Stanley Vollant

Stanley Vollant, C. Q., chirurgien, professeur et conférencier innu (né le 2 avril 1965 à Québec, Québec). Premier Autochtone diplômé en chirurgie générale au Québec, il reçoit en 1996 la distinction Personnage modèle autochtone du Gouverneur général du Canada. En 2010, il entreprend la Marche Innu Meshkenu (« Mon chemin innu »), qui a pour objectif de rassembler les peuples, de promouvoir la découverte du territoire et les enseignements des Premières Nations et d’encourager les jeunes Autochtones à poursuivre leurs rêves.

Dr Stanley Vollant
Premier Autochtone dipl\u00f4m\u00e9 en chirurgie g\u00e9n\u00e9rale au Qu\u00e9bec, il re\u00e7oit en 1996 la distinction Personnage mod\u00e8le autochtone du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral du Canada. En 2010, il entreprend la Marche Innu Meshkenu (\u00ab Mon chemin innu \u00bb).


Enfance

Né à la Crèche Saint-Vincent de Paul, à Québec, Stanley Vollant est adopté à l’âge de trois jours par ses grands-parents maternels. Son grand-père Xavier, dont les ancêtres sont nomades, est le premier descendant de la lignée familiale, avec sa femme Marianna, à adopter un mode de vie sédentaire.

Stanley grandit auprès de ses grands-parents, oncles et tantes dans la communauté de Pessamit, un village autochtone de la Côte-Nord, où il est élevé en langue innue (voir Langues autochtones au Canada). Son grand-père étant trappeur, il partage avec lui sa passion du grand air et de la forêt (voir Autochtones : éducation). Pour Stanley et ses amis, la nature est un vaste terrain de jeux.

Comme l’éducation est une valeur primordiale pour la famille, Xavier Vollant fait comprendre à celui qu’il considère comme son propre fils toute l’importance de suivre une formation académique. Dès son premier jour d’école, Stanley est immergé dans une langue qu’il ne maîtrise pas : le français. Alors qu’il est en maternelle, sa classe reçoit la visite de Max Gros-Louis, chef de la communauté Huronne-Wendat de Wendake (alors appelé le Village-Huron). Ce dernier insiste sur l’importance d’étudier et de « revenir un jour dans la communauté pour aider ses père, mère, frères et sœurs ». Cette rencontre marque profondément le jeune Stanley et s’avère un catalyseur de son apprentissage. L’écolier souhaite lui aussi contribuer plus tard au bien-être de ses pairs.

Formation

D’abord intéressé par le métier d’archéologue, puis par celui d’ingénieur, Stanley poursuit ses études secondaires à l’Institut Saint-Louis de France de Loretteville (aujourd’hui un des quartiers de la ville de Québec). Il y est souvent victime de racisme, mais les moqueries des jeunes le poussent plutôt à performer tout en renforçant sa capacité de résilience. À 15 ans, il excelle dans les activités sportives et découvre la course à pieds, une discipline qui lui permet de remporter plusieurs médailles. Après son cours secondaire, il s’inscrit au Cégep de Limoilou, dans un programme préparatoire à l’École polytechnique de l’Université de Montréal.

Toutefois, en juillet 1983, un incident le fait dévier de son chemin. Alors qu’il est de passage dans son village natal, un homme intoxiqué à l’alcool l’aborde et le félicite pour son projet d’études en médecine. Ne voulant pas le contrarier, Stanley acquiesce, mais ses propos, telle une prédiction, l’amènent à réfléchir sur son avenir. Le lendemain, en dépit de sa phobie du sang, il décide de devenir médecin. Inspiré par le don de guérisseuse de sa grand-mère et l’encouragement des gens de sa communauté, il s’acharne à obtenir d’excellents résultats scolaires et il est accepté à l’Université de Montréal. Il y obtient un doctorat en médecine en 1989 et un diplôme de chirurgie générale en 1994.

Premier Autochtone diplômé en chirurgie au Québec

Le Dr Vollant travaille d’abord en tant que chirurgien général au Centre hospitalier régional de Baie-Comeau. Très vite, il s’y taille une réputation grâce à ses compétences et à ses idées novatrices, notamment à sa pratique en laparoscopie (une technique qui consiste à introduire un télescope chirurgical dans la cavité abdominale à partir d’une incision ombilicale).

En 1996, le Gouverneur général du Canada Roméo LeBlanc le désigne Personnage modèle autochtone. Cet honneur lui est décerné officiellement en présence de la reine Elizabeth II.

Pendant deux ans, il prononce des conférences dans une quarantaine d’écoles du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick. Nommé administrateur de l’Association médicale du Québec (AMQ) en 1998, il en est le secrétaire, puis le trésorier, et il en devient le président en 2001; il occupe ce poste jusqu’en 2005. Le Dr Vollant est le tout premier Autochtone à être à la tête d’une association médicale en Amérique du Nord. Il s’engage à défendre la qualité de vie des médecins de la province ainsi qu’à obtenir un plus grand nombre de places dans les facultés de médecine pour ses confrères et consœurs issus des minorités culturelles.

