​Jean-Marc Vallée

Jean-Marc Vallée, réalisateur, scénariste, monteur, producteur (né le 9 mars 1963 à Montréal, au Québec). Un des cinéastes canadiens les plus récompensés, le cinéaste québécois Jean-Marc Vallée se montre un artisan émérite, faisant preuve d’un talent particulier pour des œuvres empreintes d’intensité dramatique et d’une douce sentimentalité. Réputé pour sa capacité à obtenir de ses acteurs des interprétations authentiques et émouvantes, il s’est rendu célèbre pour ses films mettant en scène des personnages déchirés et un peu perdus qui tentent de se retrouver et de s’engager sur la voie de la guérison. On peut notamment citer C.R.A.Z.Y., sorti en 2005 et considéré comme l’un des meilleurs films canadiens jamais réalisés, qui décroche de multiples prix Génie, ainsi que les dramatiques réalisées à Hollywood : Dallas Buyers Club, en 2013, Wild en 2014 et Demolition en 2015. Jean-Marc Vallée a remporté de nombreux prix Génie et prix Iris, deux prix Emmy, un Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle ainsi que de multiples distinctions internationales.

Formation et début de carrière

Jean‑Marc Vallée étudie le cinéma à l’Université de Montréal. S’appuyant sur les atouts de son court métrage de 1992 Stéréotypes qui lui vaut un prix Claude‑Jutra, il passe, en 1995, à la réalisation d’un long métrage avec Liste noire, un audacieux film de genre habilement conçu. Cette œuvre à suspense d’inspiration hitchcockienne, se distinguant à la fois du cinéma d’auteur à vocation purement artistique et des comédies commerciales assez grossières qui caractérisent le cinéma québécois de cette époque, devient, en 1995, le film québécois ayant obtenu les recettes les plus importantes au guichet et décroche également neuf sélections pour les prix Génie, notamment, avec le cinéaste lui‑même, dans les catégories Meilleur réalisateur et Meilleur montage.

Encouragé par ces succès, Jean‑Marc Vallée déménage à Los Angeles où il réalise, en 1998, le western Los Locos, un film produit par Mario Van Peebles qui fait également partie de la distribution, et, en 1999, le film à suspense érotique Loser Love. Il réalise également deux autres courts métrages salués par la critique, Les Fleurs magiques, en 1995, qui remporte un prix Génie et Les Mots magiques, en 1998, qui décroche, lui, un prix Jutra.

C.R.A.Z.Y. (2005)

Découragé par le peu d’intérêt des projets qu’on lui propose, Jean‑Marc Vallée commence alors à travailler sur une idée de scénario de son ami François Boulay s’appuyant sur sa propre expérience de jeune homme homosexuel ayant grandi au Québec durant la Révolution tranquille. Les deux comparses puisent dans leurs propres expériences d’enfants et d’adolescents pour la rédaction du scénario de C.R.A.Z.Y.; toutefois, le cinéaste souhaitant soumettre le projet à des producteurs d’Hollywood, l’histoire se déroule, dans cette première version, dans le cadre d’une famille catholique de Boston. Cependant, son ami Michel Côté qui faisait partie de la distribution de Liste noire et dont la célébrité au Québec lui permet de disposer d’un certain pouvoir d’influence sur l’industrie, convainc Jean‑Marc Vallée de situer le film au Québec et de tourner en français, un objectif ambitieux qui prendra près de dix ans à voir le jour. Ce dernier, qui a une vision extrêmement claire du ton et du style qu’il souhaite obtenir, décide de différer la perception de sa rémunération de réalisateur et de coproducteur, pour un montant d’environ 600 000 $, afin de pouvoir intégrer à un budget de 6,5 millions de dollars les coûts substantiels des droits des morceaux musicaux auxquels il aspire pour sa bande‑son.

C’est Michel Côté qui joue dans le film le rôle du père canadien‑français traditionnel ayant du mal à composer avec ses cinq fils et notamment avec Zachary, interprété par Marc‑André Grondin, dont l’homosexualité naissante, qui commence à s’exprimer, est perçue par le pater familias comme une aberration incompréhensible. Un scénario accrocheur empreint de nostalgie, le jeu exceptionnel des acteurs, une bande‑son remarquable et une réalisation de main de maître font de C.R.A.Z.Y. une œuvre qui concilie – équilibre rarement atteint au cinéma – qualités indéniables de divertissement et d’accessibilité et compte‑rendu sociologique fidèle de ce qu’était la vie au Canada à cette époque.

