Degrassi

La franchise Degrassi, composée de cinq séries télévisées distinctes, mais reliées entre elles, de plusieurs téléfilms et d’une série de courts métrages sur le Web, décrie la vie d’un groupe de jeunes de Toronto qui vit des expériences réalistes à l’école secondaire. C’est la série dramatique qui joue depuis le plus longtemps au Canada. Diffusée depuis plus de 35 ans par intermittence, elle cumule désormais plus de 500 épisodes. Considérée par beaucoup comme l’exemple le plus réussi de franchise télévisuelle dans l’histoire du Canada, Degrassi a été vendue sous licence dans plus de 140 pays et a lancé la carrière de plusieurs talents canadiens, Drake étant certainement le plus célèbre. Degrassi a été sélectionnée à quatre reprises pour les Primetime Emmy Awards et a obtenu 2 International Emmy Awards, 25 prix Gemini, 16 prix Écrans canadiens et un Peabody Award.

Degrassi Jr High, distribution
L'équipe de la cél\u00e8bre série télévisée qui représente la vie contemporaine (photo de Fred Phipps/avec la permission du réseau de télévision de la Société Radio-Canada).

Contexte

Le monde de Degrassi apparaît en 1979 lorsque Linda Schuyler, professeure d’études médiatiques à l’école intermédiaire Earl Grey de Toronto, souhaite faire participer des jeunes à la réalisation de films. Elle met tout d’abord sur pied quatre ateliers de théâtre pour les enfants du coin et expérimente la production de documentaires. Cependant, alors qu’elle réalise un documentaire sur les enfants immigrants et sur le racisme au Canada, elle se rend compte qu’elle préfère réaliser des films sur les problèmes quotidiens auxquels sont confrontés les élèves lors de leurs études plutôt que de leur enseigner les médias.

Séduite par le livre pour enfants de Kay Chorao Ida makes a movie, Linda Schuyler fonde alors, avec Kit Hood, son associé de l’époque, les productions Playing with Time qui acquièrent les droits sur l’ouvrage. Elle transforme les personnages de chats du livre en enfants et s’appuie sur son passé de documentariste pour obtenir de ses jeunes acteurs un jeu empreint de naturel dans le cadre de scénarios réalistes.

Produit par l’Office national du film, Magic Lantern (une société spécialisée dans la vidéo et les technologies) et Playing With Time, le film est tourné avec un budget serré, en utilisant différents lieux dans l’est de Toronto, y compris la vraie rue Degrassi et l’école publique de la rue Dundas. Le bibliothécaire de l’école et ami de Linda Schuyler, Bruce Mackey, lui apporte son aide en commandant des livres sur le cinéma. La maison de Bruce Mackey, au 98 de la rue Degrassi, sert également de principal décor et plusieurs de ses élèves jouent dans le film. Bruce Mackey, surnommé le « parrain de Degrassi », fait également part de nombreuses anecdotes et de nombreuses observations à propos de ses élèves que la réalisatrice exploitera lors des épisodes ultérieurs. (Un parc en bordure de la rue Degrassi sera nommé en son honneur en 2003.)

Le court métrage met en vedette Ida (Zoë Newman) réalisant un documentaire sur les déchets pour le festival de films scolaires qu’elle organise. Linda Schuyler avait insisté pour que la production fasse appel à des acteurs ayant l’âge des personnages qu’ils interprètent et pour que le scénario mette, à parts égales, l’accent sur l’éducation et sur les loisirs. Ida Makes a Movie fait ses débuts en tant que programme spécial pour les enfants diffusé sur la CBC le 20 septembre 1980 après la journée d’école.

Le panneau indiquant la rue De Grassi dans le quartier Riverside de Toronto.

The Kids of Degrassi Street (1980–86)

La CBC commande l’année suivante deux autres courts métrages, puis cinq autres supplémentaires l’année d’après. Le sujet des différents épisodes varie, la CBC et Playing with Time regroupant leurs ressources pour financer les productions. The Kids of Degrassi Street donne lieu à 26 épisodes jusqu’en 1986, chaque commande traduisant le succès de plus en plus grand de la série.

