Vol de 1972 au Musée des Beaux-Arts de Montréal

Aux petites heures du matin, le lundi 4 septembre 1972, trois individus armés ont volé 18 peintures et 39 bijoux et autres objets précieux au Musée des beaux-arts de Montréal. Seulement deux de ces œuvres (un tableau et un pendentif) ont été retrouvées, ayant été remises à la police dans le cadre d’une tentative infructueuse de récupérer l’ensemble du lot. La valeur des œuvres était évaluée à 2 millions de dollars en 1972 et à 20 millions de dollars en 1992; toutefois, un paysage de Rembrandt était censé valoir à lui seul 20 millions de dollars en 2017. Ce cambriolage est le plus important vol de l’histoire du Canada quant à sa valeur, et il n’a toujours pas été résolu.

Aux petites heures du matin, le lundi 4 septembre 1972, trois individus armés ont volé 18 peintures et 39 bijoux et autres objets précieux au Musée des beaux-arts de Montréal. Seulement deux de ces œuvres (un tableau et un pendentif) ont été retrouvées, ayant été remises à la police dans le cadre d’une tentative infructueuse de récupérer l’ensemble du lot. La valeur des œuvres était évaluée à 2 millions de dollars en 1972 et à 20 millions de dollars en 1992; toutefois, un paysage de Rembrandt était censé valoir à lui seul 20 millions de dollars en 2017. Ce cambriolage est le plus important vol de l’histoire du Canada quant à sa valeur, et il n’a toujours pas été résolu.
Peint durant 1856, Eugène Delacroix.

Le vol

Peu après minuit, le lundi 4 septembre 1972, un individu portant des chaussures à crampons grimpe dans un arbre du côté ouest du pavillon Michal et Renata Hornstein du Musée des Beaux-Arts de Montréal, sur la rue Sherbrooke Ouest. (À l’époque, c’est le seul pavillon du musée.) Il installe une échelle, qui se trouvait sur le toit pour des travaux de rénovation, afin de permettre à deux complices qui attendaient à l’ouest de l’édifice de le rejoindre. On croit que les membres du trio sont des hommes. Deux d’entre eux s’expriment en français, et le troisième en anglais.

Le trio pénètre dans le musée par un puits de lumière. Le puits de lumière est équipé d’un système d’alarme, mais celui-ci a été désactivé à cause des réparations effectuées sur le toit du musée. Les trois cambrioleurs portent des lunettes de ski et ont en leur possession au moins un fusil à canon scié et un revolver. Ils se laissent glisser le long d’une corde de nylon jusqu’au deuxième étage du musée. Vers 1 h 30, ils rencontrent un des gardiens de sécurité et tirent un coup de feu pour obtenir sa collaboration. Alertés par le coup de feu, les deux autres gardiens présents accourent. Les trois employés sont ligotés et enfermés dans une salle de conférence. Pendant qu’un des hommes les surveille, les deux autres rassemblent des peintures, des bijoux et d’autres objets de valeur.

Les voleurs prévoyaient vraisemblablement sortir du musée par le puits de lumière qu’ils avaient utilisé pour entrer, car ils prennent le temps de mettre en place un système de poulies élaboré pour hisser les œuvres d’art jusqu’au toit. Le moment venu, ils renoncent à ce projet et décident plutôt de transporter les œuvres d’art jusqu’au quai de chargement de l’édifice et de s’enfuir à l’aide de la camionnette du musée. Toutefois, en sortant du musée par une porte latérale, un des hommes déclenche l’alarme. Les trois hommes s’empressent de ramasser ce qu’ils peuvent dans leurs bras et s’enfuient à pied avec 18 peintures et 39 objets plus petits, principalement des bijoux et autres objets précieux. Parmi ceux-ci, on retrouve deux pendentifs espagnols du 17 e siècle et une montre en or du 18e siècle ayant appartenu au premier maire de Montréal, Jacques Viger.

