La province du Manitoba, située au cœur du Canada, est parfois surnommée la province « clé de voûte » en raison de sa situation géographique. Elle est délimitée au nord par le Nunavut et la baie d’Hudson, à l’est par l’Ontario, au sud par les États-Unis et à l’ouest par la Saskatchewan. On attribue souvent son surnom au lord Dufferin, qui prononce lors d’un discours de 1877 que « la province du Manitoba peut être regardée comme la clé de voûte de cette arche puissante composée des provinces du Canada, et s’étendant de l’Atlantique au Pacifique ». Avant la Loi sur le Manitoba, en 1870, la province a fait ses débuts en tant que colonie de la rivière Rouge, à la jonction des rivières Rouge et Assiniboine.

Territoire et ressources

Les régions qui forment le Manitoba découlent principalement de la topographie du territoire. Depuis la fonte de la calotte glaciaire continentale, il y a environ 8 000 ans, les forces physiques ont façonné la surface de l’actuel territoire manitobain en quatre grandes régions physiographiques : les basses terres de la baie d’Hudson, les hauts plateaux du précambrien, les basses terres du lac Agassiz et les hauts plateaux des Prairies.

Le Manitoba forme un corridor pour les rivières Rouge, Assiniboine, Saskatchewan et Churchill, de même que pour le fleuve Nelson. Trois grands plans d’eau, les lacs Winnipeg, Winnipegosis et Manitoba, recouvrent les basses terres du lac Agassiz et constituent les vestiges de ce lac qui submergeait le centre-sud de la province au cours de la dernière période glaciaire. La très longue présence de cette ancienne mer intérieure a aplani environ un cinquième de la superficie du Manitoba, car de 18 à 30 m de sédiments recouvraient sa surface plate préglaciaire.

Les rivières Assiniboine, Valley et Swan sculptent le sud-ouest de la province (hauts plateaux des Prairies) en plateaux aux reliefs variés qui, avec les basses terres du lac Agassiz, constituent la plupart des terres arables du Manitoba. Les hauts plateaux du précambrien se composent de granit dur et de roches cristallines fortement érodées par les glaces pendant la période glaciaire. Le sol est pauvre, où les roches affleurent et les innombrables lacs aux fonds rocheux rendent cette région impropre à l’agriculture, mais favorisent les installations hydroélectriques, la pêche en eau douce, l’exploitation minière et la sylviculture.

Des roches sédimentaires plates forment l’assise des basses terres de la baie d’Hudson, où le climat est extrêmement froid. On y compte peu de colonies ou de développements ailleurs qu’à Churchill, le seul port d’eau salée de la province. Une ligne partant du sud-est du Manitoba jusqu’à Flin Flon, sur la frontière occidentale, sépare les terres arables et peuplées du sud et de l’ouest des territoires situés au nord et à l’est, déserts et sauvages, qui couvrent environ les deux tiers de la superficie de la province.

Géologie

Le substrat rocheux, qui forme la base de la province, est constitué soit d’anciennes roches précambriennes (archéennes), soit de jeunes roches sédimentaires de la période cénozoïque. Les roches précambriennes datent de 2,7 milliards d’années et comptent parmi les plus vieilles au monde. Elles font partie du Bouclier canadien, qui s’étend en demi-cercle le long de la baie d’Hudson. Elles sont composées principalement de granit et de gneiss granitiques en contact avec des roches volcaniques et d’anciennes roches sédimentaires métamorphiques. Les zones de contact contiennent souvent des métaux précieux ou semi-précieux comme le nickel, le plomb, le zinc, le cuivre, l’or et l’argent, tous extraits des mines du Manitoba.

Par-dessus les anciennes roches précambriennes se trouvent des roches sédimentaires datant de l’ère paléozoïque à l’ère cénozoïque. Les basses terres du lac Agassiz sont recouvertes de sédiments lacustres superposés aux premières roches paléozoïques datant de l’ordovicien, du dévonien et de la période silurienne, desquelles on extrait de la pierre calcaire, du gypse, de l’argile, de la bentonite, du sable et du gravier. À certains endroits, on a aussi découvert du pétrole dans les roches mississippiennes.

À l’ouest des basses terres du lac Agassiz se dresse un escarpement de roches du crétacé qui constitue la formation de surface des hauts plateaux. Pendant longtemps, l’escarpement a formé la rive occidentale du lac glaciaire Agassiz. Les rivières coulant vers l’est, comme l’Assiniboine, la Valley et la Swan, nourries par l’eau des glaciers, ont creusé les profondes vallées (déversoirs) qui débouchaient dans le lac Agassiz. Anciennement, le fond du lac Agassiz et le lit de ses affluents étaient recouverts d’une mince couche de limon et d’argile. On y trouve actuellement les sols les plus fertiles de l’Ouest canadien.

Les plus belles terres agricoles du Manitoba se situent aujourd’hui dans les hauts plateaux de l’Ouest et dans le lit du lac Agassiz. Au sud-ouest, les formations géologiques du bassin de Williston, dans le Dakota du Nord, s’étendent jusqu’au Manitoba, et on y trouve du pétrole en petite quantité. Une vaste plaine reposant sur les inébranlables sédiments paléozoïques s’étend entre les roches précambriennes du nord du Manitoba et la baie d’Hudson. Le climat hostile, l’isolement et les marécages rendent cette région impropre à l’agriculture.

Sol

La fonte du glacier Wisconsin, à la fin de la dernière période glaciaire, a formé les particularités secondaires du sol du Manitoba. Les roches du Bouclier canadien, sérieusement érodées, laissent alors une surface marécageuse et spongieuse, sillonnée de centaines de lacs, de cours d’eau et de tourbières. Le relief est ondulant ou vallonné.

La plus grande partie des basses terres du lac Agassiz, la plaine lacustre la plus étendue en Amérique du Nord (286 000 km2), se prête bien à l’irrigation. Cette plaine, étant en grande partie très plate, nécessite un important système de drainage. Elle est aussi bordée de dunes escarpées. Les hauts plateaux de l’ouest sont maintenant recouverts de sédiments glaciaires. La moraine à fond ondulant, entrecoupée par endroits de moraines plus accidentées, favorise généralement une culture intensive du sol.

Hydrographie

L’eau douce est la principale ressource du Manitoba, qui, avec ses 101 590 km2 de lacs et de rivières (le sixième de sa superficie totale), se classe la troisième province la plus riche en eau au Canada. Parmi ses plus importants lacs, mentionnons les lacs Winnipeg (24 387 km2), Winnipegosis (5 374 km2) et Manitoba (4 624 km2). On compte aussi de nombreux lacs d’eau douce couvrant plus de 400 km2, dont les lacs Southern Indian, Moose, Cedar, Island, Gods, Cross, Playgreen, Dauphin, Granville, Sipiwesk et Oxford. Le niveau du sol dans le sud du Manitoba étant plus bas que celui des régions de l’est et de l’ouest, les principaux cours d’eau de l’ouest du Canada y affluent, notamment les rivières Saskatchewan, Rouge, Assiniboine et Winnipeg. Celles-ci se jettent dans les lacs Winnipeg, Manitoba et Winnipegosis, qui se déversent ensuite dans la baie d’Hudson par l’intermédiaire du fleuve Nelson. Ces cours d’eau, en plus des rivières Churchill et Hayes, entre autres, fournissent un potentiel hydroélectrique de 8360 mégawatts. De nos jours, seul le lac Winnipeg est utilisé pour le transport maritime, mais à l’époque du commerce des fourrures et au début de la colonisation, d’autres voies d’eau navigables ont aussi joué un rôle important à cet égard, notamment les rivières Hayes, Winnipeg, Rouge et Assiniboine, et le fleuve Nelson.

Des inondations le long de la rivière Rouge et de ses artères principales comme les rivières Souris et Assiniboine ont eu de grandes répercussions sur des villes avoisinantes et sur de grandes terres agricoles. Aux mois de mai et d’avril de 1997, par exemple, la plus grande inondation depuis 1852 frappe la rivière. Plus d’un millier de foyers sont endommagés, et 7 000 militaires sont appelés à venir en aide aux victimes, qui sont évacuées, puis relogées. De nombreux programmes de gestion des inondations sont créés, à commencer par le canal de dérivation de la rivière Rouge, complété en 1968. Ce canal d’une longueur de 48 km protège la ville de Winnipeg des crues de la rivière Rouge. Une structure similaire, construite entre la rivière Assiniboine et le lac Manitoba, protège Portage la Prairie. Le barrage Shellmouth et le barrage Fairford, ou encore les digues le long de la rivière Rouge, constituent d’autres exemples de protection contre les inondations.