Ces épisodes d’une demi‑heure sont conçus comme des émissions spéciales diffusées après les horaires scolaires traitant de la vie quotidienne des enfants d’âge scolaire, à l’exception de « The Yearbook », une suite de six épisodes diffusés en 1985‑1986, qui exploite les efforts de la classe pour publier son album annuel sous la forme d’une intrigue suivie. Les personnages habitent tous sur la rue Degrassi et fréquentent la même école, chaque épisode mettant en vedette un élève particulier. Linda Schuyler et son équipe cherchent à créer des portraits authentiques privilégiant le point de vue des enfants, refusant notamment de se conformer à la demande des diffuseurs américains qui souhaitaient voir un personnage adulte susceptible de résoudre les problèmes des enfants grâce à ses conseils avisés.

Plusieurs acteurs présents dans The Kids of Degrassi Street resteront dans l’univers Degrassi pendant de nombreuses années, notamment Stacie Mistysyn et Neil Hope. Les enfants sont des acteurs non professionnels et beaucoup d’entre eux ont simplement répondu à un appel de la production sur un dépliant diffusé dans le quartier indiquant qu’elle recherchait des jeunes pour jouer dans des émissions télévisées. La CBC rediffuse plusieurs épisodes dans le cadre de la série Just Down the Street (1982‑1984). The Kids of Degrassi Street remporte unprix Gemini et un International Emmy Award dans la catégorie « programmes pour enfants ».

Degrassi Junior High (1987‑1989)

Après le succès de la série sur les enfants, Linda Schuyler et Kit Hood décident de s’attaquer aux complexités de l’adolescence. The Kids of Degrassi Street devient Degrassi Junior High en janvier 1987. Produite par Playing With Time en association avec la CBC et avec la filiale de Boston PBS WGBH, Degrassi Junior High n’est pas une suite directe de The Kids of Degrassi Street même si les deux séries partagent de nombreux acteurs. Les acteurs de la deuxième série, déjà présents dans la première, jouent cette fois de nouveaux personnages dans de nouvelles situations, la production ayant également fait appel à une troupe de répertoire d’environ 50 jeunes acteurs. Degrassi Junior High est tourné en décors réels à l’école publique de l’avenue Daisy à Toronto devenue l’école publique Vincent Massey. Bien que, dans le cadre d’un budget considérablement accru, la facture de la série se soit améliorée par rapport au style pseudodocumentaire de The Kids of Degrassi Street, la deuxième série de l’univers Degrassi conserve son style de comédie de situation‑vérité dotée d’une esthétique brute qui y insuffle une forte dose de réalisme.

La classe de Degrassi Junior High comprendStacy Mistysyn dans le rôle de Caitlin, la gentille fille; Pat Mastroianni dans le rôle de Joey Jeremiah, le clown de la classe; Amanda Stepto dans le rôle de Spike, la fille aux coupes de cheveux extravagantes; Neil Hope dans le rôle de Wheels, le maladroit de la classe; et Stefan Brogren qui interprète Snake, un guitariste, qui sera enseignant dans Degrassi: La Nouvelle Génération et deviendra le personnage récurrent le plus ancien de l’univers Degrassi.

En faisant appel à des acteurs provenant d’horizons diversifiés, l’univers Degrassi rend compte dela composition multiculturelle du Canada, reprend à son compte les termes du mandat de la CBC lui enjoignant de traduire des expériences canadiennes et s’inscrit dans la volonté de Linda Schuyler de représenter la réalité. Les personnages de la série comprennent notamment un immigrant vietnamien, Yick Yu, interprété par Siluck Saysanasy, un Canadien noir, BLT, interprété par Dayo Ade et Lucy, une élève aux origines mixtes, jouée par Anais Granofsky. Les séries Degrassi intègrent aux scénarios des expériences diversifiées afin d’illustrer les différentes strates sociales auxquelles appartiennent les élèves d’une même classe. Linda Schuyler et son équipe introduisent également, dans l’écriture des différents épisodes, les expériences des jeunes gens en observant les transformations des acteurs au fil des saisons et en faisant évoluer les personnages ou les scénarios pour mieux cadrer avec les évolutions que connaissent les interprètes en matière de confiance, d’attitude et d’apparence.

