and Mail \u00bb).
Robertine Barry (Françoise)
Emily Murphy
En 1916, Emily Murphy est nommée magistrate de police à Edmonton, et devient ainsi la première femme magistrat de l'Empire britannique .

Bien que moins d’une soixantaine de femmes se déclarent journalistes au recensement de 1901, le nombre de femmes écrivant dans les journaux est en hausse. Les publicitaires ont alors bien saisi l’utilité de ce que l’on appelle désormais la « contiguïté », soit des publicités pour des biens et services placés juste à côté des nouvelles et des chroniques rédigées par des femmes pour des femmes; en effet, ce sont ces dernières qui s’occupent de la plupart des achats pour leur foyer.