Raids des fenians

Les fenians sont une société secrète de patriotes irlandais qui ont émigré aux États-Unis. Certains membres de ce mouvement ont tenté de prendre par la force une partie du territoire canadien afin de l’échanger à l’Angleterre contre leur indépendance. De 1866 à 1871, les fenians ont monté de nombreuses petites attaques armées qui ont toutes été stoppées par les forces du gouvernement. Des dizaines de personnes ont été tuées ou blessées dans les deux camps. Les raids ont dévoilé les failles dans la direction, la structure et la formation de la milice canadienne et ont mené à leur amélioration. Les raids ont eu lieu à un moment où la menace militaire et économique américaine inquiète. Ceci a permis à la Confédération de gagner en popularité.

Les fenians sont une société secrète de patriotes irlandais qui ont émigré aux États-Unis. Certains membres de ce mouvement ont tenté de prendre par la force une partie du territoire canadien afin de l’échanger à l’Angleterre contre leur indépendance. De 1866 à 1871, les fenians ont monté de nombreuses petites attaques armées qui ont toutes été stoppées par les forces du gouvernement. Des dizaines de personnes ont été tuées ou blessées dans les deux camps. Les raids ont dévoilé les failles dans la direction, la structure et la formation de la milice canadienne et ont mené à leur amélioration. Les raids ont eu lieu à un moment où la menace militaire et économique américaine inquiète. Ceci a permis à la Confédération de gagner en popularité.


Bataille de Ridgeway
Troupes de la Fenian Brotherhood (Américains d‘origine irlandaise) sous le commandement du Colonel John O‘Neill chargeant les Queen's Own Rifles of Canada commandés par le Colonel A. Booker qui battent en retrait à Ridgeway, en Ontario, lors de l‘invasion du Canada par les fenians le 2 juin 1866.

Développement du mouvement américain

Les fenians sont membres d’un mouvement né vers la moitié du 19e siècle qui vise l’indépendance de l’Irlande. Leur organisation est secrète et illégale sous l’Empire britannique, où ils sont connus sous le nom d’Irish Republican Brotherhood. Aux États-Unis, ils opèrent légalement et librement sous le nom de Fenian Brotherhood. Les deux factions deviennent plus tard les fenians.

John O’Mahony choisit le nom fenian en l’honneur des Fianna Eirionn, d’anciens combattants irlandais. L’organisation essuie une défaite en 1865 lorsque la Grande-Bretagne écrase le mouvement d’indépendance irlandais et exile ses chefs. De nombreux vétérans irlandais de la guerre de Sécession en veulent à la Grande-Bretagne. Le nombre de membres au sein des fenians grimpe rapidement à 10 000 hommes.

Leur but? L’indépendance de l’Irlande. Mais tous ne s’entendent pas sur les moyens de l’atteindre. Certains veulent organiser une révolte en Irlande. D’autres souhaitent plutôt organiser une action militaire transfrontalière contre l’Amérique du Nord britannique.

John O'Mahony

Le Canada pour cible

Les gouvernements canadiens et britanniques prennent la menace des fenians au sérieux. Ils demandent donc aux espions infiltrés chez les sympathisants confédérés au nord des États-Unis de plutôt se concentrer sur les fenians. En novembre 1865, un petit nombre de milices rejoignent des garnisons au Canada-Ouest (aujourd’hui l’Ontario), dont Sarnia, Windsor, Niagara et Prescott.

En mars 1866, il devient clair que les fenians vont attaquer le Canada. 10 000 Canadiens rejoignent donc le service militaire, et ce nombre grimpe plus tard à 14 000. Toutefois, rien ne se produit et on les renvoie à la maison. En avril, les fenians mènent un raid contre l’île Campobello au Nouveau-Brunswick. Les dommages se limitent à quelques immeubles détruits.

En mai 1866, des indices laissent croire à une nouvelle attaque. Les fenians ont l’ambition d’attaquer plusieurs emplacements au Canada-Ouest et au Canada-Est (aujourd’hui le Québec). 20 000 volontaires canadiens sont rapidement mobilisés, en plus de 13 petits bateaux à vapeur. Ils sillonnent alors les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent sous la direction de la marine royale canadienne. Le plan des fenians tombe à l’eau : moins d’hommes que prévu rejoignent les rangs des milices à Chicago, Cleveland, Buffalo et ailleurs. De plus, leurs chefs sont incapables d’obtenir les bateaux nécessaires au transport de leurs hommes. Le gouvernement des États-Unis, inquiet de l’effet que pourrait avoir une invasion sur les relations anglo-américaines, intervient lui aussi et effectue des arrestations.