Chaque épisode est centré sur un personnage et le scénario véhicule également des messages éducatifs intégrés au récit. Les épisodes se terminent généralement avec un arrêt sur image sur le visage du personnage central afin de montrer qu’il a appris quelque chose à travers ce qu’il a vécu. La série ne se fixe aucune limite quant aux sujets évoqués, offrant des représentations directes et honnêtes de la puberté, de la contraception, de la consommation de drogues, des relations interraciales, de l’homosexualité, de l’infidélité, de la violence domestique, ainsi que des discussions franches sur la sexualité.

Toutefois,la série suscite certaines controverses à l’étranger : la BBC retire des épisodes qui décrivent candidement la grossesse chez les adolescentes et les relations homosexuelles pour les diffuser à un horaire plus tardif sur BBC2. Dans ce domaine, l’épisode « It's Late » de la première saison de Degrassi Junior High donne lieu à un scénario particulièrement marquant qui voit Spike découvrir qu’elle est enceinte. Elle hésite à faire adopter le bébé, mais décide finalement de le garder. À partir de là, elle incarnera, pour le restant de la série, une mère adolescente. La maternité devient un aspect de son personnage et les responsabilités parentales forment un thème qui va évoluer tout au long de la suite Degrassi s’étendant sur plusieurs séries. L’épisode remporte un Emmy International Award.

Grâce à son approche honnête et axée sur la réflexion d’enjeux d’actualité et de problématiques auxquels les téléspectateurs peuvent s’identifier, la série rencontre un écho favorable aussi bien au Canada qu’à l’étranger. Degrassi Junior High passe désormais à une heure de grande écoute lors de sa deuxième saison et attire en moyenne 1,2 million de téléspectateurs le lundi soir à 20 h 30. En 1989, la série est diffusée dans plus de 40 pays, dont les États‑Unis, le Royaume‑Uni, l’Australie, la France et la Chine. Elle obtient des notes extrêmement élevées pour un programme destiné à la jeunesse, attirant jusqu’à 1,6 million de téléspectateurs au Canada, 3,5 millions aux États‑Unis et 5,5 millions au Royaume‑Uni.

Degrassi High (1989‑1991)

La troisième saison de Degrassi Junior High se termine sur un incendie de l’école à l’occasion d’une soirée dansante. Les scénaristes ont cette idée d’incendie notamment pour répondre aux producteurs qui craignaient que le programme ne devienne quelque peu répétitif. Il s’agit également d’un moyen pratique pour installer les élèves plus âgés dans un nouveau cadre, bien que plusieurs d’entre eux soient passés dans une classe supérieure sans que cela soit mentionné dans l’intrigue. Degrassi High suit le même groupe que dans Degrassi Junior High alors que ses membres terminent le premier cycle de l’école secondaire pour entamer leur deuxième cycle. (On qualifie parfois ces deux séries, ainsi que The Kids of Degrassi Street, de « classiques Degrassi » par opposition à Degrassi: La Nouvelle Génération et Degrassi: Next Class.)

Le tournage de Degrassi High se déroule au collège Centennial dans l’est de Toronto. La nouvelle série va encore plus loin dans l’approfondissement des thèmes déjà évoqués dans la série précédente et débute par un épisode en deux parties qui voit Erica, interprétée par Angela Deiseach, subir un avortement. La CBC diffuse l’épisode tel quel; toutefois, le diffuseur américain PBS effectue des coupures pour retirer les images d’une manifestation à l’extérieur d’une clinique d’avortement.

