Michelle Douglas

Michelle, Douglas, militante LGBTQ, humanitaire, fonctionnaire (née le 30 décembre 1963 à Ottawa, en Ontario). Michelle Douglas entreprend une carrière prometteuse au sein des Forces armées canadiennes en 1986, mais est honorablement libérée en raison de son homosexualité. Elle gagne son procès contre l’armée, ce qui mène à l’abolition de la politique discriminatoire contre les gais et lesbiennes. Michelle Douglas se joint à divers organismes caritatifs et occupe le poste de directrice des relations internationales au ministère de la Justice.



Michelle Douglas
(avec la permission de Historica Canada)

Enfance et éducation

Michelle Douglas naît le 30 décembre 1963 à Ottawa, en Ontario. Élevée en Ontario et en Nouvelle-Écosse, elle choisit d’étudier le droit et les sciences politiques à l’Université Carleton à Ottawa, car l’établissement est situé dans la capitale nationale, le siège du gouvernement. En 1985, elle obtient son baccalauréat en droit. Durant ses études, Michelle Douglas découvre qu’elle souhaite servir son pays. Une fois diplômée, elle s’enrôle dans les Forces armées canadiennes.

Carrière militaire et libération

Michelle Douglas se joint à l’armée le 26 novembre 1986 à 22 ans. Elle excelle dans tous ses cours. Au terme de ses études en mars 1987, elle termine première de sa promotion. Elle est sous-lieutenante durant près de deux ans quand on l’invite à se joindre à l’Unité des enquêtes spéciales (UES) à titre d’officière, l’une des premières femmes à obtenir ce titre dans l’unité. La UES enquête sur des comportements criminels dans l’armée, notamment les allégations d’homosexualité. La discrimination contre les gais et lesbiennes dans la fonction publique commence dans les années 1950 durant la guerre froide : on craint que les gais el les lesbiennes représentent un risque pour la sécurité, car leur sexualité peut servir de prétexte à du chantage (voir Purge des LGBTQ de la fonction publique canadienne durant la guerre froide).

Elle-même lesbienne, Michelle Douglas accepte le poste au sein de la UES et choisit de taire sa vie privée. Elle se souvient de cette époque : « J’étais terrifiée. Je voulais simplement faire mon travail, mais rien de tout ça n’avait de l’importance. » En mai 1988, la UES entreprend une enquête sur Michelle Douglas qui a des liens étroits avec une présumée lesbienne. En juillet, le supérieur de Michelle Douglas l’informe qu’ils s’envolent pour Ottawa dans le cadre d’une enquête; on l’emmène plutôt à un hôtel. Durant deux jours, des officiers de sexe masculin l’interrogent sur son orientation sexuelle. On enregistre l’interrogatoire à son insu et on ne lui donne pas accès à de l’aide juridique. Michelle Douglas nie être lesbienne et refuse de subir un examen polygraphique, croyant qu’un tel exercice mettrait fin à sa carrière militaire.

De retour au travail, les hostilités sont si grandes que Michelle Douglas accepte de subir l’examen polygraphique. Mais avant de s’y soumettre, elle avoue être lesbienne. Cependant, elle refuse de dénoncer des militaires gais et lesbiennes.

Les militaires dont l’homosexualité est révélée ne peuvent plus recevoir de formation, de promotions, d’augmentations de salaire ou de cote de sécurité. À la suite de son homosexualité avouée, Michelle Douglas est mutée à un poste moins sensible, et en avril 1989, on révoque sa cote de sécurité de niveau très secret. Le mois suivant, on l’informe qu’elle sera libérée sous le motif qu’elle « ne peut être employée avantageusement en raison de son homosexualité ». À contrecœur, elle accepte sa libération le 8 juin 1989, mettant un terme à une carrière militaire de moins de trois ans.


Poursuite contre l’armée canadienne

Après sa libération, Michelle Douglas assiste à une conférence sur les droits des gais et des lesbiennes que donne Svend Robinson, le premier membre du parlement ouvertement gai. Michelle Douglas raconte son expérience à Svend Robinson qui est au fait de la politique discriminatoire de l’armée envers les LGBTQ et qui cherche quelqu’un qui souhaite intenter une action en justice sur la question. Elle accepte plus tard.

