Résistance aux antibiotiques au Canada

La résistance aux antibiotiques (ou aux antimicrobiens) est apparue avec l’utilisation de ce type de médicaments à grande échelle au 20e siècle. On parle de résistance lorsqu’un médicament n’est plus capable de tuer les bactéries visées ou d’en empêcher la reproduction. Défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale, la résistance aux antibiotiques rend le traitement des maladies plus difficile et plus coûteux, tout en entraînant une diminution du nombre d’antibiotiques efficaces dans la lutte contre les maladies infectieuses. Le Canada connaît des taux croissants d’infections résistantes aux antibiotiques, telles que la gonorrhée. Dans les hôpitaux, les infections qui résistent à plusieurs médicaments (multirésistantes) deviennent de plus en plus courantes. Au Canada, les organismes de santé, les professionnels de la santé et les différentes industries concernées se mobilisent, dans le cadre de multiples efforts, pour lutter contre ce problème.



Tests de résistance aux antibiotiques
Une souche bactérienne a été introduite et cultivée dans un milieu de culture dans une boite de Petri. Puis des disques blancs contenant chacun un antibiotique différent ont été introduits dans la boite. Les bactéries de la culture de gauche sont sensibles à tous les antibiotiques testés (comme le montrent les anneaux) alors que dans la boite de droite, elles ne sont sensibles qu'à seulement trois des sept antibiotiques testés.
(Dr. Graham Beards/en.wikipedia CC)

Mots clés

Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) : Principal organisme canadien de financement fédéral de la recherche en santé. Il s’agit d’un organisme indépendant, responsable devant le Parlement.

Pays du G7 : L’Allemagne, le Canada, les États‑Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume‑Uni, c’est‑à‑dire les sept pays ayant les économies les plus industrialisées.

Agent pathogène : Agent pouvant être à l’origine d’une maladie, par exemple une bactérie ou un virus.

Organisation mondiale de la santé (OMS) : Agence des Nations Unies créée en 1948 pour promouvoir la santé et lutter contre les maladies transmissibles. L’OMS compte 194 États membres, à savoir les pays membres des Nations Unies qui en ont signé les statuts.

Comment les antibiotiques ont‑ils été découverts?

Les connaissances médicales en matière d’antibiotiques datent des années 1920. Bien que le terme antibiotique ait été utilisé à l’origine, par le chercheur français Paul Vuillemin en 1889, c’est un médecin écossais, sir Alexander Fleming, qui découvre le premier antibiotique après avoir constaté que des bactéries cessaient de proliférer en présence de moisissures de penicillium. En 1928, il réussit, pour la première fois, à isoler et à extraire le principe actif de ces moisissures. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la pénicilline, un médicament antibiotique, est largement diffusée.

Après la guerre, dans un contexte où la recherche pharmaceutique dans ce domaine prend de l’ampleur, on met au point de nombreux types de nouveaux antibiotiques. Ces médicaments permettent désormais de traiter plusieurs maladies qui étaient jusque‑là à l’origine de graves pathologies, voire mortelles (telles que la tuberculose), ainsi que des maladies courantes (telles que les otites graves). Les antibiotiques rendent également possibles de nouveaux traitements médicaux. Réduisant les risques d’infection, ils permettent, par exemple, d’effectuer des greffes d’organe, procédures médicales qui provoquent la réduction de la réaction immunitaire du patient.

En 1959, la résistance aux antibiotiques est scientifiquement documentée.

Image d’un flacon de gélules de rifampicine, un traitement antibiotique
Les gélules de rifampicine sont utilisées dans le traitement de la tuberculose et de la lèpre.
(© Artinun Prekmoung/Dreamstime)

Comment les antibiotiques sont‑ils utilisés?

Les antibiotiques traitent les infections causées par des bactéries et d’autres micro‑organismes; ils ne sont, en revanche, pas efficaces contre les virus. Les gens croient souvent, à tort, que les antibiotiques sont en mesure de guérir des infections virales telles que le rhume ou la grippe. Cette conviction les conduit à faire pression sur leurs médecins pour qu’ils prescrivent des antibiotiques dans des cas où cela n’est pas recommandé.

Lorsqu’ils sont soignés avec des antibiotiques, les patients doivent prendre le dosage correct et aller au bout du traitement prescrit par le médecin, un tel processus contribuant à prévenir une augmentation de la résistance aux antibiotiques et accroissant la probabilité que le traitement s’avère efficace.