La deuxième saison, qui débute lorsque Dwayne, la brute de l’école expert en harcèlement, joué par Darrin Brown, apprend qu’il est porteur du VIH après avoir eu des relations sexuelles non protégées avec une jeune femme, s’avère tout aussi marquante dans son évocation du sida. En déroulant le fil de son récit, la série Degrassi transmet un message éducatif aux téléspectateurs à propos de la prévention du VIH et du sida à une époque où la maladie était encore relativement nouvelle. Le scénario tord le cou au stéréotype voulant que le sida soit une « maladie de gais », en choisissant un héros hétérosexuel porteur de la maladie. Alors que les séries américaines se contentent souvent d’introduire des personnages gais pour témoigner du sida dans leurs scénarios, l’univers Degrassi s’intéresse de près à Dwayne, tout au long d’un arc narratif s’étendant sur toute une saison, un personnage porteur du VIH. Lors de l’épisode final de Degrassi High, Dwayne et son amie d’enfance Tabi, interprétée par Michelle Johnson‑Murray, dansent ensemble lors de la soirée semi‑protocolaire de l’école, adressant ainsi un message aux téléspectateurs sur le fait que les personnes atteintes du VIH/sida peuvent rester en santé et mener une vie productive.

School's Out (1992) et Degrassi Talks (1992)

Degrassi High se termine avec le téléfilm School’s Out dans lequel on peut voir la classe Degrassi se préparer à la remise des diplômes, mais dont le sujet principal porte bien sur le dernier rebondissement dans la relation entre Caitlin et Joey Jeremiah, à savoir la révélation que Joey, excédé par les réticences de Caitlin, a eu des relations sexuelles avec Tessa Campanelli, interprétée par Kirsten Bourne. L’une des particularités de School’s Out, qui lui a valu une certaine célébrité, est qu’on y entend pour la première fois à une heure de grande écoute le mot « F... » lorsque Snake et Caitlin affrontent Joey au sujet de son infidélité vis‑à‑vis de cette dernière, ce qui constitue une première aussi bien dans l’univers Degrassi qu’à la CBC en général. Plus sombre et plus tendu que les épisodes Degrassi habituels, on y voit également Wheels accusé de conduite en état d’ivresse, à la suite d’un accident dans lequel un enfant de deux ans trouve la mort et dont Lucy sort aveugle. School’s Out attire environ 2,3 millions de téléspectateurs lors de sa diffusion sur la CBC en janvier 1992, ce qui en fait, à l’époque, l’un des téléfilms ayant obtenu l’une des meilleures audiences à la télévision canadienne.

La minisérie de six épisodes Degrassi Talks suit en février 1992.Cette émission‑débat, réalisée dans le style magazine, montre les principaux membres de la distribution parcourant le pays et échangeant avec des adolescentes et des adolescents canadiens à propos de sujets évoqués dans les séries comme la dépression, l’alcoolisme, le sexe et les drogues. À la suite de cette émission, Linda Schuyler met Degrassi en hiatus.

Linda Schuyler \u00e0 la 70e édition des Peabody Awards \u00e0 New York, le 23 mai 2011.

Degrassi: La Nouvelle Génération, devenue Degrassi (2001‑2015)

La distribution Degrassi est réunie en 1999 pour une émission spéciale en deux parties diffusée dans le cadre de l’émission‑débat de la CBC Jonovision avec pour objectif de faire le point sur la situation des acteurs dans la vraie vie. Ce rassemblement incite Linda Schuyler et le scénariste de Degrassi,Yan Moore, à réfléchir au parcours des personnages. Yan Moore constate que la fille de Spike, Emma, devrait entamer son premier cycle à l’école secondaire et suggère de poursuivre la série avec une nouvelle génération.

Degrassi: La Nouvelle Génération est désormais diffusée sur CTV, de nombreux personnages s’y retrouvant comme enseignants ou comme parents, notamment ceux joués par Amanda Stepto, Pat Mastroianni et Stefan Brogren. La série met en vedette la fille de Spike, Emma, une jeune fille à la conscience sociale aiguisée jouée par Miriam McDonald; Paige, la fille la plus « cool » de la bande, interprétée par Lauren Collins; Craig, joué par Jake Epstein, un jeune homme bipolaire victime de violences dans son enfance; et Jimmy, athlète vedette de l’école au destin tragique, interprété par une future supervedette, Drake, (toutefois présent au générique sous son véritable nom, Aubrey Graham). Nina Dobrev, dans le rôle de Mia, une mère célibataire et mannequin, et Shenae Grimes dans le rôle Darcy, une chrétienne conservatrice, sont deux des principales autres actrices au générique de Degrassi: La Nouvelle Génération.