Climat, végétation et sol

Situé à des latitudes moyennes élevées (49° à 60° de latitude nord) et au centre d’une masse continentale, le Manitoba connaît de grands écarts de température : les hivers sont très froids et les étés, modérément chauds. En hiver, les masses d’air arctique sec et d’air maritime polaire se dirigent vers le sud. Elles sont suivies en été par une masse d’air tropical maritime, doux et humide. Les pluies, qui surviennent pendant les six mois d’été, représentent près des deux tiers des précipitations annuelles; le tiers restant tombe en neige. La période pendant laquelle le sol n’est pas gelé varie selon les conditions locales, mais la région qui s’étend de Flin Flon jusqu’à l’angle de la province au sud-est connaît généralement une moyenne de 100 jours sans gel.

Le printemps commence dans la vallée de la rivière Rouge, qui enregistre une période sans gel d’environ 120 jours. Il progresse ensuite vers le nord et l’ouest. Par conséquent, le nombre moyen de degrés-jours de croissance (supérieurs à 5 °C) varie de 2 000 à 3 000 dans les limites définies. Les chutes de neige sont plus abondantes à l’est qu’à l’ouest; Winnipeg et les environs reçoivent en moyenne 126 cm de neige par année. Heureusement, 60 % des précipitations annuelles de pluie surviennent en mai, en juin et en juillet, pendant la période de croissance des céréales. La fin d’août et le début de septembre sont des périodes sèches, favorables à la récolte.

La végétation du Manitoba est très variée. Au sud, elle comprend des prairies et des trembles; au centre, des forêts mixtes; au nord, des forêts boréales, et près de la baie d’Hudson, de la toundra. Au sud, une évaporation élevée nuit à la croissance des arbres, qui cèdent la place à des prairies. Avant que ces territoires ne soient colonisés, on y trouvait de nombreuses espèces d’herbes longues et des espèces mixtes. L’orme, le frêne et l’érable du Manitoba poussent le long des cours d’eau, tandis que le chêne croît dans des endroits secs. Plus au nord, où l’évaporation est moindre, la forêt composée de différents feuillus remplace la prairie.

La moitié du nord de la province est composée d’une forêt boréale d’épinettes blanches et noires, de pins gris, de mélèzes d’Amérique, de trembles et de bouleaux.

Les arbres se raréfient aux abords des rives de la baie d’Hudson, qui connaissent des étés froids et une brève période de croissance. On n’y trouve que des épinettes et des saules rachitiques, de la mousse, du lichen et du carex de toundra. L’épinette, le sapin et le pin sont utilisés pour le bois de construction et pour les pâtes et papiers.

En règle générale, les types de sols du Manitoba correspondent étroitement à la répartition de la végétation naturelle. Le sol noir (sol chernozémique) est le plus fertile; on le trouve dans les pâturages, autrefois prédominants, de la vallée de la rivière Rouge, où sa texture est particulièrement fine, et dans le sud-ouest du Manitoba. Le sol présente une texture plus grossière dans l’ancien delta formé par l’Assiniboine, qui s’étend de Portage la Prairie à Brandon, et à Souris Valley. Par endroits, on trouve d’importantes dunes de sable.

Dans les zones de transition vers les forêts, on trouve surtout un sol noir dégradé et un sol gris boisé, comme c’est le cas entre Minnedosa et Russell, au sud du mont Riding. On qualifie les grandes étendues jadis recouvertes par le lac Agassiz et mal drainées de « renzina dégradée », étant donné la grande accumulation de calcaire dans le sol. Les sols qui reposent sur des roches de granit dur et d’autres formations rocheuses du Bouclier canadien sont recouverts de forêts de conifères. Ce sont des sols gris forestiers, des podzols et de la tourbe, tous impropres à l’agriculture.

Gestion des ressources naturelles

La conservation des ressources est axée d’abord sur la faune. La protection des animaux à fourrure est assurée par l’établissement de saisons de chasse, l’obligation pour les trappeurs de détenir un permis de piégeage et l’enregistrement des sentiers de piégeage. La Loi sur la faune, qui régit la chasse, a fait l’objet de nombreuses révisions depuis son entrée en vigueur, en 1870. La Loi sur les espèces en voie de disparition (1990) élargit la protection à un plus grand nombre d’espèces.

En 1961 sont établies des zones de gestion de la faune; on dénombre actuellement 82 aires protégées qui assurent le maintien de la biodiversité manitobaine. Le Manitoba se trouve sur la route migratoire nord-américaine de certains oiseaux, et ces zones de gestion assurent entre autres la protection de leur habitat.

La chasse au gibier est sévèrement contrôlée. Des zones réglementées sont prévues pour assurer une protection accrue de certaines variétés de gibiers, d’autres animaux sauvages, d’espèces en voie de disparition et de leur habitat. La chasse et la pêche sont aussi étroitement surveillées dans les parcs provinciaux et les réserves forestières.

La conservation des forêts comprend la lutte contre les incendies, le contrôle des insectes, et la réglementation sur l’abattage des arbres et le reboisement. La surveillance aérienne du territoire forestier et la mise en place de nombreuses tours de guet réduisent de beaucoup la fréquence et l’étendue des incendies. On détruit les insectes et les parasites en procédant à la vaporisation aérienne d’insecticides, à l’éclaircissement de la forêt et à des brûlages sélectifs. Parmi les insectes qui causent le plus de dégâts, mentionnons la tordeuse des bourgeons d’épinette, la tordeuse du pin gris et du peuplier, la livrée des forêts et le scolyte brun du bouleau.

En vue d’une reforestation, on plante chaque année des millions de jeunes plants, surtout des pins gris, des pins rouges et des épinettes blanches. Pour assurer de futures réserves de bois commercial, les exploitants doivent s’en tenir à des quotas de coupe annuels dans des aires désignées, en fonction d’un rendement constant.

Le parc national du Mont-Riding, situé sur l’escarpement du Manitoba, était le seul parc national de la province jusqu’à ce qu’on ouvre, en 1996, celui de Wapusk, près de Churchill. Le Manitoba compte toutefois 86 parcs provinciaux de toutes sortes. Les parcs naturels et les parcs récréatifs sont les plus achalandés, notamment le parc provincial Whiteshell, situé dans l’ouest de la province, et le parc provincial du mont Duck, à l’est. Le premier parc à l’état naturel de la province, l’Atikaki, a été inauguré en 1985. Le parc provincial Sand Lakes Wilderness, avec sa superficie de 8310 km2, est le plus grand parc du Manitoba.

Démographie

Depuis 1961, la population du Manitoba augmente lentement, mais de façon stable, passant de 921 686 habitants en 1961 à 208 268 habitants en 2011. La population est répartie inégalement entre le nord et le sud. Bien que la région nordique, qui s’étend de la rive sud du lac Winnipegosis à l’ouest jusqu’à la rive sud du lac Winnipeg à l’est, représente plus de 79 % de la superficie de la province, elle n’accueille que 7,3 % de sa population. La colonisation du nord se limite aux postes de pêche isolés, aux villes minières, aux réserves autochtones dispersées et au centre de transbordement de Churchill, situé loin au nord sur les rives de la baie d’Hudson.

Centres urbains

Lorsque le Manitoba se joint à la Confédération, seulement 4 % de ses habitants résident dans les villes. La population demeure principalement rurale jusqu’en 1951; aujourd’hui, 72 % des habitants de la province se trouvent dans les centres urbains.

La capitale provinciale, Winnipeg, est la plus grande ville du Manitoba. La grande région métropolitaine de Winnipeg compte plus de 60 % de la population de toute la province.

Lorsque le Canadien Pacifique (CP) décide d’enjamber la rivière Rouge à Winnipeg en 1881, la ville devient le carrefour économique de l’Ouest canadien, et on la surnomme la « Chicago du nord » pendant les années de prospérité, au tournant du XXe siècle. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, Winnipeg s’est peu développée. Elle demeure tout de même la capitale provinciale des arts, de l’éducation, du commerce, de la finance, des transports et du gouvernement.

Bien que la suprématie de Winnipeg soit indiscutable, certains centres urbains occupent une position dominante dans le commerce local. Brandon, deuxième ville du Manitoba, est un centre de distribution et de fabrication pour le sud-ouest, tandis que Portage la Prairie, de dimension plus modeste, joue un rôle semblable dans l’une des régions agricoles les plus prospères de la province, celle des Plaines du Portage. Au nord, Thompson et Flin Flon sont avant tout des villes minières.

Les grandes villes de Selkirk et Dauphin et le village de The Pas, autrefois des forts servant au commerce des fourrures, sont aujourd’hui des centres de distribution pour les communautés avoisinantes. Bissett est quant à elle une petite ville minière du nord.