Le film, sorti en 2005, remporte un grand succès critique et commercial aussi bien au Québec qu’à l’étranger et décroche, cette année‑là, le record de recettes au guichet pour un film canadien. En outre, il obtient de nombreux prix de premier plan, notamment, lors des deux soirées de gala, 10 prix Génie et 13 prix Jutra, devenus les prix Iris, dans les catégories Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario original. Il remporte également la Bobine d’or, une distinction renommée prix Écran d’or Cineplex pour un long métrage, qui récompense le film canadien ayant réalisé les recettes au guichet les plus importantes de l’année, le Billet d’or qui récompense la même performance au Québec et, deux années de suite, le prix Jutra du film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec.

(de gauche \u00e0 droite) Marc-Andr\u00e9 Grondin, Michel C\u00f4t\u00e9 et Jean-Marc Vall\u00e9e en pr\u00e9sentant C.R.A.Z.Y. \u00e0 Barcelone, 3 August 2006.

The Young Victoria (2009)

Le réalisateur américain Martin Scorsese, grand admirateur de C.R.A.Z.Y., décide d’engager Jean‑Marc Vallée pour réaliser, en 2009, The Young Victoria, un film d’époque romantique, dont il assure la production faisant le récit de la passion amoureuse entre la reine Victoria et le prince Albert sur une histoire du scénariste oscarisé Julian Fellowes, qui s’était illustré dans le long métrage de Robert Altman Gosford Park en 2001 et dans la série télévisée britannique Downton Abbey de 2010 à 2015, avec en vedette Emily Blunt. The Young Victoria, globalement bien accueilli par la critique et par le public, démontre que le réalisateur québécois peut être recruté pour prendre en charge des superproductions hollywoodiennes. Le film remporte une douzaine de prix internationaux, dont au moins deux prix du public ainsi qu’un BAFTA et un Oscar dans la catégorie Meilleure création de costumes.

Cette transition réussie de la Belle Province à la Californie marque également l’arrivée à maturité du cinéma québécois et la promotion de ses meilleurs cinéastes dans la liste des talents de tout premier plan des producteurs hollywoodiens, ce dont témoigne également la carrière des réalisateurs Philippe Falardeau, Xavier Dolan et surtout Denis Villeneuve qui vont bientôt suivre les traces de Jean‑Marc Vallée.

Café de Flore (2011)

Malgré son envergure, The Young Victoria n’arrive pas à la cheville de l’émouvant C.R.A.Z.Y. et c’est ce qui pousse Jean‑Marc Vallée à retourner à un discours cinématographique beaucoup plus personnel. En 2011, il réalise Café de Flore, une coproduction franco‑canadienne, qui propose un récit ambitieux et presque mystique, largement inspiré par le propre divorce du cinéaste, sur l’amour filial et la nature des âmes sœurs. À sa sortie, ce film artistique et complexe, qui met en scène plusieurs personnages et se déroule sur différentes époques, reçoit un accueil plutôt mitigé de la critique et du public; toutefois, il décroche 13 sélections pour les prix Génie et devient, par la suite, un film culte.

Dallas Buyers Club (2013) et Wild (2014)

Jean-Marc Vall\u00e9e tourne une sc\u00e8ne de Wild (2014) avec Reese Witherspoon. Vall\u00e9e et son directeur de la photographie, Yves B\u00e9langer, tournent ce film en utilisant presque exclusivement la lumi\u00e8re naturelle.

Après cette incursion dans l’univers, nouveau pour lui, du film d’auteur « chic », le polyvalent Jean‑Marc Vallée retourne à Hollywood pour réaliser deux films biographiques à la distribution impressionnante : Dallas Buyers Club, en 2013, qui deviendra le premier film réalisé par un québécois à décrocher une sélection aux Oscars dans la catégorie Meilleur film, et Wild, sorti en 2014,une adaptation du récit autobiographique de Cheryl Strayed racontant la longue randonnée de l’écrivaine, sur 1 770 km, le long de la Pacific Crest Trail, après des années de toxicomanie et de traumatismes. Après avoir dirigé Matthew McConaughey et Jared Leto dans Dallas Buyers Club et avoir permis au premier de remporter l’Oscar du meilleur acteur et au second celui du meilleur acteur dans un second rôle et avoir obtenu une sélection aux Oscars pour Reese Witherspoon et Laura Dern ses interprètes dans Wild, il renforce considérablement sa réputation de directeur d’acteurs. Le réalisateur québécois est également sélectionné pour les Oscars, en compagnie du comonteur du film Martin Pensa, dans la catégorie Meilleur montage pour Dallas Buyers Club.

Demolition (2015) et séries sur HBO

Jean-Marc Vall\u00e9e (\u00e0 gauche) avec Jake Gyllenhaal sur le plateau de Demolition (2015). Les quatre films que Jean-Marc Vall\u00e9e a r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 Hollywood ont valu autant de nominations aux oscars aux acteurs de leur distribution.