La distribution de Degrassi: La Nouvelle Génération comprend également des acteurs professionnels et la série est tournée en studio plutôt qu’en décors naturels, ce qui lui donne une esthétique plus lisse et plus aboutie la différenciant des séries mettant en scène la génération précédente de l’univers Degrassi. La nouvelle série s’intéresse à de nombreux thèmes et à de nombreux enjeux déjà présents dans les classiques Degrassi, tels que l’intimidation et la grossesse chez les adolescentes. Mais on y évoque également des sujets plus contemporains comme l’envoi de sextos, la cyberintimidation et les droits des personnes transgenres, tout en préservant l’approche peu conventionnelle qui constitue l’une des marques de fabrique des séries Degrassi, comme lorsque Spinner, interprété par Shane Kippel, vit l’expérience humiliante d’avoir une érection en pleine classe.

Degrassi: La Nouvelle Génération assume pleinement sa capacité à susciter la controverse en se choisissant comme slogan signature « It Goes There » (Ça va jusque‑là!). La série s’inspire également de l’actualité de l’époque en intégrant un incident du type Columbine à l’occasion duquel Rick, interprété par Ephraim Ellis, apporte une arme à feu à l’école et tire sur Jimmy, joué par Drake, une agression dont ce dernier ressortira paraplégique. L’épisode en deux parties « Accidents Will Happen », diffusé en 2004, porte son attention sur Manny, interprétée par Cassie Steele, qui décide de subir un avortement. Le réseau américain The N, diffuseur de Degrassi, refuse de diffuser cet épisode, suscitant des réactions considérables. En 2005, le New York Times tresse des louanges à la série qui « affronte la controverse d’une manière dont les réseaux télévisés américains ne seraient même pas en mesure de rêver » et lui décerne le titre de « meilleure émission télévisée pour ados de la planète »!

Degrassi: La Nouvelle Génération permet de voir à l’écran, à l’occasion de participations spéciales, le célèbre réalisateur indépendant américain Kevin Smith, auteur notamment de Clerks et fervent admirateur de l’univers Degrassi. Il y interprète son propre rôle dans le cadre d’une suite de plusieurs épisodes au cours desquels il tourne — en compagnie de Jason Mewes avec lequel il a souvent collaboré — Jay and Silent Bob Go Canadian, Eh! à l’école Degrassi avec Alanis Morissette comme principal personnage fictif. Ces épisodes exploitent pleinement l’aura de vedette du réalisateur pour atteindre un public plus large et lui permettre d’enfin réaliser son rêve d’embrasser le personnage Caitlin Ryan.

Cette génération de l’univers Degrassi trouve un prolongement dans la série Web Degrassi Minis (2005‑2015). Ces courts‑métrages de deux à trois minutes mettent en scène des personnages dans des situations uniques en dehors de l’école ou dans des réalités alternatives et fantastiques. L’univers Degrassi s’est également enrichi de deux films conçus pour la télévision et réalisés par Stefan Brogren : Degrassi Goes Hollywood, en 2009, qui propose de suivre plusieurs personnages des séries poursuivant leur carrière à Hollywood et The Rest of My Life: Degrassi Takes Manhattan, en 2010, qui s’intéresse aux personnages de la distribution de départ, l’été suivant l’obtention de leur diplôme. À l’occasion de sa dixième saison, Degrassi: La Nouvelle Génération passe à MusiquePlus au Canada et sur TeenNick aux États‑Unis et est rebaptisée Degrassi, tout en bénéficiant d’une distribution renouvelée. En 2013, elle passe de MusiquePlus à MTV Canada.