Quelles sont les causes de la résistance aux antibiotiques?

Les organismes bactériens sont dotés d’un court cycle de vie et s’adaptent continuellement à leur environnement. L’utilisation inappropriée d’antibiotiques provoque la mort des bactéries les plus faibles, tandis que les plus fortes survivent, se multiplient et peuvent devenir résistantes. Les bactéries qui acquièrent une résistance à un antibiotique peuvent également devenir résistantes à d’autres molécules, dans le cadre d’un phénomène connu sous le nom de résistance croisée. Les bactéries ayant acquis ce type de résistance à plusieurs antibiotiques peuvent rendre particulièrement difficile le traitement de certaines maladies infectieuses courantes.

Un recours inadéquat aux antibiotiques, notamment leur utilisation excessive, a contribué à l’émergence de bactéries résistantes à de nombreux médicaments de ce type. Les facteurs contribuant à la résistance aux antibiotiques comprennent notamment les infections bactériennes mal diagnostiquées, la prescription de médicaments inefficaces pour les pathogènes concernés (par exemple, la prescription d’un antibiotique dans le cas d’une infection virale), ainsi que le non‑respect des instructions relatives à la prise du médicament ou l’interruption du traitement. L’élimination des antibiotiques dans les toilettes peut aussi contribuer à la propagation de bactéries résistantes circulant dans les réseaux de traitement de l’eau.

Au Canada, les antibiotiques font l’objet d’une réglementation stricte rigoureusement appliquée. Dans les pays dépourvus de tels contrôles, l’accès à des antibiotiques de qualité est plus difficile. Lorsque la concentration d’un médicament antibiotique en principes actifs est insuffisante pour détruire les bactéries, sa prise contribue à l’émergence du phénomène de résistance.

Des normes déficientes en matière d’assainissement, d’hygiène et de préparation des aliments accroissent le risque d’infections résistantes, la population étant, dans ces conditions, exposée à des agents potentiellement infectieux contenus dans des aliments crus ou mal nettoyés. Par exemple, Escherichia coli (E. coli), une bactérie extrêmement répandue qui vit dans les intestins des êtres humains et des animaux, peut s’avérer pathogène, tout en transmettant des gènes résistants à d’autres types de bactéries (voir également Infections à E. coli au Canada).

E. coli 0157:H7
Une boîte de Petri, utilisée dans l'étude de micro-organismes tels que l'E. coli

Quel rôle joue l’agriculture dans la résistance aux antibiotiques?

Le bétail constitue un facteur supplémentaire de résistance aux antibiotiques. Les aliments pour animaux sont souvent complétés par des vitamines, des nutriments et des antibiotiques. Les cultures destinées à l’alimentation humaine sur lesquelles on répand des produits chimiques contenant des antibiotiques peuvent, elles aussi, favoriser la résistance. En effet, ces molécules peuvent être transférées à l’être humain par le biais de la chaîne alimentaire et rendre plus difficile le traitement des organismes résistants aux antibiotiques (voir également Agriculture et produits alimentaires).

L’agriculture animale durable joue un rôle important dans la réduction des infections résistantes. Le secteur agricole canadien vise une utilisation adéquate des antibiotiques. Les différents types d’élevage ont mis en œuvre, au pays, des réformes préalablement introduites en Europe en vue de réduire le recours aux antibiotiques. En 2014, les producteurs de volailles ont, par exemple, éliminé l’utilisation préventive d’une classe d’antibiotiques.

Dans les autres parties du monde, les pratiques en la matière varient. Dans certains pays, on utilise, par exemple, des antibiotiques chez des animaux en bonne santé afin d’en favoriser la croissance, amplifiant ainsi le phénomène de résistance aux antibiotiques. La propagation chez les animaux d’élevage d’infections résistantes aux antibiotiques peut avoir des conséquences économiques et sanitaires négatives. Dans certains cas, les agriculteurs ne sont pas en mesure d’assumer le coût du traitement requis avec, à la clé, une dégradation de la santé des animaux et une diminution des revenus agricoles (voir également Questions relatives aux animaux). En outre, les gens qui travaillent avec des animaux peuvent être, eux‑mêmes, exposés à des infections résistantes aux antibiotiques.

Quels types de bactéries sont résistantes aux antibiotiques?

L’exposition à des bactéries, qu’elles soient résistantes ou non aux antibiotiques, se produit dans des circonstances similaires, à savoir par l’intermédiaire de contacts avec des êtres humains ou des animaux infectés, de la consommation d’aliments ou d’eau contaminés, de pratiques sexuelles à risque ou de la fréquentation d’un milieu hospitalier ou clinique.

