Histoire des rôles de genre au Canada

Au fil des millénaires, les rôles de genre au Canada évoluent grandement. En général, ils s’avèrent plus souples dans les sociétés autochtones et plus stricts dans les communautés coloniales. Toutefois, même à l’ère coloniale, les rôles de genre ne sont pas aussi restrictifs que ce à quoi l’on pourrait s’attendre, notamment sur les fermes et dans les communautés éloignées. Ils deviennent plus stricts pendant l’ère victorienne, lorsque les hommes et les femmes sont limités à des « sphères distinctes ». Les rôles de genre s’assouplissent pendant les guerres mondiales, mais reviennent à leur forme traditionnelle dans les années 1950. Ils se relâchent à nouveau à partir des années 1960.

Au fil des millénaires, les rôles de genre au Canada évoluent grandement. En général, ils s’avèrent plus souples dans les sociétés autochtones et plus stricts dans les communautés coloniales. Toutefois, même à l’ère coloniale, les rôles de genre ne sont pas aussi restrictifs que ce à quoi l’on pourrait s’attendre, notamment sur les fermes et dans les communautés éloignées. Ils deviennent plus stricts pendant l’ère victorienne, lorsque les hommes et les femmes sont limités à des « sphères distinctes ». Les rôles de genre s’assouplissent pendant les guerres mondiales, mais reviennent à leur forme traditionnelle dans les années 1950. Ils se relâchent à nouveau à partir des années 1960.


Rôles de genre : Responsabilités et rôles sociaux considérés comme étant acceptables selon le sexe biologique ou apparent d’une personne. Cela comprend notamment les professions et la division du travail.

Rôles de genre : contexte

Cet article est un résumé simplifié de l’histoire des rôles de genre au Canada. Toutefois, puisque le sujet s’avère extrêmement complexe, il est important de garder certains éléments à l’esprit. Premièrement, les rôles de genre sont intimement liés à un moment et à un endroit précis : ce qui est perçu comme étant féminin à une certaine époque à un endroit donné peut être considéré comme étant masculin dans d’autres circonstances. Deuxièmement, les rôles de genre sont spécifiques à chaque culture, même lorsqu’elles coexistent sur un même territoire. Chacune d’entre elles peut avoir une perception différente des rôles de genre. Ainsi, la classe sociale et l’ethnie influencent souvent les rôles de genre d’une communauté. Troisièmement, les rôles de genre ne sont pas fixes. Chaque société a ses propres normes, mais celles-ci sont plutôt des lignes directrices que des règles : il existe toujours des exceptions. Quatrièmement, bien que le modèle binaire des genres (selon lequel il existe seulement deux genres, homme et femme) soit très répandu, différents rôles, identités et expressions de genre se sont manifestés dans le passé. Les personnes non binaires existent depuis toujours. Finalement, l’idée que nous nous faisons du progrès en matière de genres (c’est-à-dire que nous migrons d’un passé discriminatoire à un présent plus tolérant) est un mythe. Les rôles, l’influence et les libertés des femmes ont changé plusieurs fois au cours de l’histoire du Canada. Par exemple, les femmes de la Nouvelle-France ont souvent bien plus de droits et libertés que celles des années 1950 au Québec.

Danseurs de pow-wow

Rôles de genre autochtones

Il est difficile de généraliser l’attitude des peuples autochtones envers les rôles de genre. Les centaines de communautés autochtones de l’Amérique du Nord ont chacune leur propre approche en la matière. Toutefois, la plupart d’entre elles voient les rôles de genre différemment des cultures occidentales. Traditionnellement, les cultures autochtones attribuent aux hommes et aux femmes des responsabilités différentes, mais ces rôles de genre bien définis sont considérés comme étant complémentaires et d’une aussi grande importance.

Par exemple, dans la culture traditionnelle oneida, les femmes sont responsables des tâches ménagères et de la récolte d’aliments, tandis que les hommes sont responsables de chasser le gros gibier, de ramasser du bois et d’apprendre à se battre. Les Oneidas sont dirigés par les mères de clan et les chefs. Les mères de clan, souvent des aînées de la communauté, sont responsables de choisir les chefs et de garantir le bien-être de leurs communautés. Les chefs sont quant à eux responsables de prendre des décisions dans le meilleur intérêt de toute la communauté. Les deux rôles confèrent le même pouvoir et sont en équilibre.

