Carrie Best

Carrie Mae Best (née Prevoe), O.C.,O.N.S., LL.D., militante pour les droits de la personne, auteure, journaliste, éditrice et animatrice de radio(née le 4mars 1903 à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse ; décédée le 24 juillet 2001 à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse). Suite à des incidents dediscrimination raciale, Carrie Best est devenue militante pour les droits civils. Cofondatrice du journal The Clarion, un des premiers journaux de la Nouvelle-Écosse possédés et publiés par des Canadiens noirs, Carrie Best a utilisé cette plateforme pour défendre les droits des Noirs. En tant que rédactrice, elle a soutenu publiquement Viola Desmondlors de son procès contre le Roseland Theater. Carrie Best a utilisé sa voix à la radio et dans la presse écrite pour apporter un changement positif à la société de la Nouvelle-Écosse et du Canada.

Carrie Mae Best (née Prevoe), O.C.,O.N.S., LL.D., militante pour les droits de la personne, auteure, journaliste, éditrice et animatrice de radio(née le 4mars 1903 à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse ; décédée le 24 juillet 2001 à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse). Suite à des incidents dediscrimination raciale, Carrie Best est devenue militante pour les droits civils. Cofondatrice du journal The Clarion, un des premiers journaux de la Nouvelle-Écosse possédés et publiés par des Canadiens noirs, Carrie Best a utilisé cette plateforme pour défendre les droits des Noirs. En tant que rédactrice, elle a soutenu publiquement Viola Desmondlors de son procès contre le Roseland Theater. Carrie Best a utilisé sa voix à la radio et dans la presse écrite pour apporter un changement positif à la société de la Nouvelle-Écosse et du Canada.


Carrie Best
Carrie Best, timbre de poste, Canada: 59 cents, 1 février 2011.
© Postes Canada, 2011, image de Bibliothèques et Archives Canada


Jeunesse

Carrie Best grandit à New Glasgow en Nouvelle-Écosse, à une époque où la discrimination raciale sévit. Bien que la discrimination soit moins prononcée au Canada qu’aux États-Unis, elle est toute aussi destructrice et humiliante. Les parents de Carrie Best, James et Georgina (Ashe) Prevoe, l’encouragent, elle et ses deux frères, à étudier l’histoire afro-canadienne et à être fiers de leur héritage noir. Bien qu’ils n’aient pas bénéficié eux-mêmes d’une bonne scolarisation, les parents de Carrie Best soulignent l’importance d’une bonne éducation.

Une enfant intelligente, Carrie Best rédige ses premiers poèmes à quatre ans. Adolescente, elle soumet souvent ses lettres d’opinion aux rédacteurs des journaux locaux. Insatisfaite des stéréotypes racistes illustrés dans les livres populaires et dans la culture locale, elle recherche des œuvres de poètes et d’historiens afro-américains.

Observant la force et la dignité calmes de sa mère, Carrie Best sait dès un jeune âge qu’elle n’acceptera pas les restrictions auxquelles les Noirs sont soumis. Les choix de carrière pour les jeunes femmes sont en général limités, mais encore moins d’options sont disponibles pour les femmes non blanches. Carrie Best songe à devenir infirmière, mais aucune école canadienne n’accepte les candidates afro-canadiennes. Elle n’est pas intéressée par une carrière d’enseignante dans l’une des écoles ségréguées de la Nouvelle-Écosse. Et elle refuse d’être domestique et de faire du ménage pour qui que ce soit d’autre qu’elle-même.

Le 24 juin 1925, Carrie épouse Albert Theophilus Best, un porteur de wagons-lits. Ils ont un fils, James Calbert Best, et hébergent plus tard plusieurs enfants en tant que famille d’accueil : Berma, Emily, Sharon et Aubrey Marshall.

Cinéma Roseland

En décembre 1941, Carrie Best apprend que plusieurs étudiantes du secondaire ont été expulsées de force du cinéma Roseland à New Glasgow. Les adolescentes noires ont essayé de s’asseoir dans la section « réservée aux Blancs » de la salle de cinéma. Carrie Best est indignée. Elle argumente vigoureusement contre la politique raciste du cinéma Roseland auprès du propriétaire, Norman Mason, en personne et par lettre, mais ses arguments tombent dans l’oreille d’un sourd. Il est donc temps pour Carrie Best d’aller au cinéma.

Quelques jours plus tard, Carrie Best, âgée de 38 ans, et son fils Calbert essaient d’acheter des billets au parterre du cinéma. Le caissier leur émet des billets pour le balcon, la section réservée aux clients noirs. Laissant les billets sur le comptoir, la mère et son fils entrent dans la salle. Lorsque le directeur adjoint leur demande de partir, Carrie Best refuse et la police est appelée. Carrie Best est tirée de son siège de façon brutale par l’officier, et elle et son fils sont accusés d’avoir troublé la paix. Tous les deux sont jugés coupables et condamnés à une amende. Carrie Best peut maintenant intenter une poursuite juridique contre le cinéma Roseland.

