William Peyton Hubbard

William Peyton Hubbard, politicien, inventeur, boulanger et cocher (né le 27 janvier 1842 à Toronto, en Ontario; décédé le 30 avril 1935 à Toronto). William Peyton Hubbard est le premier homme noir à être élu à Toronto, agissant à titre de conseiller municipal (1894-1903, 1913), de contrôleur (1898-1908) et, périodiquement, de maire suppléant. Réformateur prodémocratie, il a milité pour faire du puissant Conseil de contrôle de la ville un organe élu. William Peyton Hubbard est également une figure importante dans la promotion de l’hydroélectricité comme propriété publique, contribuant à la création du Toronto Hydro-Electric System.



William Hubbard
vers. 1907 (avec la permission de Heritage Toronto).

Enfance et éducation

William Peyton Hubbard est le deuxième de neuf enfants nés de l’union entre Mosely et Lavenia Hubbard, un couple qui s’est établi à Toronto en 1840 après avoir été libéré de l’ esclavage dans l’état de Virginie. Mosely Hubbard croit que la liberté découle d’une bonne éducation. C’est pour cette raison que, malgré un maigre salaire provenant de son travail comme ouvrier, concierge d’école et d’autres emplois, il paie les études de son fils à la très respectée Model School de Toronto. Très jeune, William Hubbard commence à travailler les soirs et les fins de semaine pour aider à payer ses manuels et autres dépenses scolaires.

Début de carrière

En 1861, William Peyton Hubbard a déjà terminé une formation de boulanger et commence à travailler dans le domaine, se spécialisant dans la fabrication de gâteaux. Il invente d’ailleurs le four portable Hubbard, que ses frères commercialisent avec succès par la suite. Une publicité datée de 1900 vante le caractère presque ignifuge du four, ainsi que sa taille réduite par rapport aux fours conventionnels en briques.

Au cours des années 1860 et 1870, William Hubbard explore de nouvelles carrières, suppléant notamment son salaire de boulanger en conduisant des calèches pour l’écurie de louage d’un proche. Conduisant un jour d’hiver, il est apparemment arrivé sur les lieux d’un accident et a sauvé un passager d’une calèche dangereusement proche de tomber dans la rivière Don, à Toronto. Si l’on en croit l’histoire, le passager reconnaissant, le journaliste et politicien George Brown, a engagé William Hubbard comme chauffeur personnel.

Cet épisode souvent répété, en réalité, est probablement faux. Dans une entrevue accordée au Globe en 1934, William Hubbard déclare qu’il a offert ses services à George Brown après l’avoir entendu se plaindre du danger que représentent les nombreux chauffeurs en état d’ébriété. William Hubbard est donc devenu l’un des chauffeurs de George Brown, et au fur et à mesure que leur amitié a grandi, il s’est laissé inspirer par Brown et a brigué un poste électif au conseil municipal de Toronto (voir Gouvernement municipal).

George Brown
Les réformistes de George Brown se décrivent eux-mêmes comme « honnêtes et transparents ». (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/C-26415)

Carrière de conseiller municipal

William Peyton Hubbard se présente sans succès aux élections municipales de 1893. L’année suivante, toutefois, il devient le premier homme noir (et le premier membre d’une minorité visible) à décrocher un mandat public électif à Toronto en devenant, à 52 ans, conseiller municipal. Il s’agit du premier de 14 mandats consécutifs (et 15 au total).

Même s’il est discret en privé, William Hubbard est un orateur énergique dans la salle du conseil. Ses discours passionnés, mais méticuleusement rédigés, lui ont valu le surnom de « Cicéron du conseil » (d’après l’orateur de la Rome antique). Parmi les initiatives de William Hubbard, mentionnons la réforme des services municipaux pour lutter contre la corruption des fonctionnaires du gouvernement, la promotion du contrôle municipal continu des systèmes d’approvisionnement en eau et de transport de la ville, et l’aide aux personnes vivant dans la pauvreté.

Carrière de contrôleur

De 1898 à 1903, le conseil municipal nomme William Peyton Hubbard au Conseil de contrôle de Toronto, un puissant exécutif composé de quatre membres. Ce conseil devient un organe élu en 1904 (en grande partie grâce aux efforts de réforme du politicien) et William Hubbard y obtient un siège chaque année jusqu’en 1908. En 1906, il obtient le plus grand nombre de votes de tous les candidats au poste de contrôleur et devient ainsi le premier homme noir (et le premier membre d’une minorité visible) à remporter une élection à l’échelle de la ville à Toronto. Alors qu’il défend ce mandat, William Hubbard a l’occasion d’être maire suppléant à plusieurs reprises et joue un rôle déterminant dans l’adoption de près de 100 initiatives municipales.

Photographie d’un groupe d’hommes et d’une femme sur le toit en construction de l’ancienne mairie de Toronto. William Peyton Hubbard se trouve dans le groupe.

