Traduction

Selon la définition du linguiste russe Roman Jakobson, la traduction est « l'interprétation des signes du langage par une autre langue ».

Traduction

Selon la définition du linguiste russe Roman Jakobson, la traduction est « l'interprétation des signes du langage par une autre langue ». Le plus souvent, il s'agit de la transmission d'oeuvres écrites dans une langue à un public parlant une autre langue, mais il semble qu'on y ait eu recours, à l'origine, pour faciliter l'administration au sein des anciens empires multilingues. La première traduction religieuse connue, celle de l'Ancien Testament hébreu en grec (la version des Septante), s'est fait au cours des deux premiers siècles av. J.-C., à peu près à l'époque où les auteurs romains Plaute, Caecilius et Térence furent les pionniers de la traduction littéraire, en produisant la version latine des tragédies grecques. Un autre domaine important qui a eu abondamment recours à la traduction est celui des échanges commerciaux.

Pendant des siècles, la traduction a été considérée comme une partie de la rhétorique, à juste titre d'ailleurs, car c'est un art du langage qui fait appel à des sciences telles que la grammaire comparée et la lexicologie (l'étude de la dérivation des mots et de leur signification). Bien que l'aspect technique de la traduction ait fait l'objet de théories dès l'époque romaine, ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle que les enjeux sont mis à jour. La question de savoir si l'on doit tenter de traduire mot à mot ( traduction littérale) ou « d'après le sens » ( traduction littéraire, ou libre) est au coeur du débat. Un certain nombre de facteurs influencent le choix de la méthode, comme le degré de similitude entre les deux langues et les deux cultures en jeu, le genre littéraire du texte ( poésie, prose littéraire ou prose technique) et le véhicule (oral, écrit ou langage par signes). Au Canada, la traduction se fait surtout entre le français et l'anglais (à la fois oralement et par écrit), bien qu'il y ait beaucoup plus d'ouvrages écrits en français traduits en anglais que l'inverse. La traduction touche aussi plusieurs autres langues parlées et écrites ici, comme l'italien, l'allemand et l'ukrainien. Depuis la RÉVOLUTION TRANQUILLE des années 60 et le travail de la Commission royale d'enquête sur le BILINGUISME ET LE BICULTURALISME, certains changements dans l'équilibre politique entre Anglais et Français ont amené une recrudescence du travail de traduction du français vers l'anglais.

Au Canada, les premiers traducteurs ont été les Amérindiens. En 1534, Jacques CARTIER a ramené en France deux Amérindiens, Taignoagny et Domagaya (les fils de DONNACONA), leur a fait apprendre le français et, en 1535, les a utilisés comme interprètes dans les négociations avec les autochtones, à STADACONA. Jusqu'à la GUERRE DE SEPT ANS, la plus grande part du travail de traduction et d'interprétation était entre les mains des missionnaires, qui produisaient des glossaires, des dictionnaires et des grammaires des langues amérindiennes. Après la défaite des Français, en 1759-1760, l'essentiel de la traduction se fait désormais du français à l'anglais et le mode de traduction passe de l'oral à l'écrit. L'arrivée des immigrants parlant d'autres langues rend nécessaire la traduction vers ces langues et à partir de ces langues, sans que l'on en ait gardé des traces écrites.

Malgré le besoin de traductions au sein du gouvernement, de 1760 jusqu'à la fin du XIXe siècle, on n'y recourt qu'à l'occurrence. Finalement, ce sont les recommandations sur la langue de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, en 1867, qui accordent un statut officiel à la traduction en exigeant que les deux langues soient officielles au Parlement et à Québec. En 1870, cette recommandation est étendue au Manitoba. Au tout début du XXe siècle, les bureaux de traduction des départements ministériels sont absorbés par le Bureau fédéral des traductions, lequel passe sous le contrôle du secrétaire d'État. Au début des années 80, le Québec et le Nouveau-Brunswick ont tous deux des bureaux de traduction, celui de Québec entretenant aussi des liens étroits avec l'OFFICE DE LA LANGUE FRANÇAISE, qui possède une banque de terminologie. La vie commerciale au Canada repose également sur la traduction, et on y trouve des firmes de traduction commerciale et technique depuis le début du XXe siècle.