Main-d’œuvre

Ces dernières années, le Manitoba peut se vanter d’avoir un taux de chômage inférieur à la moyenne canadienne. Les industries qui embauchent le plus grand nombre de Manitobains sont la santé et les services sociaux, suivies du commerce de détail, de la production, de l’administration publique et de l’éducation. Malgré que l’agriculture ne représente pas un employeur majeur au Manitoba, plus de Manitobains travaillent pour cette industrie que dans n’importe quelle autre province canadienne.

Langues et origines ethniques

La majorité des habitants (73 %) identifient l’anglais comme leur langue maternelle. Les autres langues les plus parlées sont l’allemand, le français, les langues autochtones et le tagalog. Les principales langues autochtones parlées au Manitoba sont l’ojibwé, le cri, le déné et le dakota. Malgré cela, la majorité des Autochtones s’expriment le plus souvent en anglais, qui s’avère être la langue maternelle de la plupart d’entre eux. En 1870, la Loi sur le Manitobaaccorde au français et à l’anglais un statut égal devant les tribunaux et la législature. Vingt ans plus tard, une loi provinciale fait de l’anglais la seule langue officielle du Manitoba. En 1979, cette loi est déclarée ultra vires, et depuis 1984, le gouvernement du Manitoba s’efforce à rehausser le statut de la langue française, notamment dans l’offre de services gouvernementaux.

Dans les écoles, les Franco-Manitobains reçoivent un enseignement entièrement en français grâce au programme prévu à cet effet. Les allophones, eux, peuvent s’inscrire à un programme d’immersion en français. En 1979, la Loi sur les écoles publiques encourage l’éducation bilingue en permettant aux écoles de dispenser 50 % des classes dans une langue non officielle, comme l’allemand ou l’ukrainien.

Au-delà de 70 % de la population est d’origine européenne, surtout britannique, mais on compte aussi des descendants d’Europe de l’Ouest, de la France et de l’Allemagne. Puis, depuis l’établissement de la colonie Nouvelle-Islande, sur les rives ouest du lac Winnipeg en 1875, le Manitoba compte aussi un certain nombre de descendants islandais. Environ 17 % de la population est d’origine autochtone (Premières nations, Métis et un petit nombre d’Inuits). Le reste des habitants sont d’origines chinoise et philippinoise, et demeurent principalement à Winnipeg.

Religions

La population du Manitoba est en majorité chrétienne, bien que plus d’un quart des habitants ne revendiquent aucune affiliation religieuse. L’Église catholique romaine est la plus grande congrégation religieuse de la province, suivie de l’Église unie du Canada et de l’Église anglicane. La province compte également de petites communautés de mennonites et des groupes catholiques ukrainiens, ou encore orthodoxes ukrainiens. Ceux qui pratiquent une religion non chrétienne représentent environ 5 % de la population.

Histoire

Premiers peuples autochtones

L’actuelle province du Manitoba se trouve sur le territoire traditionnel des peuples assiniboine et dakota, qui vivaient dans les plaines du sud, de la nation crie, qui couvrait un vaste territoire s’étendant des plaines jusqu’aux basses terres de la baie d’Hudson au nord, et des Dénés, dans le Grand Nord. Les ancêtres de ces peuples autochtones seraient arrivés au Manitoba entre 10 000 et 13 000 av. J.-C. Les Ojibwés, qui représentent l’un des principaux peuples autochtones du Manitoba avec les Cris, sont arrivés beaucoup plus tard; ils se sont installés au Manitoba il y a environ 300 ans.

Avant l’arrivée des Européens, les peuples autochtones du Manitoba vivent surtout de la chasse (orignal, caribou, ours et castor) et d’un peu de pêche. Ceux qui vivent dans les basses terres de la baie d’Hudson chassent également la sauvagine (comme l’oie), tandis que ceux des plaines comptent plutôt sur le bison pour la nourriture, les vêtements, les maisons et les outils. Des archéologues ont découvert au Manitoba des articles faits à partir de cuivre, d’argile, de roches et d’ossements, ce qui indique que les Autochtones participaient déjà à des réseaux d’échange et de traite à longue distance, pouvant aller jusqu’au Pacifique ou encore jusqu’au golfe du Mexique, et ce, même avant l’arrivée des Européens.

Explorations européennes

L’exploration européenne du Manitoba n’a pas commencé dans le sud de la province, mais bien dans la région la plus froide et la plus éloignée : les rives de la baie d’Hudson. Nombre de navigateurs, dont Thomas Button (1612), Jens Eriksen Munk (1619-1620), et Luke Fox et Thomas James (1631), ont sillonné le littoral pour y trouver le passage du Nord-Ouest.

L’expansion du commerce des fourrures vers l’ouest engendre de plus en plus d’explorations au Manitoba. Deux explorateurs canadiens-français, Médard Chouart Des Groseilliers et Pierre-Esprit Radisson, intéressés par la traite des fourrures, persuadent le roi Charles II d’Angleterre de fonder la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) en 1670 et de l’établir sur un immense territoire (dont une partie constitue le Manitoba d’aujourd’hui) appelé Terre de Rupert.

Des postes de traite sont mis en place le long des rives de la baie d’Hudson : Fort Hayes (1682), Fort York (1648) et Fort Churchill (1717-1718) (remplacé par Fort Prince-de-Galles en 1731). Dans les années 1690 à 1692, un employé de la CBH, Henry Kelsey, explore le sud-ouest en traversant les Prairies jusqu’à la rivière Saskatchewan. Quelque temps après, la famille La Vérendryeexplore l’ouest en passant par les Grands Lacs et construit le Fort Maurepas (1734), sur la rivière Rouge, et quatre autres postes sur le territoire actuel du Manitoba. Par la suite, des commerçants indépendants envahissent les terres accordées à la CBH, ce qui suscite dans le milieu de la traite des fourrures une grande concurrence qui ne prend fin qu’en 1821, avec la fusion de la CBH et de la Compagnie du Nord-Ouest. Une vingtaine de forts ont été construits à différentes époques au sud du 54e degré de latitude nord, mais il reste très peu de vestiges permanents du passage des premiers explorateurs.

Cependant, l’arrivée du commerce des fourrures a un immense impact sur la vie des Autochtones au Manitoba. Leur participation à la traite change leurs coutumes sociales et économiques, sans parler de leur répartition territoriale. La possibilité de vendre des peaux en convainc beaucoup de chasser un nombre exagéré d’animaux, plutôt que de chasser seulement pour subvenir à leurs besoins. Avec l’introduction d’objets fabriqués en Europe, les Autochtones abandonnent leurs vêtements et outils traditionnels et deviennent dépendants du commerce des fourrures. Les nations crie et ojibwée, qui s’en tenaient traditionnellement aux rives nord des lacs Huron et Supérieur, étendent toutes deux leur territoire vers l’ouest à des fins de chasse, dans le but de conserver leur statut dans la traite. L’interaction qui en découle entre ces deux groupes résulte en la création d’une langue et d’une culture oji-cries hybrides.

Les relations entre les marchands européens et les Autochtones engendrent une autre culture bien connue : celle des Métis. Malgré que les mariages entre les colons et les femmes autochtones soient des coutumes dès les premières explorations européennes en Amérique du Nord, au début du XIXe siècle, les Métis de la rivière Rouge forment une culture distincte, qui vient d’un mélange d’origines autochtone, française, anglaise et écossaise. Les Métis sont des chasseurs de bison hors pair. Ils prennent le rôle d’intermédiaire dans le commerce des fourrures, en fournissant par exemple du pemmican aux commerçants de la Compagnie du Nord-Ouest.

L’arrivée des Européens a également causé l’apparition de maladies comme la vérole, qui font un nombre désastreux de victimes au sein des populations autochtones. En 1781, une épidémie de vérole aurait condamné plus de 90 % des Autochtones dans la région de Churchill.

Colonisation européenne

Entre 1682 et 1812, la colonisation européenne au Manitoba se résume aux postes de traite de fourrure établis par la CBH, la Compagnie du Nord-Ouest et quelques marchants indépendants. La colonisation agricole commence en 1812, lorsque la CBH fournit à lord Selkirk une grande étendue de terre au croisement des rivières Rouge et Assiniboine afin de fonder une colonie pour réinstaller des fermiers écossais et irlandais. Pendant les 45 années qui suivent, la grêle, le gel, les inondations, les invasions de sauterelles, les escarmouches avec les représentants de la Compagnie du Nord-Ouest ou encore avec les Métis, en réponse aux tentatives des colons de restreindre la vente de pemmican et la chasse au bison, mettent à rude épreuve la colonie de la rivière Rouge, établie à Assiniboine.

