Suicide au Canada

Le suicide est l’acte de s’ôter la vie volontairement et intentionnellement. Le suicide a été décriminalisé au Canada en 1972; le suicide assisté par un médecin a été décriminalisé en 2015.

Le suicide est l’acte de s’ôter la vie volontairement et intentionnellement. Le suicide a été décriminalisé au Canada en 1972; le suicide assisté par un médecin a été décriminalisé en 2015. Le suicide est parmi les principales causes de décès au Canada, notamment chez les hommes. En moyenne, environ 4 000 Canadiens se suicident chaque année, et on compte environ 11 suicides pour 100 000 personnes au pays. Ce taux est plus important chez les hommes et dans les communautés autochtones. Le suicide est généralement le résultat d’une combinaison de facteurs, y compris la dépendance, les maladies mentales (surtout la dépression), la dégradation de l’état physique, les difficultés financières, la rupture de mariage et le manque de soutien social et médical.

Suicide assisté au Canada

Pendant plusieurs années, le suicide ou le suicide assisté sont considérés comme des actes criminels. En 1972, le suicide est décriminalisé au Canada; une personne qui fait une tentative de suicide n’est donc plus passible d’une sanction en vertu du Code criminel. Cependant, le suicide assisté demeure un acte criminel sanctionné par l’article 241(b) du Code criminel. Toute personne reconnue coupable de conseiller à une autre de s’ôter la vie ou de l’aider au suicide est passible d’un emprisonnement pouvant aller jusqu’à 14 ans, que la tentative de suicide ait été réussie ou non.

Il y a tout un débat dans les assemblées législatives provinciales et fédérale concernant le droit d’un individu au suicide assisté par un médecin ou par une autre personne, surtout dans les cas où l’incapacité de la personne l’empêche de commettre l’acte sans aide. En 1993, l’interdiction de l’assistance au suicide est contestée par Sue Rodrigues (Affaire Sue Rodriguez [1993]); en conséquence, la question fait l’objet de beaucoup de discussions publiques. Finalement, le statu quo est maintenu par la Cour suprême du Canada et Sue Rodriquez met un terme à sa vie à l’aide d’un médecin inconnu.

En 2011, la BC Civil Liberties Association intente une action pour contester la loi contre le suicide assisté. Le cas a été porté devant la cour au nom des familles de Kay Carter (morte en 2010) et de Gloria Taylor (morte en 2012), qui ont souffert toutes les deux d’une affection débilitante. En 2014, l’affaire est plaidée devant la Cour suprême.

Le 6 février 2015, la Cour vote à l’unanimité (9-0) pour permettre le suicide assisté par un médecin à « une personne adulte capable qui (1) consent clairement à mettre fin à sa vie; et qui (2) est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition. » La Cour considère que l’interdiction du Code criminel est inconstitutionnelle parce qu’elle viole le droit de la personne à la vie, à la liberté et à la sécurité tel qu’il est inscrit à l’article 7 de la Charte.

Le 17 juin 2016, plus d’une année après la décision de la Cour suprême, une nouvelle loi fédérale établit les garanties procédurales et les critères d’admissibilité au suicide médicalement assisté. Conformément à la Loi sur l’aide médicale à mourir, les personnes admissibles doivent avoir au moins 18 ans, avec un « problème de santé grave et irrémédiable » causant « des souffrances physiques ou psychologiques permanentes qui leur sont intolérables ». De plus, la personne doit être en « état de déclin avancé et irréversible » dans lequel « sa mort naturelle soit raisonnablement prévisible ». Les critiques ont fait valoir que la nouvelle loi est plus restrictive que l’était la décision de la Cour suprême, et qu’en conséquence elle pourrait s’exposer à un recours constitutionnel.

Taux de suicide au Canada

La principale source de données sur les taux de suicide est la Base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civil, qui recueille « des renseignements démographiques et médicaux (cause du décès) annuellement de tous les registres provinciaux et territoriaux de statistiques de l’état civil. » Cependant, une analyste de Statistique Canada, Tanya Navaneelan, a fait valoir que les suicides étaient peut-être sous-évalués dans cette source de données, étant donné la « complexité de classer un suicide et du délai impliqué à déterminer qu’il représente la cause du décès, ce délai pouvant varier d’une année à l’autre et d’une région à l’autre. »

Taux de suicide au Canada (2008-2012)

2008

2009

2010

2011

2012

Nombre (Tous)

3 705

3 890

3 951

3 896

3 926

Nombre d’hommes

2 777

2 989

2 981

2 910

2 972

Nombre de femmes

928

901

970

986

954

Taux (Tous)

Nbre par 100 000 habitants

11,1

11,5

11,6

11,3

11,3

Taux chez les hommes

16,8

17,9

17,6

17,0

17,3

Taux chez les femmes

5,5

5,3

5,6

5,7

5,4

Taux de suicide provinciaux et territoriaux (2009-2011)

Province ou territoire

Nbre par 100 000 habitants

Ontario

8,6

Île-du-Prince-Édouard

8,8

Yukon

9,1

Colombie-Britannique

10,5

Terre-Neuve-et-Labrador

10,9

Nouvelle-Écosse

11,2

Nouveau-Brunswick

12,5

Québec

12,7

Manitoba

12,9

Alberta

13,0

Saskatchewan

14,2

Territoires du Nord-Ouest

14,9

Nunavut

63,9

Source : un rapport sur le suicide du Conference Board of Canada, utilisant les données de Statistique Canada.

