Patrick James Whelan

Patrick James Whelan, condamné pour meurtre, tailleur (né vers 1840 près de Dublin, en Irlande; mort le 11 février 1869 à Ottawa, en Ontario). Patrick Whelan est arrêté en avril 1868 pour l’assassinat de Thomas D’Arcy McGee, député fédéral et Père de la Confédération. Il est reconnu coupable en septembre 1868 et condamné à mort. Les autorités suspectent à l’époque que Patrick Whelan est exécutant d’un complot fenian visant à assassiner Thomas D’Arcy McGee. Ils l’arrêtent donc rapidement, dans les 24 heures qui suivent le meurtre. Cependant, personne n’a jamais pu démontrer de manière certaine que Patrick Whelan a agi en tant que sympathisant des fenians. Il clame son innocence durant toute la durée de son procès et jusqu’au moment où il est pendu publiquement à Ottawa, au début de 1869. La version des faits selon laquelle Patrick Whelan a effectivement tué McGee peut raisonnablement être remise en question. On peut se demander s’il ne faisait pas simplement partie d’un groupe chargé d’exécuter le député. Thomas D’Arcy McGee est le seul homme politique fédéral à avoir été assassiné au Canada, tandis que Patrick Whelan est l’une des dernières personnes à y avoir été exécutée publiquement par pendaison.

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Enfance et début de carrière

Patrick Whelan naît aux environs de 1840, juste à la sortie de Dublin, en Irlande. À quatorze ans, il quitte l’école pour apprendre un métier, une voie suivie par de nombreux jeunes Irlandais de son époque. Il trouve du travail comme tailleur à Dublin et termine avec succès sa période d’apprentissage.

À l’époque, l’Irlande souffre toujours d’un mildiou de la pomme de terre qui, depuis 1845, a provoqué plusieurs famines à grande échelle, des bouleversements de société et le départ de près de deux millions de personnes vers le Canada et les États-Unis. La crise économique et humanitaire longue d’une décennie qui s’en suit aboutit à une crise politique en Irlande. Un groupe de nationalistes irlandais, Young Ireland, cherche à rétablir, par des moyens pacifiques et démocratiques, l’indépendance de l’Irlande que l’Angleterre a mise sous sa coupe en 1800. Lorsque Patrick Whelan arrive à Dublin, le groupe n’a cependant pas réussi à faire avancer sa cause. Les membres du mouvement frustrés par le manque de progrès créent alors un groupe plus radical baptisé la Fenian Brotherhood. Baptisés en mémoire des Fianna Eirionn – anciens guerriers irlandais –, les fenians aspirent à gagner l’indépendance par la révolution.

Patrick Whelan rejoint alors l’Angleterre où il trouve une nouvelle fois du travail comme tailleur. En 1865, année qui verra se matérialiser un soulèvement fenian aussi violent que futile, Patrick Whelan rejoint un grand nombre de ses compatriotes qui partent au Canada en quête d’une vie meilleure et pour fuir la crise économique et les troubles politiques irlandais. Il débarque à Québec et y exerce quelque temps son métier avant de déménager à Montréal. Il aime les chevaux, le tir sportif, la danse et l’alcool, mais il contribue aussi à sa nouvelle ville d’adoption en se joignant à la compagnie de cavalerie volontaire de Montréal au début de 1866.

Soutien de la cause feniane

Les troubles politiques irlandais traversent l’Atlantique avec les immigrants. Un certain nombre de régiments irlando-américains s’illustrent au combat par leur bravoure durant la guerre de Sécession américaine (1861–1865). Une fois la guerre terminée, les dirigeants fenians s’efforcent d’utiliser leur expérience militaire pour leurs propres intérêts. Près de 10 000 anciens combattants de la guerre de Sécession font allégeance à la cause feniane et souscrivent à l’idée d’envahir et de capturer les colonies de l’Amérique du Nord britannique en échange de l’indépendance de l’Irlande. Le passage de la frontière par les fenians en 1866, au Nouveau-Brunswick, reste un incident mineur (voir Raids des fenians), mais la bataille de juin à l’extérieur de Ridgeway, près de Fort Erie, fait un grand nombre de victimes (voir Bataille de Ridgeway).