Degrassi: Next Class (2016‑)

Après la 14e saison de Degrassi en 2015, les producteurs annoncent que la série ne sera plus diffusée désormais sur MTV Canada et sur le réseau TeenNick aux États‑Unis, mais qu’elle trouvera un nouveau diffuseur pour l’accueillir. La perspective de la création de la 15e saison de Degrassi offre à Linda Schuyler et à son mari, le producteur exécutif Stephen Stohn, l’occasion de faire le point sur l’évolution de l’univers Degrassi. Ils réalisent que la génération actuelle n’était même pas née lors des débuts de Degrassi et estiment que la série ne traduit plus l’état d’esprit de son public cible. Ils décident alors de relancer la production sur un mode susceptible de parler à la génération Z des jeunes d’après le 11 septembre. Les scénaristes remanient les arcs narratifs pour prendre en compte le visionnage en rafale et intègrent les médias sociaux, en nommant notamment les épisodes d’après des mots‑clics. Ils abandonnent également la longue habitude datant de La Nouvelle Génération d’utiliser des noms de chansons pour les titres des différents épisodes.

En juin 2015, les producteurs annoncent le retour de l’univers Degrassi sous la forme de la série Degrassi: Next Class diffusée, à compter de janvier 2016, sur Family Channel au Canada et sur Netflix dans le monde entier (en dehors du Canada, de l’Australie et de la France). On retrouve, dans la distribution de Next Class, plusieurs interprètes déjà présents dans La Nouvelle Génération, notamment Nikki Gould dans le rôle de Grace la rebelle; Eric Osborne qui interprète Miles, un bisexuel; Andre Kim dans le rôle de Winston, un séducteur invétéré; et Olivia Scriven qui joue Maya l’artiste. Toutefois, le générique de la nouvelle série introduit également de nouveaux visages dans l’univers Degrassi dans le contexte d’une description de la vie quotidienne des ados de la génération Z. L’entrée en scène, dans le cadre de la saison 3 de Next Class,de deux réfugiés syriens, Saad interprété par Parham Rownaghi et Rasha jouée par Dalia Yegavian, correspond également à une volonté des auteurs de rendre compte de l’actualité et d’y réagir avec des scénarios traitant notamment de l’islamophobie, du terrorisme, du racisme et du mouvement Black Lives Matter. Les producteurs, désormais libérés de la programmation traditionnelle télévisée, mettent chaque saison à la disposition du public en une seule fois, en janvier 2016 pour la saison 1, en juillet 2016 pour la saison 2, en janvier 2017 pour la saison 3 et en juin 2017 pour la saison 4. La saison 4 se termine lorsque les principaux personnages obtiennent leur diplôme à l’école secondaire, ouvrant la voie aux saisons suivantes des aventures de cette nouvelle classe.

Degrassi: Next Class.

Impact et influence

Le Walrus écrit en 2012 : « L’esthétique quétaine de Degrassi a souvent éclipsé son importance culturelle ». S’il est vrai que la facture plutôt médiocre et dépassée de la production et le nombre totalement disproportionné de catastrophes que vit chacun des personnages minent parfois la crédibilité de cet univers centré sur la vie d’adolescents à l’école secondaire, il n’en demeure pas moins que le réalisme du style permet aux jeunes téléspectateurs de s’identifier aux personnages et à leurs expériences. Les séries Degrassi placent non seulement au centre de leurs problématiques des enjeux généralement tabous, mais s’enorgueillissent également de les traiter avec le plus grand réalisme : les jeunes vivent avec les conséquences de leurs actions, apprenant et grandissant grâce à leurs expériences, parfois de manière maladroite et désordonnée. L’attention portée par cet univers au multiculturalisme et à la diversité a également joué un rôle fondamental dans le cadre de la programmation inclusive de la CBC et d’autres diffuseurs canadiens.

