Pandémie

Les véritables éclosions pandémiques sont des phénomènes planétaires causés par des bactéries ou des virus très contagieux chez l'humain. Ces éclosions sont enregistrées depuis le XVIe  siècle, et chaque siècle subséquent en a connu un grand nombre.

Grippe
Infirmi\u00e8res portant des masques pour emp\u00eacher la propagation de la grippe espagnole, \u00e0 High River, en Alberta, octobre 1919 (avec la permission du Glenbow Museum et de Biblioth\u00e8que et Archives Canada/3452-2).

Pandémie

Le mot « pandémie » désigne toute forme de développement soudain et généralisé d'une maladie pouvant causer un grand affaiblissement ou la mort chez une proportion exceptionnellement élevée de la population. Ce phénomène s'appelle éclosion pandémique ou, couramment, pandémie.

Les véritables éclosions pandémiques sont des phénomènes planétaires causés par des bactéries ou des virus très contagieux chez l'humain. Ces éclosions sont enregistrées depuis le XVIe siècle, et chaque siècle subséquent en a connu un grand nombre. À l'opposé, une éclosion ÉPIDÉMIQUE se produit spécifiquement durant une période précise et dans une région spécifique et y touchant un nombre démesurément grand de personnes.

Les caractéristiques spécifiques de la pandémie sont les suivantes : elle peut se propager rapidement sur toute la planète, souvent en moins d'une année, touchant en moyenne un quart de la population humaine; elle se déclenche brusquement, monte en flèche, puis décroît assez rapidement; toutefois, elle a tendance à revenir simultanément dans différentes régions, par vagues parfois doubles ou triples, causant souvent des ravages plus considérables.

La peste

La première pandémie connue dans l'histoire humaine est la peste. Il s'agit d'une maladie infectieuse causée par la bactérie Yersinia pestis, qui se retrouve chez les rongeurs, spécialement le rat et la puce du rat. La peste est connue au moins depuis le Ier siècle A.D., mais sa vague la plus connue est sans doute celle qui a commencé au début du XIVe siècle, en Asie, avant de se propager en Europe; on l'a appelée la peste bubonique, ou « mort noire ». Elle a tué plus du tiers de la population européenne (très contagieuse, elle se caractérise par la fièvre, le délire et l'enflure des ganglions lymphatiques appelés bubons). La mort noire s'est transmise à l'humain du rat par sa puce, celle-ci étant porteuse ou vecteur de l'infection pour l'humain. Au XXe siècle, la découverte de bactéries causant divers types d'épidémies a permis la création d'antibiotiques efficaces. Néanmoins, des infections de différents types, dont la peste bubonique, la septicémie et la pneumonie se produisent toujours dans certaines régions d'Afrique.

La grippe espagnole 1918-1920

La GRIPPE espagnole s'est répandue à la fin de la Première Guerre mondiale. La pandémie se propage d'abord en Asie, mais la première victime connue vit sur une base militaire du Kansas, aux États-Unis. Les premières éclosions du mal se produisent au printemps de 1918. L'infection voyage dans les deux sens entre l'Europe et l'Amérique du Nord sur les navires transportant les troupes qui se rendent au combat. Les militaires transmettent ensuite la maladie en Asie et en Afrique. La grippe espagnole, causée par une infection virale, aura finalement tué environ 50 millions de personnes dans le monde. Au Canada toutes les régions sont touchées, et plus de 50 000 personnes en meurent.

La grippe espagnole apparaît à un moment critique, où beaucoup de gens voyagent d'un bout à l'autre du monde; elle se propage donc facilement. Elle est considérée comme la pandémie la plus dévastatrice de l'histoire du monde. Elle est ainsi nommée parce qu'une censure militaire des pays alliés empêchait les médias de faire état de l'infection et de la mort des soldats. L'Espagne étant, à l'époque, un pays neutre, ses médias révèlent la forte incidence de la maladie et des décès qu'elle cause dans ce pays. C'est ainsi que le nom du virus se trouve associé à l'Espagne.

Une des caractéristiques de la grippe espagnole qu'on a observées est l'infection rapide des jeunes adultes, contrairement à ce que l'on constate dans le cas des autres grippes, qui ont plutôt tendance à entraîner la mort de personnes âgées et de très jeunes enfants. La grippe espagnole entraînait la mort par pneumonie tant dans les infections virales initiales que les infections bactériennes secondaires. Le mal pouvait, en 48 heures, tuer des adultes en pleine santé. Comme il n'existait pas encore d'antibiotiques, à l'époque, la pneumonie bactérienne secondaire ne pouvait être traitée. Il n'existait pas non plus de vaccin. En effet, les virus grippaux humains ne seront isolés qu'en 1933; ce sera là un premier pas vers la création d'un vaccin pouvant prévenir la maladie.

Le Canada a été considérablement touché. L'infection s'y est répandue tant dans les milieux urbains que dans les lieux les plus isolés. En 1918, la population du Canada est de 8,7 millions d'habitants, selon les données du recensement de 1921. Le taux de mortalité attribuable à la grippe espagnole est donc d'environ 4,5 % de la population. L'Ontario enregistre 8700 décès, dont 1000 uniquement à Toronto. L'Alberta et le Manitoba enregistrent, pour leur part, 4000 morts, et la Saskatchewan, 5000. Dans certaines collectivités autochtones, la maladie emporte presque toute la population.

Au Canada, la plupart des régions tentent, par divers moyens, de contenir la propagation du virus. En Alberta, les gens doivent porter un masque facial en public. À Regina, une amende peut être imposée à ceux qui toussent ou éternuent en public. Certaines villes imposent la quarantaine, on ne peut y entrer ni en sortir sans être mis en état d'arrestation. En 1919, le Canada est le premier pays à établir un ministère de la Santé pour contrer la maladie.

