Luthériens

Les luthériens font partie de l'Église chrétienne fondée par Martin Luther, réformateur protestant du XVIe siècle, qui avait pour doctrine principale la justification par la grâce obtenue uniquement par la foi, en considération des mérites de Jésus-Christ.

Luthériens

Les luthériens font partie de l'Église chrétienne fondée par Martin Luther, réformateur protestant du XVIe siècle, qui avait pour doctrine principale la justification par la grâce obtenue uniquement par la foi, en considération des mérites de Jésus-Christ. À ses yeux, la faveur de Dieu envers l'homme primait sur les actions de ce dernier. Puisque la compréhension de cette faveur dépend de la proclamation et de l'interprétation de la Parole, l'Église luthérienne se distingue par la prédication. Le luthéranisme a aussi réduit le nombre des sacrements, ne retenant que deux des sept sacrements du CATHOLICISME : le baptême et la Cène. L'importance accordée à la stricte orthodoxie doctrinale, ainsi qu'au piétisme comme gage d'une vie sainte, est un changement plus tardif introduit au Canada à partir des États-Unis. La doctrine de l'Église luthérienne repose sur la reconnaissance de la primauté des Écritures sur la tradition ecclésiale en tant que norme de foi et de morale, ainsi que sur l'adhésion aux confessions de la foi luthérienne, constituées entre 1530 et 1580.

Il existe aujourd'hui deux autorités luthériennes au Canada : l'Église évangélique luthérienne au Canada (ÉELC) et l'Église luthérienne du Canada (ÉLC). Basée à Winnipeg, l'ÉELC résulte d'une fusion de l'Église luthérienne d'Amérique (ÉLA) et de l'Église évangélique luthérienne du Canada, effectuée le 1er janvier 1986. L'ÉLC regroupe les districts couverts par le synode de l'Église luthérienne du Missouri, constitué en fédération en 1958 et autonome depuis janvier 1989. Les questions qui touchent les relations mutuelles des Églises luthériennes sont traitées par l'entremise du Conseil luthérien au Canada, constitué en fédération en 1967. On compte plus de 636 000 luthériens au pays.

Est du Canada

Dans l'Est du Canada, les Églises luthériennes se rattachent d'abord aux Églises américaines. Des assemblées sont formées à Halifax (Nouvelle-Écosse) en 1752 et dans le comté de Dundas (Ontario) en 1784. Dès les débuts, les missions éprouvent des difficultés liées au manque de personnel et d'appui financier de la part des organismes américains qui les parrainent, à des conflits avec les anglicans, à des rivalités entre confessions luthériennes et à l'activité d'imposteurs qui se prétendent ministres de l'Évangile. Limitées surtout aux colonies allemandes, les Églises rattachées au ministère de New York et au synode de Pittsburgh font par la suite concurrence au synode de l'Église luthérienne du Missouri. Au milieu du XIXe siècle, le synode de Pittsburgh constitue une conférence du Canada, puis, en 1876, la conférence de la Nouvelle-Écosse. Ces dernières, avec la conférence anglaise, font partie du conseil général, puis de l'Église luthérienne unie en Amérique (ÉLUA), qui succède à ce conseil en 1918. Elles fusionnent en 1962 pour former un seul synode lorsque l'ÉLA est constituée, puis lorsque l'ÉELC est formée en 1985. Par ailleurs, le synode du Missouri crée son district du Canada en 1879 (rebaptisé district de l'Ontario en 1922) et le district anglais en 1911. Trois districts américains existent aussi en Ontario. Il est difficile de faire la transition à une administration autonome tout en gardant des liens étroits avec l'organisation mère américaine, mais les assemblées canadiennes du synode du Missouri se fédèrent en 1958 pour former l'ÉLC, qui devient autonome au Canada en janvier 1988.

Ouest du Canada

Alors que dans l'Est la prédication luthérienne maintient la foi chez les Loyalistes, dans l'Ouest, elle préserve le luthéranisme traditionnel du centre et du Nord de l'Europe aussi bien que les structures américaines. L'évangélisation débute chez les Islandais près de Gimli (Manitoba) dans les années 1870; chez les Allemands à Winnipeg en 1888; chez les Suédois à New Stockholm, en Assiniboia (aujourd'hui Saskatchewan), en 1889; chez les Norvégiens à Vancouver en 1890; et chez les Danois à Dickson (Alberta) en 1903. Dès 1910, l'Église luthérienne compte dans l'Ouest trois groupes allemands, un suédois, un danois, un islandais et quatre norvégiens, chacun parlant sa langue. Les fusions avec les organisations mères américaines ne tiennent pas compte de l'origine ethnique, sauf dans le cas des Norvégiens. En conséquence, le synode de l'Église allemande du Manitoba devient, en 1918, un synode de l'ÉLUA, auquel se joint le synode islandais en 1943 en tant que synode non géographique. En 1962, ce synode se réorganise avec la conférence canadienne du synode suédois d'Augustana pour former deux synodes de l'ÉLA (Manitoba-Saskatchewan et Alberta-Colombie-Britannique).