D’autres colonies se sont établies ensuite à cause du monopole de la CBH et de la croyance selon laquelle la région n’est pas propice à l’agriculture. En 1857, le gouvernement britannique parraine une expédition pour évaluer le potentiel agricole de la Terre de Rupert, puis le gouvernement canadien, encouragé par un mouvement d’expansion dans le Haut-Canada, mandate Henry Youle Hind d’une mission semblable. Les découvertes de ces expéditions encouragent la colonisation plus au nord-ouest de la vallée de la rivière Rouge, où l’on découvre un croissant fertile pour l’agriculture.

Dans les années 1860, les gouvernements britannique et canadien souhaitent explorer l’ouest du continent et commencent les négociations avec la CBH en vue du transfert de la Terre de Rupert au gouvernement du Dominion. Les négociations font complètement fi des gens qui habitent le territoire, la plupart étant des Métis et des Autochtones. Les Métis, mécontents que leurs droits ne soient pas respectés, s’opposent à l’acquisition de leurs terres. En 1869, Louis Riel en tête, ils prennent d’assaut le Upper Fort Gary de la CBH et déclarent un nouveau gouvernement provisoire. Après un long cul-de-sac, le gouvernement canadien abandonne. La Loi sur le Manitoba de 1870, qui transfère les Territoires du Nord-Ouest au Dominion du Canada et qui crée la province du Manitoba, garantit aux Métis les terres longeant les rivières Rouge et Assiniboine, en plus de 1,4 million d’acres pour leurs descendants. Malgré cette victoire évidente, Louis Riel et les autres chefs de la rébellion sont forcés à fuir aux États-Unis. Puis, le gouvernement canadien ne tient pas les promesses qu’il a faites aux Métis; des vagues de colons arrivent de l’Ontario, les discriminent et s’installent sur leur territoire. De nombreux Métis insatisfaits s’installent plus à l’ouest pour conserver leur mode de vie, préparant le terrain pour un éventuel conflit (voir Résistance du Nord-Ouest).

En 1871, le gouvernement canadien négocie également avec les Autochtones du nord-ouest dans le but de supprimer leur droit à des terres pour faciliter l’expansion de la colonisation vers l’ouest. Les traités qui en résultent sont connus comme les « traités numérotés ». Le Manitoba fait l’objet des traités 1, 2, 3, 4, 5 et 10, tous signés entre 1871 et 1906. L’histoire se répète : le gouvernement canadien s’avère encore une fois incapable de tenir ses promesses qu’il fait aux Autochtones pendant les négociations pour la signature des traités.

En 1870, le Manitoba se résume à la vallée de la rivière Rouge; tout ce qui s’y ajoutera pour former l’actuelle province fait partie à l’époque des Territoires du Nord-Ouest, qui sont administrés par le gouvernement du Dominion. La colonisation de la nouvelle province se fait après l’étude des terres par le Dominion et la planification d’un chemin de fer national. Des terres, réparties en quarts de section, sont alors ouvertes à la colonisation avec la Loi sur les terres du Dominion, en 1872. (Voir aussi Manitoba and Confédération.)

Il est bientôt évident que la minuscule province doit prendre de l’expansion. Les colons s’établissent en effet de plus en plus dans le nord-ouest et même au-delà des frontières établies. Entre 1876 et 1881, 40 000 immigrants, surtout des Ontariens d’origine britannique, s’installent dans l’ouest avec l’espoir d’y cultiver le blé à profit, grâce aux nouvelles machines agricoles et aux nouveaux procédés de mouture des grains. Des mennonites et des Islandais arrivent dans les années 1870, les premiers s’établissant autour de Steinbach et de Winkler et les deuxièmes, près de Gimli et d’Hecla. L’immigration ralentit ensuite jusque vers la fin du siècle, période pendant laquelle elle se limite surtout à de petits groupes d’Européens.

En 1881, après plusieurs années de conflit politique avec le gouvernement fédéral, les frontières sont redessinées : elles sont repoussées à l’ouest jusqu’à leurs limites actuelles, puis jusqu’à 53° de latitude nord et plus loin vers l’est. Ce n’est qu’en 1912, toutefois, que les frontières actuelles du Manitoba entrent en vigueur.

Entre 1897 et 1910, années de prospérité et de développement, des colons venant de l’est du Canada, d’Angleterre, des États-Unis et d’Europe orientale (surtout d’Ukraine) envahissent la province et les terres voisines. C’est la plus forte période d’immigration enregistrée au Manitoba. Les colons d’Europe de l’Est, auparavant considérés comme indésirables, sont dorénavant encouragés à immigrer par Clifford Sifton, le ministre de l’Intérieur de l’époque. Celui-ci est persuadé que les paysans de l’Europe de l’Est sont mieux préparés aux conditions hostiles de l’Ouest canadien que leurs compatriotes britanniques.

Développement

De 1897 à 1910, le Manitoba connaît une prospérité sans précédent. Le coût du transport diminue, et le prix du blé augmente. La culture des céréales prédomine. Cependant, les fermes mixtes prospèrent et les éleveurs de bétail et les agriculteurs qui recherchent la qualité se font avantageusement connaître.

Winnipeg devient rapidement une métropole, comptant pour 50 % de l’accroissement de la population. Elle devient la plus importante ville de l’ouest, et un centre d’affaires dynamique s’y développe depuis l’intersection de Portage Avenue et de Main Street; des grands magasins, des sociétés de courtage et des compagnies d’assurance, des cabinets d’avocats et des banques s’y installent et prospèrent. Des abattoirs et des minoteries desservent directement les agriculteurs, tandis que le secteur des services, les ateliers de chemins de fer, les fonderies et les industries alimentaires prennent de l’expansion.

Le Canadien Pacifique et le Canadian Northern Railway (aujourd’hui le CN) établissent des gares de triage à Winnipeg, qui devient le centre d’un vaste réseau de chemins de fer allant dans toutes les directions. En 1906, on commence à produire de l’électricité à Pinawa, sur la rivière Winnipeg, et la création de la société Winnipeg Hydro, le 28 juin de la même année, garantit aux entreprises et aux particuliers un approvisionnement hydroélectrique à un coût modeste.

La crise économique de 1913 met fin à la prospérité. Le coût du transport augmente, le prix des terrains et du blé chute, et l’apport des capitaux étrangers tarit. L’ouverture du canal de Panama, en 1914, détrône Winnipeg au royaume du transport : les voies d’eau s’avérant plus économiques que les routes pour le transport des marchandises entre l’est et l’ouest.

Pendant la Première Guerre mondiale, le recrutement, la fabrication de matériel de guerre et l’arrêt de l’immigration entraînent une hausse des salaires et des prix. Dès 1918, l’inflation semble incontrôlable et le chômage est élevé. Les salaires s’effondrent, les conditions de travail se détériorent, et de nouveaux mouvements radicaux font leur apparition chez les fermiers et les ouvriers urbains, entraînant la grève générale de Winnipeg en mai 1919. Le mécontentement des paysans est exprimé par le Parti progressiste, qui remporte 65 sièges (12 au Manitoba) aux élections fédérales de 1921 et qui remporte l’élection provinciale au Manitoba en 1922.

La Première Guerre mondiale est une période difficile pour les immigrants de l’Europe de l’Est qui sont arrivés au Canada dans les deux décennies la précédant, en particulier pour ceux qui viennent de l’empire austro-hongrois, contre lequel se bat le Canada. De nombreux immigrants considérés comme des ennemis sont emprisonnés ou internés, et ceux qui sont plus chanceux font face à de la discrimination quotidienne. Pendant la Grande Guerre, le Manitoba devient la première province canadienne à accorder le droit de vote aux femmes, un pas vers l’avant que l’on attribue notamment aux efforts de Nellie McClung.

Un essor industriel suit la dépression postguerre, vers la fin des années 1920. Jusqu’en 1928, la valeur de la production industrielle est supérieure à celle du milieu agricole, qui traverse une longue crise jusqu’en 1930, aggravé par la sécheresse, les insectes et les bas prix du blé sur les marchés mondiaux. La population, délaissant les fermes, migre de plus en plus vers les villes, où la situation n’est pourtant pas meilleure : l’industrie s’affaiblit et le chômage sévit.

Pour échapper au traditionnel cycle expansion-dépression, on s’efforce de diversifier l’économie. Depuis 1911, l’essor continu de l’exploitation minière vient confirmer l’avantage d’une telle stratégie. Les exigences de la Deuxième Guerre mondiale rendent le Manitoba encore plus dépendant de l’agriculture et du secteur primaire, mais le boom d’après-guerre lui permet d’exploiter ses industries primaires et secondaires et de diversifier son économie.