Musée des beaux-arts de Montréal

Peintures volées

  • Paysage avec un troupeau de vaches. Cette peinture, qui a été récupérée, a été attribuée à Jan Brueghel l’Ancien, mais on a plus tard déterminé qu’elle était l’œuvre d’un de ses élèves.
  • Paysage avec charrettes et bâtiments par Jan Brueghel l’Ancien.
  • La rêveuse à la fontaine de Jean-Baptiste-Camille Corot.
  • Jeune femme accoudée sur le bras gauche de Jean-Baptiste-Camille Corot.
  • Paysage avec rochers et ruisseau de Gustave Courbet.
  • Tête d’Honoré Daumier.
  • Lionne et lion dans leur antre d’Eugène Delacroix.
  • La sorcière de Narcisse Virgilio Díaz de la Peña.
  • Portrait du général de brigade sir Robert Fletcher de Thomas Gainsborough.
  • Nature morte : Vanitas par Jan Davidszoon de Heem.
  • Nature morte au poisson de Jan Davidszoon de Heem.
  • La baratteuse de Jean-François Millet.
  • Portrait de Madame Millet de Jean-François Millet.
  • Portrait d’un homme (peut-être un autoportrait) de Giovanni Battista Piazzetta.
  • Paysage avec chaumières de Rembrandt van Rijn.
  • Tête d’un jeune homme de Peter Paul Rubens.
  • Portrait d’une dame de François-André Vincent.
  • Portrait d’un homme de François-André Vincent.

Peint durant 1855–63, Jean-Baptiste Camille Corot

Les enquêteurs ont noté que la plupart des peintures volées étaient assez petites pour être transportées facilement, et que d’autres peintures de plus grande taille ont été décrochées des murs et rassemblées. On croit que les voleurs ont dû se limiter à ce qu’ils pouvaient transporter dans leurs bras, et qu’ils ont choisi les œuvres plus petites et ont rempli leurs poches de bijoux après avoir renoncé à leur plan de fuir à l’aide de la camionnette du musée. Dans leur empressement, ils ont laissé derrière eux des peintures de El Greco, Picasso, Tintoretto et Rembrandt.

Première enquête

En cette fin de semaine de la fête du Travail de 1972, le vol partage la vedette avec d’autres événements exceptionnels. Le 2 septembre, au forum de Montréal, l’équipe canadienne de hockey a perdu le premier match de la Série du siècle 1972 devant l’Union soviétique. Le matin du 5 septembre, l’attention du monde entier est monopolisée par la crise des otages aux Jeux olympiques de Munich. En conséquence, le vol du MBAM suscite beaucoup moins d’attention publique qu’il ne l’aurait fait normalement.

Les gardiens de sécurité ont réussi à se libérer eux-mêmes à peu près une heure après que les voleurs se soient enfuis. Ils ont contacté un responsable du musée qui leur a dit d’appeler la police. Le lundi suivant, une conférence de presse se déroule devant une forte assistance. La nouvelle du cambriolage et la liste des œuvres volées font le tour des journaux d’Amérique du Nord. Les enquêteurs contactent Interpol, l’Association des marchands d’art et l’International Art Registry. La police de Montréal envoie rapidement un avis aux postes-frontière, alertant les responsables des douanes afin qu’ils surveillent le passage éventuel des œuvres volées.

Dès le début de l’enquête, les policiers se concentrent sur la possibilité que le vol ait été commis par des étudiants en art. Ils surveillent cinq étudiants pendant un peu plus de deux semaines avant d’abandonner cette piste. Un enquêteur dira plus tard qu’ils cherchaient au moins un suspect, un homme entre 35 et 40 ans. Tout ce qu’on sait des suspects est qu’ils sont des hommes, que deux d’entre eux mesurent approximativement 1,65 m et ont les cheveux longs, et que deux d’entre eux parlent français tandis que le troisième parle anglais. Les gardiens n’ont vu que deux des trois suspects.

Bien que les coupables se soient vraisemblablement enfuis à pied, les bras chargés de peintures et d’autres objets, la police n’a jamais retrouvé les fusils ou le revolver qu’ils auraient eu en leur possession. Puisque les suspects savaient qu’ils pouvaient utiliser le puits de lumière, dont l’alarme était désactivée, les enquêteurs ont envisagé l’hypothèse d’une complicité à l’intérieur du musée. Toutefois, après avoir interrogé tous les membres du personnel, les enquêteurs ont jugé que cette piste n’était pas concluante.

