Stephen Leacock

Stephen Butler Leacock, MSRC, humoriste, auteur, universitaire (né le 30 décembre 1869 à Swanmore, en Angleterre; décédé le 28 mars 1944 à Toronto, en Ontario). Entre 1915 et 1925, Stephen Leacock a été l’humoriste anglophone le plus connu du monde. Il a reçu la médaille Mark Twain en humour, la médaille Lorne Pierce de la Société royale du Canada et le prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Essais. Économiste, historien et politicologue de formation, Stephen Leacock a été professeur à la faculté d’économie et de science politique de l’Université McGill de 1903 à 1936. En 1947, le Stephen Leacock Memorial Award a été mis sur pied en son honneur. En 1968, il a été nommé « personne d’importance historique nationale du Canada ».



Leacock, Stephen
Stephen Leacock est l'humoriste de langue anglaise le plus connu au monde dans les années 1915-1925. Peinture réalisée par Edwin Holgate (avec la permission du Musée des beaux-arts du Canada).

Enfance et formation

Stephen Leacock naît à Swanmore, en Angleterre. C’est le troisième des 11 enfants de Peter Leacock et Agnes Butler. Il a six ans quand sa famille immigre au Canada et s’installe sur une ferme de cent acres près du lac Simcoe, en Ontario. En 1878, le père de Stephen abandonne la famille; sa mère doit s’occuper seule des 11 enfants.

Stephen Leacock étudie d’abord localement puis fréquente le Upper Canada College à Toronto. En 1887, il s’inscrit à l’Université de Toronto où il étudie les langues modernes et classiques, ainsi que la littérature. Étudiant doué, il obtient son baccalauréat en arts avec haute distinction en langues modernes du University College en 1891.

Dans les années 1890, Stephen commence à publier des articles humoristiques dans les magazines new-yorkais Truth et Life, et dans le magazine torontois Grip. Son esprit vif lui vaut une bonne réputation, mais ses principales ambitions demeurent universitaires. En 1899, il entreprend son doctorat à l’University of Chicago. Il étudie les sciences économiques et la science politique auprès du politicologue et sociologue Thorstein Veblen à qui l’on doit l’expression « consommation ostentatoire » dans son livre The Theory of the Leisure Class (1899).

En 1899, Stephen épouse l’actrice Beatrix Hamilton. Le fils du couple, Stephen Lushington Leacock, naît en 1915.

À sa troisième année à l’University of Chicago, Stephen Leacock accepte le poste de conférencier spécial en science politique et en histoire à l’Université McGill.  En 1903, il complète sa thèse intitulée The Doctrine of Laissez-Faire qui lui vaut son doctorat avec grande distinction. La même année, il accepte le poste de professeur adjoint à temps plein au département d’économie et de science politique de McGill. Il devient rapidement le directeur du département et y reste jusqu’à sa retraite obligatoire en 1936.

Stephen Leacock

Photo de remise de diplômes d’études secondaires du Upper Canada College, en 1887.

(avec la permission de Leacock Museum)

Milieu de carrière

Auteur prolifique de fiction humoristique, d’essais littéraires et d’articles portant sur les enjeux sociaux, la politique, l’économie, la science et l’histoire, Stephen Leacock affirme pouvoir « écrire sur tout ce qui m’entoure dans un rayon de 100 verges ». La plupart de ses livres sont des recueils de ces textes d’abord écrits pour des magazines.

Ce n’est pas le cas de son premier livre, Elements of Political Science (1906), un traitement honorable du sujet. Stephen Leacock n’est peut-être pas un économiste politique particulièrement original ou incisif, mais ses opinions professionnelles, notamment sur le besoin d’utiliser le système étalon-or, s’avèrent prophétiques car elles sont pleines de bon sens dans ce qu’il qualifie de jungle des statistiques. Elements of Political Science devient un manuel universitaire largement utilisé jusqu’à 20 ans après sa publication. C’est l’ouvrage de Stephen Leacock qui se vend le mieux de son vivant.

Les écrits de Stephen Leacock sur les aspects techniques et théoriques de l’humour sont des plus rafraîchissants en raison de leur simplicité, tout comme le sont ses opinions sur l’éducation. Stephen s’implique dans le Parti conservateur tant dans sa circonscription d’Orillia, en Ontario, qu’à l’échelle nationale. Durant les élections générales de 1911, ses écrits et ses discours publics sur la question de la réciprocité contribuent à la défaite du gouvernement libéral de sir Wilfrid Laurier. Même si Stephen Leacock est un homme aux contradictions multiples, sa position reste traditionnellement conservatrice. Tory de la vieille école, il préfère la communauté à l’individu, l’évolution naturelle au changement radical, et le juste milieu aux déviations extrêmes. De telles valeurs sont à la base de la norme satirique de Stephen Leacock, c’est-à-dire la position autoritaire depuis laquelle il attaque l’individualisme endémique, le matérialisme et le culte de la technologie. S’il ne respecte pas toujours son credo voulant que l’humour soit aimable – il est parfois raciste, antiféministe et carrément récalcitrant – le mélange unique de compassion et d’intelligence corrosive vaut à son humour une intemporalité que peu d’auteurs canadiens peuvent se vanter d’avoir.

