Couverture à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson

La couverture à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) est une couverture de laine dotée de bandes et de points (marqueurs sur l’étoffe) conçue pour la première fois pour la CBH en 1779. Le modèle le mieux connu est blanc et affiche des bandes vertes, rouges, jaunes et indigo, soit les couleurs aujourd’hui emblématiques du commerce. Bien que la CBH ne soit pas à l’origine de la création de la couverture à points, elle est responsable de sa popularisation chez les communautés autochtones et coloniales du Canada. Aujourd’hui, le motif de la couverture est utilisé sur une grande variété de vêtements, d’accessoires et d’objets ménagers vendus par la Compagnie.



Couverture à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson
(avec la permission de Danielle Scott/ Flickr CC-BY-SA-2.0)
Pitikwahanapiwiyin (Poundmaker), chef cri, avec une couverture à points
(avec la permission de James Peters / Bibliothèque et Archives Canada/ e011156620_s3; C-004593)

Origine

Les premières couvertures à points sont inventées au cours du 17e siècle par des tisserands français ayant créé un « système de points », qui vise à indiquer les dimensions d’une couverture. (Voir aussi Tissage.) Le terme « point », dans ce contexte, dérive du mot empointer, qui signifie alors « faire des points de couture dans une étoffe ». Les points sont donc une simple suite de lignes noires minces situées sur un coin de la couverture et servant à déterminer la taille de l’objet. Bien que les points n’aient pas de valeur en soi, les marchands du commerce de fourrures établissent généralement le prix des couvertures à points en fonction du nombre de points tissés sur l’étoffe, où un seul point signifie une petite couverture, et quatre points en indiquent une très grande.

Histoire

La Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) participe à l’échange des couvertures depuis son incorporation en 1670. Au tournant du 18e siècle, les couvertures représentent plus de 60 % des biens échangés dans la traite des fourrures. Cependant, la CBH met sa propre couverture à points sur le marché seulement en 1779. Lors d’une entrevue d’embauche avec la Hudson’s Bay House, à Londres, en Angleterre, Germain Maugenest, commerçant de fourrures indépendant et expérimenté, suggère d’apporter certaines améliorations à l’entreprise. Une des suggestions mises de l’avant implique l’instauration de produits réguliers et le commerce de couvertures à « points ». Un mois plus tard, la CBH demande au groupe d’usines de textiles de Witney, dans l’Oxfordshire, en Grande-Bretagne, de produire « 30 paires de couvertures à trois points devant présenter des rayures de quatre couleurs (rouge, bleu, vert et jaune), selon votre bon jugement ». (Voir aussi Textile tissé.)

Pendant la période de la traite de fourrures, on compare la valeur des biens troqués, y compris les étoffes, aux peaux de castor de qualité et en bonne condition, et non pas aux couvertures. Cependant, le système de points facilite la vente de couvertures lors du commerce de la fourrure, les points mettant en place un étalon de prix plutôt fiable. Au départ, une couverture d’un point a la même valeur qu’une peau de castor. Toutefois, lorsque la CBH se déplace vers la côte du Nord-Ouest au début du 19e siècle, le nombre de castors dans les environs est réduit, ce qui fait perdre aux peaux de castor leur valeur en tant qu’article de base. Les couvertures à points deviennent alors la référence pour établir la valeur de tous les articles échangés par la Compagnie de la Baie d’Hudson. En fait, la couverture devient si étroitement liée à l’unité de mesure standard pour le troc dans les archives de la CBH que le terme « couverture » est utilisé pour représenter un groupe de petits biens d’échange.

Utilisations

Les couvertures à points sont achetées par les communautés tant autochtones que coloniales. Elles sont ensuite utilisées pour la literie, l’habillement et la séparation de pièces de la maison, ou encore comme tissus pour créer d’autres articles. Avant le commerce de couvertures européen, plusieurs nations autochtones utilisent des couvertures tissées à la main à partir de cuirs et de fourrures d’animaux. Les couvertures jouent un rôle important dans plusieurs communautés autochtones et sont utilisées comme vêtements et comme objets de la maison, en plus d’être un symbole de statut social. (Voir aussi Chilkat, couverture.)

