Tommy Prince: héro de guerre



Les soldats allemands sur la ligne de front près d'Anzio, en Italie, ne se préoccupent pas du paysan qui sarcle son champ près de là. En fait, son lopin de terre est éventré par les bombardements et la récolte perdue. Indifférents, les soldats le regardent avancer lentement et s'arrêter pour lacer ses chaussures. Finalement, il fait une pause, menace du poing les Allemands, puis les alliés et retourne lentement chez lui. Ce fermier en apparence inoffensif est en réalité un soldat canadien d'élite, un tireur de précision et un expert du pistage qui sait rôder à proximité de l'ennemi sans se faire remarquer. Il s'appelle Thomas George (Tommy) Prince et son expertise, il l'a acquise en grandissant dans la réserve des Ojibway Brokenhead, au nord de Winnipeg.

Pour Tommy comme pour la plupart des jeunes hommes enrôlés dans la Réserve canadienne, la Deuxième Guerre mondiale représente un emploi et trois repas par jour. Cependant, les autochtones sont souvent refusés pour des raisons de santé, mais aussi à cause de leur race. Les demandes de Tommy sont rejetées même s'il satisfait aux exigences de recrutement. Néanmoins, il persiste et est finalement accepté le 3 juin 1940. Il est affecté à la 1re compagnie du parc du Génie du Corps royal du génie canadien. Excellent soldat, il relève tous les défis qui se présentent.

En 1942, Tommy devient sergent dans le Bataillon canadien des parachutistes. Il est affecté au 1er Bataillon canadien du service spécial et fait partie d'un groupe de soldats canadiens choisis pour s'entraîner avec une unité américaine en vue de former une équipe d'assaut spécialisée de 1600 hommes - la 1re Force d'opérations spéciales (1re FOS), que l'ennemi baptise la « Brigade du diable ». Ce nom deviendra le titre d'un film hollywoodien (1968) sur l'unité d'élite. Tommy y est présenté comme «Chef».

Tommy Prince est l'ancien combattant autochtone canadien le plus décoré.

Très tôt, la 1re FOS entre en action. En Italie, Tommy se porte volontaire pour installer une ligne de communications de 1400 m jusqu'à une ferme située à moins de 200 m d'une position de l'artillerie allemande. Tommy installe son poste d'observation dans la maison de ferme et, pendant trois jours, rend compte des activités du camp allemand.

Le 8 février 1944, un bombardement rompt le câble. Tommy, déguisé en fermier, trouve et répare la panne sous les yeux de l'ennemi, en faisant semblant de nouer ses lacets. Son courage mène à la destruction de quatre chars allemands qui martelaient les alliés. Il est décoré de la Médaille militaire pour « bravoure exceptionnelle sur le champ de bataille ».

Tommy continue à se distinguer. Pendant l'été 1944, la 1re FOS atteint le sud de la France. Tommy parcourt à pied 70 km en terrain montagneux et accidenté, sans eau ni nourriture pendant 72 heures, pour pénétrer profondément derrière les lignes allemandes à proximité de L'Escarène et déterminer la position d'un camp ennemi. Il en informe son unité et conduit la brigade jusqu'au campement. Plus de 1000 soldats allemands sont capturés. Pour cet exploit, il mérite la Silver Star, une décoration américaine pour bravoure devant l'ennemi, ainsi que six médailles du service. Tommy reçoit sa libération honorable le 15 juin 1945 et rentre au Canada.

Après s'être battu contre le racisme nazi, Tommy revient dans un pays qui lui refuse le droit de vote à l'élection fédérale et les avantages consentis aux autres anciens combattants. Le commerce qu'il avait confié à un ami pendant son absence a périclité. Confronté au manque d'emploi et à la discrimination, Tommy se rengage et sert dans la Princess Patricia's Canadian Light Infantry. En deux périodes de service pendant la guerre de Corée, il obtient la Médaille de Corée, la Médaille canadienne du volontaire et la Médaille du service des Nations Unies. Il est blessé au genou et reçoit sa libération honorable le 28 octobre 1953.

Tommy Prince est l'ancien combattant autochtone canadien le plus décoré. Il était considéré comme un être courageux et exceptionnel, doté d'un sens de l'humour espiègle, un homme qui avait vaincu ses propres démons, y compris l'alcoolisme. Tommy possédait un solide sens du devoir civique et une profonde fierté de son peuple. « Toute ma vie, j'ai voulu faire quelque chose pour redorer le blason de mon peuple. Je voulais montrer qu'on vaut autant que n'importe quel blanc », a-t-il affirmé. Il s'est voué à améliorer les possibilités économiques et éducatives des peuples autochtones.

Tommy est mort le 25 novembre 1977, à l'âge de 62 ans.


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