Judith Jasmin

Judith Jasmin, journaliste, comédienne et réalisatrice (née le 19 juillet 1916 à Terrebonne, au Québec; décédée le 20 octobre 1972 à Montréal). Véritable pionnière du journalisme au Québec, Judith Jasmin est aussi la première Canadienne à avoir fait sa marque comme grand reporter et comme correspondante à l’étranger. Elle a également été la première à faire du journalisme politique et international.

Judith Jasmin
La journaliste Judith Jasmin avec le com\u00e9dien Jean Vilar, en 1958

Formation et début de carrière

Judith Jasmin est la fille de Rosaria Desjarlais et du notaire Amédée Jasmin. Au début des années 1920, sa famille s’installe en France, où elle fréquente le Lycée pour filles de Versailles. Quand elle revient au Québec en 1932, elle n’a que 16 ans, mais la crise économique que vit alors l’Amérique toute entière brise son rêve de poursuivre des études universitaires en chimie. Elle termine néanmoins ses études classiques au Collège Marguerite-Bourgeoys de Montréal, puis intègre le marché du travail.

La jeune Judith se tourne d’abord vers le théâtre pour gagner sa vie. Après des débuts remarqués sur la scène, elle devient, à 22 ans, l'une des vedettes les plus aimées de la radio grâce à son rôle important dans le radio-roman La Pension Velder de Robert Choquette. Tout en poursuivant sa carrière de comédienne, elle assure la réalisation de plusieurs émissions radiophoniques, dont Radio-théâtre, Les voix de mon pays, Studio G7 et Entrée des artistes.

Marcelle Barthe, Berthe Lavoie et Judith Jasmin, trois r\u00e9alisatrices de C.B.F. (Radio-Canada) \u00e0 Montr\u00e9al en 1945, r\u00e9unies en studio.


Journalisme international

Judith Jasmin a 30 ans quand elle entre au Service international de la Société Radio-Canada (SRC) et amorce sa carrière journalistique. Elle sera aux premières loges de la création de la télévision de Radio-Canada, passant aisément d’un média à l’autre en appliquant toujours la même rigueur journalistique.

En 1953, elle travaille avec René Lévesque à la mise sur pied du premier service de reportages du réseau français de la télévision de Radio-Canada. Elle devient par la suite la première correspondante de la SRC à l'étranger (Paris, New York et Washington). Elle est aussi la première femme journaliste canadienne à traiter de politique et d’événements internationaux.

Dans le cadre de ses fonctions, elle se rend en Algérie, à Cuba, en Israël, en Inde, au Pérou et en Haïti pour y réaliser des reportages. C’est avec une grande aisance qu’elle interviewe certains des plus grands artistes et écrivains des années 1950 et 1960, tels Salvador Dali, Le Corbusier, Orson Welles, Joséphine Baker, François Truffaut, Hergé, Marcel Pagnol, Jean Cocteau, Eugène Ionesco, André Breton, Marguerite Duras et Anne Hébert. En 1961, elle recueille les propos de Gabrielle Roy lors de la seule entrevue télévisée que celle-ci ait jamais donnée. Plusieurs chefs d’État, dont François Duvalier (Haïti) et Hô Chi Minh (Vietnam) acceptent aussi de la rencontrer et de répondre à ses questions.

Gabrielle Roy, auteure
Gabrielle Roy, le 21 avril 1946 (avec la permission du \u00ab Globe and Mail \u00bb).
Anne Hébert, poète, dramaturge et romancière
Anne Hébert écrivant de la poésie, au parc Lafontaine, à Montréal (avec la permission de Travaux publics et services gouvernementaux Canada).
De retour à Montréal en 1970 après plusieurs années à l’étranger, elle collabore aux émissions Format 30, Format 60 et Politique atout. En 1971, elle est élue présidente du Syndicat général du cinéma et de la télévision.

Engagement social

Judith Jasmin est aussi engagée dans la création du Mouvement laïque de la langue française (MLF), un organisme actif de 1961 à 1969 qui avait pour objectif de promouvoir la laïcité dans les institutions politiques québécoises. Ses reportages et ses écrits, rassemblés et publiés par Colette Beauchamp (une autre pionnière du journalisme québécois), laissent entrevoir une femme qui embrasse les plus grandes causes des années 1960 et, plus largement, du 20e siècle. C’est ainsi qu’elle prend position pour la laïcisation de l’enseignement, le mouvement écologiste naissant et le pacifisme et qu’elle donne son appui au mouvement antiraciste. À la fin des années 1960, elle participe d’ailleurs à une manifestation contre la ségrégation raciale aux États-Unis, ce qui lui vaudra une trentaine d’heures d’emprisonnement.

Colette Beauchamp


Prix et reconnaissances

Judith Jasmin voyait dans l’information un rôle d’éducation des masses et de moteur de changement social. Elle était d’ailleurs perçue comme un phare et une éveilleuse de consciences par bon nombre de ses collègues journalistes. L’excellence de son travail fut entre autres soulignée en 1972 par l’attribution, six mois avant son décès, du prix de journalisme Olivar-Asselin de la Société Saint-Jean-Baptiste. En 1975, on institua en son nom le prix Judith-Jasmin, qui est décerné annuellement par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Un pavillon de l’Université du Québec à Montréal a également été nommé en son honneur.

Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al (UQAM)
Pavillon Judith-Jasmin


En savoir plus // Les femmes au Canada

Lecture supplémentaire

  • Colette Beauchamp, Judith Jasmin, de feu et de flamme (Montréal : Boréal, 1992).

    Judith Jasmin (textes recueillis et présentés par Colette Beauchamp), Défense de la liberté (Montréal : Boréal, 1992).

    Lori Saint-Martin, « Deux journalistes exceptionnelles », Voix et Image, vol. 18, n° 3 (54) 1993 : 606-610.

Liens externes