L’unité de cavalerie de Patrick Whelan ne joue aucun rôle dans les raids des fenians, mais sa sympathie à l’égard de ces derniers est trahie lorsqu’il tente de persuader un soldat britannique de rejoindre les fenians, ce qui mène à son arrestation. Il est finalement remis en liberté, le soldat sollicité étant la seule personne à pouvoir témoigner de la conversation. À l’époque des raids menés par les fenians, Patrick Whelan aurait été présent à Buffalo, dans l’État de New York, le centre d’activité des fenians aux États-Unis. Il travaille ensuite comme tailleur à Hamilton avant de déménager à Montréal. C’est dans cette ville qu’il épouse Bridget Boyle, une femme d’environ 30 ans son aînée. Il fréquente alors un groupe de nationalistes irlandais baptisé St. Patrick’s Society. Durant l’automne 1867, il déménage avec sa femme à Ottawa où il travaille pour le tailleur Peter Eagleson, un soutien bien connu de la cause des fenians.

Assassinat de Thomas D’Arcy McGee

Thomas D’Arcy McGee immigre à Boston à l’âge de 17 ans et est codirecteur de la rédaction d’un journal qui soutient le nationalisme irlandais. Les dirigeants du mouvement « Young Ireland » demandent à Thomas D’Arcy McGee de retourner en Irlande et d’y défendre l’émancipation irlandaise dans ses écrits. Il fait aussi partie de ceux qui, en 1848, essaient de faire éclater une révolution visant à instaurer une république irlandaise indépendante. L’échec de ces efforts amène Thomas D’Arcy McGee à rentrer aux États-Unis, puis, en 1857, à Montréal. Quelques mois plus tard, le journaliste, poète, auteur et orateur de talent est élu à l’Assemblée législative canadienne.

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Thomas D'Arcy McGee, Ottawa 1867-68 (avec la permission de Biblioth\u00e8que et Archives Canada, PA-042396).

En 1864, Thomas D’Arcy McGee est déjà un membre influent du Cabinet canadien qui s’illustre aussi lors des conférences de Charlottetown et de Québec qui vont mener à la Confédération en 1867. Ses opinions politiques ont par ailleurs évolué et il commence à prendre parti contre le nationalisme irlandais et le mouvement fenian dans ses écrits et ses discours. En 1868, son proche ami, le premier ministre sir John A. Macdonald, le considère comme un possible successeur. La popularité et l’influence de Thomas D’Arcy McGee sont cependant sur le déclin, de nombreux Irlando-Canadiens le percevant comme un traître.

Le 7 avril 1868, le discours de soirée sur l’avenir du Canada que prononce Thomas D’Arcy McGee devant la Chambre des communes suscite des applaudissements fournis. La Chambre ajourne juste après 2 h du matin et Thomas D’Arcy McGee prend le chemin de son domicile à pied. Il traverse les pelouses de la colline du Parlement puis les deux pâtés de maisons qui le séparent de sa pension sur la rue Sparks. Alors qu’il cherche ses clefs, un assassin surgit derrière lui et lui tire une balle de calibre .32 dans la nuque. Il meurt sur le coup (voir aussi L’assassinat de Thomas D’Arcy McGee).

Enquête, arrestation et procès

Dans l’heure qui suit, l’enquêteur de police Edward O’Neill est sur l’affaire. On suspecte alors que l’assassin est probablement un fenian. Le portier de la Chambre des communes conseille à Edward O’Neill d’arrêter « le tailleur à moustache blond-rouge » qui travaille chez Eagleson. Edward O’Neill connaît bien la communauté irlandaise et comprend qu’il s’agit de Patrick Whelan.

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Ce dernier est arrêté moins de 20 heures après le crime. La fouille de son logement à l’hôtel Michael Starr révèle un grand nombre de publications nationalistes irlandaises et fenianes. La police trouve plusieurs copies d’Irish American et plusieurs cartes de membre vierges d’appartenance à des groupes nationalistes irlandais, des indices qui suggèrent que Patrick Whelan distribuait cette littérature et recrutait de nouveaux membres. La police trouve aussi sur place le revolver Smith & Wesson de calibre .32 de Patrick Whelan. Une balle a récemment été introduite dans le barillet et des signes montrent que l’arme a servi récemment. Le 9 avril, Patrick Whelan est accusé du meurtre de Thomas D’Arcy McGee.

Avis de recherche pour l'assassin de Thomas D'Arcy McGee, 7 avril 1868.

Les enquêteurs suspectant que le meurtre résulte d’un complot des fenians, ils arrêtent 40 autres personnes qu’ils considèrent suspectes, notamment le patron de Patrick Whelan, le propriétaire de son logement, un certain nombre de ses amis et plusieurs fenians connus de Toronto et de Montréal. Toutes ces personnes seront plus tard acquittées.

