Bataille de Batoche

La bataille de Batoche, qui s’est déroulée du 9 au 12 mai 1885, constitue le dernier grand affrontement de la rébellion du Nord‑Ouest. Emmenés par Louis Riel, les Métis et leurs alliés des Premières Nations sont vaincus par les troupes gouvernementales.

La bataille de Batoche, qui s’est déroulée du 9 au 12 mai 1885, constitue le dernier grand affrontement de la rébellion du Nord‑Ouest. Emmenés par Louis Riel, les Métis et leurs alliés des Premières Nations sont vaincus par les troupes gouvernementales.


Bataille de Batoche

Contexte historique

La rébellion de la rivière Rouge de 1869‑1870, également dirigée par Louis Riel, débouche sur la création de la province du Manitoba. Les Métis de la nouvelle province sont alors confrontés à l’hostilité des non‑Autochtones, en raison de leur rôle dans la rébellion. Ils sont également dépossédés de leur territoire : une grande partie des terres promises aux Métis par le gouvernement ne leur sera jamais attribuée (voir également Certificats des Métis). De nombreux Métis se déplacent alors plus à l’ouest, pour s’installer sur des terres faisant aujourd’hui partie de la Saskatchewan et de l’Alberta.

À la fin des années 1870, tant les Premières Nations de l’Ouest que les Métis souffrent : les fonctions exercées par les Métis auprès des négociants en fourrures disparaissent et le bison se fait rare sur les plaines (voir également Peuples autochtones des Plaines au Canada). La signature de traités permet la construction de villes, de lignes de chemin de fer et de fermes, sur des terres autrefois revendiquées par les peuples autochtones (voir également Traités numérotés).

Les Métis demandent à Louis Riel de revenir de son exil aux États‑Unis, en 1884, pour défendre leur cause. À son retour, ils adoptent, le 8 mars 1885, une Déclaration révolutionnaire des droits proclamant, notamment, le droit de possession de leurs fermes. Ils proclament également la constitution, le 19 mars 1885, d’un gouvernement provisoire, dont la capitale est à Batoche et dont le président est Louis Riel. Le 25 mars, le gouvernement fédéral ordonne la mobilisation de la milice. Les forces gouvernementales atteignent Qu’Appelle, sur le territoire de la Saskatchewan actuelle, le 10 avril.

Forces de combat

Les forces de Louis Riel, sous le commandement militaire de Gabriel Dumont, un chasseur et tacticien métis renommé, sont constituées, de 300 à 400 combattants métis et de moins de 1 000 alliés des Premières Nations, répartis dans tout l’Ouest, et préférant rester sur leurs propres terres. Les forces gouvernementales se composent de près de 3 000 soldats venus de l’Est, auxquels s’ajoutent environ 1 700 combattants recrutés dans l’Ouest, et quelque 500 membres de la Police à cheval du Nord‑Ouest. Le commandant de la Force de campagne du Nord‑Ouest est le Major général Frederick Middleton, officier d’infanterie britannique, un officier général commandant la milice canadienne.

Stratégie de Middleton

Le plan initial de Frederick Middleton consiste à marcher, depuis Qu’Appelle, à la tête de 900 soldats, jusqu’à la rivière Saskatchewan Sud. Il prévoit le déplacement simultané, depuis Swift Current, d’une colonne de 400 hommes, dirigée par le Lieutenant‑colonel William Otter, les deux formations devant opérer leur jonction au niveau de la rivière, avant de faire route vers l’aval, pour prendre Batoche d’assaut et porter le coup de grâce à Louis Riel. Une fois Batoche prise, il est prévu que les deux forces éliminent tous les rebelles restants.

Avant que Frederick Middleton puisse mettre son plan en œuvre, il doit ordonner à William Otter de se rendre au poste de police, à Fort Battleford, pour protéger les colons qui s’y sont réfugiés. Frederick Middleton quitte Qu’Appelle le 6 avril et, lorsqu’il atteint la Saskatchewan Sud, il répartit ses forces en deux groupes, devant, chacun, descendre la rivière en direction de Batoche sur l’une des deux rives.

Il prend lui‑même la tête de la colonne de la rive est, composée de la Batterie A, de l’École royale d’artillerie; d’un détachement des troupes régulières, de la Compagnie C de Toronto, du Corps‑école d’infanterie; des 90th Rifles de Winnipeg; et du Corps monté de Boulton. Il est rejoint ultérieurement par le Bataillon composite Midland de l’Ontario, une unité montée de renseignement improvisée, composée de 50 arpenteurs et équipée d’une mitrailleuse Gatling (une des premières mitrailleuses disponibles à cette époque). La colonne de la rive ouest, sous l’autorité d’un officier d’artillerie, se compose de la Batterie de campagne, de Winnipeg; du 10th Royal Grenadiers, de Toronto; et des French’s Scouts.

