Norman Jewison

Jewison sert dans la Marine royale canadienne outre-mer de 1944 à 1945. Après la Deuxième Guerre mondiale, il fréquente le Victoria College de l'Université de Toronto, où il écrit et met en scène la première All-Varsity Revue.

Jewison, Norman
Norman Jewison a connu une carri\u00e8re internationale, mais prétend que son point de vue canadien lui a permis de faire preuve d'une grande objectivité (photo de Taffi Rosen).

Norman Frederick Jewison, réalisateur, producteur et auteur (Toronto, 21 juil. 1926). Jewison est reconnu sur la scène internationale comme un cinéaste talentueux et intègre. Bien qu'il fasse surtout carrière à l'étranger, il estime que ses origines canadiennes apportent à son œuvre une grande part d'objectivité. Il voit le jour dans le quartier Beach de l'Est de Toronto. Son père exploite un magasin général, et il fréquente l'école publique de Kew Beach. Le goût du spectacle lui vient quand il monte sur scène à six ans. Sa famille l'inscrit au Conservatoire royal de musique, où il étudie le piano et la théorie musicale. Par la suite, il fréquente le Malvern Collegiate, où il met en scène des spectacles et des comédies musicales dans lesquels il joue.

Jewison sert dans la Marine royale canadienne outre-mer de 1944 à 1945. Après la Deuxième Guerre mondiale, il fréquente le Victoria College de l'Université de Toronto, où il écrit et met en scène la première All-Varsity Revue. Pendant les vacances d'été, il travaille comme serveur à l'hôtel Banff Springs et produit la Banff Revue. Après avoir reçu un diplôme en sciences humaines de l'Université de Toronto, Jewison devient chauffeur de taxi et joue parfois dans des rôles dramatiques à la radio anglaise de la SRC. En 1950, il se rend en Angleterre pour un stage de travail-études de deux ans à la BBC mais, en 1952, la télévision de la SRC vient d'être créée et le rappelle à Toronto pour lui offrir un poste de réalisateur adjoint en formation.

Jewison écrit, met en scène et produit certains des spectacles musicaux les plus populaires et réussis du Canada aussi bien que des comédies, des émissions de variétés et des émissions spéciales pendant les sept années qui suivent, notamment The Big Revue (1952-1953, première série régulière pour le réseau naissant), Denny Vaughan (1954-1957), The Barris Beat (1956-1957) et Wayne & Shuster. En 1958, à l'invitation de CBS, il déménage à New York pour renouveler l'émission musicale hebdomadaire Your Hit Parade. Il est amené ainsi à travailler régulièrement à The Andy Williams Show et à des émissions spéciales mettant en vedette des artistes parmi les plus talentueux de cette époque, dont Harry Belafonte (une première pour un artiste afro-américain), Danny Kaye, Pat Boone, Jackie Gleason et, la plus célèbre, Judy Garland. Pendant ce temps, Jewison se fait connaître comme meilleur réalisateur d'émissions de variétés musicales de la télévision américaine et son Judy Garland Special - tourné à Los Angeles au début de 1961 avec des invités tels que Frank Sinatra et Dean Martin - reste un classique de cette époque après les quatre nominations qu'elle a reçues aux prix Emmy.

En 1963, on offre à Jewison un contrat de trois films aux studios Universal et il se voit assigner deux comédies légères mettant en vedette Doris Day, The Thrill of It All (1963; v.f. Le piment de la vie) et Send Me No Flowers (1964; v.f. Ne m'envoyez pas de fleurs). Le troisième film, The Art of Love (1965; v.f. L'art d'aimer) met en vedette James Garner et Dick Van Dyke. Puis survient une chance extraordinaire. Le réalisateur réputé pour être difficile Sam Peckinpah est congédié d'un film de poker à budget relativement faible chez MGM, et on fait venir Jewison pour réaliser The Cincinnati Kid (1965; v.f. Le kid de Cincinnati). Il participe à la réécriture du scénario et le film, mettant en vedette Steve McQueen et Edward G. Robinson, devient un petit succès commercial qui reçoit de très bonnes critiques. La carrière de Jewison à Hollywood est lancée.

Depuis lors, Jewison conserve la maîtrise artistique complète de tous les films qu'il dirige en plus d'en être le producteur et quelquefois le scénariste. Le premier film qu'il réalise et produit est une comédie sur le thème de la guerre froide, The Russians Are Coming, the Russians Are Coming (1966; v.f. Les Russes arrivent), mettant en vedette Carl Reiner et Alan Arkin. Il est en nomination pour quatre Oscars, dont celui de meilleur film. Puis arrive le film pour lequel on se souviendra toujours de lui, même s'il n'en est que le réalisateur, le drame racial intense In the Heat of the Night (1967; v.f. Dans la chaleur de la nuit), mettant en vedette Sidney Poitier et Rod Steiger.

Jewison, qui participe aux manifestations pour les droits civils des années 1960 aux côtés de ses amis Robert Kennedy, alors procureur général des États-Unis, et Martin Luther King Jr, a été atterré dans sa jeunesse par le sort des Afro-américains des États du Sud. À plusieurs titres, ce Canadien libéral de classe moyenne est le choix idéal pour réaliser le film le plus chargé de connotations raciales de cette décennie. Le public américain est sidéré de voir un personnage noir (Poitier) frapper un riche propriétaire blanc. Le film est en nomination pour huit Oscars, dont celui du meilleur réalisateur, une première pour Jewison. Il gagne ceux du meilleur film, du meilleur acteur (Seiger), du meilleur scénario, du son et du montage.

