Siksika (Pieds-Noirs)

Les Siksika, aussi connus sous l’appellation de Pieds‑Noirs, sont l’une des trois nations qui composent la Confédération des Pieds‑Noirs. (Les deux autres sont les Piikani et les Kainai.) Dans la langue des Pieds‑Noirs, Siksika signifie « Pieds‑Noirs ». En 2018, la nation des Siksika dénombre 7 497 membres inscrits, 4 095 d’entre eux vivant dans une réserve en Alberta.



Aînés Pieds-Noirs
Des aînés pieds-noirs à l’ouverture du village traditionnel indien au Stempede de Calgary, en Alberta (une cérémonie siksika se tient quotidiennement). Photo prise le 10 juillet 2005. (© Jeff Whyte/Dreamstime)

Population et territoire

Territoire traditionnel de Siksika.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Territoire traditionnel des Siksika.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Installés sur un territoire autour des rivières Battle, Saskatchewan Nord et Red Deer, les Siksika constituaient, parmi les nations de la Confédération des Pieds-Noirs, celle qui occupait la position la plus septentrionale. Pendant la période de la traite des fourrures, leur territoire s’étendait également au sud jusqu’à la rivière Missouri dans le Montana. Aujourd’hui, les Siksika occupent une réserve en Alberta située à quelque 80 km à l’est de Calgary et à 3 km au sud de la Route transcanadienne. En 2018, 4095 des 7497 Siksika inscrits vivent sur une réserve. Dans le recensement de 2016, 22 490 personnes déclarent être de descendance siksika.

Vie avant le contact avec les Européens

Pieds-Noirs
Pendant l'époque nomade, les Pieds-Noirs sont chasseurs de bisons et guerriers (avec la permission des Provincial Archives of Alberta).
Siksikas (Pieds-Noirs)
Chef Black Plume avec son épouse et son enfant, 1926
Utilisation du bison
Cette illustration montre de quelle façon les Indiens des Plaines, comme les Pieds-Noirs, les Gens du Sang, les Dakotas Peigans et les Sarsis, dépendent entièrement du bison (oeuvre de Gordon Miller).
Canaliser le troupeau de bisons
Avant de posséder des chevaux, les populations des plaines, comme les Pieds-Noirs, avaient recours à des tactiques pour canaliser le troupeau de bisons en direction d'une falaise (oeuvre de Gerald Lazare).
Chasse aux bisons : saut de bison
Pied-Noir guidant le bison vers le saut de bison (oeuvre de Gerald Lazare).

Avant l’arrivée des Européens, les Siksika étaient des guerriers pratiquant la chasse au bison. À l’instar des autres peuples membres de la Confédération, il s’agissait de sociétés de guerriers régies par des règles strictes qui entraient souvent en conflit avec leurs rivaux comme les Cris et les Assiniboines. Ils s’en remettaient exclusivement à la chasse pour leur subsistance, et avaient créé une culture étroitement liée aux exigences et à la disponibilité des bisons. Les clans et les groupes se déplaçaient d’un terrain de chasse à l’autre, capturant les bisons en les poursuivant jusqu’à ce qu’ils tombent dans des précipices. Comme les autres peuples autochtones des Plaines, les Siksika se servaient de travois — un assemblage de type traîneau habituellement tiré par des chiens ou des chevaux domestiqués — pour transporter leurs biens, notamment leurs campements de tipis d’une grande mobilité. On estime qu’au 18siècle, leur population atteignait environ 18 000 personnes. Toutefois, elle sera largement décimée par l’introduction de maladies venues d’Europe.

Culture

La culture des Siksika est transmise de génération en génération par la tradition orale. Entre autres caractéristiques, elle repose sur les sueries, sur la danse du soleil, sur l’utilisation de bourses sacrées et sur d’autres moyens de purification du corps et de l’âme. Bien que diverses politiques d’assimilation mises en place par le gouvernement, comme la Loi sur les Indiens et les pensionnats, menacent voire rendent hors la loi la pratique de certaines cérémonies culturelles, la culture siksika a survécu jusqu’à aujourd’hui.