Le procès de Patrick Whelan débute en septembre. Il fait l’objet d’une importante médiatisation au Canada et à l’étranger. Les journaux présentent Patrick Whelan comme « le tailleur aux moustaches rouges ». Celui-ci arrive au tribunal dans un costume vert et une veste blanche.

Selon plusieurs témoignages, Patrick Whelan aurait été vu deux fois à l’extérieur de la pension de Thomas D’Arcy McGee dans les jours qui ont précédé le meurtre. On l’a aperçu la nuit précédente, anxieux et nerveux, sur la Colline du Parlement et dans la galerie de la Chambre des communes, son revolver en poche, alors qu’il assistait au discours final de Thomas D’Arcy McGee. Il est mentionné que Patrick Whelan a confié plusieurs fois vouloir tuer Thomas D’Arcy McGee. Un prisonnier qui occupe la cellule en face de celle de Patrick Whelan témoigne que celui-ci lui a confessé qu’il regrette d’avoir tiré sur Thomas D’Arcy McGee. Un autre homme témoigne qu’il a vu le meurtre se dérouler et qu’il est sûr que Patrick Whelan est l’assassin, son témoignage étant cependant confus sur certains points.

Les avocats de la défense parviennent à mettre en évidence des lacunes dans les versions rapportées par les témoins oculaires et la plus grande partie des autres témoignages. Mais les preuves circonstancielles jouent manifestement toutes contre Patrick Whelan, qui est appelé à la barre au dernier jour du procès. Habillé tout en noir, il déclare ne pas être un fenian et avoir une grande admiration pour Thomas D’Arcy McGee. Il conclut par ces mots : « On me prend aujourd’hui pour un sombre assassin. Ça m’est insupportable. Je suis innocent. Je n’ai jamais fait couler le sang de cet homme ».

Après plusieurs heures de délibération, le jury reconnaît Patrick James Whelan coupable du meurtre de Thomas D’Arcy McGee. Il est condamné à être pendu (voir Peine capitale). L’accusé interjette appel de sa condamnation devant la Cour du Banc de la Reine de l’Ontario, mais en vain. Un second appel est rejeté par la cour d’appel de l’Ontario en janvier 1869.

Pendaison de Patrick James Whelan

Patrick Whelan croupit dix mois dans la cellule numéro quatre de la prison du comté de Carleton, à Ottawa. La veille du jour prévu pour sa pendaison, il écrit une lettre de trois pages adressée à sir John A. Macdonald. Comme il l’a fait devant la cour, il y déclare être un sujet britannique loyal, n’avoir jamais été un fenian et n’avoir pas tiré sur Thomas D’Arcy McGee. Sa lettre ne reçoit aucune réponse.

Patrick Whelan termine son dernier repas le matin du 11 février 1869. La potence est prête. Les mains de Patrick Whelan sont liées dans son dos et on le fait monter doucement les quelques marches en bois qui mènent à la potence. Une foule de 5 000 personnes est massée, muette. Certaines personnes raconteront plus tard qu’avant d’être pendu, Patrick Whelan aurait admis connaître la personne qui a tué Thomas D’Arcy McGee, mais aurait soutenu n’avoir pas tiré le coup de feu lui-même. Juste avant que la cagoule soit descendue sur sa tête, Patrick Whelan prononce ses dernières paroles : « Je suis innocent ».

Importance et héritage

Le revolver utilisé pour assassiner Thomas D’Arcy McGee est maintenant exposé au Musée canadien de l’histoire. L’arme, qui avait disparu de la circulation pendant plus d’un siècle, a été retrouvée en octobre 1973. Le musée l’a acquise lors d’une vente aux enchères en 2005. Dans les années 1970, les experts en balistique ont été incapables d’établir un lien entre cette arme et le meurtre (la balle qui a tué Thomas D’Arcy McGee avait été retrouvée, logée dans le cadre de la porte d’entrée de son logement).

La prison du comté de Carleton à Ottawa est devenue un hôtel où les gens viennent passer la nuit et écouter des histoires de fantôme, notamment celle du fantôme de Patrick Whelan qu’aurait été aperçu dans sa vieille cellule, en train d’écrire sa lettre à sir John A. Macdonald. En août 2002, les descendants de la famille de Patrick Whelan se sont rassemblés près de l’hôtel, à l’endroit où le supplicié a été enterré, et ont proclamé son innocence. Un prêtre a prononcé une courte prière. Une petite quantité de terre a été prélevée, mise dans une boîte et emmenée à Montréal, où elle a été déposée près de la veuve de Patrick Whelan, Bridget, dans le cimetière de Notre-Dame-des-Neiges. La dépouille de Thomas D’Arcy McGee est enterrée dans ce même cimetière.