Donald Shebib

Durant l'été 1969, avec un budget minuscule de moins de 75 000 $, il réalise un docudrame inspiré du cinéma-vérité GOIN' DOWN THE ROAD (1970) qui porte sur les rues de Toronto. Scénarisé par William Fruet, les photographies sont signées Richard Leiterman et la trame sonore, Bruce COCKBURN.


Donald Shebib

 Donald Shebib, réalisateur, scénariste, cinéaste, monteur (Toronto, 17 janv. 1938). Don Shebib est un personnage central dans le développement du cinéma canadien-anglais, qui n'en est alors qu'à ses balbutiements, et un chroniqueur éloquent et compatissant de l'aliénation individuelle et de l'angoisse existentielle canadienne. Il est l'un des cinéastes les plus talentueux de sa génération. Jeune homme, il est semi-professionnel de football et étudie la sociologie à l'Université de Toronto et le cinéma à l'Université de la Californie, où il fait ses premiers courts métrages. De retour au Canada, il réalise, filme et monte, pour l'OFFICE NATIONAL DU FILM et la télévision anglaise de la SRC, plusieurs documentaires lucides primés avant de se tourner vers les longs métrages.

Durant l'été 1969, avec un budget minuscule de moins de 75 000 $, il réalise un docudrame inspiré du cinéma-vérité GOIN' DOWN THE ROAD (1970) qui porte sur les rues de Toronto. Scénarisé par William Fruet, les photographies sont signées Richard Leiterman et la trame sonore, Bruce COCKBURN. Pete et Joey sont deux ouvriers non spécialisés nostalgiques originaires des Maritimes avec 30 $ en poche et une Chevrolet malmenée surnommée « Ma Nouvelle-Écosse sur roues ». Ils partent en direction de Toronto, où ils ont trouvé un emploi temporaire dans une usine de boissons gazeuses, noient leurs problèmes dans la bière et font quelques vaines tentatives pour améliorer leur condition. La performance exceptionnelle de Doug McGrath et de Paul Bradley (qui n'avait pas de formation en art dramatique) permet au film de remporter le prix du meilleur long métrage au PALMARÈS DU FILM CANADIEN, et McGrath et Bradley se partagent le prix du meilleur acteur.

Depuis sa sortie en 1970 son succès critique et commercial, Goin' down the Road en est venu à être considéré comme l'un des meilleurs films du genre au Canada et l'un des plus influents. Il est demeuré au sommet du palmarès des dix meilleurs films faits au Canada lors de trois différents sondages effectués auprès d'universitaires, de critiques et de programmeurs de films et est classé comme « chef d'œuvre » par le Trust pour la préservation de l'audiovisuel du Canada qui, comme son nom l'indique, se consacre à la préservation du patrimoine audiovisuel canadien jusqu'en 2009. Puis, malheureusement, pendant longtemps, le film n'est plus diffusé. Une parodie de la série télévisée SCTV mettant en vedette John CANDY, Eugene LEVY et Jayne EASTWOOD (qui a tenu un rôle important dans la version originale) est plus connue que le film qu'il parodie. En 1998, le Festival international du film de Toronto, en association avec Téléfilm Canada, tire une copie DVD du négatif principal.

Immédiatement après le succès de Goin' down the Road, Don Shebib réalise la comédie légère pour adolescents Rip-Off (1971; v.f. Rêver en couleur) avec, encore une fois, Fruet comme scénariste et Leiterman derrière la caméra, puis Between Friends (1973; v.f. Entre amis), que quelques critiques considèrent comme étant son chef d'œuvre, mais qui remporte peu de succès en salle et n'est toujours pas disponible en DVD. Ce film bien ficelé, qui raconte l'histoire d'un vol raté dans une mine du Nord de l'Ontario, est une étude sérieuse et spectaculaire de la loyauté, des relations entre le Canada et les États-Unis et des limites des liens affectifs entre les hommes. La scène du hold-up manqué rivalise avec n'importe quel film noir américain.

Shebib fait suivre Between Friends de deux autres films quelconques, Second Wind (1976; prix GENIE du meilleur montage) et Fish Hawk (1979; en nomination pour le prix Génie de la meilleure réalisation), puis revient en force avec Heartaches (1981; v.f. Coeurs à l'envers) qui est également mis en nomination pour le prix Génie de la meilleure réalisation et qui met en vedette Margot KIDDER et Annie Potts. C'est une variante de Goin' down the Road dans laquelle deux femmes de la classe ouvrière partent pour Toronto à la recherche d'un avenir. C'est un film accompli et bien dirigé, mais sentimental dans le ton et exempt de la véritable douleur des œuvres précédentes de Shebib. Kidder est magnifique dans le rôle de Rita, une grossière dévoreuse d'hommes. Le film remporte les prix Génie du meilleur scénario, de la meilleure actrice (Kidder) et de la meilleure actrice étrangère (Potts). Il est également en nomination pour un Golden Bear au Festival du film de Berlin.

Par la suite, Don Shebib travaille principalement comme réalisateur pour la télévision, et ne fait que quelques incursions occasionnelles au cinéma. Parmi ses autres films figurent entre autres les courts métrages The Duel (1962), Surfin' (1964), Satan's Choice (1965) et Good Times Bad Times (1969; gagnant au Palmarès du film canadien des prix du meilleur documentaire et du meilleur montage de la bande sonore); By Reason of Insanity (1982) et Slim Obsession (1984) pour la série For the Record de la télévision anglaise de la SRC; les films tournés pour la télévision The Pathfinder (1996; v.f. La légende de Pathfinder) avec Graham GREENE et The Little Kidnappers (v.f. Le secret des deux orphelins) avec Charlton Heston (1990; en nomination pour le prix GÉMEAUX de la meilleure réalisation d'une émission dramatique); les longs métrages Running Brave (1983), The Climb (1986), Change of Heart (1992), The Ascent (1994) et Down the Road Again (2011), où il reprend les personnages de Goin' down the Road, même si Paul Bradley, qui personnifiait Joey, est décédé en 2003. À la télévision, il travaille entre autres aux séries The Edison Twins (v.f. Paul et les jumeaux), Night Heat (v.f. Brigade de nuit), Counterstrike (v.f. Force de frappe) et The Zack Files (v.f. Mystère Zach).