Leur plan ayant échoué, les fenians restants doivent revoir leur projet. Ils décident alors de traverser la rivière Niagara de Buffalo jusqu’à Fort Érié au Canada-Ouest.

Bataille de Ridgeway

Le 1er juin 1866, un groupe précurseur de 1000 fenians lourdement armés traverse la rivière Niagara à partir de Buffalo, dans l’État de New York. Les hommes sont sous les ordres de John O’Neill, ancien officier de la cavalerie américaine ayant servi en Ohio et en Virginie-Occidentale pendant la guerre de Sécession.

Les fenians conquièrent rapidement la ville non défendue de Fort Érié, au Canada-Ouest, et prennent le contrôle de son chemin de fer et de ses terminaux de télégraphe. Ils arrêtent le conseil de ville et les douaniers des quais d’accostage internationaux. Ils obligent les boulangers et les hôtels de la ville à les nourrir. Après avoir coupé les lignes du télégraphe, les rebelles confisquent les chevaux et les outils qu’ils utilisent pour creuser des tranchées et construire des fortifications. Ils sont à distance de marche du canal Welland, le seul passage navigable entre le lac Ontario et le lac Érié.

Pendant ce temps, le major général George T.C. Napier, le commandant des forces britanniques au Canada-Ouest, se met en action. Quelque 22 000 volontaires de la milice et de nombreuses unités d’infanterie britannique stationnées au Canada sont mobilisés pour répondre à l’incursion des fenians. Près de 900 hommes du deuxième (The Queen’s Own Rifles of Canada) et du treizième bataillon sont envoyés à Dunville. Se joignent à eux les compagnies de carabiniers York et Caledonia sous le commandement du lieutenant-colonel Alfred Booker. Une colonne dirigée par le lieutenant-colonel britannique George Peacocke se met en route vers Chippawa où il prendra la tête des troupes canadiennes et britanniques. Pour contenir la menace posée par les fenians, ce dernier envoie Alfred Booker et près de 850 hommes à Port Colborne. Alfred Booker doit éviter les fenians qui se trouvent sur son chemin.

Les Canadiens sont stratégiquement déployés. Ils entourent les fenians quelques heures seulement après leur arrivée. Toutefois, les soldats canadiens sont peu entraînés et mal préparés au combat. Les troupes disposent de munitions insuffisantes, n’ont pas de nourriture ou de cuisines de campagne, n’ont pas de cartes adéquates, ne disposent pas de soins médicaux et n’ont ni gourdes ni outils pour l’entretien de leurs fusils. Seulement la moitié des soldats ont déjà manié la carabine avec des munitions réelles. Ils ne sont pas prêts à affronter les fenians, vétérans de la guerre de Sécession bien armés et ne manquant de rien.

5e Compagnie, Régiment Queen’s Own Rifles of Canada

Le 2 juin, Alfred Booker reçoit l’ordre de déplacer ses troupes jusqu’à Fort Érié. Il croise le chemin d’entre 750 et 800 fenians à Ridgeway et déploie ses hommes, malgré des ordres contraires. Dans les premières heures de la bataille, les Canadiens semblent dominer et les tirailleurs fenians abandonnent leur poste. Puis, tout part en vrille. Encore à ce jour, la cause de la débandade n’est pas claire.

Selon des sources contemporaines, les soldats canadiens confondent des éclaireurs fenians à cheval pour la cavalerie (soldats montés). L’ordre d’Alfred Booker de former un carré, qui aurait permis de protéger les soldats d’une attaque de cavalerie, les expose au feu de l’ennemi. Alfred Booker revient vite sur sa décision, mais est incapable de modifier la formation des soldats inexpérimentés maintenant attaqués de toutes parts. D’autres sources affirment que les troupes confondent une compagnie du 13e bataillon pour des troupes britanniques venues les aider et battent en retraite. Cela cause un mouvement de panique des autres troupes qui croient à un repli général. Durant la bataille, 9 Canadiens sont tués et 32 sont blessés. Les fenians perdent 10 hommes; on ignore le nombre de blessés.

Bataille de Ridgeway
Le saviez-vous?

Selon Peter Vronsky, historien et auteur de l’ouvrage Ridgeway: The American Fenian Invasion and the 1866 Battle That Made Canada, cette représentation emblématique de la bataille de Ridgeway est inexacte. Les Canadiens y portent des habits rouges britanniques. Les volontaires canadiens étaient toutefois vêtus de tuniques rouges et de tuniques vertes, selon le bataillon avec lequel ils combattaient. Quant aux fenians, ils sont vêtus d’uniformes bleus de la guerre de Sécession ou de tenues civiles. Plusieurs portent des foulards verts. De plus, la ligne traditionnelle de la formation représentée n’est pas celle de la bataille.