Le Dr Vollant travaille en 2003 au Centre de santé et de services sociaux de Chicoutimi, puis il s’installe à Ottawa, où il est chirurgien généraliste à l’hôpital Montfort tout en étant responsable du Programme autochtone créé en 2005 à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa.

Si tout semble aller pour le mieux dans sa vie professionnelle, le jeune chirurgien est par ailleurs confronté à de grandes souffrances personnelles. À la suite de deux séparations amoureuses et devant l’impossibilité de voir ses enfants autant qu’il le souhaite, il plonge dans une dépression qui le mène au bord du suicide. Malgré son état de santé fragile, il se rend par affaires en Nouvelle-Zélande et il y renoue avec l’énergie de la terre en courant sur les crêtes d’un volcan. Cette expérience lui donne envie d’entreprendre un pèlerinage sur le chemin de Compostelle.

La Marche Innu Meshkenu : « Mon chemin innu »

Stanley Vollant entreprend donc en avril 2008 un périple en Espagne. C’est aux abords de la ville d’Astoria, au bout de deux semaines mouvementées, qu’il fait un rêve prophétique dans lequel son grand-père Xavier lui demande d’entamer une marche qui rassemblera les différentes communautés autochtones.

Sur le chemin de sa propre spiritualité, Stanley Vollant souhaite léguer aux jeunes Autochtones l’espoir d’une vie florissante, leur transmettre le goût de la réussite scolaire et leur permettre, si possible, de découvrir leur véritable vocation. C’est pourquoi, en 2010, il commence à marcher non seulement en l’honneur du peuple qui l’habite, mais aussi des 55 nations autochtones du Canada, dont 11 sont dispersées à travers le Québec. La Marche Innu Meshkenu, de quelque 6 000 kilomètres, encourage le rapprochement et la compréhension mutuelle des cultures autochtones et allochtones du vaste territoire canadien.

Pendant son parcours, le Dr Vollant s’arrête dans les écoles pour donner des conférences aux jeunes et les questionner au sujet de leurs rêves. Il rencontre aussi les aînés et leur témoigne toute l’importance de leur savoir ancestral. Ce partage intergénérationnel, notamment en ce qui a trait à la médecine traditionnelle, contribue à la conservation et à la transmission du patrimoine culturel des premiers peuples.

Divisée en étapes et échelonnée sur cinq ans, la Marche traverse le territoire du Labrador et du Québec et se poursuit jusqu’en Ontario. Le trajet, qui emprunte le plus souvent possible des sentiers traditionnels, inspire beaucoup de gens à parcourir ce « Compostelle autochtone ». Les marcheurs, bravant les éléments, transportent leur tente et leur nourriture et, l’hiver, tirent leur traîneau personnel dans un geste symbolique qui rappelle le courage et les efforts de leurs ancêtres.

Une fois parcouru ses premiers 6 000 km à travers le Labrador, le Québec et l’Ontario, le Dr Vollant souhaite poursuivre sa marche et visiter d’autres communautés autochtones du Canada. Très engagé socialement, il s’investit dans les camps Carrières Santé et les mini-écoles de médecine. Depuis 2010, il coordonne le Programme des Premières Nations à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. En 2016, le documentaire Stanley Vollant - De Compostelle à Kuujjuaq rencontre un beau succès et se voit couronné du prix Télébec pour le meilleur court ou moyen métrage lors du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT).

Prix et récompenses

Personnage modèle autochtone, Gouverneur général du Canada (1996)

Personnalité de la semaine La Presse (2001)

Personnalité de l’année, catégorie Courage, humanisme et accomplissement personnel, La Presse (2001)

Lauréat de l’un des Prix nationaux d’excellence décernés aux Autochtones (2004)

Prix Médecin de cœur et d’action, Association des médecins de langue française du Canada et L’actualité médicale (2004)

Parmi les « Quarante médecins qui ont fait l’histoire », L’actualité médicale (2010)

Prix de l’Association de prévention du suicide des Premières Nations et Inuits du Québec et du Labrador (2010)

Prix Médecine, culture et société, Faculté de médecine de l’Université de Montréal (2012)

Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II (2012)

Prix Prestige de l’Association médicale du Québec (2013)

Chevalier de l'Ordre national du Québec (2014)

Prix Hommage bénévolat-Québec (2016)

Médaille du lieutenant-gouverneur pour mérite exceptionnel (2017)


Lecture supplémentaire

  • Mathieu-Robert Sauvé, Dr Stanley Vollant : Mon chemin innu (2013).

    Bande dessinée Innu Meshkenu. 1, Tracer son chemin, illustrations de Laurence Lemieux (2014)

Liens externes