Économie

La chasse constitue la plus ancienne industrie du Manitoba, mais elle est aujourd’hui celle qui a le moins d’importance. Pendant 200 ans, le commerce des fourrures est le monopole de la CBH, dans l’Ouest canadien jusqu’aux Rocheuses. Parallèlement à cette activité, la chasse au bison devient la principale source de revenus des plaines : les Premières nations, les Métis et les voyageurs font le commerce de la viande, des peaux et du pemmican, devenu un aliment de base dans la région.

Jusqu’en 1875, la traite des fourrures est le principal secteur d’activité de Winnipeg, devenue une ville constituée de 5 000 habitants et le centre du commerce dans l’ouest. Le commerce de détail ou de gros et l’immobilier s’y développent, conséquences du nouveau mode de colonisation et du développement de l’agriculture. Le blé Red Fife remplace la peau de castor au titre de principal produit d’exportation.

À la suite du prolongement vers l’ouest de la principale ligne de chemin de fer du Canadien Pacifique, au cours des années 1880, les fermiers et les marchands de grains peuvent écouler leurs produits sur le marché international. Un flux d’échanges commerciaux est-ouest commence, et Winnipeg en devient le centre de transit. Pendant les 20 années qui suivent, l’économie essentiellement agricole de la province se consolide. L’exploitation forestière, nécessaire à la colonisation, diminue, tandis que les moulins à farine se multiplient.

De 1897 à 1910, années de prospérité, on assiste à un vaste essor économique et industriel, particulièrement à Winnipeg, et l’agriculture commence à se diversifier. Avec les décennies de crise, de sécheresse et de conflits ouvriers qui suivent, sans oublier les deux guerres mondiales, on prend conscience de la nécessité de diversifier encore davantage l’économie pour survivre. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la croissance économique et la stabilité commerciale demeurent modérées.

Agriculture

L’agriculture tient un rôle important dans l’économie de la province. Toutefois, sa contribution au PIB provincial varie de beaucoup d’année en année à cause de facteurs comme les récoltes et les fluctuations de prix, phénomènes sur lesquels les producteurs ont peu d’emprise.

Les variétés de céréales cultivées au Manitoba se sont énormément diversifiées depuis le début du XXe siècle, époque à laquelle on ne cultivait que le blé, l’avoine et l’orge, et le lin, le seigle, le pois sec et la pomme de terre. Aujourd’hui, on cultive au Manitoba des petites quantités de fruits, de champignons et de lentilles, mais ces récoltes ne constituent pas une contribution importante à la production agricole globale de la province. Malgré les conditions froides et arides, les récoltes ont doublé depuis les années 1960. Depuis les années 1970, lorsqu’on a découvert le canola à l’Université du Manitoba, les plantes oléagineuses comme le canola, le tournesol et le soya sont de plus en plus cultivées. Aujourd’hui, le canola, et ensuite le blé, le foin, la fève de soya et la pomme de terre, sont les récoltes les plus importantes au Manitoba, qui est la province canadienne qui produit le plus de graines de tournesol, de sarrasin, de haricots et fèves secs, en plus de se classer au deuxième rang pour la production de pommes de terre.

Le porc est le bétail le plus élevé au Manitoba, qui est d’ailleurs la première province canadienne en production porcine et son exportation; à elle seule, la province produit au-delà de 30 % de la production porcine nationale. En 2005, la valeur de l’industrie porcine du Manitoba équivaut à près du tiers de toute sa production agricole. La province est également la troisième productrice de bœuf au Canada, représentant 12 % de la production bovine nationale. Le Manitoba compte également plusieurs fermes laitières, de volaille et de moutons.

L’agriculture ne pourra probablement jamais se développer au-delà des limites qu’imposent la courte période de culture (moins de 90 jours sans gel) et les sols pauvres du Bouclier canadien. L’inondation périodique du cours supérieur de la rivière Rouge (au sud de Winnipeg) a endommagé des ouvrages importants et a fait baisser les revenus. Ces dernières années au Manitoba, tout comme le reste du Canada, la mode est aux très grandes fermes et au petit nombre d’entre elles. Le gouvernement du Manitoba s’efforce de promouvoir la conservation de l’eau et des ressources du sol.

Exploitation minière

En 2013, l’exploitation minière et la production de pétrole ont injecté quelque 3 milliards de dollars dans l’économie de la province, ce qui représente environ 7 % du PIB du Manitoba. Cette industrie vaut pour 8,7 % des exportations de la province.

Plus de la moitié des revenus de l’industrie minière du Manitoba proviennent de l’extraction de pétrole (autour de 56 %). Des gisements de pétrole se trouvent au sud-ouest de la province et dans les basses terres de la baie d’Hudson. L’industrie pétrolière se développe rapidement au Manitoba : elle croît de plus de 381 % entre 2004 et 2013, et entre janvier 2006 et décembre 2012, au-delà de 2330 puits de pétrole sont construits.

Les métaux, principalement le nickel, le cuivre, l’or, le zinc et l’argent, représentent 37 % des revenus de l’industrie minière. En 2013, le Manitoba extrait environ 19 % du zinc canadien, 13 % du nickel, et 100 % de la production nationale de césium et de lithium, nécessaires à la fabrication de produits électroniques, de piles et de moteurs d’avion. Tous les métaux du Manitoba se trouvent dans le Bouclier canadien. Les mines les plus productives du Manitoba se concentrent à Thompson, qui est essentiellement l’unique producteur de nickel du Manitoba. La mine la plus ancienne, datant de 1930, se trouve à Flin Flon. Avec ses installations satellites de Snow Lake, cette mine produit une grande quantité de cuivre et de zinc, et de l’or et de l’argent en petites quantités. Les projets miniers en cours devraient poursuivre l’exploitation minière près de Flin Flon et Snow Lake jusqu’en 2030, un siècle après la création des premières mines dans la région.

Énergie

Manitoba Hydro, une société de la Couronne, est responsable de la production, de l’exploitation et de la distribution de l’électricité dans tout le Manitoba, en plus d’être le plus grand distributeur de gaz naturel à l’échelle provinciale. L’électricité produite par Manitoba Hydro provient principalement (à 96 %) de 15 grandes centrales hydroélectriques sur les rivières Winnipeg, Saskatchewan et Burntwood, et sur le fleuve Nelson. Le reste (seulement 4 %) est généré par deux centrales thermiques au charbon et au gaz naturel, par quatre centrales au diesel ou par des parcs éoliens privés.

Auparavant, la production et la distribution de l’énergie au Manitoba sont d’abord entreprises par plusieurs petites entreprises et instances municipales. À l’époque de la Deuxième Guerre mondiale, celles-ci se sont regroupées et forment trois coalitions : la Winnipeg Electric Company, le City of Winnipeg Hydro Electric System et la Manitoba Power Commission. Souhaitant davantage de consolidation, le gouvernement du Manitoba met sur pied le Manitoba Hydro-Electric Board en 1949. En 1952, celui-ci achète la Winnipeg Electric Company, et en 1961, le gouvernement fusionne le Manitoba Hydro-Electric Board et la Manitoba Power Commission pour former Manitoba Hydro. Ce n’est qu’en 2002 que Winnipeg vend Winnipeg Hydro à Manitoba Hydro, qui regroupe aujourd’hui toutes les activités de production et de distribution d’énergie de la province.

Près du tiers des revenus de Manitoba Hydro proviennent de l’exportation de ses surplus d’électricité. La majorité des exportations se fait aux États-Unis, où la période de pointe en besoins d’électricité (l’été) correspond à la période creuse de consommation d’électricité au Manitoba. Les revenus ainsi générés permettent aux habitants du Manitoba de profiter de tarifs d’électricité parmi les plus bas en Amérique du Nord.

Exploitation forestière

L’industrie forestière est le cinquième secteur de production en importance au Manitoba. La région forestière dont le rendement est le plus élevé s’étend à partir du nord de la zone agricole.

Des 152 000 km2 de territoires forestiers productifs, 94 % appartiennent au gouvernement provincial. De 1870 à 1930, les terres et les forêts relèvent de la responsabilité du gouvernement fédéral, puis après le transfert des ressources naturelles, la gestion en incombe à la province dès 1930.

Les espèces d’arbres commerciales les plus nombreuses sont, par ordre décroissant : l’épinette noire, le pin gris, le peuplier faux-tremble, l’épinette blanche, le peuplier baumier et le bouleau blanc. Viennent s’ajouter le sapin baumier, le mélèze, le cèdre, le chêne à gros glands, l’orme blanc, le frêne vert, l’érable du Manitoba, le pin rouge et le pin blanc.