Tendances et groupes à risque élevé

Les statistiques relatives aux suicides révèlent un certain nombre de tendances, y compris les taux plus élevés de suicide chez les hommes, chez les personnes d’âge moyen et dans les communautés autochtones. La recherche laisse également à penser que les membres de la communauté LGBTA (surtout les jeunes) sont plus susceptibles de penser au suicide ou de faire une tentative.

Sexe (homme ou femme)

Le suicide est l’une des dix principales causes de décès au Canada. Selon Statistique Canada, il se place, en 2012, au 9e rang et est la cause de 1,6 % des décès au pays. Cependant, il y a une différence importante entre les hommes et les femmes : le suicide compte pour 2,4 % de tous les décès d’hommes en 2012 (7e rang), tandis qu’il compte pour 0,8 % de la mortalité féminine (13e rang). Toujours en 2012, le taux de suicide est de 17,3 pour 100 000 chez les hommes, de 5,4 chez les femmes. Cependant, ces statistiques peuvent être trompeuses, puisque les femmes sont en fait plus susceptibles de se suicider. Les hommes sont plus susceptibles d’employer des méthodes plus violentes et sûres (par exemple, les armes à feu, les explosifs, la pendaison), tandis que les femmes auraient plus tendance à employer des médicaments, une méthode moins certaine de réussir. Le taux inférieur de suicide chez les femmes reflète donc un taux de succès inférieur.

Identité de genre et orientation sexuelle

Les statistiques précitées précisent le sexe (biologique), mais pas l’identité de genre ou l’orientation sexuelle. On ne peut donc pas savoir le nombre de victimes identifiées comme gaies, lesbiennes, bisexuelles, transgenres, allosexuelles ou bispirituelles. Cependant, bon nombre d’études suggèrent que les membres de la communauté LGBTA (surtout les jeunes) sont plus susceptibles d’envisager le suicide ou de faire une tentative que ceux qui s’identifient comme hétérosexuel, et que l’intimidation, le harcèlement, la discrimination et le manque de soutien de la part de la famille et de la société sont autant de facteurs à l’origine de la tentative.

Âge

Les taux de suicide (le nombre de suicides par 100 000 individus) sont les plus élevés chez les hommes et les femmes de 40 à 59 ans. Cela diffère de la plupart des autres pays, où les taux les plus élevés tendent à se présenter chez les aînés plutôt que chez les personnes d’âge moyen. Bien que les taux de suicide soient plus bas chez les Canadiens jeunes, il s’agit en fait de l’une des principales causes de décès chez les personnes de 15 à 34 ans (deuxième en importance seulement après la mort accidentelle). Cela reflète le fait que les jeunes ne meurent pas d’habitude de causes naturelles.

Populations autochtones

Les communautés des Premières Nations et des Inuit souffrent d’un taux de suicide beaucoup plus élevé que celui de la population canadienne générale, bien que les taux varient selon la région et la communauté. En moyenne, le taux de suicide des communautés des Premières Nations est deux fois supérieur à la moyenne nationale et est environ six fois supérieur à la moyenne nationale parmi les Inuit au Nunavut. Le nombre de jeunes autochtones qui ont fait une tentative de suicide ou qui ont réussi à se donner la mort a augmenté ces dernières années. La détresse psychologique, les maladies mentales (surtout la dépression), l’alcoolisme, la toxicomanie, les mauvais traitements subis pendant l’enfance et le manque d’accès à des ressources sociales et de santé mentale ont tous contribué à cette augmentation inquiétante du suicide dans certaines communautés autochtones. (Voir Suicide chez les Autochtones au Canada.)

Facteur de risque et prévention du suicide

La dépendance et la maladie mentale (en particulier, la dépression) sont les facteurs de risque les plus courants du suicide. D’autres facteurs connus incluent la maladie ou la dégradation de l’état physique, une perte marquante (décès d’un être cher, divorce, perte d’un emploi), un grand changement ou une transition importante dans la vie, l’isolation sociale, le manque d’accès au soutien social ou médical et l’accès au moyen de se suicider.

Par conséquent, les stratégies de prévention incluent un accès amélioré aux ressources en santé mentale et de toxicomanie, la formation de professionnels de la santé pour mieux identifier et traiter les personnes à risque de suicide, des campagnes pour réduire la stigmatisation et augmenter la sensibilisation du public et des médias, des recherches sur les causes et le traitement du suicide, le renforcement des mécanismes de soutien social et communautaire pour les individus et les communautés vulnérables (p. ex., des centres de crise et des centres pour personnes en détresse). De plus, les restrictions touchant la disponibilité des armes à feu, les barrières sur les ponts et autres « lieux dangereux attirants », ainsi que la réduction de la toxicité de l’essence ont contribué à réduire les taux de suicide dans certains endroits.


Les oeuvres sélectionnées de
Suicide au Canada