La présence d’organismes bactériens résistants peut rendre impossible le traitement de maladies autrement faciles à soigner, telles que l’angine streptococcique causée par des bactéries de la famille des streptocoques (Streptococcus). Les bactéries du groupe des staphylocoques (Staphylococcus) peuvent également devenir résistantes. Dans de rares cas, des espèces de ces deux types peuvent entraîner une nécrose cutanée (fasciite nécrosante). Repérées pour la première fois au Canada en 1981, les infections à Staphylococcus s’étaient, en 1995, considérablement répandues au pays.

Le saviez‑vous?
Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec est l’une des victimes les plus célèbres de la fasciite nécrosante, communément appelée « maladie dévoreuse de chair ». En effet, il a contracté une infection à Streptococcus pyogenes, une bactérie également appelée streptocoque du groupe A. Les médecins ont dû lui amputer une partie de la jambe gauche afin d’empêcher la gangrène de se répandre.

Certaines souches de staphylocoques sont devenues résistantes à tous les antibiotiques connus. Au Canada, entre 1995 et 2012, le nombre d’infections à des staphylocoques résistants a été multiplié par huit chez les patients hospitalisés.

Un défi sanitaire à l’échelle planétaire

La résistance aux antibiotiques constitue un problème majeur pour la santé dans le monde. Le risque est d’autant plus grand que les personnes vivent dans la pauvreté, dans des conditions insalubres et dans des régions disposant de ressources financières limitées.

La résistance aux antibiotiques menace de ruiner les systèmes de soins de santé en rendant les médicaments peu coûteux inutilisables et les antibiotiques plus efficaces trop coûteux. Elle a également une incidence sur la productivité nationale, voire mondiale, la maladie empêchant les personnes touchées de travailler et les privant d’un revenu qu’elles auraient pu réinjecter dans l’économie.

En Europe et en Amérique du Nord, environ 50 000 personnes meurent, chaque année, des suites d’une résistance aux antibiotiques. Dans les pays en développement, cette mortalité est difficile à déterminer, les ressources disponibles pour suivre et signaler les décès dus à la résistance aux antibiotiques variant considérablement. En effet, de nombreux pays ne disposent pas des moyens nécessaires pour recueillir et fournir de telles données.

En 2015, la moitié des infections humaines dans les pays du G7 étaient résistantes aux antibiotiques utilisés couramment. La même année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élaboré un plan d’action mondial sur la résistance aux antimicrobiens. L’OMS a adopté en la matière une approche « Une seule santé » visant à déterminer des solutions à la croisée des problématiques de la santé humaine, animale et environnementale. Une telle démarche vise à prévenir la nécessité d’avoir recours à des antibiotiques en encourageant des pratiques satisfaisantes en matière d’assainissement et d’hygiène, ainsi que la préparation adéquate d’aliments sains. Ce plan d’action mondial décrit comment utiliser au mieux les antibiotiques et fournit des outils et des guides en la matière, et ce, aussi bien pour la santé humaine que pour la santé animale. Il mentionne également la nécessité pour certains pays d’élaborer des lois, des règlements et des mesures d’application concernant les médicaments sur ordonnance.

Le Canada contribue activement aux multiples efforts visant à réduire l’incidence de ce problème dans le monde entier. Notre pays s’est engagé à fournir un soutien financier et à favoriser la recherche en vue de mettre en œuvre le plan d’action mondial de l’OMS dans tous les secteurs, tout en élaborant son propre plan national afin de s’attaquer aux défis nationaux (voir Que fait le Canada pour lutter contre la résistance aux antibiotiques?)

Taux de résistance aux antibiotiques au Canada

À l’heure actuelle, le Canada présente des taux de résistance aux antibiotiques relativement stables pour la plupart des infections. Les médecins canadiens sont généralement bien informés quant à un recours adéquat aux antibiotiques. Cependant, le taux d’infections résistantes aux antibiotiques est plus élevé qu’au cours des dernières décennies. Un patient hospitalisé sur seize court le risque de contracter une infection due à un organisme en mesure de résister à différents médicaments. Les taux d’infection, pour certaines maladies contractées en milieu communautaire (c’est‑à‑dire en dehors des hôpitaux), ont augmenté. Le taux de prévalence de la gonorrhée, une infection transmissible sexuellement, a bondi de 43 % entre 2004 et 2013, la moitié des cas s’avérant résistants à au moins un des deux antibiotiques couramment utilisés pour traiter cette maladie au Canada. Les taux de résistance aux médicaments contre la gonorrhée sont plus élevés au Canada qu’aux États‑Unis et au Royaume‑Uni.