Parallèlement, bon nombre de communautés autochtones croient que le genre n’est pas fixe et qu’il existe plus de deux genres (femme et homme). Certaines communautés considèrent qu’il est possible de changer de genre dans un contexte de cérémonie. D’autres reconnaissent que certaines personnes ne sont ni hommes ni femmes, ou encore qu’elles sont les deux à la fois. D’autres encore acceptent que certaines personnes se voient assigner un genre à la naissance, mais vivent comme les membres du genre opposé. Ces personnes au genre fluide ont différentes responsabilités, selon les communautés dans lesquelles elles vivent. Certaines sont considérées comme des leaders spirituels ou des guérisseurs, et d’autres sont traitées de manière tout à fait ordinaire. (Voir Bispiritualité.)

Chef Huron

Rôles de genre à l’ère coloniale

Les rôles de genre dans les colonies françaises et britanniques de l’Amérique du Nord sont habituellement beaucoup plus stricts que ceux des communautés autochtones. En général, les colons européens reconnaissent l’existence de seulement deux genres, femme et homme, et chacun d’entre eux a des responsabilités qui lui sont propres. Les femmes sont responsables des travaux domestiques, comme les tâches ménagères et l’éducation des enfants. Les hommes sont quant à eux responsables du travail hors de la maison, comme l’agriculture, l’exploitation forestière, la politique et différentes professions, notamment le droit et la médecine.

Bien que, théoriquement, le travail des femmes soit aussi important que celui des hommes, les colonies sont en fait patriarcales. Les colons européens considèrent que les hommes sont supérieurs et leur confèrent des droits politiques et de propriété refusés aux femmes. Par exemple, les colonies françaises et anglaises adoptent des politiques de type « femme couverte », ou « protection maritale », qui prévoient que, une fois mariée, une femme n’est plus considérée comme une personne juridique. Cela l’empêche notamment de voter, d’être propriétaire et de témoigner lors d’un procès.

Les rôles de genre, quoique bien définis, ne sont pas toujours respectés à la lettre, et ce, surtout à l’extérieur des centres urbains comme Montréal et Toronto. Par exemple, les femmes vivant sur une ferme participent régulièrement aux activités agricoles, comme l’abattage, la plantation et la récolte. Elles deviennent notamment responsables de ces tâches si leur mari, leur père ou leur frère est blessé ou doit trouver du travail ailleurs.

Il existe de nombreux exemples de femmes travaillant à l’extérieur de la maison en tant que commerçantes de fourrures, de gérantes de tavernes, d’aubergistes, de cuisinières, de blanchisseuses, de couturières, de mineuses et d’ouvrières d’usine. Les femmes participent également à l’industrie artisanale et effectuent une part du travail industriel chez elles, souvent dans le secteur du textile. Les normes du genre masculin sont quant à elles généralement moins souples. Toutefois, dans les régions où les femmes sont moins nombreuses, comme dans les camps miniers de la Colombie-Britannique, les hommes s’occupent de tâches domestiques, comme la cuisine et le ménage.

À cette époque, les hommes ont généralement plus de droits politiques et de propriété que les femmes, mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, les femmes de la Nouvelle-France peuvent divorcer de leur mari si elles peuvent démontrer avoir été maltraitées ou abandonnées, ce qui s’applique également aux femmes de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard à la fin du 18e siècle. Les historiens ont également trouvé des archives indiquant que des femmes ont voté lors d’élections municipales, comme l’élection partielle de 1832 à Montréal.

L'arrivée des Filles du roi

Rôles de genre à l’ère victorienne

Au 19e siècle, les normes de genre pour les hommes et les femmes deviennent plus strictes. Ce nouveau modèle de l’ère victorienne est connu sous le nom de « doctrine des sphères distinctes ». Selon cette idéologie, les hommes et les femmes occupent leurs sphères respectives, c’est-à-dire les domaines les mieux adaptés à leur biologie et à leur nature. Les femmes, perçues comme étant des ménagères et des personnes maternelles, se voient attribuer la sphère privée, ce qui inclut notamment les travaux domestiques et la garde d’enfants.