Sur le toit en construction de l’ancienne mairie, le 14 juillet 1898. William Peyton Hubbard est le troisième à partir du coin inférieur droit. (Archives de la ville de Toronto, fonds 1268, série 1317, artéfact 216)

Au début des années 1900, William Hubbard est le fer de lance de la campagne pour que l’énergie électrique devienne propriété publique. Enjeu politique majeur de l’époque, la campagne pour le « pouvoir populaire » privilégie un accès à l’électricité abordable et contrôlé localement comme un bien public et non comme une source de profit privé. Pour ce faire, il travaille en étroite collaboration avec Adam Beck à la Commission provinciale de l’énergie hydro-électrique (maintenant Hydro One) et aide à obtenir l’appui du public pour la création du Toronto Hydro-Electric System (voir aussi Adam Beck et la création d’Ontario Hydro). La commission provinciale est le producteur et grossiste d’électricité, tandis que le réseau torontois la distribue aux consommateurs à l’échelle locale. Malgré ces avancements, le rôle de premier plan joué par William Hubbard dans la campagne lui coûte des voix parmi les hommes d’affaires de son quartier qui sont en faveur de la privatisation.

William Peyton Hubbard est défait aux élections de 1908, de 1909 et de 1910, avant d’être réélu en 1913. Ses pairs lui rendent hommage dans le cadre d’une somptueuse cérémonie lorsqu’il prend sa retraite un an plus tard pour prendre soin de sa femme malade (voir Pleins feux sur Toronto : William Peyton Hubbard).

Conscience sociale

Au cours de sa carrière politique, William Peyton Hubbard a été le premier Noir de Toronto, et souvent du Canada, à défendre les postes qu’il occupe. Périodiquement, il doit faire face aux préjugés de ses contemporains. En 1903, par exemple, un conseiller municipal de Galt, en Ontario, tient des propos racistes contre William Hubbard lors d’un débat de l’Union canadienne des municipalités. Quatre ans plus tard, on exige du politicien qu’il obtienne une lettre de recommandation du maire pour faire un voyage d’affaires à Washington, DC.

William Peyton Hubbard défend les droits des minorités pendant son mandat, soutenant notamment les blanchisseries chinoises contre les traitements injustes et racistes et défendant la communauté juive contre le harcèlement des prédicateurs de rue (voir aussi Ségrégation raciale des Canadiens d’origine asiatique; Antisémitisme au Canada). Ces luttes, cela étant dit, ne représentent pas le cœur de son œuvre politique.

Même s’il s’implique au sein d’organisations noires locales, William Peyton Hubbard se considère avant tout comme un fonctionnaire compétent et bien considéré, plutôt qu’un modèle à suivre pour sa communauté. S’il a rarement abordé la question de la race dans le cadre de ses fonctions, il y a réfléchi dans une lettre adressée à son ami Anderson Abbott : « J’ai toujours eu l’impression d’être un représentant d’une race jusqu’ici méprisée, qui gagnerait toutefois l’estime et le respect si on lui donnait une chance équitable. »

L’amélioration des conditions de vie de la communauté noire, une population croissante et diversifiée à Toronto, n’est malheureusement pas une mission possible pour un seul homme. En effet, les Noirs sont encore exclus de nombreux établissements et de nombreuses professions, même si William Hubbard a réussi à connaître du succès politique grâce à ses liens scolaires et religieux avec l’élite majoritairement anglicane. Plus tard, certains reprochent d’ailleurs la génération de William Hubbard de ne pas avoir été assez radicale.

Famille et vie privée

William Peyton Hubbard épouse Julia Luckett en 1874. Un de leurs trois enfants est Frederick Langdon Hubbard, qui travaille plus tard pour la Commission de transport de Toronto, notamment comme président de 1929 à 1930.

Décès et commémoration

William Peyton Hubbard tire son dernier souffle le 30 avril 1935, à l’âge vénérable de 93 ans. Il est enterré à la Nécropole de Toronto.

Après un regain de l’intérêt pour l’histoire des Noirs dans les années 1970, la ville de Toronto commémore William Hubbard avec une plaque historique près de son ancienne résidence au 660, avenue Broadview, dans le quartier Riverdale. Aujourd’hui occupé par une école indépendante, le bâtiment est lui-même rebaptisé Hubbard House en 2008. La ville crée également le prix annuel William P. Hubbard pour les relations interraciales en 1989, tandis que Hydro One met sur pied une bourse à sa mémoire en 2000. Le parc Hubbard, également situé à Riverdale, est nommé en son honneur en 2016. Enfin, un portrait de William Hubbard, dévoilé à sa retraite, demeure dans la collection d’œuvres d’art de la ville.

Portrait de William Hubbard
Portrait de William Peyton Hubbard par W.A. Sherwood, 1913. (avec la permission de City of Toronto Art Collection, Cultural Services).
Portrait photographique en noir et blanc de William Peyton Hubbard à 89 ans
Photo prise le 26 janvier 1931. (Archives de la ville de Toronto, Fonds Globe and Mail, fonds 1266, artéfact 22965)