Le saviez‑vous?
Les données de surveillance montrent une stabilité du nombre de prescriptions d’antimicrobiens au Canada depuis 2002. Toutefois, jusqu’à une date récente, on ne suivait de façon fiable que les prescriptions en environnement hospitalier et dans les établissements de soins de longue durée. On dispose de moins de données provenant des milieux communautaires, cliniques et cabinets, au sein desquels sont prescrits 80 % des antibiotiques.


Les milieux de vie des personnes peuvent également avoir une incidence sur leur exposition à des organismes résistants aux antibiotiques. Certaines collectivités du Nord connaissent des taux de résistance plus élevés que ceux généralement rencontrés dans les régions du Sud. Les conditions de vie prévalant dans des milieux surpeuplés, des pratiques inappropriées en matière de prescription ainsi que les contacts avec des personnes infectées et des travailleurs de la santé constituent autant de facteurs contribuant à cette situation. Des chercheurs collaborent, dans le Nord, avec des responsables communautaires, des agents de la santé et des professionnels de la santé afin de suivre les taux d’incidence des infections résistantes et d’améliorer les soins fournis aux personnes touchées.

Que fait le Canada pour lutter contre la résistance aux antibiotiques?

Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada financent plusieurs initiatives de recherche, notamment le Programme intégré canadien de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (PICRA). Dans le cadre du PICRA, le Canada élabore et améliore des stratégies de collecte de données et de surveillance des taux d’infection.

Les financements fédéraux en faveur de la recherche et de l’innovation sont fournis par un organisme gouvernemental indépendant, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Entre 2011 et 2016, le Canada a investi plus de 96 millions de dollars dans la recherche sur les antimicrobiens au sein des IRSC. En décembre 2018, cet organisme a lancé un programme international visant à répertorier, à diagnostiquer et à détecter la résistance aux antimicrobiens chez l’être humain et chez les animaux.

En collaboration avec des gouvernements étrangers, les organismes fédéraux et les milieux médicaux canadiens élaborent des politiques cohérentes contribuant à prévenir la croissance et la transmission d’organismes bactériens résistants au Canada et dans le monde. Le Canada a établi des partenariats de recherche internationaux avec le Royaume‑Uni et avec l’Union européenne, afin d’étudier divers moyens de combattre la résistance.

Les provinces et les territoires ont mis en place des programmes hospitaliers, des programmes de vaccination et des campagnes de sensibilisation de la population. Le Northern Antibiotic Resistance Partnership, parrainé par le gouvernement fédéral et par l’Université du Manitoba, ayant rassemblé des collectivités du nord de la Saskatchewan pour trouver de solutions à la résistance aux antibiotiques, constitue un exemple de ce type d’initiative. Parmi les initiatives mises en place dans ce cadre, on trouve, notamment, un programme pour enseigner aux enfants d’âge scolaire comment se propagent les germes et comment les prévenir. Ce partenariat a également débouché sur l’élaboration de messages radiodiffusés en anglais, en cri et en déné, à l’intention du grand public, concernant l’importance de se laver les mains, de soigner les infections de la peau et des tissus mous, et de suivre les traitements antibiotiques jusqu’au bout.

Élaboration de nouveaux antibiotiques

Ces dernières années, les entreprises pharmaceutiques n’ont pas effectué de recherche pour mettre au point de nouveaux antibiotiques en vue de lutter contre les organismes qui résistent actuellement à ce type de médicaments; on n’a pas créé de nouvelle classe d’antibiotiques depuis 1987. En effet, ce type d’investissement n’est pas jugé suffisamment rentable, les restrictions imposées au recours aux antibiotiques limitant la quantité de médicaments que les fabricants sont susceptibles de commercialiser.

L’OMS suggère qu’il conviendrait de mettre en œuvre de nouvelles mesures incitatives pour amener les entreprises à effectuer les recherches nécessaires à la mise au point de nouvelles classes d’antibiotiques. On pourrait, notamment, afin de promouvoir les investissements dans la recherche sur les antibiotiques, mettre en place des partenariats public‑privé dans le cadre desquels les coûts seraient mutualisés entre l’industrie, les gouvernements et les organismes gouvernementaux.


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