Les hommes, quant à eux, sont considérés comme étant plus extrovertis et ambitieux et s’emparent de la sphère publique, soit tout ce qui se trouve à l’extérieur de la maison. En théorie, ces deux sphères sont complémentaires et égales. En pratique, toutefois, la société victorienne est patriarcale et la notion de sphères distinctes est utilisée pour refuser l’accès des femmes aux droits et possibilités qu’ont les hommes.

La séparation des sphères est créée par et pour les membres des classes moyennes et supérieures et a une grande influence dans toute la société canadienne. Toutefois, la réalité économique rend cette distinction impossible pour les femmes vivant sur une ferme, celles de la classe ouvrière et celles vivant dans la pauvreté. Tout comme lors de l’ère coloniale, les rôles de genre, dans ces cas, sont plus flexibles. Des femmes et des hommes continuent alors de participer à des activités qui ne correspondent pas à leur rôle typique.

Bien que l’idée des sphères distinctes soit utilisée pour refuser les droits politiques aux femmes, certaines d’entre elles la réinterprètent et considèrent qu’elles méritent des droits particuliers. Selon un point de vue connu sous le nom de maternalisme, les femmes sont les mères de la nation et, de ce fait, méritent une voix politique. (Voir Droit de vote des femmes au Canada.)

Vers la fin du 19e siècle, les rôles de genre commencent à s’assouplir pour les femmes. Certaines d’entre elles (blanches) réussissent à accéder à des domaines qui leur étaient autrefois interdits, comme la politique et l’éducation supérieure.

Ère moderne (des années 1910 aux années 1980)

Le 20e siècle connaît une profonde transformation des rôles de genre, et ce, tant pour les hommes que pour les femmes. Bien que les normes de l’ère victorienne restent en place au-delà des années 1900, les femmes gagnent de plus en plus de libertés. Cela est particulièrement vrai pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, alors que des milliers de femmes deviennent salariées et participent à la vie publique lorsqu’elles se voient demander de remplir les postes abandonnés par les nombreux hommes partis au front. (Voir Les femmes canadiennes et la guerre; Femmes dans les forces armées.)

La période des deux grandes guerres est souvent considérée comme un « point tournant » en matière d’égalité des femmes, mais la réalité est tout autre. Premièrement, les femmes ont toujours travaillé hors de la maison. La plupart de celles ayant décroché un poste dans une usine ont déjà eu un emploi avant la guerre. Deuxièmement, les postes occupés par ces femmes sont souvent des versions simplifiées de ceux occupés précédemment par les hommes. Troisièmement, les femmes sont souvent payées moins cher que leurs collègues masculins et peuvent rarement obtenir des postes de gestionnaires. Pour bien des gens, la présence des femmes sur le marché du travail pendant la guerre est temporaire. La plupart estiment alors que les hommes reprendront leur poste à leur retour et que les femmes retourneront à la maison.

Et c’est exactement ce qui se passe : le nombre de femmes au travail revient à ce qu’il était avant la guerre et les normes de genre sont rétablies. L’historienne Ruth Frager nomme ce concept « l’élasticité des rôles de genre ». En temps de crise, les rôles de genre s’assouplissent, mais une fois les temps difficiles révolus, ils reviennent à leur forme d’origine. Dans les années 1950, des normes de genre rigides semblables à celles de l’ère victorienne s’installent à nouveau : l’homme s’occupe du gagne-pain et la femme, de la maison. Ces rôles particulièrement stricts s’expliquent par le fait que deux générations de Canadiens ont vécu de grands bouleversements pendant la première moitié du siècle : bon nombre d’entre eux cherchent à revenir à un monde plus stable.

À partir des années 1960, les rôles de genre s’assouplissent une fois de plus. Beaucoup de femmes retournent sur le marché du travail et y restent. Cela est particulièrement vrai pour les femmes mariées, un groupe traditionnellement peu présent sur le marché du travail. Il est aussi de plus en plus accepté que les rôles de genre sont principalement un produit de la société et que chacun, peu importe son genre, peut choisir de vivre sa vie comme il l’entend.


Lecture supplémentaire

  • Ruth Roach Pierson, Les Canadiennes et la Seconde Guerre mondiale (1986)