Degrassi a influencé d’autres séries télévisées canadiennes portées sur les adolescents, notamment Madison (1993‑1998), Ready or Not (1993‑1997) et Edgemont (2001‑2005) ainsi que certaines séries américaines comme Beverly Hills 90210 (1990‑2000), Dawson’s Creek (1998‑2003), Gossip Girl (2007‑2012)et la série 90210 dans une version revue sur de nouvelles bases (2008‑2013), mettant en vedette une ancienne actrice de Degrassi: La Nouvelle Génération, Shenae Grimes.Cependant, ces séries américaines privilégient en général des personnages plus aisés, interprétés par des acteurs plus âgés et plus en vue évoluant dans des univers plus tape‑à‑l’œil, leurs scénarios n’évoquant que des enjeux de moindre importance et tendant à traiter des sujets les plus percutants en les enrobant d’une certaine sentimentalité. On peut toutefois estimer que ces œuvres contemporaines ont aussi influencé Degrassi: La Nouvelle Génération, en particulier dans le choix d’interprètes plus professionnels, plus séduisants et plus « branchés » que leurs prédécesseurs.

Le cinéaste américain Kevin Smith estime que l’univers Degrassi a joué un rôle important dans son métier de réalisateur en l’incitant à présenter la culture de la jeunesse profondément ancrée dans l’environnement local, sans céder ni à la condescendance, ni à la simplification, ni aux fins sans aspérités. Il souhaitait au départ que Stacie Mistysyn soit présente au générique de son film Mallrats de 1995, mais finalement, c’est la vedette de Beverly Hills 90210 Shannen Doherty qui a obtenu le rôle, l’univers Degrassi n’étant toutefois pas totalement absent à l’écran puisqu’elle y porte une veste de la célèbre école. L’univers Degrassi est également à l’origine del’engouement du fameux réalisateur indépendant pour les valeurs et l’identité canadiennes et il y fait fréquemment référence dans ses films, notamment lorsque la série Degrassi Junior High est explicitement mentionnée dans la comédie de 1997 mettant en vedetteBen Affleck, Chasing Amy.

Honneurs

Linda Schuyler a été faite membre de l’Ordre du Canada et de l’Ordre de l’Ontario pour son travail sur la franchise Degrassi. Un sondage réalisé par le Festival international du film de Toronto pour le 150e anniversaire du Canada a classé Degrassi Junior High comme l’un des meilleurs programmes télévisés de l’histoire du Canada. Une tournée de retrouvailles à l’échelle nationale a été organisée en 2017 en l’honneur du 30e anniversaire de Degrassi Junior High, plusieurs acteurs principaux de la série, notamment Pat Mastroianni, Stacie Mistysyn et Stefan Brogren, se produisant dans de nombreuses villes d’un océan à l’autre.

Sélection de prix

Prix Gemini

  • Meilleure série pour enfants, Degrassi Junior High (1987)
  • Meilleure réalisation dans une série dramatique ou comique, Degrassi Junior High (1987, 1988)
  • Meilleur acteur dans un rôle principal récurrent dramatique (Pat Mastroianni), Degrassi Junior High (1988)
  • Prix du multiculturalisme, Degrassi Junior High (1988)
  • Meilleure série dramatique, Degrassi Junior High (1988, 1989)
  • Meilleure actrice dans un rôle principal récurrent dramatique (Stacie Mistysyn), Degrassi Junior High (1989)
  • Concours du site Web le plus innovant, Degrassi: La Nouvelle Génération (2002, 2003)
  • Meilleure émission de fiction ou série pour les enfants ou la jeunesse, Degrassi: La Nouvelle Génération (2003)
  • Concours du site web le plus populaire, Degrassi: La Nouvelle Génération (2003)
  • Meilleur réalisateur d’une série ou émission pour les enfants ou pour la jeunesse (Bruce McDonald), Degrassi: La Nouvelle Génération (2003)
  • Meilleure émission interactive, Degrassi: La Nouvelle Génération (2003)
  • Meilleure performance dans une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Jake Epstein), Degrassi: La Nouvelle Génération (2003)
  • Meilleure émission ou série pour les enfants ou la jeunesse, Degrassi: La Nouvelle Génération (2004)
  • Meilleur réalisateur d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Philip Earnshaw), Degrassi: La Nouvelle Génération (2004)
  • Meilleure musique originale pour une série dramatique (Jim McGrath), Degrassi: La Nouvelle Génération (2006)
  • Meilleure performance dans une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Shenae Grimes) Degrassi: La Nouvelle Génération (2007)
  • Meilleure émission ou série pour les enfants ou la jeunesse, Degrassi: La Nouvelle Génération (2008)
  • Meilleure réalisation d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Eleanor Lindo), Degrassi: La Nouvelle Génération (2009)
  • Meilleure réalisation d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Stefan Brogren), Degrassi: La Nouvelle Génération (2010)
  • Meilleure performance dans une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Charlotte Arnold), Degrassi: La Nouvelle Génération (2010)
  • Meilleure émission ou série pour les enfants ou la jeunesse, Degrassi (2011)
  • Meilleure réalisation d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Pat Williams), Degrassi (2011)
  • Meilleure performance dans une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Jordan Todosey), Degrassi (2011)