Avec Demolition, son quatrième long métrage en cinq ans, Jean‑Marc Vallée continue à consolider sa position de cinéaste prolifique parmi les réalisateurs les plus en vue d’Hollywood. Mettant en vedette Jake Gyllenhaal, Naomi Watts et Chris Cooper, ce drame, qui décrit la façon dont un homme fait face à la période qui suit le décès subit de son épouse, fait l’ouverture du Festival international du film de Toronto et remporte le prix du public lors du festival SXSW 2016.

Jean‑Marc Vallée poursuit la démonstration de sa remarquable endurance créative en dirigeant l’intégralité de la première saison de deux séries diffusées pour la première fois en 2017 sur HBO : Big Little Lies, sur un scénario de David E. Kelley, avec Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley et Laura Dern en vedette, et Sharp Objects, une adaptation du roman policier primé de l’auteure Gillian Flynn dans laquelle Amy Adams interprète le premier rôle. Big Little Lies devient ensuite l’un des drames les plus salués par la critique en 2017, remportant huit prix Emmy, dont ceux des catégories Meilleure réalisation pour une minisérie, un téléfilm ou une émission spéciale dramatique et Meilleure minisérie.

Interrogé sur la différence entre la réalisation d’un film pour le cinéma et d’une série télévisée, il déclare en 2016 au Globe and Mail : « En fait, il ne s’agit pas de télévision, il s’agit juste d’un film dont il se trouve qu’il dure sept heures. On parle ici de filmer successivement les épisodes un, deux et trois comme des longs métrages, de faire une pause d’une dizaine de jours puis de recommencer avec les épisodes quatre, cinq et six… c’est un véritable marathon, mais du point de vue de la créativité, le travail est identique à celui du cinéma. »

Prix

Prix Génie

  • Meilleur court métrage (Les Fleurs magiques) (1996)
  • Meilleur film (C.R.A.Z.Y.) (2005)
  • Meilleur réalisateur (C.R.A.Z.Y.) (2005)
  • Meilleur scénario original (C.R.A.Z.Y.) (2005)
  • Prix Bobine d’or (C.R.A.Z.Y.) (2005)

Prix Jutra

  • Meilleur court métrage (Les Mots magiques) (1999)
  • Meilleur film (C.R.A.Z.Y.) (2006)
  • Meilleur réalisateur (C.R.A.Z.Y.) (2006)
  • Meilleur scénario (C.R.A.Z.Y.) (2006)
  • Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec (C.R.A.Z.Y.) (2006)
  • Billet d’or (C.R.A.Z.Y.) (2006)
  • Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec (C.R.A.Z.Y.) (2007)

Autres

  • Meilleure comédie (Stéréotypes), Yorkton Short Film Festival (1992)
  • Réalisateur le plus prometteur, Rendez‑vous du cinéma québécois (1992)
  • Grand Prix (Les Fleurs magiques), compétition internationale du Festival international du court métrage de Clermont‑Ferrand (1998)
  • Prix du Jury, meilleur film dramatique (Les Mots magiques), Aspen Shortsfest (1999)
  • Meilleur film canadien (C.R.A.Z.Y.), Festival international du film de Toronto (2005)
  • Prix du public (C.R.A.Z.Y.), AFI Fest (2005)
  • Prix du public (C.R.A.Z.Y.), Atlantic Film Fest (2005)
  • Meilleur réalisateur (C.R.A.Z.Y.), Festival international du film de Gijón (2005)
  • Meilleur scénario (C.R.A.Z.Y.), Festival international du film de Gijón (2005)
  • Prix spécial du jury, meilleur film (C.R.A.Z.Y.), Festival international du film de Gijón (2005)
  • Meilleur film canadien (C.R.A.Z.Y.), Vancouver Film Awards Critics Circle (2006)
  • Prix du public, meilleur film narratif (The Young Victoria), Hamptons International Film Festival (2009)
  • Prix du public (The Young Victoria), Cinéfest Sudbury (2009)
  • Meilleur film canadien (Café de Flore), Atlantic Film Festival (2011)
  • Meilleur film canadien (Café de Flore), Vancouver Film Critics Circle (2012)
  • Prix Sebastiane (Dallas Buyers Club), Festival International du Film de San Sebastián (2013)
  • Meilleure révélation pour un réalisateur (Wild), Hollywood Film Awards (2014)
  • Prix du Centre national des arts, Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle (2015)
  • Meilleure réalisation pour une minisérie, un téléfilm ou une émission spéciale dramatique (Big Little Lies), prix Primetime Emmy (2017)
  • Meilleure minisérie (Big Little Lies), prix Primetime Emmy (2017)

Lecture supplémentaire

  • Michel Coulombe et Marcel Jean, dir., Le dictionnaire du cinéma québécois, 4e éd. (2006).

Liens externes