Stephen Leacock

Stephen Leacock en 1913.

(avec la permission de l'Arts and Letters Club of Toronto)

Œuvres remarquables

Les deux chefs-d’œuvre de Stephen Leacock sont Sunshine Sketches of a Little Town (1912; trad. Un été à Mariposa : croquis en clin d’œil, 1986) et Arcadian Adventures with the Idle Rich (1914; trad. Au pays des riches oisifs : aventures en Arcadie, 2018). Le premier anatomise avec humour le milieu des affaires, la vie sociale, la religion, les histoires d’amour et la politique dans la petite ville canadienne typique de Mariposa. La plus grande réussite d’Un été à Mariposa est probablement le narrateur qui, à travers son affection pour la communauté de Mariposa et sa perplexité face à elle, dévoile l’essentiel de Stephen Leacock.

Arcadian Adventures with the Idle Rich dissèque la vie dans une ville américaine de façon précise et satirique; le pathos et l’affection de l’auteur y sont moins présents. Prises ensemble, ces deux œuvres dévoilent la gamme créative de la vision de Stephen Leacock, c’est-à-dire son inquiétude face à ce qui est perdu avec l’extinction des communautés humaines et sa peur de ce qui pourrait s’ensuivre. Stephen croit pourtant que le meilleur humour réside dans les instances supérieures de la littérature.

Carrière tardive

Stephen Leacock mène une carrière prolifique comme auteur, professeur et personnage public. En 1921, il est membre fondateur de la Canadian Author’s Association. En 1925, la femme de Stephen meurt d’un cancer du sein; il devient donc un fervent défenseur et collecteur de fonds pour la recherche sur le cancer du sein et la sensibilisation du public (Stephen succombe à un cancer de la gorge en 1944). En 1928, il déménage à Old Brewery Bay situé à Orillia, en Ontario, où il se fait bâtir une maison. Elle est plus tard convertie en musée et déclarée lieu historique national en 1992.

La maison Leacock
La maison de Leacock a été construite sur la rive de la baie Old Brewery . Image: Chantal Gagnon

Honneurs et héritage

En 1919, Stephen Leacock est fait membre de la société royale du Canada; en 1935, il remporte la prestigieuse médaille Mark Twain en humour. En 1937, la Société royale du Canada lui décerne la médaille Lorne Pierce pour sa contribution à la littérature canadienne. En 1938, il reçoit le prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Essais pour My Discovery of the West (1937).

Le Stephen Leacock Memorial Award est mis sur pied en 1947. Chaque année, un jury décerne un prix en argent à l’auteur canadien du meilleur livre humoristique. Parmi les gagnants, on retrouve Patrick deWitt, Will Ferguson, Stuart McLean et Mordecai Richler. En 1968, Stephen Leacock est nommé « personne d’importance historique nationale ». En 1969, l’année du centenaire de la naissance de Stephen Leacock, la Société canadienne des postes émet un timbre de six sous en commémoration de sa vie et de sa carrière.

Prix

Sélection d’écrits

  • Nonsense Novels (1911)
  • Moonbeams from the Larger Lunacy (1915)
  • Further Foolishness (1916)
  • Essays and Literary Studies (1916)
  • Frenzied Fiction (1918)
  • The Unsolved Riddle of Social Justice (1920)
  • My Discovery of England (1922)
  • The Garden of Folly (1924)
  • Winnowed Wisdom (1926)
  • Short Circuits (1928)
  • Lincoln Frees the Slaves (1934)
  • Humour: Its Theory and Technique (1935)
  • Humour and Humanity (1937)
  • My Discovery of the West (1937)
  • Too Much College (1939)
  • My Remarkable Uncle (1942)
  • Our Heritage of Liberty (1942)
  • Happy Stories (1943)
  • How to Write (1943)
  • Last Leaves (1945)
  • The Boy I Left Behind Me (1946) (une autobiographie inachevée)

Les oeuvres sélectionnées de
Stephen Leacock

Lecture supplémentaire

  • Donald Cameron, Faces of Leacock (1967); Robertson Davies, Stephen Leacock (1970); D. Staines, Stephen Leacock: A Reappraisal (1987).

Liens externes