Demande de rançon ratée et tentatives de récupération

Quelques jours après le cambriolage, une personne qui se présente comme l’auteur du crime contacte des responsables du musée et leur demande de se rendre devant une cabine téléphonique près de l’Université McGill. Un homme « à l’accent européen » invite un des employés à ramasser un paquet de cigarettes par terre. À l’intérieur, il trouve un des objets volés, un pendentif. Pendant un certain temps, les présumés voleurs continuent à communiquer avec le musée par le téléphone et par la poste.

À la fin d’octobre 1972, le musée reçoit une enveloppe brune portant la mention « Port de Montréal ». L’enveloppe contient des photos des peintures et une demande de rançon de 500 000 $ contre la remise des peintures et autres objets. Par la suite, le montant de la rançon est réduit à 250 000 $. Dans ses échanges avec les présumés voleurs, le directeur du musée leur propose de remettre une des peintures en signe de bonne foi. La peinture choisie, Paysage avec un troupeau de vaches, est attribuée à Jan Brueghel l’Ancien, mais on déterminera plus tard qu’il s’agit d’une copie. Peu après, on essaie d’échanger de l’argent contre une autre peinture en utilisant un officier de police en civil, mais la tentative échoue. Les présumés voleurs affirment qu’il s’agit d’un piège de la police. Peu après, les communications cessent définitivement.

Au début de l’été 1973, un responsable du musée est contacté par une personne qui prétend détenir des informations sur les peintures volées. Un expert en assurances se lance dans une course folle d’une cabine téléphonique à l’autre à travers Montréal. Conformément aux instructions, l’expert dépose 10 000 $ comptant au pied d’une affiche dans un terrain vacant sur le boulevard Saint-Martin à Laval. L’expert est censé recevoir un autre appel indiquant où se trouvent les peintures, mais l’appel n’arrive jamais. Le lendemain, il reçoit un nouvel appel lui annonçant que les peintures se trouvent dans un motel de Laval, mais on n’y trouve rien.

Aucune demande de rançon, ou tentative de remettre les peintures n’a été faite depuis l’été 1973.

Musée des beaux-arts de Montréal

Développements subséquents

Dans les années 1990, Alain Lacoursière, un enquêteur de la police de Montréal, entreprend de travailler sur l’affaire. C’est une activité à temps partiel pour le policier, qu’on a surnommé « le Colombo de l’art » parce qu’il a réussi à résoudre plusieurs affaires de vols d’œuvres d’art au Québec. Toutefois, il échoue à percer le mystère et exprime sa frustration devant la négligence avec laquelle l’enquête initiale a été menée.

Néanmoins, Alain Lacoursière s’intéresse beaucoup à un individu qu’il appelle « Smith », un étudiant de l’École des Beaux-Arts de Montréal à l’époque du vol (qui ne figure pas parmi les cinq suspects surveillés par la police au début de l’enquête). Smith connaît des détails du crime qui n’ont pas été rendus publics, et semble avoir joui d’une rentrée considérable d’argent peu après avoir terminé ses études. Selon Lacoursière, Smith pourrait être un des trois hommes impliqués, sans être le cerveau du groupe. Smith nie toute implication dans le vol.

Un autre développement est le rapprochement avec un autre vol très important qui s’est produit quelques jours seulement avant le cambriolage du musée. Il semble aussi avoir été réalisé par trois hommes armés, deux francophones et un anglophone, qui ont utilisé des cordes pour escalader la paroi d’une falaise abrupte pour voler des œuvres d’art dans la maison d’été d’Agnes Meldrum, propriétaire d’une prospère entreprise de transport et d’entreposage de Montréal. À l’époque, la police avait noté les similitudes entre les crimes, mais avait jugé qu’il s’agissait d’une simple coïncidence.

Suites

Le vol a apporté une notoriété mondiale aux œuvres disparues, mais a aussi amené les experts à les étudier plus attentivement. C’est ainsi qu’on a découvert que plusieurs des peintures, incluant celle qui a été restituée au musée dans le cadre des négociations sur la rançon, ont été attribuées à tort ou comportent des détails incompatibles avec la carrière ou le style des peintres auxquels elles sont attribuées. Pour ajouter l’insulte à l’outrage, on a déterminé que la peinture acquise par le musée avec les deux millions du règlement de l’assurance, Les léopards de Peter Paul Rubens, est probablement un faux. Elle n’a pas été exposée depuis.