Fish Creek

Gabriel Dumont tend une embuscade, avec quelque 150 hommes, à environ 20 kilomètres au sud de Batoche, à Fish Creek, un lieu connu des Métis sous le nom de Tourond’s Coulee. Lorsque les éclaireurs de Frederick Middleton s’approchent, tôt le 24 avril, une escarmouche s’en suit. Les Métis font feu, depuis des positions bien dissimulées en contrebas du ruisseau, sur les soldats gouvernementaux, qui sont contraints de s’exposer sur la ligne d’horizon, afin d’être en mesure de riposter et de tirer en direction de la coulée.

Les troupes fédérales tentent, en vain, à plusieurs reprises, d’obliger les Métis à sortir de la coulée. La situation est alors dans l’impasse. Les troupes de la rive est traversent la rivière et, à la fin de la journée, Frederick Middleton et Gabriel Dumont interrompent simultanément le combat. Le premier signale 10 tués et 40 blessés, tandis que les Métis déplorent 11 morts et 18 blessés, les deux parties belligérantes déclarant qu’elles ont remporté la victoire.

Toutefois, l’escarmouche ébranle la confiance de Frederick Middleton. Il décide d’interrompre sa progression, tant qu’il n’aura pas consolidé ses forces et reçu des fournitures supplémentaires. Le 5 mai, l’arrivée du Northcote, un vapeur à aubes, fortifié avec des planches de bois épaisses et des sacs de grain, avec à son bord 35 soldats, s’inscrit dans ses plans, le bâtiment étant censé dépasser Batoche et prendre l’ennemi à revers, de concert avec l’attaque principale.

Batoche

Le 7 mai, Frederick Middleton quitte Fish Creek et atteint Batoche, à neuf kilomètres de là, le lendemain. L’attaque commence le 9 mai, mais se passe plutôt mal. Alors que le Northcote se dirige, trop tôt, vers le village, il se heurte à un câble de traversier couché par les Métis au travers de la rivière. Les mats, les mâtereaux, et les cheminées du vapeur sont abattus, le faisant dériver inexorablement vers l’aval. Frederick Middleton constate également que les Métis sont bien dissimulés dans des trous de tirailleurs, avec, devant eux, d’excellentes possibilités de tir.

Comme il ne souhaite pas faire courir des risques, à ses troupes inexpérimentées, dans un assaut frontal, pendant les trois jours suivants, il ordonne des incursions de jour, soutenues par l’artillerie de 9 livres et la mitrailleuse Gatling, qui s’avèrent infructueuses. Le 12 mai, il tente une attaque coordonnée, qui échoue une nouvelle fois. Alors qu’il est en train de dîner, deux commandants de la milice prennent les choses en main et conduisent leurs bataillons vers l’avant. Poursuivis par les troupes gouvernementales, les défenseurs métis se replient précipitamment, tout en continuant de tirer sur les soldats ennemis qui s’abattent sur Batoche. À la tombée de la nuit, le village est envahi, au prix de 8 morts et 46 blessés, Frederick Middleton affirmant que les Métis ont subi de lourdes pertes, avec 51 tués et 173 blessés.

La prise de Batoche met effectivement fin au soulèvement. Le gouvernement provisoire s’est effondré, Louis Riel s’est rendu le 15 mai et Gabriel Dumont s’est enfui dans le Montana, aux États‑Unis.

Évaluation

Frederick Middleton remporte la bataille de Batoche grâce à un nombre d’hommes et à une puissance de feu bien plus importants. En dépit d’une stratégie solide, ses mouvements, marqués par des tergiversations et des atermoiements excessifs, s’avèrent empruntés. Il ne consulte ses subordonnés et ne leur fait part de ses plans qu’à la dernière minute et manque de confiance à l’égard des soldats de la milice. Il se repose, plus que de raison, sur son infanterie et n’utilise pas sa cavalerie, plus expérimentée, lorsque le terrain lui est favorable.

De son côté, Louis Riel refuse de permettre à Gabriel Dumont d’exploiter la mobilité à cheval supérieure des Métis, pour harceler la colonne de Frederick Middleton, chaque nuit, alors qu’elle campe dans la prairie. Gabriel Dumont s’en remet également, à l’excès, à une défense statique, basée sur le positionnement de ses hommes dans des trous de tirailleurs. Bien que cette stratégie ait fait ses preuves auparavant, elle ne fonctionne pas à Batoche.