Les couvertures à points sont aussi parfois utilisées lors de potlatchs, soit des cérémonies d’échange de cadeaux ayant cours dans plusieurs communautés des Premières nations de la côte du Nord-Ouest, dont les Haïdas, les Tlingits, les Nuu-chah-nulth, les Kwakwaka’wakw et les Salish de la côte. Pour afficher leur richesse lors de ces événements, les participants découpent des couvertures en plusieurs petits morceaux pour que tous les convives du potlatch reçoivent un cadeau. Ces petits morceaux sont ensuite souvent recueillis par les tisserands, effilés puis tissés à nouveau pour former d’autres couvertures. Ainsi, il arrive parfois que la laine utilisée pour les couvertures à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson soit mélangée à de la laine d’origine traditionnelle pour produire de nouvelles créations. Avant l’arrivée des couvertures à points en Amérique du Nord, les couvertures autochtones sont celles utilisées dans le cadre de telles cérémonies. Pour plusieurs nations Salish de la côte, le nombre et l’accessibilité des couvertures à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson mènent au déclin du savoir-faire traditionnel lié au tissage.

Dans les terres du centre et de l’est du Canada, plusieurs colons et commerçants métis et français portent les couvertures à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson comme vêtements d’extérieur et, plus tard, en viennent à les convertir en capotes, soit des manteaux de style portefeuille faits à la main. Les capotes deviennent si populaires que, en 1706, la CBH embauche un couturier pour transformer les couvertures en ce modèle de manteau. Les capotes sont particulièrement populaires chez les trappeurs, puisque le modèle portefeuille facilite le mouvement et la chasse, tout en conservant la chaleur. En 1811, un nouveau style de manteau est créé à partir de la couverture à points : le Mackinaw, un manteau court à double boutonnage. Ce modèle est créé lorsque le capitaine britannique sir Charles Roberts, considérant trop froid l’hiver passé dans un fort près de Sault Ste. Marie, en Ontario, demande à des femmes métisses et canadiennes d’origine européenne de confectionner 40 manteaux pour ses hommes à partir de couvertures de 3,5 points.

En 1922, la CBH met sur le marché ses premiers manteaux à base de couvertures, dotés des revers doubles du Mackinaw et de la grande longueur et du capuchon de la capote. En 1929, la CBH offre une collection complète de manteaux à base de couvertures pour les femmes, les hommes et les enfants. (Voir aussi Chandail Cowichan.)

Capote pour l’éclaireur d’un groupe d’expédition
(avec la permission de Glenbow Museum/Daderot Wikimedia CC0 1.0)
Image d’un manteau Mackinaw dans Canada Lumberman, en 1921.
(avec la permission de Wikimedia CC)
Inspection de couvertures à la Compagnie de la Baie d’Hudson (Winnipeg, Manitoba, 1949).
(avec la permission de l'Office National du film du Canada. Photothèque / Bibliothèque et Archives Canada)

Aujourd’hui, le motif emblématique des bandes colorées des couvertures à points est utilisé sur une gamme de produits de la collection de la CBH, allant des parapluies aux étuis de téléphones. La couverture à points est devenue une icône du style canadien et est souvent affichée dans les magazines et les blogues de mode et de décoration. (Voir aussi Création de mode.)

LE SAVIEZ-VOUS?
Les couleurs de la couverture à points la plus emblématique de la Compagnie de la Baie d’Hudson (une couverture blanche avec des lignes rouges, indigo, vertes et jaunes) n’ont aucune signification particulière. Ces couleurs étaient tout simplement populaires lors de la première production des couvertures, et sont parfois appelées « reine Anne », ayant été favorisées au cours de son règne (1702-1714).

Modèles

Les couvertures à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson sont traditionnellement rouges, blanches, vertes ou bleues et affichent une seule bande indigo à l’une des extrémités. Après plusieurs années de traite de fourrures, le modèle de couvertures à points évolue pour s’adapter aux préférences de différentes nations autochtones. Par exemple, lorsque la CBH met sur pied ses premiers forts et postes de traite sur la côte du Nord-Ouest, les femmes Salish de la côte, qui tissent des couvertures en poil de chèvre des montagnes et de chien depuis bien longtemps avant le premier contact avec les Européens, sont déterminées à obtenir des couvertures à points de grande qualité. Joueur important de la CBH dans le District de Columbia, John McLoughlin avise l’entreprise en 1845 de fabriquer des couvertures ressemblant davantage au modèle américain, plus pratique : « La couverture américaine, quoique généralement inférieure à la nôtre, est vendue en plus grand nombre chez les Indiens grâce à ses couleurs plus voyantes, et nous vous implorons que celles commandées soient confectionnées de manière à égaler entièrement la couleur et la texture des échantillons. » Ainsi, lorsque les Salish de la côte affirment préférer un blanc plus pur, la CBH se plie à leurs exigences. À l’occasion, les femmes Salish de la côte ajoutent aux couvertures des plis et des bordures pour ajuster leur taille et leur forme afin de faciliter leur utilisation.