Au début du XXIe siècle, l'éclosion du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et de la grippe aviaire a ravivé l'intérêt pour la grippe espagnole. Ces infections virales proviennent toutes de la mutation de virus animaux qui normalement ne sont pas contagieux pour l'humain. Un virus doit en effet subir certaines transformations génétiques, ou mutations, pour devenir infectieux. Les scientifiques ne savent pas exactement quelles mutations entrent en jeu, mais la recherche sur des maladies historiques comme la grippe espagnole permet d'élaborer de nouvelles théories et des traitements potentiels.

La grippe aviaire

Pour le moment, la grippe aviaire est rarement transmise, mais elle touche de plus en plus d'oiseaux partout au monde. Tous les pays craignent que la grippe aviaire dégénère en pandémie si aucun moyen n'est mis en œuvre pour apprendre davantage sur ce virus de façon à pouvoir maîtriser l'infection.

La grippe aviaire, causée par le virus influenza de type A, se manifeste naturellement chez les oiseaux sauvages, qui portent le virus depuis des centaines d'années sans qu'il nuise à leurs populations ni à celles d'autres espèces d'oiseaux. Cependant, en 1997, en Asie, une souche du virus de la grippe aviaire influenza de type A, la souche H5N1, a franchi la barrière des espèces, s'attaquant aux oiseaux domestiques et causant chez eux un haut taux de mortalité, pouvant tuer 48 poulets en quelques heures. Il a cessé d'être détecté par la suite. Puis, en 2003, il refait surface, infectant depuis ce temps des oiseaux domestiques dans de nombreux pays d'Asie, dont la Chine, la Corée, le Vietnam, la Thaïlande, le Cambodge et la Malaisie. D'importants programmes d'abattage d'oiseaux sont mis en œuvre afin de contenir la propagation du virus. Les éclosions sont limitées dans des régions relativement restreintes, mais quelques personnes, généralement des employés d'entreprises productrices de volaille domestique, très exposés durant l'abattage, ont contracté le virus.

En 2004, de nouvelles éclosions du virus apparaissent dans les populations d'oiseaux domestiques. Relativement réduites, elles sont estimées à un million d'infections. Si les oiseaux infectés sont assez peu nombreux, on enregistre par contre des cas d'infection humaine par le H5N1 dans de nombreux pays d'Asie. On enregistre aussi, en Thaïlande, des cas de contamination touchant les tigres en captivité nourris avec des carcasses de poulet cru. Ces cas de contamination croisée, par ingestion d'oiseaux infectés, augmentent l'inquiétude des scientifiques partout dans le monde. En 2004, une forte éclosion, dans la volaille commerciale, du sous-type de virus de grippe aviaire H7N3 se produit dans la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique. Une réaction rapide des professionnels de la santé humaine et animale permet de contrôler l'éclosion en quelques mois. Seulement deux personnes sont alors diagnostiquées porteuses du virus et on ne signale chez elles que des symptômes bénins. Étant donné les relations étroites entre la province et les pays de l'Asie du Pacifique, un programme de surveillance accrue du virus grippal aviaire H5N1 est établi.

Outre le commerce de volaille, les voies de migration des oiseaux sont des modes potentiels de transmission du H5N1 au Canada. On constate que les oiseaux sauvages de la Colombie-Britannique, du Québec et du Manitoba sont porteurs d'un virus influenza de type H5, mais non du sous-type H5N1. Un grand nombre d'oiseaux migrateurs traversent l'Europe et l'Asie, puis les régions arctiques. Les oiseaux migrateurs peuvent ensuite emprunter, à l'automne et au printemps, quatre axes principaux pour effectuer des allers-retours de l'Arctique aux sites de nidification en Amérique du Nord et du Sud : celles du Pacifique, du centre continental, du Mississippi et de l'Atlantique.

Les scientifiques du Canada et des États-Unis étudient des échantillons de canards migrateurs afin de créer un système de mise en garde contre l'arrivée possible de grippe aviaire par les voies migratoires intercontinentales. L'étude vise à déterminer quelles souches on retrouve sur le continent, et dans quelles proportions. Six laboratoires canadiens répertorient les genres d'oiseaux et types de virus qui circulent.

L'étude des pandémies et des traitements potentiels

L'ÉPIDÉMIOLOGIE est l'étude de maladies chez les populations humaines, leurs causes, leurs modèles de distribution ainsi que leur contrôle. Cette méthode de recherche est cruciale en santé publique pour établir des relations causales par rapport à la maladie à l'échelle mondiale. Le Canada, tout comme bien d'autres pays, collabore avec l'Organisation mondiale de la Santé afin de mieux connaître les mécanismes de transmission du H5N1 d'une espèce à l'autre et les maladies susceptibles de devenir pandémiques.

Depuis 1983, le Canada prévoit une intervention en cas de pandémie du virus influenza. L'Agence de santé publique du Canada coordonne la planification avec les ministères provinciaux et territoriaux de la Santé afin de déterminer les rôles et responsabilités en cas de pandémie éventuelle. L'immunisation est un aspect essentiel de la préparation à toute infection virale. Il existe quelques vaccins contre la grippe et l'on croit qu'une vaccination annuelle aiderait à réduire le risque d'infection. Il est important que les gouvernements fédéral, provinciaux, territoriaux et municipaux collaborent et organisent une intervention garantissant que les Canadiens recevront les vaccins pouvant prévenir de futures pandémies.


Lecture supplémentaire

  • Stephanie True Peters, The 1918 Influenza Pandemic (2005); Mark P. Friedlander Jr, Outbreak: Disease Detectives at Work (2003).

Liens externes