Princesse Louise

Son Altesse Royale la princesse Louise Caroline Alberta, marquise de Lorne, était la quatrième fille de la reine Victoria et consort vice‑royale du Canada de 1878 à 1883 (née le 18 mars 1848 à Londres au Royaume‑Uni; décédée le 3 décembre 1939 à Londres au Royaume‑Uni).

Princesse Louise
La province de l'Alberta et le lac Louise ont tous deux \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9s ainsi en l'honneur de la quatri\u00e8me fille de la Reine Victoria.

Son Altesse Royale la princesse Louise Caroline Alberta, marquise de Lorne, était la quatrième fille de la reine Victoria et consort vice‑royale du Canada de 1878 à 1883 (née le 18 mars 1848 à Londres au Royaume‑Uni; décédée le 3 décembre 1939 à Londres au Royaume‑Uni). Louise a été la première, parmi les membres de la famille royale, à visiter la Colombie‑Britannique. En tant que consort vice‑royale, elle a promu les arts au Canada, notamment en créant le Musée des beaux‑arts du Canada et l’Académie royale des arts du Canada. Le lac Louise et la province de l’Alberta ont été ainsi nommés en son honneur.

Enfance et éducation

La princesse Louise Caroline Alberta naît au palais de Buckingham à Londres en Angleterre. Elle est le sixième enfant et la quatrième fille de la reine Victoria et du prince Albert de Saxe‑Cobourg‑Gotha. Elle est ainsi nommée en l’honneur de sa grand‑mère paternelle, de son arrière‑grand‑mère par alliance et de son père. Sa naissance passe plutôt inaperçue auprès du public essentiellement préoccupé par une éventuelle propagation des révolutions européennes de 1848 en Grande‑Bretagne.

Louise passe son enfance dans les résidences royales, notamment au palais de Buckingham, au château de Windsor, au château de Balmoral en Écosse et à Osborne House sur l’île de Wight. Ses deux parents, Victoria et Albert, sont artistes amateurs et transmettent leur amour du dessin et de la peinture à leurs neuf enfants. Les enfants royaux reçoivent un enseignement artistique d’Edward Corbould et étudient ultérieurement auprès de la sculpteure Mary Thornycroft. Dans la famille, la jeune princesse se distingue par son talent artistique et par sa nature extrêmement curieuse qui lui vaut d’être surnommée « Little Miss Why » (petite Mademoiselle « pourquoi »). Il est établi qu’elle est peu satisfaite de l’éducation reçue auprès de ses tuteurs. Dans une entrevue accordée en 1918, elle déclare : « Heureusement, l’habitude consistant à former les enfants tous selon le même moule est passée de mode. Il s’agissait d’une démarche déplorable. Je suis bien placée pour le savoir, j’en ai souffert. De nos jours, les individualités et les capacités de chacun sont reconnues. »

Louise est âgée de 13 ans lorsque son père décède et que la famille royale entre en deuil. L’isolement prolongé de Victoria restreint également la vie sociale de ses enfants encore célibataires. Il est, par exemple, interdit à la jeune princesse de participer à l’habituel bal des débutantes pour les jeunes filles de l’élite. Elle réussit cependant à poursuivre sa formation artistique. En 1863, elle s’inscrit à la National Art Training School à Londres pour étudier la sculpture, devenant la première princesse britannique à suivre des cours dans un établissement d’enseignement public.

Mariage

Le 21 mars 1871, Louise épouse John Campbell, marquis de Lorne. Elle est la première princesse britannique, depuis Mary, la sœur du roi Henry VIII, mariée à Charles Brandon, duc de Suffolk, en 1515, à épouser un conjoint n’appartenant pas à une famille royale. Son frère, le futur Édouard VII, s’oppose fermement à ce mariage auquel toutefois la reine Victoria se montre favorable puisqu’il permettra à sa fille de vivre au Royaume‑Uni.