Après Dans la chaleur de la nuit, Jewison est responsable de certains des plus gros succès commerciaux de la fin des années 1960 et du début des années 1970. The Thomas Crown Affair (1968; v.f. L'Affaire Thomas Crown), avec Steve McQueen et Faye Dunaway, est en nomination pour deux Oscars; Fiddler on the Roof (1971; v.f. Un violon sur le toit) en gagne trois, en plus de valoir à Jewison une nomination pour celui du meilleur réalisateur et sa première nomination pour l'Oscar du meilleur film. Jesus Christ Superstar (1973), dont il a écrit le scénario, est son plus gros succès de l'époque. Son montage nerveux agace certains critiques, mais d'autres le voient maintenant comme un précurseur des vidéoclips. Une fois le travail fini sur Gaily Gaily (1969; réalisation seulement), Jewison est déçu par la violence qui s'installe dans les luttes raciales aux États-Unis et emmène sa famille à Londres, en Angleterre. Fiddler on the Roof (v.f. Un violon sur le toit) est tourné en Yougoslavie, Jesus Christ Superstar, en Israël et Rollerball (1975), en Allemagne.

En 1978, on persuade Jewison de retourner aux États-Unis pour réaliser et produire un drame syndical avec Sylvester Stallone, F.I.S.T., suivi d'un drame judiciaire, ...And Justice for All (1979; v.f. Justice pour tous), avec Al Pacino. Cependant, il n'est pas encore à l'aise à l'idée de vivre à Hollywood et, en 1978, achète une ferme au nord de Toronto, à Caledon East, où il s'installe en permanence avec sa famille. Il retourne à ses anciennes préoccupations et réalise un autre drame racial en 1984. A Soldier's Story est en nomination pour trois Oscars, parmi lesquels celui du meilleur film (c'est la deuxième fois pour Jewison). Agnes of God (1985; v.f. Agnès de Dieu) est tourné en Ontario et est aussi en nomination pour trois Oscars. La comédie romantique Moonstruck (v.f. Éclair de lune), tournée à Toronto et mettant en vedette Cher et Nicolas Cage, connaît un énorme succès de salle en 1987. Cher gagne l'Oscar de la meilleure actrice et Jewison est en nomination pour ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Après Moonstruck (v.f. Éclair de lune), ses films marchent un peu moins bien, mais il n'a presque jamais connu d'échec commercial, sauf avec la comédie musicale Gaily Gaily et son seul film canadien jusqu'à présent, The Statement (2003; v.f. Crimes contre l'humanité). Parmi ses autres films, nommons : Best Friends (1982; v.f. Meilleurs amis), In Country (1989; v.f. Un héros comme tant d'autres), Other People's Money (1991; v.f. L'argent des autres), Only You (1994; v.f. Seulement toi...), Bogus (1996; v.f. Bogus) et The Hurricane (1999; v.f. Hurricane), qui permet à Denzel Washington d'être mis en nomination pour un Oscar dans le rôle du boxeur américain Rubin « Hurricane » Carter, condamné à tort. Jewison produit aussi un bon nombre de films qu'il ne réalise pas, entre autres The Landlord (1969; v.f. Le propriétaire), Billy Two Hats (1974; v.f. Un colt pour une corde), The Dogs of War (1980; v.f. Les chiens de guerre), Iceman (1984), January Man (1989; v.f. Calendrier meurtrier) et Dance Me Outside (1994) de Bruce MCDONALD. Il produit aussi l'émission du gala de remise des Oscars en 1981. En 2002, il est en nomination pour le prix Emmy du téléfilm exceptionnel pour Dinner with Friends (v.f. Dîner entre amis).

En 1988, il fonde le CENTRE CANADIEN DU FILM, un centre de formation installé dans la partie nord de Toronto qui offre aux nouveaux cinéastes des cours de réalisation, de production et de scénarisation. Le Centre devient une école importante pour le cinéma et la télévision dont la réputation d'excellence est bien méritée. L'Académie canadienne du cinéma et de la télévision décerne à Jewison un prix spécial en reconnaissance de ses efforts dans la fondation du centre.

Jewison reçoit de nombreux prix et distinctions durant sa carrière, notamment des diplômes honorifiques de l'Université Trent, de l'Université Western Ontario et de l'Université de Toronto. Il est mis en nomination à trois reprises pour la meilleure réalisation par la Directors Guild of America (DGA) et à trois reprises pour un prix Golden Globes par l'association de la presse étrangère d'Hollywood. Moonstruck (v.f. Éclair de lune) remporte l'ours d'argent au festival du film de Berlin en 1988, et Jewison gagne l'or au festival international du film de Moscou pour A Soldier's Story. En 1981, il est nommé Officier de l'ORDRE DU CANADA et, en 1991, il est promu au grade de Compagnon de l'Ordre du Canada. Il a son étoile sur le Hollywood Walk of Fame et une place dans l'Allée des célébrités canadiennes.

En 1992, il reçoit le PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL POUR LES ARTS DE LA SCÈNE couronnant l'ensemble de sa carrière et, en 1999, l'Academy of Motion Pictures Arts and Sciences lui remet le Irving G. Thalberg Memorial Award pour souligner la qualité de sa production tout au long de sa carrière. En 2002, il reçoit le prix de la Directors Guild of Canada pour l'ensemble de sa carrière et, en 2010, il devient le premier Canadien à recevoir un Lifetime Achievement Award de la DGA. Il reçoit la Médaille du jubilé de la reine Élisabeth en 2002 et devient chancelier du Victoria College, son alma mater. Cette même année, il publie son autobiographie, This Terrible Business Has Been Good to Me.

Jewison et sa femme Margaret ont créé la Norman and Margaret Jewison Charitable Foundation, qui attribue des fonds à la recherche sur le SIDA et à la préservation de la culture des Premières Nations. Dans tous ses films, il tente, et réussit souvent, à équilibrer le plaisir du spectateur et le commentaire social sérieux.