Langue

De souche linguistique algonquienne, les Siksika parlent la même langue que les Kainai et les Piikani, avec quelques légères variations dialectiques. Dans le recensement de 2016, 5565 personnes s’identifient comme locutrices d’une langue des Pieds-Noirs, dont 98,7 % vivent en Alberta. Cependant, ce nombre n’indique pas le niveau de maîtrise des locuteurs. Comme la langue est considérée en danger, des écoles et des programmes linguistiques visent à préserver et à promouvoir la langue siksika. (Voir aussi Confédération des Pieds-Noirs : Langue; Langues autochtones au Canada.)

Religion et spiritualité

Avant l’arrivée des missionnaires, les Siksika maintiennent un système de croyances religieuses et pratiquent des cérémonies spirituelles propres à leur culture. La danse du soleil était (et est toujours) l’une de leurs plus importantes pratiques culturelles et spirituelles. Bien que l’arrivée des missionnaires chrétiens, dans les années 1870, marque l’introduction de changements importants au mode de vie et à la spiritualité des Siksika, la tradition orale contribue à garder vivantes de nombreuses croyances traditionnelles jusqu’à aujourd’hui. Les sites archéologiques Head Smashed In Buffalo Jump, Writing-On-Stone et Badger-Two Medicine, au sud du parc national des Glaciers, font partie de leurs lieux sacrés.

Récits de la création

Le récit de la création des Pieds-Noirs prend place à Badger-Two Medicine, sur le territoire de ce qui est aujourd’hui le Montana, aux États-Unis. Bien que les versions du récit divergent selon la tribu, les Siksika croient généralement que N’api (aussi connu comme « le Vieil Homme » ou « le Créateur ») a créé les humains, les animaux, les plantes et toute forme de vie sur la terre dont il est partie intégrante de toute éternité. Ils pensent que N’api est l’incarnation de la lumière, et le considèrent, à ce titre, comme l’origine du jour et de la vie. Comme dans d’autres religions autochtones, le Créateur n’est ici ni humain ni sexué. Depuis le début des années 1980, les Blackfeet du Montana tentent de protéger Badger-Two Medicine d’une concession pétrolière et gazière controversée, menaçant ce site sacré et ses ressources naturelles. En mars 2016, le gouvernement américain annule cette concession.

Contacts avec les Européens

En raison de leur proximité avec les forêts à fourrure du Nord, il est plausible que les Siksika aient été les premiers membres de la Confédération à rencontrer des négociants en fourrure et à traiter avec eux. Il est possible que, de ce fait, le nom de Pieds‑Noirs ait été attribué à l’ensemble des nations de la Confédération. Les Siksika étaient surtout en contact avec les négociants britanniques. Toutefois, étant donné que leur territoire s’étendait au sud jusqu’à la rivière Missouri, ils commerçaient également avec les marchands américains. À la fin du 19e siècle, la population des Siksika atteint environ 18 000 personnes. Toutefois, elle sera décimée par la guerre et les épidémies nées d’un contact prolongé avec les Européens. Au 19siècle, l’influence grandissante de la colonie européenne conduit à la destruction des troupeaux de bisons, privant ainsi les Siksika de leur moyen de subsistance traditionnel. Dans ce contexte, la famine et la maladie se propagent rapidement, et imposent la mise en place d’une solution pour protéger les terres, les personnes et les ressources : ce seront les traités et les réserves. (Voir aussi Traités autochtones au Canada).

Traités et réserves

Crowfoot
Crowfoot, chef des Pieds-Noirs, 1887 (avec la permission des Archives du Glenbow/NA-3700-3).

