Marie-Anne Lagemodière

Marie-Anne Lagimodière (née Gaboury), pionnière (née le 2 août 1780 à Maskinongé au Québec; décédée le 14 décembre 1875 à Saint-Boniface, au Manitoba). Marie-Anne a accompagné son mari Jean-Baptiste Lagimodière, commerçant de fourrures à la région que l’on connaît aujourd’hui comme l’Ouest canadien, où elle était l’une des premières femmes d’origine européenne. Ils sont devenus deux des premiers colons de la rivière Rouge. Marie-Anne Lagimodière était la grand-mère de Louis Riel, chef métis de la Rébellion de la rivière Rouge.



Marie-Anne Lagimodière
Marie-Anne Lagimodière était la grand-mère de Louis Riel et la première femme d’origine européenne à visiter l’Ouest canadien et à y habiter.

Jeunesse et mariage

Marie-Anne Lagimodière est née à Maskinongé, un village à environ 45 km au sud-ouest de Trois-Rivières, dans la région qui est aujourd’hui le Québec. Ses parents, Charles Gaboury et Marie-Anne Tessier, sont fermiers locataires (voir Régime seigneurial). Sa famille maternelle et sa famille paternelle sont toutes deux d’origine canadienne-française. À la mort de son père en 1792, sa famille déménage dans une plus petite ferme. À environ douze ans, Marie-Anne Lagimodière devient gouvernante adjointe au service du prêtre de la paroisse.

En 1805, elle rencontre Jean-Baptiste Lagimodière (parfois épelé Lagimonière, Lajimodière, ou Lagemodière), un commerçant de fourrures revenu récemment de l’Ouest. Le couple se marie en avril 1806. Marie-Anne Lagimodière signe son nom à leur contrat de mariage, ce qui indique des capacités de base de lecture et d’écriture, tout au moins.

Malgré son intention de s’établir à Maskinongé, Jean-Baptiste décide bientôt de rejoindre la profitable traite de fourrures de l’Ouest. Comme Marie-Anne ne réussit pas à convaincre son mari de rester, elle l’accompagne. Si elle était restée, elle aurait revu son mari pendant quelques mois seulement, aux intervalles de plusieurs années. Cette décision fait d’elle l’une des premières femmes d’origine européenne à voyager jusqu’à la région que nous connaissons maintenant comme l’Ouest canadien (voir Histoire de la colonisation des prairies canadiennes).

Parcours jusqu’au Nord-Ouest

Au printemps 1806, le couple entame son périple de 2 200 km jusqu’à Pembina, un poste de traite situé le long de la rivière Rouge à environ 100 km au sud de Winnipeg (désormais partie du Dakota du Nord). De Montréal, il embarque à bord d’un canot du maître, soit un canot mesurant douze mètres de long et accueillant jusqu’à douze personnes. Pendant le voyage, Marie-Anne Lagimodière aide avec le campement, la cuisine et le raccommodage.

Le couple se ravitaille à un point de rendez-vous dans le Fort William. Pour les 1 100 km restants de son voyage, le couple est à bord d’un plus petit canot du Nord. Au terme d’un parcours parsemé de nombreux portages, il arrive à Pembina en août 1806.

Vie dans les Plaines

D’ici leur arrivée, Marie-Anne Lagimodière attend leur premier enfant. À Pembina elle apprend que Jean-Baptiste était marié à une femme crie avec qui il a trois filles. L’union entre voyageurs et femmes autochtones, appelée « mariage à la façon du pays », est une partie importante de la traite des fourrures. Suivant l’arrivée de Marie-Anne Lagimodière à Pembina, cette famille crie disparaît des archives.

À l’automne 1806, le couple participe à une chasse au bison, mais retourne à Pembina pour la naissance de son premier enfant le 6 janvier 1807. Sa fille Reine est vraisemblablement la première enfant Blanche née dans l’Ouest canadien. Les femmes autochtones apprennent à Marie-Anne l’utilisation de la planche porte-bébé, ce qui lui permet de continuer à travailler.

