Raid du Sex Garage

Le 15 juillet 1990, la police de Montréal a effectué une descente au party Sex Garage, un loft populaire auprès de la communauté LGBTQ de la ville. Après avoir déclaré la fête illégale, la police a regroupé les fêtards à l’extérieur et les a chargés, blessant des dizaines de personnes et effectuant plusieurs arrestations. Les membres de la communauté LGBTQ se sont mobilisés pour leur défense et ont organisé plusieurs manifestations. Le lendemain, un sit-in a été brutalement interrompu par la police devant les journalistes et les caméras de télévision. Ces actes de violence ont choqué le public et galvanisé la résistance de la communauté LGBTQ face à la brutalité policière et aux violations de leurs droits civiques. Cet événement est considéré comme un important point tournant dans l’histoire de la communauté LGBTQ canadienne. (Voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada.)

Le 15 juillet 1990, la police de Montréal a effectué une descente au party Sex Garage, un loft populaire auprès de la communauté LGBTQ de la ville. Après avoir déclaré la fête illégale, la police a regroupé les fêtards à l’extérieur et les a chargés, blessant des dizaines de personnes et effectuant plusieurs arrestations. Les membres de la communauté LGBTQ se sont mobilisés pour leur défense et ont organisé plusieurs manifestations. Le lendemain, un sit-in a été brutalement interrompu par la police devant les journalistes et les caméras de télévision. Ces actes de violence ont choqué le public et galvanisé la résistance de la communauté LGBTQ face à la brutalité policière et aux violations de leurs droits civiques. Cet événement est considéré comme un important point tournant dans l’histoire de la communauté LGBTQ canadienne. (Voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada.)


© Linda Dawn Hammond / IndyFoto 1990

Contexte

Montréal est aujourd’hui une destination de choix pour le tourisme LGBTQ, mais la ville n’a pas toujours été aussi tolérante et inclusive. Les premières mentions documentées de relations homosexuelles, au milieu du 19e siècle, étaient souvent rédigées dans une perspective désobligeante, avec l’intention de frapper le public par des descriptions affreuses, souvent inventées.

Jusqu’aux années 1960, Montréal est dominée, comme le reste du Québec, par l’Église catholique et ses valeurs socialement conservatrices. Obsédé par les rencontres d’hommes gais dans les parcs de Montréal, l’ancien maire de la ville Jean Drapeau fait même raser la plus grande partie des sous-bois du mont Royal au milieu des années 1950. En conséquence, la communauté LGBTQ est contrainte de se cacher de la vue du public.

Dans les années 1960 et 1970, alors que les sociétés québécoise et canadienne se libéralisent, les gais et lesbiennes commencent à revendiquer plus de droits civiques. (Voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada.) Malgré tout, les descentes policières dans les établissements gais et lesbiens se poursuivent jusqu’aux années 1980 (voir Descentes de police dans des saunas de Toronto en 1981). À Montréal, l’Escouade de la moralité harcèle régulièrement les clubs de nuit et les rassemblements de la communauté LGBTQ. Les agressions policières de la fin des années 1970 galvanisent les militants des droits des gais, qui pressent le gouvernement du Québec d’adopter le projet de loi 88. Cette loi interdit la discrimination basée sur l’identité et les préférences sexuelles. Le Québec devient la deuxième juridiction dans le monde à voter une telle loi.

Malgré l’adoption du projet de loi 88, les attaques contre les membres de la communauté LGBTQ se poursuivent, surtout contre les hommes gais. À la fin des années 1980, les agressions homophobes se multiplient à Montréal, particulièrement pendant la crise du SIDA. Le 19 mars 1989, un militant des droits des gais, Joe Rose, est assassiné dans un autobus de la Ville de Montréal.

Le raid

Aux petites heures du 15 juillet 1990, la police de Montréal effectue une descente au Sex Garage, un loft after-hours logé au centre-ville de Montréal. L’endroit est populaire auprès de la communauté LGBTQ de la ville. Les motifs de la descente ne sont pas clairs, car dans les jours qui suivent la police de Montréal évoque plusieurs explications différentes, notamment des plaintes pour bruit, des soupçons de vente illégale de boissons alcoolisées et une demande d’assistance du promoteur de l’événement.