Pêche

La pêche commerciale existe depuis plus de 100 ans au Manitoba. L’eau recouvre 16 % de la superficie totale du Manitoba, et les pêcheurs professionnels en exploitent environ 57 000 km2. Le lac Manitoba et le lac Winnipeg, ce dernier étant l’hôte des plus importantes pêches commerciales de la province, sont responsables de la majorité de la production de poisson. Le poisson fraîchement pêché est acheminé vers des stations d’entreposage disséminées le long des lacs. De là, il est ensuite expédié à l’usine centrale de transformation de l’Office de commercialisation du poisson d’eau douce, située à Winnipeg, où est traité tout le poisson de la province destiné à être écoulé sur les divers marchés.

Parmi les 13 espèces commerciales, parées et transformées en filets, figurent le corégone, le brochet, le doré et le doré noir. Ces trois derniers, et la truite et la barbue sont les espèces les plus populaires auprès des pêcheurs sportifs. Le ministère des Ressources naturelles du Manitoba maintient des écloseries pour l’ensemencement du doré jaune, du corégone et de la truite.

Industries

Le secteur de la fabrication et de la transformation, qui représente environ 10 % du PIB de la province et 10 % des emplois, est le plus important de l’économie manitobaine. En règle générale, les produits fabriqués au Manitoba sont exportés. Parmi ceux-ci, mentionnons les biens de consommation et les biens industriels, les produits d’aérospatiale, les pièces d’autobus, la viande, les céréales, les produits alimentaires à base d’huile, les produits du bois et la machinerie agricole.

On compte également des industries traditionnelles : le conditionnement des viandes, la minoterie, le raffinage du pétrole, la mise en conserve des légumes, le bois d’œuvre, les pâtes et papiers, l’imprimerie et le vêtement.

Transports

Située au centre du Canada et au sommet du triangle population-transport de l’ouest du Canada, la ville de Winnipeg relie historiquement tous les moyens de transport de l’est à l’ouest.

Les barges de York, qui servaient au commerce des fourrures, et les charrettes de la rivière Rouge, qu’utilisaient les premiers colons, font place tout d’abord aux bateaux à vapeur sillonnant la rivière Rouge et, par la suite, aux grandes lignes ferroviaires construites au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Par la suite, Winnipeg offre des installations de service à toutes les entreprises de transport aérien et routier reliant l’est à l’ouest. Aujourd’hui, le train et les routes se rendent jusqu’aux principaux centres d’exploitation minière du nord du Manitoba. Les innombrables lacs reliés les uns aux autres offrent un réseau de routes d’hiver. Les principaux centres du nord sont raccordés au sud par de grandes voies nationales.

Depuis 1926, les avions de brousse permettent d’atteindre les régions éloignées, et de nombreux petits transporteurs desservent la majeure partie des communautés du nord. En 1928, l’aéroport Stevenson ouvre ses portes dans un aérodrome de St James. Dès 1950, l’aéroport Stevenson est le quatrième aéroport public à gérer du trafic militaire en importance au Canada. Des rénovations au cours des années 1950 rendent le terminal plus moderne et mieux adapté pour les passagers. L’aéroport devient le Winnipeg International Airport (YWG) en 1958. En 1997, la propriété de l’aéroport est transférée de Transports Canada à la société Winnipeg Airports Authority Inc. En 2006, l’aéroport, qui est le plus ancien du Canada à être demeuré en service, change encore une fois de nom : il devient l’aéroport James Armstrong Richardson en l’honneur du pionnier canadien de l’aviation.

Les routes transcontinentales d’Air Canada et de Canadien International s’arrêtent à Winnipeg, tandis que depuis 1996 Greyhound Air assure un service entre Ottawa et Vancouver, avec une escale à Winnipeg pendant l’été. Northwest Territorial relie Winnipeg à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, et à Rankin Inlet, au Nunavut. Canadien International, avec le concours de son associé CALM Air, dessert le nord du Manitoba, tout comme la société Perimeter Airlines.

Winnipeg étant le principal centre ferroviaire du centre du pays, autant le CN que le CP y ont d’importantes installations destinées à la réparation du matériel et des gares de triage dans la ville et les environs. Le CN possède la gare de triage Symington Yards, l’une des plus grandes et des plus modernes au monde, tandis que ses ateliers de réparation et d’entretien du matériel ferroviaire et des locomotives se trouvent à Transcona. Le centre national de formation des employés du CN, quant à lui, est situé à Gimli. Le CP, en plus d’ateliers de réparation et de gares de triage, possède un grand terminal à usages multiples.

En 1929, la Hudson Bay Railway, maintenant intégrée au CN, est complétée jusqu’au port de Churchill. Ancienne base militaire, Churchill est devenu un centre de recherche et un centre de ravitaillement pour les communautés arctiques de l’est.

Gouvernement et politique

Gouvernement provincial

Le 15 mars 1871, l’Assemblée législative du Manitoba se réunit pour la première fois. Elle comprend alors 12 députés élus dans des circonscriptions anglophones et autant dans des circonscriptions francophones, un conseil législatif et un conseil exécutif nommés pour appuyer le chef du gouvernement, le lieutenant-gouverneur Adams G. Archibald. Quand la session parlementaire prend fin, les députés ont mis sur pied un système judiciaire et un réseau scolaire, en plus d’avoir promulgué des dispositions législatives inspirées des modèles britannique, ontarien et néo-écossais. Le Conseil législatif est aboli cinq ans plus tard.

Depuis 1871, la province est passée d’une représentation électorale de type communal à une représentation électorale axée sur la répartition de la population, et d’un gouvernement non partisan à un gouvernement constitué par un parti politique élu. Aujourd’hui, le lieutenant-gouverneur est toujours le dirigeant officiel de la législature de la province et représente la reine. Le gouvernement est dirigé par le premier ministre provincial, qui choisit un Cabinet dont les membres sont assermentés à titre de ministres de la Couronne. Le parti politique qui obtient le deuxième plus grand nombre de sièges lors d’une élection forme l’opposition officielle. Les lois sont adoptées par une assemblée législative de 57 membres élus, réunis dans une seule Chambre (voir Premiers ministres du Manitoba, Lieutenants-gouverneurs du Manitoba).

Alors que le concept de gouvernement responsable fait son chemin pendant les années 1870, la loyauté des commettants va plutôt à leurs collectivités respectives qu’à des partis politiques. Cependant, au cours des années 1880, une forte opposition libérale au gouvernement non partisan de John Norquay voit le jour sous la gouverne de Thomas Greenway. Lors de l’élection de 1888, les libéraux de Thomas Greenway forment le premier gouvernement partisan du Manitoba, jusqu’à ce qu’ils soient défaits en 1899 (à cause de dépenses extravagantes et d’une politique ferroviaire jugée faible) par un Parti conservateur en grande forme dirigé par Hugh John Macdonald. Lorsque ce dernier démissionne, en 1900, dans l’espoir d’un retour sur la scène fédérale, R. P. Roblin devient premier ministre. Il conserve le poste jusqu’en 1915, alors qu’un scandale à propos de l’attribution de contrats pour la construction des nouveaux édifices parlementaires fait tomber le gouvernement, qui en était à son cinquième mandat.

En 1920, en opposition au gouvernement libéral de Tobias Crawford Norris, la United Farmers of Manitoba (UFM) se lancent dans l’arène politique et font élire 12 députés à l’Assemblée législative, signalant le début d’une nouvelle ère de politique non partisane. Leurs efforts portent leurs fruits en 1922 lorsque la UFM remporte l’élection avec une mince majorité et forme le nouveau gouvernement.

Les fermiers nomment John Bracken à la tête de leur parti, qui demeure premier ministre jusqu’en 1943, même si la UFM se désiste de la politique en 1928. John Bracken forme ensuite un gouvernement de coalition, les libéraux progressistes, qui remporte une majorité en 1932, mais n’obtient qu’une pluralité de sièges à l’élection de 1936 et est gardé en vie grâce à l’aide du Crédit social. Aux élections de 1940, pendant la guerre, John Bracken demeure à la tête d’un gouvernement de coalition comprenant des conservateurs, des libéraux progressistes, des députés du CCF et du Crédit social.

Trois ans plus tard, Stuart S. Garson succède à John Bracken au poste de premier ministre lorsque ce dernier démissionne pour devenir chef du Parti conservateur fédéral. En 1945, le CCF se retire de la coalition. En 1950, c’est au tour des conservateurs, tandis que le Crédit social finit par disparaître tout simplement. À partir de 1948, le premier ministre Douglas Lloyd Campbell devient le chef de la coalition, bien qu’après 1950, le gouvernement soit majoritairement libéral.

