Lawrence Paul Yuxweluptun

Lawrence Paul Yuxweluptun, artiste et militant salish de la côte et okanagan (voirSalish du continent) (né en 1957 à Kamloops, en Colombie-Britannique). Lawrence Yuxweluptun a étudié au Emily Carr College of Art (aujourd’hui Emily Carr University of Art and Design) à la fin des années 1970 et au début des années 1980, s’intéressant particulièrement à l’art européen. Ses peintures combine l’imagerie traditionnelle de la côte ouest (voirArt autochtone de la côte nord-ouest) et le langage visuel surréaliste pour stigmatiser, notamment, le colonialisme, le racisme à l’égard des peuples autochtones, le capitalisme et la destruction environnementale. Outre la peinture, Lawrence Paul Yuxweluptun a réalisé des œuvres multimédia, des vidéos et des performances de nature politique. En 2013, il a reçu une bourse du Eiteljorg Museum of American Indians and Western Art, à Indianapolis, aux États-Unis. Ses œuvres se retrouvent dans les collections permanentes d’un bon nombre de galeries et de musées en Amérique du Nord.



Lawrence Paul Yuxweluptun

Lawrence Paul Yuxweluptun se tient debout devant une de ses œuvres lors de son exposition Unceded Territories en 2016.

Jeunesse

Lawrence Paul Yuxweluptun est d’origine salish de la côte du côté paternel et okanagan du côté maternel (voirSalish du continent). Ses parents sont tous deux très engagés au sujet des droits des autochtones, ce qui marque beaucoup la conscience politique de leur fils. Lawrence Paul Yuxweluptun raconte que son père est devenu politicien avec une formation de shaman et qu’il est lui-même devenu artiste avec une formation de politicien.

Lawrence Paul Yuxweluptun a fréquenté le pensionnat indien de Kamloops (voirPensionnats indiens au Canada) à l’âge de cinq et six ans. Quand il a eu sept ans, il a été envoyé à l’école publique. Il s’est exprimé publiquement au sujet du traumatisme vécu par les enfants autochtones qu’on a empêchés d’apprendre leur langue et leur culture. Il a critiqué aussi bien le gouvernement du Canada que les églises chrétiennes pour le rôle qu’ils ont joué dans ce qu’il appelle le « syndrome de stress colonial ».

Études

Lawrence Paul Yuxweluptun a commencé à pratiquer les arts au pensionnat indien. En 1978, il a suivi des cours dans ce qui s’appelle aujourd’hui le Emily Carr University of Art and Design à Vancouver. Il a obtenu son diplôme en peinture en 1983. Il a choisi Emily Carr de préférence aux autres écoles d’art parce qu’il s’intéressait à l’art européen historique et moderne.

Style artistique

La peinture de Lawrence Paul Yuxweluptun est influencée par le surréalisme, le pop art et l’expressionnisme abstrait. Il se présente lui même comme un « peintre de l’histoire ». Ses œuvres les plus surréalistes comportent souvent un amalgame étrange et coloré de formes traditionnelles autochtones avec des corps humains vêtus de vêtements occidentaux.

Si certains ont qualifié ses peintures de surréalistes, lui-même préfère le terme « visionniste ». Il a produit plusieurs paysages oniriques à la Salvador Dali qui sont porteurs de puissants messages politiques. Par exemple, Red Man Watching White Man Trying to Fix Hole in the Sky (1990) aborde la destruction de l’environnement. Très influencée par le style de la côte nord-ouest, l’œuvre montre deux scientifiques vêtus de sarraus blancs, installés au sommet d’une grande structure instable, qui essaient de réparer un trou dans le ciel. Au premier plan, un grand personnage ovale, évoquant un Autochtone, les observe. À l’arrière-plan, les montagnes sont drapées par des figures de totems, à la Salvador Dali, qui assistent impuissantes à la destruction de l’environnement.

Les peintures surréalistes de Lawrence Paul Yuxweluptun sont souvent critiques à l’égard du capitalisme, comme The One Percent (2015), qui représente quatre personnages sur un fond jaune. Les têtes des personnages sont réalisées en lignes-formes aux couleurs vives, typiques de l’art de la côte nord-ouest (voirArt autochtone de la côte nord-ouest) et chacun est vêtu d’un complet veston effilé, combinant la tradition avec la modernité et le capitalisme.

Lawrence Paul Yuxweluptun engage aussi un dialogue avec l’art paysagiste canadien, comme celui du Groupe des sept, qu’il perçoit comme un genre troublant à cause de la manière dont les peintres canadiens du 19e et 20e siècles ont effacé la présence des Premières Nations sur le territoire. Il est aussi influencé par l’art abstrait. Il a noté qu’il emploie l’ovoidisme (abstraction non référentielle) en tant que langage visuel pour aborder un éventail d’enjeux politiques dont la Loi sur les Indiens, qu’il considère comme un texte législatif haineux.