S’attendant à être submergés par les renforts britanniques, les fenians regagnent rapidement Fort Érié. Un peu plus tard dans la journée, le bateau à vapeur W.T. Robb, ayant à son bord la brigade navale Dunville et l’artillerie volontaire du canal Welland, arrive à Fort Érié. Une escarmouche sanglante s’ensuit contre l’armée de John O’Neill. Durant la bataille, 6 Canadiens sont blessés et 36 sont faits prisonniers. Les fenians perdent 9 hommes et 14 sont blessés. Peu après, les autres troupes canadiennes et les hommes des 16e et 47e régiments britanniques arrivent. L’officier est alors obligé de rentrer aux États-Unis avec ses hommes, où ils sont rapidement arrêtés. John O’Neill obtient, peu après, sa liberté conditionnelle.

La bataille de Ridgeway, le raid le plus important des fenians, est la première bataille de l’ère industrielle qui implique des Canadiens; elle est aussi la première à compter uniquement des troupes canadiennes et à être dirigée par des officiers canadiens. Les neuf miliciens tués sur le champ de bataille sont aujourd’hui connus sous le nom des « Ridgeway Nine ».

Raids au Québec

Quelques jours après la bataille de Ridgeway, les fenians attaquent à nouveau. Le 8 juin, environ 200 d’entre eux traversent la frontière près d’Huntington, au sud de Montréal. Ils avancent de plusieurs kilomètres avant d’être rattrapés par de nombreuses troupes canadiennes et britanniques, ce qui les oblige à faire demi-tour. Les troupes canadiennes réussissent à rejoindre et à vaincre les fenians à Pidgeon Hill.

Les attaques cessent alors pour quelques années. Malgré leurs défaites, les fenians tentent à nouveau d’envahir le Canada en 1870. La Confédération a alors eu lieu. Le nouveau gouvernement canadien recrute 13 000 volontaires pour sécuriser la frontière de l’Ontario et du Québec.

John O’Neill reçoit le titre de héros après la bataille de Ridgeway et est nommé inspecteur général des groupes fenians. Le 25 mai 1870, il quitte le Vermont en direction du Québec accompagné de 600 fenians. À Eccles Hill, au nord de la frontière, ils rencontrent un détachement du 60e bataillon du Missisquoi, certains soldats volontaires de Dunham et une unité volontaire, la garde territoriale, dirigée par le lieutenant-colonel canadien Brown Chamberlain. Les fenians perdent la courte, mais dure bataille; 5 de leurs hommes sont tués, 18 sont blessés. Les troupes canadiennes ne subissent aucune perte.

Deux jours plus tard, un groupe de fenians traverse la frontière du Québec à Trout River, à l’ouest d’Eccles Hill. Le 50e bataillon canadien, l’artillerie volontaire de Montréal et le 69e régiment britannique mettent rapidement un terme à l’invasion. Les fenians rebroussent vite chemin vers les États-Unis. Encore une fois, les troupes canadiennes ne subissent aucune perte.

Canon fenian pris à l’ennemi

Dernière tentative au Manitoba

Le dernier coup des fenians a lieu en octobre 1871. Avec l’espoir d’obtenir du soutien de Louis Riel et des Métis, John O’Neill traverse la frontière du Manitoba à Emerson. Accompagné de 40 hommes, il prend le contrôle d’un bureau de douane. Toutefois, plutôt que de soutenir l’invasion, Louis Riel recrute des volontaires pour défendre la frontière. La journée suivante, des soldats de Winnipeg et de Saint-Boniface marchent vers les fenians lorsqu’ils apprennent que l’armée américaine a arrêté John O’Neill et ses hommes. Et c’est ici que la menace des fenians prend fin.

Importance

Les raids fenians trouvent leur origine dans la quête d’indépendance de l’Irlande. Les fenians n’atteignent pas ce but. Toutefois, les raids dévoilent les failles dans la direction, la structure et la formation de la milice canadienne. Ils mènent ainsi à une réforme et à une amélioration de ces éléments.

La menace posée par les armées désorganisées de fenians en Amérique du Nord britannique arrive à un moment d’incertitude croissante envers la force militaire et économique des États-Unis. Cet enchaînement d’événements augmente le soutien des dirigeants canadiens et britanniques envers la Confédération. C’est ainsi que voit le jour le Dominion du Canada en 1867. (Voir aussi l’article : Confédération, 1867.)

Voir aussi : Les raids fenians : guide pédagogique; Chronologie des raids fenians; Collection sur les raids fenians; Canadiens irlandais; Thomas D’Arcy McGee; Patrick James Whelan.


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