Lorne, marquis de
Protecteur d\u00e9vou\u00e9 des arts et des lettres, Lorne fonde la Soci\u00e9t\u00e9 royale du Canada en 1882, et l'Acad\u00e9mie royale des arts du Canada en 1880 (avec la permission des Archives photographiques Notman/Mus\u00e9e McCord).

Le marquis et la marquise de Lorne n’auront pas d’enfant et, jusqu’à aujourd’hui, leur relation fait l’objet de maintes spéculations. Le couple partage toutefois de nombreux centres d’intérêt culturels. Le marquis aime dessiner, écrit beaucoup, et est un grand voyageur qui s’était déjà rendu au Canada avant son mariage.

Arts, philanthropie et droits des femmes

La sculpture constitue l’essentiel du travail artistique de Louise qui expose plusieurs de ses œuvres. Le buste qu’elle réalise de son frère, le prince Arthur, est montré à la Royal Academy en 1869 et l’on peut admirer, jusqu’à aujourd’hui, sa statue de la reine Victoria à l’extérieur du palais de Kensington. Le mariage de la princesse lui permet d’échapper à l’isolement de la cour royale et de nouer des liens avec d’autres artistes britanniques. La résidence londonienne du marquis et de la marquise de Lorne devient un salon culturel important.

La marquise de Lorne exerce l’essentiel de ses activités philanthropiques dans les domaines des arts, de la formation des filles et de l’aide aux femmes défavorisées. Louise visite The Haven à Hamilton en Ontario, une organisation qui apporte de l’aide aux prisonnières libérées et prononce, en 1878, un discours de soutien à la Montreal Ladies’ Educational Association. Elle encourage les femmes à acquérir des compétences pratiques et met l’accent sur l’importance d’une saine gestion économique du foyer.

À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, la question du vote des femmes divise la famille royale et la société dans son ensemble. La belle‑sœur de Louise, lady Frances Balfour, est membre de la National Union of Women’s Suffrage Societies, et la princesse elle‑même reçoit des défenseurs du droit de vote des femmes. Toutefois, la reine Victoria est, elle, opposée à ce droit, ce qui empêche la marquise de Lorne de rejoindre publiquement le mouvement pour le droit de vote des femmes. (Voir aussi Droit de vote des femmes au Canada.)

Consort vice‑royale du Canada

Sur les conseils du premier ministre britannique, Benjamin Disraeli, le marquis de Lorne est nommé gouverneur général du Canada en 1878. Avant cette nomination, il était député au Parlement britannique; toutefois, son statut de gendre de la reine y limitait ses activités. Cette nomination au Canada permet au couple d’accroître son indépendance. Ils arrivent à Halifax en novembre 1878, puis se rendent en train à Ottawa, visitant en chemin Montréal et Québec.

Dans son discours à Halifax, le nouveau gouverneur général prend acte en ces termes de l’importance historique de la présence de son épouse au Canada : « Bien que des fils de la maison royale se soient déjà rendus sur ces rives, c’est la première fois qu’une de ses filles découvre le Nouveau Monde. » Un volume commémoratif, publié en l’honneur de l’arrivée du couple, confère une signification politique majeure à la présence de Louise au Canada, en précisant : « La présence de la princesse au Canada […] mettra un terme à notre dérive vers la république des États‑Unis. »

Le jeune couple — Louise est alors âgée de 30 ans et son mari de 32 ans — est bien accueilli par la population canadienne qui s’enorgueillit de sa loyauté vis‑à‑vis de la Couronne; toutefois, la presse met en garde le nouveau gouverneur général et son épouse en leur expliquant qu’il ne saurait s’attendre au formalisme auquel les a habitués la cour britannique. La prédécesseure de la marquise en tant que consort vice‑royale, lady Dufferin, avait ouvert Rideau Hall à de nombreuses personnes appartenant à diverses catégories de la société canadienne. On craint alors que l’épouse du nouveau gouverneur n’exige le respect des coutumes formelles, par exemple celles relatives aux vêtements de cour, au rang social ou à l’obligation de sortir de la pièce à reculons; toutefois, la princesse devient populaire en précisant que cela n’aurait aucune importance pour elle si les visiteurs se présentaient habillés d’une « couverture de la Baie d’Hudson ». Louise et son mari adoptent des passe‑temps typiquement canadiens, organisant des parties de luge et de curling à Rideau Hall (la résidence officielle du gouverneur général) et s’adonnant au patinage sur le canal Rideau. La consort vice‑royale décide d’ajouter un atelier d’artiste à Rideau Hall et apporte ses propres contributions au design d’intérieur de la résidence, notamment en peignant à la main un motif de branches de pommier sur l’une des portes.