En août 1989, Michelle Douglas dépose une plainte contre l’armée au Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, une organisation de vérification externe. L’année suivante, le Comité juge la libération de Michelle Douglas injuste et recommande le rétablissement de son poste et de sa cote de sécurité. L’armée refuse.

En janvier 1990, Michelle Douglas engage une poursuite contre l’armée. Elle souhaite être indemnisée à la suite de sa libération mais aussi contester la politique discriminatoire de l’armée à l’encontre des militaires homosexuels. Le procès s’étire sur près de trois ans. Durant ce temps, elle travaille comme enquêtrice à Revenu Canada à Barrie, en Ontario. La poursuite de Michelle Douglas est le premier de cinq procès similaires à régler. En 1992, elle dit ceci sur sa poursuite : « Ce n’est pas uniquement pour moi. C’est pour les militaires qui sont toujours au sein des forces armées canadiennes et pour ceux et celles qui n’ont jamais eu la chance d’intenter une poursuite à ce sujet. Ça ne fait aucun doute que cette politique cause du tort à beaucoup de gens, et il est essentiel de la changer pour eux, maintenant. »

Le 27 octobre 1992, la journée du procès, l’armée opte pour un règlement hors cour. Micelle Douglas reçoit 100 000 $, et l’armée abolit officiellement sa politique discriminatoire contre les gais et lesbiennes. Dans le cadre du règlement, la Cour fédérale du Canada rend une ordonnance qui déclare que la politique de l’armée viole la section 15 de la Charte canadienne des droits et libertés qui stipule que :

La loi ne fait acception de personne et s'applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques.

La Cour stipule que la formulation de la section 15 est ouverte et que par conséquent, elle peut être interprétée comme protection contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle (voir Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada).

Une fois sa politique abolie, l’armée rétablit des postes et retire les restrictions professionnelles à ceux et celles qui ont subi de la discrimination en raison de leur sexualité. Elle prend même des mesures pour contrer la discrimination dans les rangs en offrant de la formation, s’assurant ainsi que les militaires respectent l’ordre de la Cour.

En novembre 2017, le premier ministre Justin Trudeau présente des excuses officielles pour la purge des LGBTQ de la fonction publique canadienne durant la guerre froide. Conséquemment, le gouvernement canadien accepte de verser 145 millions $ en dommages et intérêts, incluant 110 millions $ pour les fonctionnaires de la communauté LGBT touchés par la purge et 15 millions $ pour des efforts historiques de réconciliation, d’éducation et de commémoration.

Carrière post-militaire et bénévolat

Après avoir eu gain de cause, Michelle Douglas s’emploie à obtenir un traitement égalitaire de la communauté LGBTQ. Elle met sur pied la Fondation en faveur de l’égalité des familles, une organisation canadienne qui vise l’égalité pour les relations entre personnes de même sexe. Elle occupe le rôle de présidente du centre communautaire 519 qui offre un lieu sûr et des services aux membres de la communauté LGBTQ2S de Toronto. Elle est aussi au nombre des membres du conseil consultatif du programme d’études sur la diversité sexuelle de l’Université de Toronto.

Michelle Douglas est la présidente bénévole du conseil d’administration canadien de WE Charity (anciennement Free the Children), offrant du soutien financier et juridique à l’organisation pour l’émancipation des jeunes. Elle occupe présentement le poste de directrice des relations internationales au ministère de la Justice. Elle représente aussi le Canada dans diverses réunions internationales. En 2018, Douglas a ceci à dire : « Ce n’est pas la vie que j’imaginais avoir. Je croyais devenir une officière dans les forces armées canadiennes. Mais pour être tout à fait honnête, la discrimination dont j’ai souffert m’a changée énormément. »

Prix et distinctions

  • Intronisée au Canadian Lesbian + Gay Archives National Portrait (1999)
  • Who’s Who of Canadian Women (1997)
  • Lauréate, Médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II (2012)