Raymond Gravel

​Raymond Gravel, prêtre, aumônier, théologien et député (né le 4 novembre 1952 à Saint-Damien-de-Brandon, Québec; décédé le 11 août 2014 à Joliette).

Raymond Gravel
Raymond Gravel, prêtre, aumônier, théologien et député (né le 4 novembre 1952 à Saint-Damien-de-Brandon, Québec; décédé le 11 août 2014 à Joliette). Prêtre contestataire, souvent critiqué, il défend l’union chez les personnes de même sexe, milite pour l’ordination des femmes au sein de l’Église catholique et vient en aide aux plus démunis de la société. Il est le premier prêtre québécois à être élu à la Chambre des communes.

Une enfance et une adolescence semées d’embuches

Raymond Gravel est le quatrième enfant d’une famille de quatre garçons et deux filles. Ses parents, Yvon Gravel et Réjeanne Mondor, exploitent une ferme laitière dans la municipalité de Saint-Gabriel, dans le canton de Brandon. Raymond est le fils bien-aimé de sa mère, mais il a une relation conflictuelle avec son père, qui manifeste de la violence physique à son égard. Néanmoins, assidu et brillant, il poursuit ses études secondaires à l’École Sacré-Cœur de Saint-Gabriel-de-Brandon, où l’enseignement est supervisé par des Frères.

Influencé par un réseau d’amis malsain, il expérimente plusieurs formes de drogues. À 16 ans, il quitte le foyer familial pour s’installer chez un couple sans enfants, Roméo et Simone Allard, auprès duquel il trouve une certaine tranquillité d’esprit. Ceux-ci possèdent un hôtel et en échange de travaux divers, Raymond y est hébergé.

En 1971, il entre à l’École Thérèse-Martin de Joliette afin d’y terminer son secondaire. À partir de septembre 1972, il entre sur le marché du travail, d’abord comme commis à la Banque canadienne nationale (Banque nationale du Canada) à Sorel, puis comme caissier dans une succursale de la Banque de Montréal située sur l’île de Montréal.

La vie nocturne de la métropole lui apporte la liberté en lui offrant aussi beaucoup d’artifices. Il développe une dépendance aux drogues et travaille un certain temps comme escorte masculine; toutefois, il quitte rapidement le milieu de la prostitution après avoir constaté que cette vie ne lui convient pas.

En 1977, il entame une réflexion sur son avenir. Dans son journal, il écrit « Je n’en peux plus, j’ai besoin d’aide. Je n’arrive pas à retracer ma route ». À la suite d’un séjour de quelques jours au monastère trappiste d’Oka, il prend la décision de devenir prêtre. Il fait ses études collégiales au Cégep Marie-Victorin, puis à celui du Vieux-Montréal. En septembre 1979, il entre à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal, où il obtient son baccalauréat le 17 février 1982. Il est alors âgé de 29 ans.

Vocation

Raymond Gravel effectue plusieurs stages dans les paroisses et les écoles de la région de Lanaudière. Le curé Aurélien Breault, qui exerce son ministère dans la communauté de Saint-Henri de Mascouche, devient pour lui un mentor et un père spirituel. Plusieurs questions préoccupent déjà le jeune stagiaire, dont celles du célibat chez les prêtres et de l’acceptation au sein de l’Église des personnes divorcées remariées.

Son chemin vers le sacerdoce est, par ailleurs, long et fastidieux; il remet parfois en doute sa vocation. Pour calmer son impatience, il se lance dans de nouvelles formations. C’est ainsi qu’il obtient un diplôme de maîtrise en études pastorales de l’Université de Montréal en 1984. Il est enfin sacré diacre le 23 février 1986 et son ordination a lieu le 29 juin de la même année à l’église de son village natal, Saint-Damien, La cérémonie se déroule devant près de 500 invités, dont 90 prêtres et les membres de sa famille. À 33 ans, Raymond Gravel considère que cette journée est la plus belle de sa vie. Durant la cérémonie, il s’agenouille devant son père et lui demande sa bénédiction. Ému, Yvon Gravel pose la main sur la tête de son garçon et s’incline à son tour devant lui. C’est ainsi que le père et le fils se réconcilient après toutes ces années.