Prix Écrans canadiens

  • Meilleure émission ou série pour les enfants ou la jeunesse, Degrassi (2013, 2016)
  • Meilleure réalisation d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Phil Earnshaw), Degrassi (2013)
  • Meilleure émission ou série pour les enfants ou la jeunesse, Degrassi (2014)
  • Meilleure réalisation d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Stefan Brogren), Degrassi (2014)
  • Meilleure performance dans une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Dylan Everett), Degrassi (2014)
  • Meilleur scénario d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Ramona Barckert), Degrassi (2014)
  • Meilleure émission ou série pour les enfants ou la jeunesse, Degrassi (2015, 2016)
  • Meilleure réalisation d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Phil Earnshaw), Degrassi (2015, 2016)
  • Meilleure performance dans une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Aislinn Paul), Degrassi (2015, 2016)
  • Meilleur scénario d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Matt Huether), Degrassi (2015, 2016)
  • Meilleure réalisation d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Eleanor Lindo), Degrassi (2017)
  • Meilleur scénario d’une émission ou série pour les enfants ou la jeunesse (Alejandro Alcoba), Degrassi (2017)

Prix de la Guilde canadienne des réalisateurs

  • Réalisation exceptionnelle dans une série télévisée – Enfants, Degrassi: La Nouvelle Génération (2002)
  • Réalisation exceptionnelle d’une équipe dans une série télévisée – Enfants, Degrassi: La Nouvelle Génération (2003)
  • Contribution exceptionnelle en réalisation – Série télévisée, Bruce McDonald; Degrassi: La Nouvelle Génération (2003)
  • Réalisation exceptionnelle d’une équipe dans une série télévisée – Famille, Degrassi: La Nouvelle Génération (2004)
  • Réalisation exceptionnelle d’une équipe dans une série télévisée – Famille, Degrassi: La Nouvelle Génération (2005)
  • Série télévisée – Famille, Degrassi: La Nouvelle Génération (2008)

Autres

  • International Emmy Award, Enfants et jeunes (The Kids of Degrassi Street – « Griff Gets a Hand ») (1986)
  • Prix Jeunesse International (The Kids of Degrassi Street – « Griff Gets a Hand ») (1986)
  • International Emmy Award, Enfants et jeunes (The Kids of Degrassi Street – « It’s Late ») (1987)
  • Réalisation exceptionnelle dans une émission pour enfants (Degrassi Junior High), Television Critics Association Awards (1987‑1988)
  • Série dramatique exceptionnelle (Degrassi Junior High), Festival de télévision de Banff (1988)
  • Prix Jeunesse International (Degrassi High – « Bad Blood ») (1992)
  • Réalisation exceptionnelle dans une émission pour enfants (Degrassi: La Nouvelle Génération), Television Critics Association Awards (2004‑2005)
  • Meilleur choix pour une série de l’été (Degrassi: La Nouvelle Génération), Teen Choice Awards (2005)
  • Meilleur choix pour une émission télévisée de l’été (Degrassi: La Nouvelle Génération), Teen Choice Awards (2007)
  • Peabody Awards (Degrassi: La Nouvelle Génération – « My Body is a Cage »), Peabody Awards (2010)