Carrie Best intente donc une pour suite civile spécifiant la discrimination raciale, et elle réclame des dommages-intérêts pour voies de fait et coups et blessures ainsi que pour des dommages à son manteau et une rupture de contrat. Norman Mason et la Roseland Theatre Company Ltée allèguent que la mère et le fils sont des intrus sans billets. La cause est entendue le 12 mai 1942, et est un échec : le droit du propriétaire d’exclure quiconque prend le dessus sur la question plus vaste du racisme. Le juge ne fait pas qu’ignorer la discrimination, il ordonne également à Carrie Best de couvrir les dépenses du défendeur.

LE SAVIEZ-VOUS?
En 1939, la Cour suprême du Canada a statué dans l’affaire Fred Christie que les entreprises privées ont le droit de discriminer sous la base de la liberté du commerce. En juillet 1936, Fred Christie et deux amis se sont rendus à la taverne York, affiliée au Forum de Montréal, pour y boire une bière. Le personnel, toutefois, refuse de les servir sous prétexte que Christie est noir. Fred Christie intente donc une poursuite éventuellement entendue devant la Cour suprême, qui juge que la taverne York a le droit de refuser d’offrir ses services sur la base de la race. Cette décision tient pendant des décennies, et ce, malgré le fait que les gouvernements provinciaux et le Parlement canadien ont commencé à interdire la discrimination dans la prestation de biens et services privés après la Deuxième Guerre mondiale. En 1975, le Québec implante sa Charte des droits et libertés et empêche enfin les tavernes de discriminer leurs clients selon la couleur de leur peau.


Carrie Best avec « The Clarion »

Appel lancé par The Clarion

Malgré l’échec de son procès contre Norman Mason et le cinéma Roseland, Carrie Best ne se laisse pas abattre. Les problèmes persistants de racisme et de ségrégation seront bientôt traités sur la place publique par quelque chose de bien plus puissant que le système juridique : Carrie Best lance un journal.

En 1946, elle et son fils Calbert fondent The Clarion, un des premiers journaux en Nouvelle-Écosse détenus et publiés par des Noirs canadiens. The Clarion est initialement un journal grand format de 20 centimètres par 25 centimètres, il fait état des sports, des nouvelles, des activités sociales, et d’autres événements importants. Incorporé en 1947, le journal met l’accent sur de meilleures relations raciales. Pendant une décennie, il couvre de nombreuses questions importantes et se porte à la défense des droits des Noirs. En 1956, il est rebaptisé The Negro Citizen et commence à circuler au niveau national.

LE SAVIEZ-VOUS?
Le premier journal néo-écossais détenu et publié par des Canadiens noirs est The Atlantic Advocate, diffusé mensuellement de 1915 à 1917. Consacré aux « intérêts des personnes de couleur du Dominion », Le Atlantic est le fruit du travail de Miriam A. DeCosta, de Wilfred A. DeCosta et du Dr Clement Courtenay Ligoure, tous des immigrants antillais s’étant établis à Halifax. Entre autres enjeux, le journal promeut le recrutement du 2e Bataillon de construction, dont fait partie Wilfred DeCosta. Dr Ligoure, diplômé de la faculté de médecine de l’ Université Queen’s, fonde une clinique privée à domicile, dans le nord de Halifax. Il y traitera les victimes de l’explosion d’Halifax en 1917. La même année, la publication du Atlantic prend fin.


Viola Desmond

En 1946, Viola Desmond, une jeune femme d’affaires noire de Halifax, se trouve dans une situation semblable à celle de Carrie et George Best au cinéma Roseland. Elle est esthéticienne, elle a sa propre gamme de produits ainsi qu’une prestigieuse école professionnelle de soins de beauté. Alors qu’elle attend que sa voiture soit réparée à New Glasgow, Viola Desmond décide d’aller voir un film.

Comme elle n’est pas résidente de New Glasgow, Viola Desmond n’est pas au courant de la politique non officielle de ségrégation de la ville. Lorsqu’elle achète son billet, on lui en émet un pour un siège situé au balcon. Elle demande de payer le supplément pour avoir une place au parterre, mais la caissière refuse de changer le billet. Néanmoins, Viola Desmond s’installe dans un siège au parterre pour regarder le film.

Le gérant s’approche de Viola Desmond et lui demande de quitter la section « réservée aux Blancs », mais elle refuse. La police arrive et la traîne dehors de force, lui causant des blessures corporelles et psychologiques. La dame d’affaires est non seulement accusée d’avoir fraudé le gouvernement en ne payant pas la taxe d’un sou, mais de plus, elle passe la nuit en prison. Viola Desmond est scandalisée et outrée par la politique discriminatoire de la ville.

