Canadair CL-28 Argus

Le CL‑28 Argus de Canadair était un avion de patrouille à long rayon d’action construit au Canada. Lors de sa mise en service par l’Aviation royale canadienne (ARC) en 1957, il était l’aéronef anti-sous-marin le plus avancé au monde. Après l’unification des Forces armées canadiennes en 1968, le CL‑28 a été rebaptisé CP‑107. Il a été remplacé au début des années 1980 par le CP‑140 Aurora de Lockheed.

Le CL‑28 Argus de Canadair était un avion de patrouille à long rayon d’action construit au Canada. Lors de sa mise en service par l’Aviation royale canadienne (ARC) en 1957, il était l’aéronef anti-sous-marin le plus avancé au monde. Après l’unification des Forces armées canadiennes en 1968, le CL‑28 a été rebaptisé CP‑107. Il a été remplacé au début des années 1980 par le CP‑140 Aurora de Lockheed.


Argus

Contexte

Au début des années 1950, pendant la Guerre froide, l’ARC a besoin d’un aéronef de patrouille maritime à long rayon d’action pour surveiller l’activité des sous-marins soviétiques dans l’Atlantique et le Pacifique. Le nouvel avion doit remplacer le bombardier Lancester d’Avro, vieillissant, et l’avion de patrouille de moyenne portée Neptune de Lockheed dans leur fonction de lutte anti-sous-marine (LASM).

Conception

Canadair s’inspire du design du Bristol Britannia, un avion de transport de ligne britannique. Celui-ci est considérablement modifié pour résister au stress accru de violentes manœuvres en basse altitude, et il est le premier avion dont la structure comporte une importante utilisation du titane. L’aéronef est aussi « canadianisé », utilisant des moteurs radiaux Wright, puissants et économiques, et d’autres pièces standard américaines à la place des matériaux britanniques, ce qui simplifiera son entretien. Canadair revoit complètement le design du fuselage du Bristol Britannia, sacrifiant une cabine pressurisée pour recevoir deux longues soutes à bombes à l’avant et à l’arrière des ailes, pouvant de transporter jusqu’à 3 600 kg de torpilles, de grenades sous-marines, de bombes et de bouées acoustiques.

Avec un rayon d’action de 8 000 km, l’aéronef peut normalement effectuer des patrouilles de 18 heures, bien que ses spécifications indiquent une autonomie de 26,5 heures avec un chargement complet. Le 1er et le 2 octobre 1959, un Argus établit le record canadien de 31 heures, le plus long vol sans ravitaillement en carburant. En raison de la longue durée de ses missions, l’Argus comporte un équipage opérationnel de 15 personnes : deux pilotes, un ingénieur de vol et un navigateur, une équipe de quatre personnes pour remplacer ces derniers, et sept autres spécialistes assurant le fonctionnement des capteurs électroniques. L’avion comporte quatre couchettes et une cuisine.

Ce qui distingue l’Argus des autres aéronefs de LASM alors en service, outre son autonomie supérieure, est son avionique très évoluée, conçue spécifiquement pour la LASM. Celle-ci comprend un radar haute définition de longue portée, pour détecter les périscopes de sous-marins, un projecteur de 70 millions de candelas pour la recherche de nuit, un détecteur d’anomalies magnétiques (MAD), monté sur une grande flèche de queue, permettant de détecter les métaux ferreux de sous-marins submergés, des capteurs permettant d’identifier et de trianguler les transmissions radio des vaisseaux et des analyseurs et enregistreurs de basse fréquence (LOFAR) « Jezebel » assurant le traitement des signaux de « bruits » sous-marins relayés par ses bouées acoustiques.

Rôle opérationnel

Le Canada et ses alliés utilisent le système de surveillance sonore ultra secret SOSUS, un réseau de stations sonar passives, pour détecter l’activité des sous-marins. En comparant les rapports de différentes stations, les analystes sont capables de trianguler assez précisément la position d’un sous-marin. Un Argus peut alors être dépêché dans le secteur et déployer ses propres bouées acoustiques pour traiter et localiser les signaux. Il peut ensuite confirmer le contact à l’aide du détecteur d’anomalie magnétique pour préciser la position du sous-marin.

Le Canadair CL‑28 Argus

Service

En tout, 33 Argus ont été construits dans l’usine de Canadair, à Montréal : 13 de la version Mk 1 et 20 de la version Mk 2 (les principales différences tiennent à des améliorations de l’avionique). Malgré le succès manifeste de sa conception, il n’a jamais été exporté pour être utilisé par d’autres forces alliées, celles-ci ayant préféré soutenir leurs propres industries aéronautiques.

Le saviez-vous ?
Au moment de sa construction, l’Argus était le plus gros avion jamais réalisé au Canada.


L’Argus a effectué son premier vol en 1957 et est demeuré le pilier de la force de LASM de l’ARC pendant deux décennies. Le dernier Argus a été retiré du service en 1982. L’Argus était utilisé principalement depuis des bases situées à Greenwood, en Nouvelle-Écosse, Summerside, sur l’Île-du-Prince-Édouard, et Comox, en Colombie-Britannique. L’Argus a été remplacé par le CP‑140 Aurora de Lockheed, fabriqué aux États-Unis, lui-même dérivé du P‑3 Orion. Un exemplaire de l’Argus se trouve dans le Musée de l’aviation du Canada à Ottawa.