Wolastoqiyik (Malécites)

Les Wolastoqiyik (parfois écrit Welastekwewiyik or Welustuk, ce terme signifie « peuple de la belle rivière »), sont un people autochtone habitant depuis longtemps aux abords du fleuve Saint-Jean, au Nouveau‑Brunswick et dans le Maine, et du fleuve Saint‑Laurent, au Québec. Historiquement, les colons européens les désignent par le mot mi’kmaq malécite, dont la traduction approximative en français est « personnes à la langue brisée ». Le terme suggère que les Mi’kmaq voyaient la langue wolastoq comme une version « fracturée » de la leur. De nos jours, on compte six communautés maritimes wolastoqiyik au Canada et une dans le Maine. Selon le recensement de 2016, quelque 7635 personnes au Canada se définissent comme étant d’ascendance wolastoqiyik.



Gabriel Acquin
Gabriel Acquin, chasseur, guide et interprète Welastekwewiyik (Malécite) (circa 1866).
Un camp Wolastoqiyik (Malécite) à Tobique, 1865
(photo par George Taylor, avec la permission de Provincial Archives of New Brunswick, P5/253)

Territoire et population

Les Wolastoqiyik habitent depuis toujours dans la vallée du fleuve Saint-Jean, qui coule au Nouveau‑Brunswick et dans le Maine, ainsi que dans les régions au sud du fleuve Saint‑Laurent, au Québec, et à l’ouest jusqu’à l’actuel comté d’Aroostook, dans le Maine. Les terres et les ressources ancestrales des Wolastoqiyik sont délimitées par celles de leurs alliés : les Mi’kmaq à l’est, et les Passamaquoddy et les Penobscots à l’ouest.

L’arrivée des colons européens dans les années 1700 et 1800 réduit le territoire agricole des Wolastoqiyik en bordure du fleuve. Au 19e siècle, le gouvernement colonial crée des réserves pour les Wolastoqiyik à Madawaska, à Oromocto, à Fredericton, à Kingsclear, à Woodstock et à Tobique. Depuis, les bandes de Wolastoqiyik déposent de nombreuses revendications territoriales, dont certaines sont approuvées par les gouvernements fédéral et provinciaux, comme celle relative à la cession de 1892 présentée par la Première Nation de Tobique, réglée en septembre 2016, et celle relative à l’emprise du Canadien Pacifique présentée par les Malécites du Madawaska, réglée en 2008. (Voir Revendications territoriales des Autochtones et Territoire autochtone.)

Selon le recensement de 2016, quelque 7635 personnes au Canada se disent d’ascendance wolastoqiyik. En juillet 2018, les Premières Nations Wolastoqiyik enregistrées au Canada comptent : 1042 résidents à Kingsclear, dont 732 à la réserve ; 707 résidents à Oromocto, dont 321 à la réserve ; 374 résidents à Madawaska, dont 153 à la réserve ; 1927 résidents à St. Mary’s, dont 878 à la réserve ; 2479 à Tobique, dont 1558 à la réserve ; et 1074 à Woodstock, dont 290 à la réserve.

Vie avant l’arrivée des colons

Wigwams
Les wigwams utilisés par les chasseurs autochtones des forêts de l’Est. Ces habitations sont couvertes d’écorce de bouleau, de peaux ou de paillasses. (une œuvre de Gordon Miller)

Traditionnellement, les Wolastoqiyik sont des chasseurs et des pêcheurs, mais ils se mettent éventuellement à cultiver le maïs, les haricots, la courge et le tabac. Les femmes complètent le régime alimentaire par la cueillette de noix, de baies et de fruits.

Avant la venue des Européens, les Wolastoqiyik vivent sous des wigwams situés dans des villages fortifiés et utilisent des produits naturels, comme le bois, la pierre et la céramique pour fabriquer leurs outils, leurs canots, leurs armes et leurs ustensiles quotidiens. (Voir aussi Histoire de l’architecture : Autochtones.)