Un prêtre aux idées modernes

L’abbé Gravel se consacre par la suite à son apostolat. Il accompagne un grand nombre de personnes atteintes du sida en fin de vie et devient aumônier pour le mouvement des Cursillos, pour le mouvement scout, pour les pompiers de Berthierville et ceux de Mascouche ainsi que pour les policiers de Laval. Il publie dans des revues diocésaines tout en célébrant baptêmes, mariages et funérailles.

En 1991, il s’envole vers l’Italie pour entreprendre une seconde maîtrise, cette fois en interprétation de la Bible. Ses recherches portent sur la conception de Jésus, ou la virginité de sa mère, Marie. À Rome, les Jésuites voient ce sujet d’un mauvais oeil et lui suggèrent de compléter ses recherches à Montréal. De retour au Québec, l’abbé Gravel rédige son mémoire sous la direction du professeur André Myre, de l’Université de Montréal, et reçoit son diplôme en juin 1992.

Alors que le Québec n’attache plus autant d’importance à la religion depuis la Révolution tranquille, l’abbé Gravel se prononce sur bon nombre de sujets de la société actuelle et remet en question certains interdits de l’Église catholique, notamment à propos du mariage entre conjoints de même sexe (voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres), du droit à l’avortement et de l’aide médicale à mourir (voir Éthique médicale).

Avec son franc-parler, il trouve facilement sa place au sein des médias. En 2007, il défend entre autres les valeurs chrétiennes de la société québécoise, dans la foulée du débat qui entoure les accommodements raisonnables consentis sur des bases culturelles ou religieuses.

Engagement politique

Député du Bloc québécois pour la circonscription de Repentigny de 2006 à 2008, l’abbé Gravel est le premier prêtre québécois à siéger à la Chambre des communes. Au cours de son mandat, il vote contre le controversé projet de loi C-484 visant à faire reconnaître le fœtus comme une victime indépendante de la mère et affiche son soutien au Dr Henry Morgentaler alors que les cardinaux canadiens s’opposent à sa nomination comme membre de l’Ordre du Canada. Cet appui lui vaut d’ailleurs les foudres de ses collègues et du mouvement pro-vie, qui demande qu’on lui impose une suspense en vertu du droit canonique. En 2011, l’abbé Gravel intente des poursuites judiciaires pour diffamation et atteinte à sa réputation contre une association et un site Web anti-avortement. L’une sera réglée hors cour en 2013, et l’autre se poursuivra jusqu’au désistement des deux parties après le décès de l’abbé en 2014.

Désappointé par son expérience politique et fortement incité par le Vatican à choisir entre l’Église et la politique, il préfère ne pas se présenter lors des élections générales d’octobre 2008. Il reste tout de même fidèle au projet souverainiste (voir Séparatisme) et arbore d’ailleurs fièrement son étole bleue ornée d’une croix et d’une fleur de lys brodées lors de chaque messe célébrée le jour de la Saint-Jean-Baptiste.

Hommages

En 2004, Raymond Gravel reçoit le prix Lutte contre l’homophobie décerné par la Fondation Émergence (devenu le prix Laurent-McCutcheon en 2014), pour l’espoir qu’il a su transmettre grâce à son message d’inclusion et d’acception des personnes homosexuelles.

En août 2013, l’abbé Gravel apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon. Le 11 août 2014, la maladie n’ayant cessé de progresser, il rend l’âme au Centre hospitalier régional de Lanaudière à l’âge de 61 ans. Sa dépouille, d’abord exposée en chapelle ardente à la cathédrale de Joliette, est ensuite inhumée au cimetière Saint-Pierre de la municipalité. Peu de temps avant sa mort, la Ville de Mascouche l’avait honoré en donnant son nom à une caserne de pompiers.

En août 2015, le documentaire Raymond Gravel, un sacré curé! réalisé par Patrick Brunette est présenté à Télé-Québec.


Lecture supplémentaire

  • Carl Marchand, Le dernier combat (Éditions CRAM, 2015).

    Claude Gravel, Raymond Gravel, Entre le doute et l’espoir (Éditions Libre Expression, 2015).