À partir de 1958, les conservateurs, avec Dufferin Roblin à leur tête, dirigent la province jusqu’à la victoire, en 1969, d’Edward Richard Schreyer, du Nouveau Parti Démocratique (NPD), qui gagne avec une faible majorité. Les néo-démocrates restent au pouvoir pendant deux mandats. Un grand nombre de réformes sociales sont alors adoptées, et la présence du gouvernement dans le secteur privé s’accroît.

Entre 1970 et 1990, la politique provinciale se modifie profondément, avec notamment la disparition virtuelle du Parti libéral provincial et l’élection du NPD sous Edward Schreyer et ensuite Howard Pawley. En 1977, Sterling Rufus Lyon conduit le Parti conservateur à la victoire en promettant de réduire la dette de la province et de favoriser la libre entreprise. Son gouvernement ne dure que le temps d’un mandat. En 1981, le NPD, sous la direction d’Howard Russell Pawley, remporte les élections et est réélu en 1985. En fait, le gouvernement de Sterling Rufus Lyon est le premier dans l’histoire du Manitoba à n’assumer qu’un seul mandat : la tradition politique de la province est reconnue pour la stabilité de ses gouvernements, particulièrement à l’époque de la UFM et des gouvernements de coalition qui ont suivi. Les nombreuses initiatives du NPD comprennent la création d’une assurance automobile prise en charge par le gouvernement et l’achat, prévu en 1987, de la compagnie Inner-City Gas. Les tentatives du gouvernement néo-démocrate pour augmenter les services bilingues au sein de la province attisent de vieilles passions, mais sont toutefois abandonnées.

Les néo-démocrates de Howard Pawley sont chassés du pouvoir en 1988 par la victoire serrée des conservateurs de Gary Filmon, qui forment un gouvernement minoritaire et fragile devant l’opposition libérale véhémente à l’Accord du lac Meech (voir Accord du lac Meech : document). L’accord domine alors l’ordre du jour parlementaire et est finalement torpillé par des tactiques procédurières mises en branle par le député néo-démocrate d’origine autochtone Elijah Harper. Gary Filmon déclenche une élection immédiatement après le rejet de l’accord du lac Meech, en 1990. Il en ressort avec une mince majorité, qui lui permet de finalement imposer ses priorités législatives et de commencer à concentrer les efforts de son gouvernement sur le contrôle de la dette provinciale, qui grossit sans cesse. Sa réussite dans ce domaine lui vaut de se faire réélire avec une plus grande majorité en avril 1995.

À partir de l’élection de Gary Doer en 1999, le NPD domine la politique provinciale jusqu’en 2016. En 2009, Gary Doer est nommé ambassadeur du Canada aux États-Unis; il sélectionne alors l’un de ses députés, Greg Selinger, pour le remplacer. Aux élections générales de 2011, Selinger reprend le pouvoir avec un gouvernement majoritaire.

Le leadership de Selinger est remis en question à l’automne 2014, lorsque cinq membres du Cabinet quittent leur poste, déclenchant une course à la direction du NPD à l’hiver 2015. Si Selinger remporte la course à la direction, il se voit en revanche destitué de ses fonctions de premier ministre environ un an plus tard. En avril 2016, les Manitobains donnent un gouvernement majoritaire à Brian Pallister, chef du Parti progressiste-conservateur, mettant fin à presque 17 années de gouvernement néo-démocrate dans cette province.

Justice

Le système judiciaire comprend la Cour supérieure, où les juges sont nommés par le gouvernement fédéral, et divers tribunaux de moindre importance, présidés par des juges nommés par le gouvernement provincial. La Gendarmerie royale du Canada offre un service de police provincial, et municipal à certains endroits. La loi de la province oblige les grandes et petites villes à employer suffisamment de policiers pour maintenir la loi et l’ordre. Du côté fédéral, le Manitoba est représenté par 14 députés et 6 sénateurs.

Représentation au fédéral

Le Manitoba est représenté par 14 députés et 3 sénateurs au gouvernement fédéral.

Finances publiques

Le gouvernement provincial compte sur trois sources de revenus : les taxes et impôts, les « revenus autres » et le gouvernement fédéral. Les taxes et impôts sont prélevés à partir du revenu des particuliers, du revenu des entreprises et de revenus associés au pétrole, au transfert de terres, à la santé, à l’éducation et au tabac, entre autres choses. Les frais de scolarité postsecondaire, les redevances et les frais associés aux ressources minières sont des exemples de la deuxième catégorie, « revenus autres ».

Les principales dépenses de la province résident dans la santé, l’éducation et le développement communautaire, économique et énergétique. La dernière catégorie englobe les Affaires autochtones et du Nord et la conservation des ressources et le logement.

Gouvernements municipaux

Un ensemble de municipalités assurent les services gouvernementaux à l’échelle locale. La province compte 10 grandes villes, 75 réserves amérindiennes, 4 colonies autochtones, 117 municipalités rurales, 50 petites villes et 19 villages. En 2015, les municipalités de moins de 1 000 habitants se verront fusionnées.

Les municipalités rurales comprennent de 4 à 22 cantons, dont plusieurs renferment des villes ou des villages non constitués. Des conseils élus localement sont responsables de l’administration des services et de l’application des règlements. Pendant la crise économique des années 1930, le gouvernement met sur pied des districts gouvernementaux locaux pour gouverner les municipalités en faillite. En 1987, les districts deviennent des catégories qui désignent des territoires avec des habitants, mais sans organisation politique. Le Manitoba a aujourd’hui deux districts : Mystery Lake et Pinawa, tous deux dirigés par un administrateur et un conseil local élu.

Le ministère des Affaires du Nord a juridiction sur les régions éloignées et confère aux conseils locaux le statut d’organismes consultatifs. Les conseils locaux sont élus, surtout dans les villages métis, par l’entremise desquels le gouvernement accorde des subsides. Chaque conseil comprend un « coordonnateur » qui représente le gouvernement.

Santé et services sociaux

Santé Manitoba fournit les services médicaux à l’ensemble de la population. Pharmacare est un régime d’assurance médicaments qui couvre les prescriptions pour les résidents qui y sont admissibles.

Santé Manitoba ainsi que les services de Santé mentale et communautaire du ministère et les Services correctionnels du ministère de la Justice régissent les secteurs de la santé publique et mentale, des services sociaux, des centres de détention et de l'attribution des libertés conditionnelles. Le gouvernement est responsable des établissements correctionnels et des centres de détention et, par l'entremise de la Fondation manitobaine de lutte contre les dépendances, il s'occupe de centres de traitement de l'alcoolisme et des toxicomanies.

Winnipeg est un centre de recherche médicale important, et son Centre des sciences de la santé comprend les principaux hôpitaux d’orientation de la province et un certain nombre d’institutions spécialisées, dont le Children’s Centre et le Manitoba Cancer Treatment and Research Foundation.

Enseignement

Le système des écoles confessionnelles, garanti par la Loi sur le Manitoba de 1870, est établi en 1871 par une loi provinciale régissant les écoles selon laquelle on peut bâtir des écoles locales, protestantes ou catholiques à la suite d’une initiative locale. La loi prévoit en outre que ces écoles relèvent d’administrateurs locaux supervisés par la section protestante ou catholique du conseil scolaire provincial. Indépendant du gouvernement, le conseil scolaire reçoit néanmoins des subventions de celui-ci, que les sections divisent entre leurs écoles. Jusqu’en 1875, les crédits sont répartis également, mais à partir de 1876, la disparité de la population et l’opposition consécutive des protestants à l’égard de la dualité du système scolaire obligent les autorités à distribuer les subventions en fonction du nombre d’inscriptions par section.

Après 1876, les anglophones (majoritairement protestants) et les francophones (catholiques) coexistent pacifiquement et séparément jusqu’à ce qu’une campagne contre le présumé pouvoir politique grandissant du clergé catholique se répande à l’ouest du Québec en 1889. Un mouvement populaire visant à abolir le système dualiste et l’utilisation officielle du français culmine en 1890, avec l’adoption de deux projets de loi provinciaux. L’anglais devient la seule langue officielle, et la Loi sur les écoles publiques est modifiée. Les catholiques ont le droit d’avoir des écoles privées, lesquelles subsistent grâce à des dons et à des frais de scolarité, mais un nouveau ministère de l’Éducation, qui vient abolir les fonctions d’administrateurs locaux, assure la direction des écoles non confessionnelles.