Société et culture

Les bandes wolastoqiyik sont sous la gouverne d’au moins un chef qui siège au conseil tribal avec des représentants de chaque famille. En tant que communauté, les Wolastoqiyik sont aussi membres de la confédération de Wabanaki, qui regroupe les nations parlant algonquin. Ces dernières font front uni face à la confédération des Cinq‑Nations (plus tard confédération des Six‑Nations) (voir Haudenosaunee) qui menacent leur territoire et leur mode de vie. La confédération de Wabanaki est toujours active à ce jour. (Voir Abénakis.)

Les Wolastoqiyik jouissent d’un riche patrimoine culturel, qui s’apparente à celui des Passamaquoddys, des Mi’kmaq et des Pentagouets. Reconnus pour leur artisanat – notamment la sculpture, la décoration en piquants de porc‑épic, le perlage et la vannerie –, les Wolastoqiyik ont conçu des objets d’une valeur inestimable qui expriment leur histoire, leur spiritualité et leur culture. Le tambour est aussi un élément très important dans leur culture : le rythme des tambours rallie la communauté dans une variété de cérémonies et de célébrations.

Kwa'nu'te'artistes micmacs et malécites, Catherine Anne Martin et Kimberlee McTaggart, Office national du film du Canada

Langue

Le wolastoq (encore communément appelé le malécite) est une langue algonquienne de l’Est, comme celle des Mi’kmaq et des Abénakis au Québec, et des Passamaquoddys et des Pentagouets dans le Maine. Le wolastoq et le passamaquoddy sont très similaires, hormis quelques différences mineures dans le vocabulaire, la prononciation et l’accentuation ; conséquemment, ces langues sont souvent regroupées sous la bannière malécite-passamaquoddy.

Selon Statistique Canada (2016), 350 Canadiens déclarent le wolastoq comme leur langue maternelle. Le recensement de 2001 rapporte un nombre plus imposant (825), ce qui indique un déclin des locuteurs de la langue. Les communautés wolastoqiyik travaillent à la préservation et à la promotion de leur langue par le biais d’une foule d’initiatives, dont un programme de bourses d’études sur le malécite‑passamaquoddy offert aux étudiants du Mi’kmaq-Wolastoqey Centre de l’Université du Nouveau‑Brunswick, études possibles grâce à la collaboration de locuteurs natifs.

Religion et spiritualité

Quoique des missionnaires aient converti bon nombre de Wolastoqiyik au christianisme au 17e et 18e siècles, le peuple conserve sa spiritualité autochtone. Parmi les coutumes religieuses et spirituelles traditionnelles, on compte la purification par la fumée (qui consiste à brûler du foin d’odeur pour purger l’esprit), les rituels de guérison, les rites de passage, les cérémonies, entre autres. (Voir aussi Autochtones : religion et spiritualité.)

Histoire de la création

L’histoire de la création des Wolastoqiyik raconte le récit de Gici Niwaskw, le « Grand Esprit » ou Créateur. Parfois appelé Weli-Niwesqit ou Woli-Niwesqit, soit « Bon Esprit » en malécite‑passamaquoddy, le Créateur est un être bienveillant et intangible qui n’interagit pas directement avec les humains. Comme d’autres bandes algonquiennes, le Grand Esprit est rarement personnifié dans les contes wolastoqiyik, et les légendes orales ne lui attribuent pas de sexe. Bien que l’on raconte que Gici Niwaskw a créé le monde entier, la tâche de préserver et de transformer, ou d’adoucir, le paysage revient au héros Glooscap.

