Développement durable

  Le terme développement durable est souvent défini comme un développement qui « répond aux besoins d'aujourd'hui sans compromettre la possibilité des générations futures de répondre à leurs propres besoins ». Ce terme est mis de l'avant pour la première fois par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN) dans le cadre de sa Stratégie mondiale de la conservation (1980). La définition et le concept aujourd'hui populaires du terme développement durable sont élaborés et popularisés en 1987 dans le rapport intitulé Our Common Future de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (CMED) de l'Organisation des Nations Unies présidée par le président de la Norvège Gro Harlem Brundtland. Le Canadien James McNeill joue un rôle important lors de la tenue des travaux de la CMED en tant que secrétaire général de la Commission Brundtland.

La CMDE est formée pour étudier les principaux enjeux associés à l'environnement et au développement et pour mettre en place des idées adéquates et innovatrices pour les gérer. Le développement durable est proposé pour répondre à ce défi. Le développement durable repose sur la prise de conscience, dans la poursuite d'objectifs, que l'économie et l'environnement sont d'égale importance et interdépendants.

Bien que la remédiation des tensions économiques et environnementales soit vue comme l'essence du développement durable, il doit aussi prendre en compte les besoins sociaux. La prise de conscience des besoins de l'homme mène à la conclusion qu'il existe trois aspects interdépendants et fondamentaux souvent appelés « piliers » du développement durable : la protection de l'environnement, le développement économique et le développement social. L'importance de ces trois aspects est le premier élément clé du développement durable.

L'approche optimiste du développement durable permet de mettre de l'avant et d'améliorer les méthodes d'aménagement environnementales, sociales et économiques. Elle met également en évidence la nécessité de nouvelles innovations technologiques adaptées, même si les tenants de cette approche soulignent la nécessité d'éviter les effets inattendus ou désastreux de la technologie. Dans Silent Spring, Rachel Carson illustre ce risque avec l'image du « ruisseau silencieux », où on ne peut entendre le chant des oiseaux qui ont tous été tués par l'usage non contrôlé de la technologie, en l'occurrence les pesticides. La Commission Brundtland insiste sur le fait que, puisque l'environnement, l'économie et la société sont intimement liés, les acteurs du développement doivent adopter une approche technique de l'AMÉNAGEMENT DE L'ENVIRONNEMENT. L'importance relative de chacun des trois piliers est toutefois difficile à déterminer. Traditionnellement, les intérêts économiques priment dans les décisions concernant le développement. Certains affirment que la définition de ce terme est vague et laisse place à interprétation. On affirme aussi que les mots durable et développement sont, en réalité, contradictoires.

Le deuxième aspect fondamental du développement durable consiste à réduire la pauvreté et à s'assurer que les besoins essentiels de l'homme d'aujourd'hui et de demain seront comblés. Les études menées par la CMDE démontrent que les populations pauvres ont plus de difficulté à contrer les effets de la détérioration de l'environnement que les populations riches et puissantes. La Commission Brundtland affirme que les problèmes intergénérationnels et la pauvreté peuvent être résolus en encourageant davantage le développement des pays du tiers-monde, qui se traduirait par une hausse du revenu par habitant. Cette proposition est empreinte de bonnes intentions, mais on doute qu'elle soit fondée sur la logique.

Le troisième aspect majeur du développement durable est la certitude que la croissance de l'économie et des populations a ses limites. La croissance économique sera freinée par l'épuisement des ressources. La limite à l'accès à une ressource en particulier ne sera pas nécessairement causée par l'augmentation de son coût, mais plutôt par la diminution des profits réalisés par la vente de celle-ci. Toutefois, le courant de pensée optimiste du développement durable prétend que la technologie et l'avancement de la science contribueront à prolonger la durabilité des ressources. L'accroissement des populations, trop rapide, doit être freiné. La CMDE endosse les arguments voulant que les gouvernements mettent en place des politiques de planification des naissances. Cependant, elle inclut le facteur d'accès aux ressources dans son analyse des causes de la surpopulation et des solutions à ce problème. Par conséquent, il est essentiel de réduire la pauvreté en permettant aux pauvres d'accéder aux ressources et, par la suite, de les aider à en améliorer la gestion par l'éducation, la formation et la transmission du savoir. Le rôle essentiel des femmes dans tous les aspects de la vie et de la planification des naissances doit aussi être pris en considération.