L'Église luthérienne norvégienne et le synode de Haugean, constituantes de l'Église luthérienne norvégienne unie, deviennent, en 1917, un district de l'Église évangélique luthérienne, qui leur succède. Celui-ci, à l'occasion de la fusion de 1960 qui donne naissance à l'American Lutheran Church, fusionne avec le district canadien du synode allemand de l'Ohio (devenu l'American Lutheran Church en 1930) et le district danois de l'Église évangélique unie pour former un seul district, lequel devient autonome en 1967 et prend le nom d'ÉELC. Quant à l'ÉLC, elle s'organise en deux districts : celui de Saskatchewan-Manitoba et celui d'Alberta-Colombie-Britannique.

Lorsque l'ÉELC est formée en 1985, des évêques sont nommés à la direction nationale et à celle des synodes. À ces deux paliers, les dirigeants de l'ÉLC gardent le titre de président. Le pastorat demeure la fonction primordiale de l'Église et la condition préalable à l'exercice de toute charge officielle. Le recrutement des pasteurs est la responsabilité de l'Église. L'ÉELC ordonne des femmes, mais, au sein de l'ÉLC, les droits des femmes demeurent limités.

Fonctions et activités

L'ÉELC et l'ÉLC oeuvrent dans les missions canadiennes et étrangères, l'éducation, les soins de santé et les services d'aumônerie. Le travail auprès des jeunes est réalisé par l'entremise de la Luther League (la Walther League dans l'ÉLC), et le ministère dans les universités est assuré grâce à des centres étudiants interluthériens. La plus connue des organisations masculines est la Ligue laïque luthérienne du Canada du synode du Missouri, qui parraine, en Amérique du Nord, des émissions comme Lutheran Hour, diffusée à la radio. Les auxiliaires féminines fournissent un appui considérable aux missions étrangères et aux programmes de service. Les luthériens accordent une grande importance à l'éducation en maintenant non seulement le système d'ÉCOLES DU DIMANCHE, qui succède aux écoles du samedi et du lundi, mais aussi des écoles paroissiales, surtout dans l'ÉLC, des écoles bibliques comme celle d'Outlook (Saskatchewan), qui relève de l'ÉELC, ainsi que des écoles secondaires et des collèges affiliés à des universités, dont le Luther College (Regina), l'Augustana University College et le Concordia University College (Edmonton). L'UNIVERSITÉ WILFRID LAURIER, à Waterloo, était autrefois la Waterloo Lutheran University. Un enseignement théologique est dispensé depuis environ 85 ans aux séminaires de Waterloo et de Saskatoon. L'ÉLC a fondé un séminaire à St. Catharines (Ontario) en 1976 et un autre à Edmonton en 1984. La Lutheran Life, une compagnie d'assurance-vie de secours mutuel, soutient les étudiants et les écoles au moyen de bourses d'études. Au milieu du XXe siècle, les services de santé se sont multipliés avec l'établissement d'hôpitaux de soins prolongés et de foyers pour personnes âgées. Les aumôniers jouent un rôle important dans l'armée, sur les campus universitaires, dans les établissements de soins de santé et dans les prisons. La Canadian Lutheran World Relief est un organisme fortement appuyé.


Lecture supplémentaire

  • F. Baglo, Augustana Lutheran Church, The Canadian Conference of the Augustana Lutheran Church (1962); C.R. Cronmiller, A History of the Lutheran Church in Canada, (vol 1, 1961); G.O. Evenson, Adventuring for Christ (1974); V.J. Eylands, Lutherans in Canada (1945); Walter H.P. Freitag, Prospect and Promise of Lutheran Unity in Canada (1974) and The Ordination of Women: Challenge for Canadian Lutheran Unity (1978); J.E. Herzer, Homesteading for God (1946); A.H. Schwermann, The Beginnings of the Lutheran Church-Canada (1969); N. Threinen, A Sower Went Out (1982) and Like a Mustard Seed (1989).

Liens externes