En février 1880, Louise subit une commotion cérébrale et se déchire le lobe de l’oreille lorsque son traîneau se renverse et est tiré sur près de 400 mètres par les chevaux. Elle part un certain temps en Europe et aux Bermudes pour récupérer de ses blessures, que la presse minimise à la demande insistante du gouverneur général. Après l’accident, elle limite ses apparitions publiques au Canada et c’est seul que son mari entreprend une visite dans les Territoires du Nord‑Ouest en 1881.

Académie royale des arts du Canada

Au 19e siècle, les artistes canadiens sont souvent contraints, pour se bâtir une réputation, de quitter le pays et d’exposer leurs œuvres aux États‑Unis ou en Grande‑Bretagne. Lorsque Louise arrive au Canada, il existe déjà des sociétés provinciales pour les artistes, mais il n’y a aucune organisation à l’échelon national permettant aux artistes canadiens d’apprendre les uns des autres et d’exposer leurs œuvres dans un contexte canadien. En 1880, elle décide de créer, avec son mari, l’Académie royale des arts du Canada. Les artistes des deux sexes sont autorisés à exposer dans le cadre de l’institution nouvellement fondée. L’Académie organise sa première exposition en mars 1880. La marquise de Lorne est alors encore convalescente de son accident de traîneau et ne peut donc participer à cette manifestation; toutefois, on lui apporte les tableaux jusque dans sa chambre pour qu’elle puisse les admirer. Durant son séjour au Canada, elle encourage les artistes féminines, en visitant par exemple une exposition de peintures réalisées par des femmes à l’Exposition nationale canadienne à Toronto.

Musée des beaux‑arts du Canada

L’exposition de 1880 évolue pour devenir le Musée des beaux‑arts du Canada de l’époque moderne. En 1882, la nouvelle galerie se voit attribuer son premier bâtiment permanent, un atelier de constructeurs transformé dans les locaux du ministère des Travaux publics sur la Colline du Parlement. Le marquis de Lorne assiste, accompagné de nombreuses personnes, à l’inauguration de la galerie. La collection initiale se compose principalement d’œuvres de réception des artistes admis à l’Académie royale des arts du Canada nouvellement créée. En conformité avec le souhait de Louise de promouvoir les carrières d’artistes femmes canadiennes, la galerie expose Une tête ronde de Charlotte Schreiber, une peintre de Toronto, première femme admise comme membre de la Société royale du Canada. La marquise ajoute également à sa collection d’art personnelle des œuvres d’artistes femmes canadiennes.

La consort vice‑royale contribue en outre à la promotion de l’art au pays en offrant ses propres œuvres à des collections canadiennes. Son portrait de la sculpteure Henrietta Montalba fait partie de la collection du Musée des beaux‑arts du Canada. Un moulage en bronze de sa sculpture de la reine Victoria est érigé près de l’Université McGill à Montréal. Ses albums de photos de la période où elle a résidé au Canada font aujourd’hui partie de la collection de Bibliothèque et Archives Canada.