En 1807, la famille couvre 1 350 km en compagnie de trois autres coureurs des bois et leurs femmes cries à une région proche du fort Edmonton. Ils vivent dans les plaines pendant des mois d’affilée. Les étés, Marie-Anne Lagimodière accompagne son mari pendant les chasses au bison. Les hivers, elle demeure au fort Edmonton avec leurs enfants pendant que Jean-Baptiste fait du trappage.

Établissement à la rivière Rouge

Marie-Anne Lagimodière désire un style de vie plus permanente pour sa famille. En 1811, les nouvelles de l’arrivée d’une colonie le long de la rivière Rouge les poussent à revenir dans la région. Thomas Douglas, comte de Selkirk, établit la colonie de la rivière Rouge en parrainage aux Highlanders écossais déplacés. La famille Lagimodière, ainsi que des familles autochtones et métisses, commence à s’établir dans la région avant l’établissement de cette colonie.

Après l’arrivée des colons de lord Selkirk, la tension monte entre les sociétés commerciales (soit la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest), les colons, les groupes autochtones et les Métis (voir aussi La Proclamation sur le pemmican). En octobre 1815, on envoie Jean-Baptiste Lagimodière livrer un message au comte de Selkirk à Montréal au sujet des menaces à la colonie. Pendant son absence, Marie-Anne et leurs enfants demeurent au fort Douglas, dans la colonie de Selkirk.

La tension atteint son paroxysme en juin 1816 pendant la bataille de la Grenouillère, laquelle voit un groupe Métis affronter des hommes de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Inquiète de la sécurité de sa famille au fort Douglas, Marie-Anne Lagimodière cherche refuge auprès de Peguis, chef des Saulteaux.

En juin 1817, le compte de Selkirk revient à la rivière Rouge pour reconstruire sa colonie et accorde des terres à Jean-Baptiste Lagimodière sur la berge est de la rivière en guise de récompense pour son service. La famille Lagimodière y construit une maison à ossature de bois, et continue à s’agrandir. Cette région devient la communauté francophone de Saint-Boniface.

Les premiers missionnaires catholiques arrivent à rivière Rouge en 1818 et baptisent plus de 100 enfants (voir Missions et missionnaires). Marie-Anne Lagimodière, qui est alors la seule femme baptisée de la région, devient la marraine de chacun d’eux. Son dernier enfant voit le jour en 1825 : des dix enfants qu’elle met au monde, huit survivent. En 1832, la ferme familiale Lagimodière mesure plus de 11 hectares.

Vie ultérieure et dernières années

En dépit de pertes de récoltes et d’inondations, Marie-Anne Lagimodière et sa famille demeurent à rivière Rouge et leur ferme prospère. Après la mort de Jean-Baptiste en 1855, Marie-Anne vit avec son fils Benjamin. Les huit enfants du couple survivent jusqu’à l’âge adulte. Ils ont 64 petits-enfants, dont Louis Riel, chef métis de la Rébellion de la rivière Rouge, et Sara Riel, première Sœur Grise métisse.

Marie-Anne Lagimodière meurt à Saint-Boniface le 14 décembre 1875, âgée de 95 ans.

Héritage

Marie-Anne et Jean-Baptiste Lagimodière sont reconnus pour leur rôle dans l’histoire du Manitoba. Le parc Lagimodière-Gaboury Park à Saint-Boniface et le boulevard Lagimodière et l’École Marie-Anne Gaboury à Winnipeg sont nommés en leur honneur. De même, au Centre de recherche sur les céréales, situé à Winnipeg, on donne à une variété d’avoine le nom « AC Marie » (voir Céréales).

En tant que première femme d’origine européenne à s’établir dans ce qui est maintenant l’Ouest canadien, Marie-Anne Lagimodière est parfois appelée « White Mother of the West » (mère blanche de l’Ouest). En 1982, elle est nommée « personne d’importance historique nationale ».


Lecture supplémentaire

  • Maggie Siggins, Marie-Anne : The Extraordinary Life of Louis Riel’s Grandmother (2008; trad., Marie-Anne : la vie extraordinaire de la grand-mère de Louis Riel, 2011).

Liens externes