Roméo Dallaire

Roméo Dallaire, militaire, défenseur des droits de la personne, sénateur 2005-2014 (né le 25 juin 1946 à Denekamp, Les Pays-Bas). Roméo Dallaire a servi avec distinction dans les Forces armées canadiennes. Il fut tellement affecté par ses expériences qu'il se porte à la défense des victimes de génocide, particulièrement en Afrique.

Dallaire, Roméo

Dallaire, Roméo

Roméo Dallaire, militaire, défenseur des droits de la personne, sénateur 2005-2014 (né le 25 juin 1946 à Denekamp, Les Pays-Bas). Roméo Dallaire a servi avec distinction dans les Forces armées canadiennes. Il fut tellement affecté par ses expériences qu'il se porte à la défense des victimes de génocide, particulièrement en Afrique.

Roméo Dallaire grandit dans l'est de Montréal et joint les Forces armées canadiennes en 1964. Il étudie au Collège militaire royal de Saint-Jean (CMR) et obtient un baccalauréat ès sciences au Collège militaire royal du Canada, à Kingston. Il entreprend sa carrière militaire durant la GUERRE FROIDE et est affecté à la CRISE D'OCTOBRE, en 1970.

En 1986, Roméo Dallaire atteint le grade de colonel et est nommé directeur du programme d'équipement et de recherche de l'armée pour les systèmes de financement et de réquisition. Les propositions contenues dans le livre blanc qui en résulte sont jugées inabordables et sont rejetées par le gouvernement, en 1987. Ce rapport laisse présager les expériences qu'il vivra au cours de sa mission au Rwanda.

Devenu brigadier-général, Roméo Dallaire prend les commandes du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada à Valcartier, au début des années 1990. La guerre du Golfe bat alors son plein et les Forces armées canadiennes vivent une période de plus grand engagement dans les missions internationales de MAINTIEN DE LA PAIX.

En 1993, l'ONU examine la possibilité d'intervenir au Rwanda. Cette petite nation africaine densément peuplée négocie la fin pacifique d'une guerre civile entre le gouvernement et le Front patriotique rwandais (FPR). Les rebelles se trouvent derrière une zone démilitarisée contrôlée par des observateurs militaires neutres de l'Organisation de l'unité africaine (OUA). Le président de l'Ouganda demande à l'ONU de constituer un petit effectif afin de contrôler la frontière et de s'assurer que ni soldats ni armes n'entrent au Rwanda pour renforcer le FPR.

Roméo Dallaire est alors nommé commandant en chef de la Mission d'observation des Nations Unies Ouganda-Rwanda (MONUOR). Il s'agit d'une opération modeste pour laquelle Dallaire est mandaté par l'ONU sur la base d'un contrat civil. Il est posté du côté ougandais de la frontière et soutenu par un seul officier canadien, le major Brent Beardsley, et 81 observateurs militaires non armés. Peu de soutien leur est fourni : Dallaire demande 5 000 soldats de l'ONU, mais n'en reçoit que 2 600, nombre qui sera plus tard réduit à 500.

Aucune de leurs expériences passées ne pouvaient préparer les Canadiens à ce qui se produit au Rwanda. Roméo Dallaire prévient ses supérieurs, aux quartiers généraux de l'ONU à New York, du massacre imminent de l'ethnie tutsie par des nationalistes extrémistes hutus. Il réclame la permission d'agir afin de prévenir la multiplication de la violence et des massacres, mais l'ONU leur interdit, à lui et aux soldats de l'ONU, d'agir avec plus de force contre l'escalade de violence. Le génocide se produit rapidement et massivement. Durant les 100 jours qui séparent le 6 avril du 16 juillet, on estime à 800 000 le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants tués brutalement, dont plusieurs à coups de machette. Les victimes sont des Tutsis et des Hutus modérés.

L'ONU insiste pour utiliser les tactiques classiques du maintien de la paix, c'est-à-dire tenter de maîtriser les conflits par la diplomatie en n'utilisant les armes qu'en cas d'autodéfense. Les directives traditionnelles de maintien de la paix s'avèrent terriblement inadaptées pour contrer le gouvernement rwandais résolu à commettre un génocide. Dans les règles d'engagement de la mission, Dallaire accorde le pouvoir d'utiliser la force, y compris la force létale, pour mettre fin aux « crimes contre l'humanité ». Il s'agit d'un geste audacieux, mais posé trop tard. Le monde est à nouveau témoin d'un génocide.

Dallaire est ébranlé par les horreurs du Rwanda, en particulier par la situation critique des enfants et l'apparente futilité de sa mission. Il en développe un stress posttraumatique à son retour au Canada. Il termine sa carrière militaire en occupant des postes importants, dont celui de commandant du secteur du Québec de la Force terrestre, de sous-ministre adjoint (Ressources humaines - Militaires) et de conseiller spécial auprès du chef d'état-major de la Défense (Perfectionnement professionnel des officiers).

Depuis sa retraite des Forces armées canadiennes, en avril 2000, Dallaire travaille à sensibiliser les Canadiens aux effets de la guerre. Il est nommé conseiller spécial auprès de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) sur les questions touchant les enfants victimes de la guerre dans le monde ainsi qu'auprès du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international sur la non-prolifération des armes portatives. Il est lauréat d'une bourse du Carr Center for Human Rights Policy, de l'Université Harvard. Il raconte ses expériences au Rwanda dans le livre J'ai serré la main du diable : la faillite de l'humanité au Rwanda (V.A. Shake Hands With the Devil : The Failure of Humanity in Rwanda ), grâce auquel il reçoit le prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Études et essais, en 2004. Gagnant de nombreux prix littéraires internationaux, le récit est aussi à l'origine d'un long métrage sorti en salle en 2007.

Roméo Dallaire reçoit de nombreux honneurs, dont la Croix du service méritoire pour ses actions au Rwanda, le prix Vimy, la médaille de la Légion du Mérite des États-Unis, la médaille Pearson pour la paix ainsi que de nombreux doctorats honoris causa. En 2002, il est reçu membre de l'Ordre du Canada et est nommé membre au Sénat canadien en 2005. En mai 2014, Dallaire annonce sa démission du Sénat (qui prendra effet le 17 Juin 2014), afin de se consacrer à temps plein à des causes humanitaires d’envergure internationale. Il prévoit travailler en étroite collaboration avec le Secrétaire général des Nations Unies sur la prévention des génocides et au sein de la Commission internationale des droits de l’homme sur la question des crimes contre l'humanité.

Suggestions de lecture

Roméo DALLAIRE et Brent BEARSLEY, J'ai serré la main du diable : la faillite de l'humanité au Rwanda (2003).


Les oeuvres sélectionnées de
Roméo Dallaire

Lecture supplémentaire

  • Lt-Gen Roméo Dallaire, with Major Brent Beardsley, Shake Hands with the Devil: The Failure of Humanity in Rwanda (2003).