Voyages royaux

Louise a été la première, parmi les membres de la famille royale, à visiter la Colombie‑Britannique, arrivant à Victoria en compagnie du marquis de Lorne en 1882. Le chemin de fer reliant le Canada d’un océan à l’autre n’est alors pas encore achevé, et le couple doit donc traverser les États‑Unis en train avant de longer en bateau la côte pacifique pour atteindre la Colombie‑Britannique. L’entrée dans la Confédération de la Colombie‑Britannique étant conditionnée par l’achèvement de cette ligne ferroviaire rejoignant les deux extrémités, orientale et occidentale, du pays et le choix du terminus occidental faisant l’objet de nombreuses tensions, cette visite revêt une grande importance diplomatique. La visite royale est bien accueillie par les diverses communautés de l’île de Vancouver. La communauté chinoise érige un arc commémoratif en l’honneur du couple et ses représentants prononcent à cette occasion un discours. Durant leur séjour au Canada, le gouverneur général et son épouse rencontrent également les peuples autochtones. À l’occasion de son voyage de 1881 dans les Territoires du Nord‑Ouest, les dirigeants autochtones parlent du marquis de Lorne comme de leur « grand beau‑frère ». Pendant tout le temps qu’elle passera au Canada, la princesse serrera simplement la main des Autochtones comme à des égaux.

Au cours de son voyage retour en provenance de Colombie‑Britannique, Louise visite la ville de Pile of Bones qu’elle rebaptise Regina, en l’honneur de sa mère la reine Victoria. La présence du gouverneur général et de son épouse dans l’Ouest canadien souligne la souveraineté du Canada sur cette région, à un moment où la colonisation américaine menace de s’étendre vers le nord.

Louise effectue de fréquentes visites au Québec. Elle parle couramment français et est en mesure d’établir un pont entre les élites canadiennes anglophones et francophones. Le marquis et la marquise de Lorne passent des vacances à proximité de la rivière Cascapédia, heureux de pouvoir dessiner et pêcher le saumon.

Régiments militaires

Un certain nombre de régiments militaires canadiens sont nommés en l’honneur de la princesse. En 1879, le 66e Bataillon, The Halifax Battalion of Infantry, devient le Princess Louise Fusiliers. Louise patronne également la troupe de cavalerie d’Ottawa, devenue en 1903 le Princess Louise Dragoon Guards. En 1884, le 8e Régiment de cavalerie est renommé 8th Princess Louise’s New Brunswick Regiment of Cavalry.

Âge mûr et fin de vie

Même après son départ du pays à l’issue du mandat de gouverneur général de son mari en 1883, la princesse continue à s’intéresser de près au Canada et aux institutions canadiennes. Pendant la rébellion du Nord‑Ouest de 1885, elle fait parvenir des fournitures médicales sur le théâtre des batailles de Fish Creek et de Batoche avec pour instruction de porter assistance aux deux camps en présence. En 1882, la terre qui allait devenir la province de Alberta est ainsi nommée en son honneur. En 1905, lorsque l’Alberta devient une province, elle conserve le nom de Louise; à cette occasion, elle écrit à un dignitaire canadien : « Je suis extrêmement fière que cette magnifique province ait été nommée en mon honneur et que mon mari y ait pensé. » Le marquis de Lorne décède en 1914, mais la marquise poursuit ses activités publiques officielles jusqu’à son décès en 1939.

Héritage

Dans son ouvrage de 1884 Canada Under the Administration of Lord Lorne, J.E. Collins rappelle : « Ceux qui ont rencontré la princesse ne se lassent pas de raconter quelle noble et honnête grande dame elle était, toujours désireuse de faire le bien, avide d’apporter son aide à tous les projets artistiques et éducatifs, et pas moins intéressée globalement que son mari à l’amélioration de la situation du peuple. » Le lac Louise et la province de l’Alberta ont été ainsi nommés en l’honneur de la princesse Louise. Le patronage militaire de la marquise de Lorne crée des précédents pour les autres femmes de la famille royale résidant au Canada, notamment sa nièce, la princesse Patricia (voir Princess Patricia’s Canadian Light Infantry). L’Académie royale des arts du Canada et le Musée des beaux‑arts du Canada demeurent aujourd’hui des institutions culturelles canadiennes essentielles.


Lecture supplémentaire

  • Carolyn Harris, « Royalty at Rideau Hall: Princess Louise, Lord Lorne and the Emergence of the Canadian Crown », dans Canada and the Crown: Essays on Constitutional Monarchy, dir. Michael Jackson et Philippe Lagassé (2013).