Lors de son procès, Viola Desmond (qui n’a pas d’avocat) est jugée coupable et reçoit une amende de 26 $. Cependant, elle décide d’aller en cour d’appel et trouve une alliée forte en Carrie Best, qui met son histoire en évidence dans The Clarion et demande aux lecteurs de contribuer à un fonds pour aider Viola Desmond à couvrir ses frais judiciaires. Cependant, leurs efforts échouent. Les cinq juges de la Cour suprême de Nouvelle-Écosse rejettent l’affaire. La justice n’est accordée qu’en 2010, lorsque Viola Desmond obtient un pardon, mais à ce moment-là, elle est morte depuis 45 ans.

Viola Desmond on the Cover of The Clarion
le journal « The Clarion » : « Miss Viola Desmond Takes Action, » 1946.
(avec la permission de Nova Scotia Archives on Flickr)

Sur les ondes

Tout en publiant son journal, Carrie Best relève un autre défi. Elle est incapable de trouver un poste de radio à son goût, elle désire quelque chose d’apaisant et d’inspirant. Elle résout le problème en radiodiffusant sa propre émission, The Quiet Corner (le coin tranquille), qui débute en 1952 avec elle-même au micro.

Il n’y a pas de rock and roll bruyant dans The Quiet Corner. Entre des segments de musique classique et religieuse, Carrie Best divertit ses auditeurs en lisant les œuvres du poète américain Henry Wadsworth Longfellow et du poète afro-américain Paul Laurence Dunbar. Pendant 12 ans, l’émission répond à un besoin pour un auditoire passionné, avec quatre stations de radio dans les Maritimes.

Carrie Best sur les ondes
Best au microphone pendant la radiodiffusion de son émission de radio « The Quiet Corner ». Image : Carrie M. Best: A Digital Archive (by Sheryl Grant). Avec la permission de Berma Marshall.

Chroniqueuse des droits de la personne

En 1968, le journal Advocate de Pictou embauche Carrie Best pour rédiger une chronique hebdomadaire appelée « Human Rights » (droits de la personne), qui paraît jusqu’en 1975. La chroniqueuse utilise sa plume tranchante pour promouvoir les droits des Autochtones, améliorer les conditions de vie dans les réserves et faire progresser les droits civils fondamentaux pour tous.

Cependant, la communauté noire fait toujours face à de grandes inégalités. Entre autres choses, la plupart des résidents noirs de Vale Road et de ses rues avoisinantes à New Glasgow sont surtaxés dans le but de les forcer à vendre leurs propriétés pour faire place à un nouveau développement. Carrie Best mène une enquête approfondie et publie ses résultats dans sa chronique ; ces résultats deviennent également la base d’un rapport qu’elle soumet à la Commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse.

En 1975, la militante fonde la Kay Livingstone Visible Minority Women’s Society, une association qui fournit du financement pour l’éducation des femmes noires. Deux ans plus tard, à 74 ans, elle écrit son autobiographie, That Lonesome Road : The Autobiography of Carrie M. Best.

Honneurs

Les contributions substantielles de Carrie Best à la défense des droits de la personne sont reconnues aux niveaux provincial et fédéral. Le 18 décembre 1974, le gouverneur général la nomme membre de l’Ordre du Canada. L’honneur lui est décerné « au nom de la communauté noire de la Nouvelle-Écosse, en reconnaissance de son travail acharné en tant qu’écrivaine et animatrice de radio ». Cinq ans plus tard, elle est promue au rang d’officier de l’Ordre du Canada en reconnaissance de son dévouement envers les « défavorisés, sans égard à leur race, leur couleur, leurs croyances ou leur sexe, et en particulier envers son propre peuple de la communauté noire. »

Carrie Best devient docteure en 1975 lorsqu’elle reçoit un doctorat honorifique en droit (LL.D.) de l’Université St. Francis Xavier à Antigonish, en Nouvelle-Écosse. En 1992, l’Université de King’s College à Halifax lui décerne un doctorat honorifique en droit civil. Cette même université offre également une bourse de premier cycle aux étudiants afro-canadiens et autochtones canadiens, nommée bourse d’études Dre Carrie Best, en son honneur.

D’autres prix sont décernés à cette défenseure des droits de la personne, comme la médaille de la reine Elizabeth (1977), le Black Professional Women’s Group Award Certificate (1989), et le prix d’excellence en matière de relations raciales du ministre d’État au Multiculturalisme (1990) ; elle est également intronisée au Black Wall of Fame de la Nouvelle-Écosse (1980).

Le 24 juillet 2001, la Dre Best meurt paisiblement chez elle, dans son sommeil. En 2002, on lui remet, à titre posthume, l’Ordre de la Nouvelle-Écosse. En février 2011, la Société canadienne des postes émet un timbre sur lequel figure Carrie Best.


Lecture supplémentaire

  • Carrie Best, That Lonesome Road: The Autobiography of Carrie M. Best (1977).

Liens externes