En 1877, Crowfoot, le légendaire chef des Siksika négociateur de la paix, signe le Traité no 7 conjointement avec plusieurs autres Premières Nations. (Voir aussi Traités numérotés.) Les Siksika sont alors contraints d’occuper une réserve à Blackfoot Crossing, à l’est de Calgary, plusieurs d’entre eux devenant agriculteurs ou éleveurs, d’autres trouvant un emploi dans les mines de charbon sur la réserve.

S’il est vrai que la création de réserves met effectivement fin aux guerres intertribales, elle porte également un coup fatal au mode de vie traditionnel des Siksika. Privée de la possibilité de chasser le bison, la Confédération des Pieds-Noirs connaîtra les pires difficultés pour survivre dans les réserves. Les historiens se réfèrent généralement à l’hiver 1883-1884 comme à « l’hiver de la famine », en raison du manque de nourriture généralisé qui sévit alors dans la Confédération.

Face aux pressions du gouvernement fédéral et des promoteurs, les Siksika vendent, en 1910, une superficie importante de leur réserve. Les sommes ainsi perçues sont détenues en fiducie par le gouvernement, qui gère la construction de nouvelles habitations, l’achat d’équipements agricoles, le paiement régulier des intérêts, l’approvisionnement alimentaire et les autres services. Toutefois, cet accord ne s’avère pas avantageux, et les Siksika réussissent à démontrer, en 1930, qu’il aurait été préférable pour eux de conserver leurs possessions pour y conduire des activités économiques plutôt que de recevoir des intérêts en paiement de l’argent détenu en fiducie. Lorsque ces ententes deviennent obsolètes, les Siksika continuent de militer pour l’autonomie, l’autodétermination et un traitement équitable de la part du gouvernement. (Voir aussi Droits des Autochtones au Canada; Autonomie gouvernementale des Autochtones au Canada.)

Vie contemporaine

La nation des Siksika est représentée par un chef et un conseil élus, ainsi que par l’intermédiaire de la Société de gestion du Traité no 7, qui conseille les nations signataires et défend leurs intérêts.

Cette société a formulé, avec plus ou moins de succès, plusieurs revendications territoriales et de reconnaissance des droits des Autochtones, comprenant le droit à l’autodétermination et à l’autonomie gouvernementale. La nation des Siksika gère de nombreux services qui mettent l’accent sur leurs traditions, notamment des écoles, des installations de santé et de bien-être, et des programmes sociaux et des services spécialisés dans la gestion du territoire et l’exploitation des ressources. Le différend du barrage de Bassano a par exemple abouti, en 2010, à une entente octroyant aux Siksika une somme de 53,4 millions de dollars pour le transfert illégal en 1910 par le Canada de terres appartenant à la réserve au Canadien Pacifique en vue de la construction du barrage. La revendication territoriale de Castle Mountain qui, ayant commencé en 1960, n’est toujours pas close illustre la longueur du traitement inhérente à ce type d’affaires. En 2016, les Siksika votent pour un accord de renoncement à cette revendication contre une indemnisation de 123 millions de dollars.

En 2014, les Siksika rejoignent d’autres Premières Nations en signant le Traité Iinii (ou Traité du bison), notamment la nation des Blackfeet, la nation des Piikani, la nation des Kainai, les Assiniboines et les tribus des Gros Ventres de la réserve de Fort Belknap, les Assiniboines et les tribus des Dakota (Sioux) de la réserve de Fort Peck, les tribus confédérées des Salish et des Kootenai (voir aussi Salish de la côte et Salish du continent) et la nation des Tsuut'ina. En 2015, la nation des Stoneys-Nakodas et la nation des Cris de Samson signent ce traité ouvert à d’autres Premières Nations du Canada et des États-Unis. Entre autres questions, les signataires conviennent d’unir le pouvoir politique des nations autochtones des plaines du Nord, d’œuvrer pour la protection du bison et de renforcer les relations traditionnelles avec leurs terres.


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