À partir de 1764, à l'époque où la Gazette de Québec publiait à la fois en français et en anglais, les journaux jouent un rôle important en commandant et en publiant des traductions d'oeuvres littéraires (pas nécessairement canadiennes) célèbres dans leur langue originale. En plus de Toronto et de Montréal, New York est un centre important pour la publication de la version anglaise des ouvrages français. Et comme ailleurs, les traducteurs littéraires appartiennent habituellement à d'autres professions, telles que le journalisme, ou bien ils ont une réputation d'écrivains confirmés dans leur propre langue. Parmi les principaux traducteurs d'ouvrages français du XIXe siècle figure Rosanna LEPROHON. À cette époque, il semble qu'il y ait eu davantage de traductions de l'anglais au français. Les journaux de langue française présentent des traductions d'articles originaux anglais ou américains, tout autant que canadiens. Ainsi, EVANGELINE: A TALE OF ACADIE, de Longfellow, est traduit en 1865 par Léon-Pamphile Le May, qui est surtout connu pour sa version française de GOLDEN DOG, par William KIRBY , une oeuvre qui a été éditée après avoir paru en feuilleton en 1884-1885 dans le journal montréalais L'Étendard. Un autre personnage important du XIXe siècle est Louis FRÉCHETTE, qui fut à la fois un traducteur et un auteur traduit.

Au milieu du XXe siècle, les problèmes culturels et politiques attirent l'attention sur le rôle de la traduction en tant que facteur de médiation entre la culture française et la culture anglaise. Les éditeurs prennent la relève des journaux, en commanditant les traducteurs. De « petits magazines » influents, comme Ellipse (U. de Sherbrooke), se spécialisent dans la traduction. Depuis le début des années 60, le CONSEIL DES ARTS DU CANADA a entrepris d'encourager la traduction comme forme d'art et, en 1972, le secrétaire d'État accorde des subventions pour financer la traduction d'ouvrages littéraires et de travaux d'érudition considérés comme importants. On peut trouver une liste exhaustive des traducteurs et des auteurs traduits dans la Bibliography of Canadian Books in Translation de Newman et Stratford (2e éd., 1981). Philip Stratford est d'ailleurs l'un des meilleurs traducteurs au Canada, son registre allant des essais politiques d'André LAURENDEAU à l'oeuvre dramatique d'Antonine MAILLET. Au nombre des traducteurs remarquables du français à l'anglais figurent notamment Sheila Fischman, John Glassco, Joyce Marshall et le regretté Frank SCOTT. Du côté français, Jean Simard a traduit Northrop FRYE et Hugh MACLENNAN ; Michelle Tisseyre a traduit Morley CALLAGHAN.

La principale association de traducteurs au Canada est le Conseil des traducteurs et interprètes du Canada. Seules l'Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse n'ont pas d'associations professionnelles affiliées au CTIC. L'admission aux associations professionnelles se fait par examen. Il existe d'autres associations : l'Association des traductrices et traducteurs littéraires et l'Association des interprètes et des traducteurs judiciaires. Le principal journal de la profession est Méta, publié par l'U. de Montréal.. Plusieurs universités ont des sections de traduction dans leurs programmes de langues, mais les principales écoles de traduction se trouvent à l'U. de Montréal, à l' U. d'Ottawa, à l'U. Laurentienne, à l'U. Laval et à l'U. de Moncton. Les travaux canadiens portant sur la dimension linguistique de la théorie de la traduction jouissent d'une reconnaissance internationale, et l'un des ouvrages de référence est la Stylistique comparée du français et de l'anglais (1960 ; rév. 1968), par Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet. L'étude de la traduction littéraire n'est pas aussi bien structurée, étant du ressort des départements universitaires de français, d'anglais ou de littérature comparée. Les traducteurs des langues amérindiennes ou inuites s'inspirent des travaux réalisés au Summer Institute of Linguistics (Dallas, au Texas), lequel se spécialise dans les descriptions et les traductions dans les deux sens de langues inconnues jusque-là en dehors de leur propre région.

L'arrivée des ordinateurs marque une étape importante dans l'évolution de la traduction. Au Canada et ailleurs, on espère qu'à la suite des recherches intensives sur l'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, il sera possible d'en arriver un jour à une traduction automatisée, rapide et parfaite. Mais jusqu'ici, le rôle de l'ordinateur en traduction reste limité. Voir aussi BILINGUISME; DICTIONNAIRE.


Lecture supplémentaire

  • "Histoire de la traduction au Canada," Meta 22,1 (1977; special issue); C. La Bossière, ed, Translation in Canadian Literature (1983); M. Newman and P. Stratford, Bibliography of Canadian Books in Translation: French to English and English to French (1975, 2nd ed 1981).