Dans les autres communautés autochtones, le modèle favori de couverture à points varie. Par exemple, plusieurs groupes inuits préfèrent des couvertures entièrement blanches, idéales pour le camouflage, tandis que les Tsimshians et les Tlingits tendent plutôt vers des modèles bleu foncé. Les nations Nuu-chah-nulth, quant à elles, favorisent les couvertures vertes, et plusieurs communautés Salish de la côte affectionnent les rouges. Bien que les raisons justifiant ces préférences soient indéterminées, certains avancent que des couleurs ou motifs particuliers possèdent une grande signification spirituelle et un aspect pratique. (Voir aussi Autochtones : religion et spiritualité.) L’échange de couvertures est si populaire sur la côte Ouest que les tisserands britanniques modifient les couleurs des modèles pour s’ajuster à la demande locale.

En 1929, la CBH élargit sa gamme de couleurs pour que les couvertures deviennent un élément de décor important dans les maisons. Il arrive parfois qu’elle produise des couvertures pour des événements spéciaux ou des anniversaires. Notamment, pour le couronnement de la reine Elizabeth II, la Compagnie produit une couverture pourpre royal dotée de bandes et de points blancs. Selon la CBH, la teinte et l’ordre des couleurs de la populaire couverture à points, blanche avec des bandes colorées, n’ont pas été standardisés avant la moitié ou la fin du 19e siècle.

LE SAVIEZ-VOUS?
En 1916, Pendleton, un producteur de couvertures établi en Oregon, crée son modèle Glacier Stripe, qui utilise le même motif de bandes et de couleurs que les couvertures à points de la Compagnie de la Baie d’Hudson. La CBH appose une étiquette d’authenticité dans un coin de ses couvertures à points pour les distinguer des produits similaires. Les couvertures Glacier Stripe sont encore produites aujourd’hui par Pendleton.

Controverse

Pour certains peuples autochtones, la couverture à points est un symbole des forces coloniales. L’artiste cri Kent Monkman utilise les couvertures à points dans ses séries de toiles intitulées « Shame and Prejudice: A Story of Resilience » (Honte et préjugés : une histoire de résilience) pour représenter « les pouvoirs impériaux ayant dominé et dépossédé les Autochtones de leurs terres et de leurs moyens de subsistance ». En 2011, l’artiste anishinaabeg Rebecca Belmore crée un document vidéo intitulé « The Blanket » (La couverture), qui met en vedette la danseuse Ming Hong, de Winnipeg, qui dévale une pente enneigée enroulée dans une couverture à points. La cinéaste avance que bien que la « couverture soit un objet d’une grande beauté, un article de collection faisant partie de l’histoire de la Compagnie de la Baie d’Hudson », elle est aussi, pour plusieurs peuples autochtones, « toujours considérée comme un article de troc leur ayant apporté la maladie ».

Rebecca Belmore fait ici référence au fait que des Européens auraient intentionnellement offert des couvertures contaminées par la variole et d’autres maladies infectieuses aux Autochtones. L’histoire tire son origine d’une célèbre série de lettres de la Rébellion de Pontiac de 1763 à Fort Pitt, en Pennsylvanie, dans laquelle Jeffrey Amherst, commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord, encourage l’utilisation de couvertures infectées de variole comme arme biologique : « Vous ferez de votre mieux pour essayer d’inoculer les Indiens par le biais de couvertures et pour tenter toutes les autres méthodes pouvant mener à l’extermination de cette race exécrable. » Bien qu’il y ait une éclosion de variole chez les peuples autochtones en Pennsylvanie le même printemps, la maladie est alors déjà présente dans la région. Il est donc impossible de savoir si les propos de Jeffrey Amherst ont effectivement été mis en action.

Certains spécialistes, comme l’historien Robert Boyd et l’artiste et anthropologue Marianne Nicolson, estiment que les autorités coloniales savaient que la variole se propagerait dans l’ouest du Canada et que cela les en

aiderait à réclamer les terres autochtones sans traités ni compensation. Qu’il y ait eu ou non intention de propager la variole, le troc de couvertures a permis de facilement transmettre les maladies européennes aux peuples autochtones.

La CBH admet que la variole a décimé les populations autochtones du Canada, mais affirme que l’entreprise « n’a rien à voir avec l’utilisation de couvertures infectées de variole comme arme biologique ». En fait, la Compagnie avance que ses employés ont essayé d’arrêter la propagation de la maladie en faisant une mise en quarantaine et en offrant des soins aux personnes touchées.


Guide pédagogique perspectives autochtones

Collection des peuples autochtones

Liens externes