Red Man Watching White Man Trying to Fix Hole in the Sky

Red Man Watching White Man Trying to Fix Hole in the Sky par Lawrence Paul Yuxweluptun, acrylique sur toile, 1990.

Carrière

En 1992, Lawrence Paul Yuxweluptun participe à l’exposition Terre, esprit, pouvoir au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa. La même année, son travail figure dans INDIGENA : perspectives autochtones contemporaines au Musée canadien de l’histoire.

Son mépris de la Loi sur les Indiens se manifeste clairement dans sa performance de 1997 An Indian Act Shooting the Indian Act, pour laquelle il se rend en Grande-Bretagne afin de tirer littéralement avec une carabine, à trois reprises, sur 20 copies de la Loi sur les Indiens, au Healey Estate et au Bisley Camp. Cette performance est aujourd’hui documentée sous la forme d’une œuvre multimédia (incluant le fusil qu’il a utilisé) à la Vancouver Art Gallery. En 1997, Lawrence Paul Yuxweluptun a envoyé des documents sur la performance à la reine Elizabeth II, au premier ministre du Canada et aux députés du Parlement canadien. La reine n’y a pas répondu, mais quelques députés du Parlement l’ont fait. Leurs lettres sont incluses dans une exposition de matériaux liés à la performance originale, que l’on peut voir à la galerie Grunt, à Vancouver. Cette réalisation est caractéristique de l’œuvre de Lawrence Paul Yuxweluptun en ce qu’elle combine colère et humour pour transmettre son message politique.

An Indian Act Shooting the Indian Act est présentée en 2013 dans l’exposition Sakahàn: International Indigenous Art au Musée des Beaux-Arts du Canada. Celle-ci comporte plus de 150 œuvres de plus de 80 artistes de partout dans le monde.

En 2013, la galerie Macaulay Fine Art de Vancouver présente Indian World de Lawrence Paul Yuxweluptun. L’événement inclut des peintures abstraites et allégoriques explorant des enjeux autochtones contemporains. La galerie Macaulay Fine Art organise ensuite trois autres expositions de Lawrence Paul Yuxweluptun, Neo-Totems (2016), Drawings (2017) et New Works (2018).

En 2016, le travail de Lawrence Paul Yuxweluptun est l’objet d’une importante exposition solo au Musée d’anthropologie de l’Université de Colombie-Britannique. L’exposition, Lawrence Paul Yuxweluptun: Unceded Territories, a lieu vingt ans après sa première exposition solo importante au Canada. Elle vise à montrer l’évolution de la production créative et des motifs politiques de l’artiste à travers des œuvres esthétiquement frappantes, polémiques et humoristiques issues de presque 40 ans de pratique de la peinture. On y retrouve aussi des œuvres inédites.

Par-dessus tout, Lawrence Paul Yuxweluptun proclame sa liberté de penser, de créer et de critiquer selon sa perspective d’artiste et d’Autochtone. Dans une entrevue de 2014 pour Canadian Art, il révèle aussi l’espoir et l’optimisme qui sous-tend son travail :

« Je suis un survivant, et je vais m’émanciper librement, et je vais marcher dans mon territoire traditionnel, et je parlerai à ce monde, et à un certain moment, à un certain point, les choses changeront. »

Principales expositions

Outre celles déjà mentionnées, les œuvres de Lawrence Paul Yuxweluptun ont été présentées dans les expositions Shore, Forest, and Beyond: Work from the Audain Collection à la Vancouver Art Gallery (2012), Neo-Native Drawings and Other Works: Lawrence Paul Yuxweluptun (Contemporary Art Gallery of Vancouver, 2010), Lawrence Paul Yuxweluptun: Colour Zone (Plug In ICA, Winnipeg, 2001) et Lawrence Paul Yuxweluptun: Born to Live and Die on Your Colonialist Reservation (Morris and Helen Belkin Art Gallery, Vancouver, 1995).

Il a également participé aux expositions collectives Native Art Now! (Eiteljorg Museum of American Indians and Western Art, Indiana, 2017-2018), RED (Eiteljorg Museum of American Indians and Western Art, Indiana, 2013), Challenging Traditions (Collection d’art canadien McMichael, Kleinburg, Ontario, 2009), Transporters: Contemporary Salish Art (Art Gallery of Greater Victoria, 2008) et Beyond Beads and Feathers: Recent Work by Six Contemporary Native American Artists (Portland Art Museum, Oregon, 2002).

Prix et récompenses


Liens externes