Quelque 400 personnes sont évacuées du loft et poussées dans la rue, où les attendent des agents de la police de Montréal armés de matraques et sans insignes d’identification. La tension est vive, et selon des témoignages, les policiers se livrent à des gestes offensants et provoquent les participants avec des insultes homophobes. La police charge ensuite des personnes au hasard, poussant la foule à s’enfuir vers Beaver Hall Hill, une rue très large où se trouvent d’autres policiers. Beaucoup de personnes sont battues, certaines sévèrement. Neuf fêtards sont arrêtés en vertu d’accusations diverses, allant de méfait à outrage à un agent de police.

Parmi les personnes présentes ce soir-là se trouve Linda Dawn Hammond, qui est équipée d’un appareil photo et qui prend plusieurs clichés des brutalités policières. Ces photos emblématiques sont publiées le lendemain dans deux des plus importants journaux de Montréal, La Presse et The Gazette.

Manifestations subséquentes

La première manifestation a lieu dans la soirée du 15 juillet. Des centaines de protestataires bloquent l’intersection des rues Amherst (aujourd’hui Atateken) et Sainte-Catherine, dans le Village gai de Montréal. Les manifestants négocient avec les policiers et dressent une liste de revendications qui sont remises au chef de la police de Montréal de l’époque, Alain St-Germain. Les manifestants veulent la libération du dernier client encore incarcéré. Ils demandent aussi qu’un poste permanent de représentant LGBTQ soit ajouté au comité de relations avec les minorités de la police. En outre, les manifestants demandent une enquête sur les brutalités policières qui se sont produites pendant la descente et après.


Le lendemain, vers midi, à peu près 250 personnes occupent le devant du poste de police où les officiers responsables de la descente ont été déployés, afin de mettre plus de pression sur la police. La réplique est plus violente encore que la descente. Les policiers traînent les manifestants par les cheveux ou par la tête, appliquent des prises d’étranglement, dirigent leurs bâtons vers des parties vulnérables du corps, dont les organes génitaux. Près de 50 personnes sont arrêtées et subissent encore plus d’outrages alors qu’elles sont détenues par la police. Certains sont battus si sévèrement qu’on doit les transporter à l’hôpital. Contrairement à la descente initiale, cette manifestation est bien couverte par les médias locaux, qui rapportent les faits en direct, et la scène est filmée par les caméras de télévision. La résistance passive des manifestants contraste vivement avec la sauvagerie des attaques et des arrestations. La brutalité policière devient très difficile à nier.

Conséquences

Même si le militantisme LGBTQ existait bien avant la descente, la violente répression de la police galvanise l’appui du public à la communauté LGBTQ de la ville. Il en résulte de nouvelles manifestations pour défendre les droits de la personne, et des enquêtes sur les abus de pouvoir et la brutalité policière. (Voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada.)

La descente du Sex Garage se produit à peu près simultanément à la Crise d’Oka, qui a éclaté quatre jours plus tôt. Dans les deux cas, l’autorité et la légitimité de la police sont ébranlées et remises en question. Tout comme la communauté LGBTQ à l’époque, les peuples autochtones ont le sentiment que leurs droits sont menacés par l’État.

© Linda Dawn Hammond / IndyFoto 1990

En 1993, la première parade de la ferté gaie, Divers/Cité, se déroule à Montréal. La même année, après une série de meurtres très médiatisés de membres de la communauté LGBTQ dans la ville, le gouvernement du Québec fait volte-face et lance une enquête sur la violence à l’égard des gais et lesbiennes. Le rapport de la Commission québécoise des droits de la personne, De l’illégalité à l’égalité, est publié en 1994, et contient 41 recommandations pour amener un élargissement des droits de la personne et l’égalité pour la communauté LGBTQ. Des changements se poursuivent progressivement au cours des dix années suivantes, avec l’adoption du projet de loi omnibus nº 32 en 1999. Ce projet de loi étend les prestations, les pensions et les services sociaux aux couples homosexuels. Le Mariage entre personnes de même sexe est légalisé au Québec en 2004 (puis au Canada en 2005).