Après le travail de la CMDE, on tient la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED) en 1992 et le Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) en 2002. Ces événements sont convoqués, en partie, pour évaluer la mise en œuvre du développement durable dans le monde. C'est le premier de ces événements qui est le plus constructif. Le Canadien Maurice STRONG est le secrétaire général de la Conférence des Nations-Unies sur l'environnement humain en 1972, lors de laquelle il occupe un rôle de premier plan. Il est ensuite nommé premier directeur général du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

Sur la scène internationale, la mise en œuvre des composantes du développement durable est lente. L'écart grandissant entre les pays pauvres et les pays riches ainsi que la dégradation de l'environnement le prouvent.

L'adoption du concept par le Canada

Le rapport du CONSEIL DES SCIENCES DU CANADA intitulé Natural Resource Policy Issues in Canada et publié en 1973 est un signe avant-coureur du développement durable au Canada. On peut y trouver l'expression « société de conservation » pour décrire ce que le Conseil des sciences du Canada croit être une des solutions pouvant régler les problèmes environnementaux de l'époque. Selon le Conseil, le Canada, plutôt que de consommer ses ressources, devrait les utiliser judicieusement et efficacement et réduire sa production de déchets. Les principes de la SOCIÉTÉ DE CONSERVATION et du développement durable sont très similaires.

Comme c'est le cas avec les principes de la société de conservation, le Canada et les autres pays sont lents à appliquer les principes du développement durable. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie est mise sur pied par le gouvernement fédéral en 1988. Ce forum de discussion produit plusieurs rapports, mais il est difficile de mesurer ses effets tangibles. Le gouvernement canadien lance d'autres initiatives importantes : le développement de stratégies vertes par ses ministères, sa participation à plusieurs conférences internationales et ententes, dont la CNUED, l'adoption de la Loi sur le développement durable (2008). Ces initiatives se concentrent surtout sur les interactions de l'environnement et de l'économie, il est toutefois difficile d'évaluer concrètement leurs efficacités. De plus, ces initiatives n'offrent aucune solution aux problèmes de la pauvreté et au manque de ressources pour les citoyens du Canada et des pays étrangers.

Le nombre d'initiatives varie considérablement d'une province à l'autre. L'action la plus concrète pour atteindre les objectifs de développement durable est probablement l'imposition par la Colombie-Britannique d'une « écotaxe » sur le carburant. Cette stratégie utilise clairement un argument financier pour changer le comportement du consommateur. Toutes les provinces ont considéré ou mis en place des politiques d'« énergie verte » et certaines envisagent même de hausser les tarifs d'électricité pendant les périodes de pointe afin de diminuer la demande. Les gouvernements discutent beaucoup de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais peu d'actions sont entreprises dans ce sens.

La Fédération canadienne des municipalités (FCM) choisit également la voie du développement durable. Elle préconise la lutte contre le CHANGEMENT DE CLIMAT et pour l'amélioration de la qualité de l'air et de l'eau. Un rapport de la FCM fait état de l'empreinte écologique des grandes municipalités canadiennes. Selon ce document, 7 ha de terre et d'océan sont nécessaires en moyenne pour supporter la consommation d'un Canadien aujourd'hui. Ces empreintes varient selon la municipalité : de presque 7 ha (p. ex. Ville de Québec) à 10 ha par personne (Calgary). En comparaison, la capacité moyenne disponible par habitant dans le monde est présentement de 1,7 ha, et plus la population mondiale augmentera, plus ce chiffre diminuera. Ces données démontrent clairement l'iniquité existante dans la distribution des ressources et la nécessité d'appliquer les principes de développement durable sans tarder.