L’opposition des catholiques francophones à la violation de leurs droits constitutionnels est ignorée par la majorité ontarienne protestante, qui envisage un réseau scolaire national comme un creuset favorable à la constitution d’un Manitoba essentiellement britannique. En 1897, grâce à l’intervention des tribunaux et du gouvernement fédéral, on en arrive à un compromis : il sera possible d’embaucher des enseignants catholiques à condition qu’il y ait au moins 40 élèves catholiques en milieu urbain ou 10 en milieu rural. De plus, lorsqu’au moins 10 élèves parlent une autre langue que l’anglais, les cours peuvent être donnés dans cette langue. Finalement, la scolarité n’est pas obligatoire, puisque les catholiques ne font pas encore partie du réseau provincial.

En 1916, après 20 ans de chaos linguistique et de qualité de l’enseignement décroissante, la Loi sur les écoles publiques est modifiée. Les dispositions relatives au bilinguisme sont supprimées, et la nouvelle Public Schools Act rend la scolarité obligatoire autant pour les catholiques que pour les protestants, que ce soit dans les écoles publiques ou privées.

Depuis 1970, les Franco-Manitobains peuvent bénéficier d’un enseignement complet en français, grâce au programme de français. De leur côté, les non-francophones peuvent participer à un programme d’immersion dans lequel toutes les matières sont enseignées en français. Dans certains établissements scolaires, la majorité des cours sont donnés dans une langue minoritaire. Les écoles du Manitoba, francophones comme anglophones, sont regroupées en 48 divisions scolaires, dont chacune est administrée par une commission scolaire élue relevant du ministère de l’Éducation.

Pour honorer les obligations constitutionnelles du Manitoba et répondre aux besoins linguistiques et culturels des Franco-Manitobains, on a créé une Division scolaire franco-manitobaine, qui a été mise en place pour l’année scolaire 1994-1995.

On compte 14 districts scolaires, dont 6 comprenant des écoles privées sont financés principalement par le gouvernement fédéral et des organismes religieux, et non par des subventions provinciales ou des impôts.

Le collège communautaire Assiniboine dessert la population étudiante à l’intérieur et à l’extérieur de Brandon, et assume l’entière responsabilité de la formation en agriculture dispensée dans les collèges communautaires de la province. Le collège communautaire Keewatin propose des programmes de certificat d’un an ou moins et des programmes d’études supérieures, surtout dans le nord du Manitoba. De son côté, le collège Red River, situé à Winnipeg, offre des cours en arts appliqués, en administration des affaires, dans le domaine des services de santé et des cours orientés vers les métiers et les technologies.

En 1877, les collèges de St Boniface (catholique et francophone), de St. John’s (anglican) et du Manitoba (presbytérien) se regroupent pour former l’Université du Manitoba. Plus tard, d’autres collèges s’y affilient, mais en 1967, une réorganisation des constituantes entraîne la création de trois universités distinctes : l’Université du Manitoba, l’Université de Winnipeg et l’Université de Brandon. L’Université du Manitoba est l’une des plus grandes au Canada. Elle comprend plusieurs facultés et quatre collèges affiliés qui dispensent des cours en français : St. John’s, St. Paul’s (catholique), St. Andrew’s (ukrainien orthodoxe) et St Boniface, qui est le seul à offrir tous ses cours en français. Le Manitoba compte également la Canadian Mennonite University, qui ouvre ses portes en 1999 lorsque plusieurs collèges mennonites se fusionnent.

Arts et culture

Les activités culturelles et les institutions historiques du Manitoba reflètent au plus haut point la variété des différents groupes ethniques qui composent son tissu social. Le gouvernement du Manitoba, par l’entremise du ministère de la Culture, du Patrimoine et de la Citoyenneté, subventionne un grand nombre d’activités culturelles. De nombreux festivals annuels célèbrent les coutumes et l’histoire des différentes ethnies. Mentionnons notamment le Festival islandais de Gimli, le Winnipeg Folk Festival, le Festival national ukrainien de Dauphin, la fête autochtone Opaskwayak et le festival des trappeurs du nord du Manitoba à Le Pas, les journées des pionniers à Steinbach, la fête de la Saint-Jean-Baptiste à La Broquerie, le Festival (hivernal) du voyageur à St Boniface et Folklorama, le Festival des nations, subventionné par le Community Folk Art Council de Winnipeg.

Le passé historique du Manitoba est préservé et présenté en divers lieux : le Musée du Manitoba, à Winnipeg, considéré comme l’un des plus beaux centres d’interprétation au Canada; le Living Prairie Museum, réserve naturelle de 12 hectares qui préserve la faune et la flore des Prairies; le Musée de St Boniface, qui possède beaucoup d’objets fabriqués par les colons de la rivière Rouge; les archives provinciales et les archives de la CBH, situées toutes deux à Winnipeg. On trouve à Winnipeg un planétarium et le jardin zoologique Assiniboine, qui compte plus de 1 000 animaux. En 2014, le Musée canadien des droits de la personne ouvre ses portes aux visiteurs, et constitue le tout premier musée consacré à l’étude et à la promotion des droits de la personne au monde.

Arts

Le Conseil des arts du Manitoba favorise l’étude, l’appréciation, la production et l’exécution d’œuvres d’art. Il encourage les organismes qui contribuent à l’épanouissement culturel en offrant subventions, prêts et bourses pour l’étude et la recherche et en décernant des prix. L’Orchestre symphonique de Winnipeg, le Royal Winnipeg Ballet, le Royal Manitoba Theatre Centre, Le Cercle Molière, le Manitoba Opera Association, les School Contemporary Dancers et le Rainbow Stage font de Winnipeg un centre national des arts de la scène.

Nombre de musiciens et de groupes de musique canadiens réputés sont originaires du Manitoba; c’est le cas de The Guess Who, Bachman-Turner Overdrive, Crash Test Dummies, Harlequin, Streetheart, The Watchmen et The Weakerthans. Randy Bachman, Burton Cummings, Chantal Kreviazuk, Marilyn Lerner, Ron Paley et le chanteur pour enfants Fred Penner comptent aussi parmi les musiciens les plus acclamés du Manitoba.

Parmi les écrivains connus et respectés du Manitoba figurent Margaret Laurence, Gabrielle Roy, Miriam Toews, Sandra Birdsell, Adele Wiseman et Guy Gavriel Kay, George Woodcock, essayiste, historien et poète, et Barry Broadfoot, historien très populaire. La Winnipeg Art Gallery présente, outre des œuvres traditionnelles et contemporaines, la plus importante collection d’art inuit au monde.

Communications

Les quotidiens publiés au Manitoba comprennent le Winnipeg Free Press, le Winnipeg Sun, le Brandon Sun et le Daily Graphic de Portage la Prairie. Le Flin Flon Daily Reminder, une source journalistique locale fiable depuis 1946,est quant à lui publié trois fois par semaine. La revue La Liberté, hebdomadaire de langue française publié à St Boniface, célèbre son 100e anniversaire en 2013.

Lieux historiques

Parmi les sites historiques commémorant l’époque de la colonisation de l’Ouest canadien figure le Lower Fort Garry, construit en 1832 par la CBH, à 32 km au nord-est de Winnipeg, sur la rivière Rouge. Il s’agit du plus ancien fort de pierre encore intact dans l’ouest du pays. Le décor reflète l’ambiance du temps des colons de la rivière Rouge. La Fourche, à la fois lieu de réaménagement d’un secteur riverain et lieu historique national, est à l’origine de Winnipeg. Situé à la jonction des rivières Rouge et Assiniboine, c’est à l’origine l’un des premiers villages autochtones, et c’est un lieu d’échanges et de rencontres depuis plus de 6 000 ans. De nos jours, l’endroit est redevenu un lieu d’activités récréatives, culturelles, commerciales et historiques qui rassemble les gens. La porte d’entrée du Upper Fort Garry, seul vestige d’un autre fort de la CBH, est située non loin de là.

Parmi les nombreuses maisons historiques du Manitoba, signalons la Maison Riel, résidence de la famille du même nom. Le fort de York Factory, situé à l’embouchure du fleuve Nelson et construit en 1682, était un lieu de transbordement des fourrures. Situé à l’embouchure de la rivière Churchill, le fort Prince-de-Galles, construit en 1731 par la CBH et détruit en 1782 par les Français, est en partie restauré. Il vaut également la peine de visiter, pour leur intérêt historique, la basilique de St Boniface, la plus vieille cathédrale de l’ouest du Canada, le tombeau de Louis Riel, la Maison Macdonald, domicile de sir H. J. Macdonald, de même que Fort Douglas, Ross House et Seven Oaks House.