Glooscap est le protagoniste de nombreux contes wabanaki et wolastoqiyik. On retrouve différentes versions du récit selon la nation. D’après la plupart des récits wolastoqiyik, Glooscap n’est pas un dieu, mais un héros et un filou doté de pouvoirs surnaturels lui permettant de manipuler le monde autour de lui et d’ainsi en améliorer l’habitabilité pour les humains. Entre autres manipulations, il tamise les vents, apprivoise les animaux sauvages et contrôle les eaux. Dans certaines légendes wolastoqivik, il est parfois accompagné dans ses aventures de Mikumwesu, son frère aîné à la petite stature. Les légendes de Glooscap et d’autres personnages culturels, comme la grand‑mère du héros et son jumeau maléfique, sont transmises de génération en génération, et ce, souvent par tradition orale.

Histoire coloniale

L’arrivée de commerçants de fourrures et de pêcheurs européens au début du 17e siècle permet aux Wolastoqiyik d’établir des relations commerciales stables qui durent près de 100 ans. (Voir Traite des fourrures.) Le fort La Tour, construit près du fleuve Saint‑Jean au début des années 1600, est converti en un centre de commerce et d’échanges culturels. Malgré les maladies européennes qui déciment leur population, les Wolastoqiyik conservent des sites côtiers et riverains pour la chasse, la pêche et la cueillette, et se concentrent dans les vallées de rivière pour le trappage.

À mesure que les hostilités entre les Français et les Anglais au Québec et à Port-Royal s’intensifient dans la deuxième moitié du 17e siècle, les combats et les raids sporadiques se multiplient dans la région de la vallée du Bas-Saint-Jean, mettant ainsi fin au florissant commerce de la fourrure dans l’Est. Afin d’alléger le fardeau économique qui découle de ces conflits, les femmes wolastoqiyik s’adonnent à l’agriculture, qui n’est pratiquée jusqu’alors que dans le sud du territoire wolastoqiyik. Les hommes, quant à eux, chassent sans grand succès, mais ils s’avèrent être des alliés utiles aux forces militaires des Français, qui s’opposent aux Anglais de la fin du 17e siècle au début du 18e siècle. (Voir aussi Guerres iroquoises.) Les mariages mixtes entre Français et Wolastoqiyik renforcent cette alliance contre les Anglais.

De 1725 à 1779, afin de promouvoir de meilleures relations au Canada, la Couronne britannique signe des traités de paix et d’amitié avec les Wolastoqiyik, de même qu’avec les Mi’kmaq et les Passamaquoddys. Les accords garantissent aussi aux Autochtones leurs droits de faire du commerce sans entrave, de pêcher et de chasser selon leurs us et coutumes, et de recevoir un approvisionnement annuel de nourriture, de provisions et de munitions de la Couronne. (Voir aussi Traités autochtones au Canada.)

Bien que les hostilités s’atténuent au premier quart du 18e siècle, le retour à la vie ancestrale est peu possible pour les Wolastoqiyik, en partie à cause de la population sévèrement amoindrie de castors. L’agriculture autochtone traditionnelle sur les rives est également grandement restreinte par l’arrivée des colons européens : en effet, toutes les terres agricoles le long de la rivière Saint‑Jean, autrefois occupées par les Wolastoqiyik, sont saisies, ce qui force la relocalisation des Wolastoqiyik. Chassés de leur territoire ancestral pendant des années, les Wolastoqiyik sont rabattus, au 19e siècle, dans des réserves à Oromocto, à Fredericton (Première Nation de St. Mary’s), à Kingsclear, à Woodstock et à Tobique.

Vie contemporaine

La Première Nation des Wolastoqiyik est composée de six collectivités maritimes au Canada : Madawaska, Kingsclear, Oromocto, St. Mary’s, Tobique et Woodstock. Elle en a aussi une dans le Maine : la bande de Houlton. Toutefois, aucune organisation unique ne représente les Wolastoqiyik sur le plan politique.

La Première Nation des Wolastoqiyik revendique activement des territoires, gère l’affectation des ressources (pétrolières, forestières, halieutiques et autres), participe aux activités d’organismes qui défendent des causes panautochtones et soutient les entreprises des réserves, comme les magasins de vente au détail, les centres de jeux, les stations d’essence et bien plus encore.


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