107e bataillon (Timber Wolf)

Le 107e Bataillon (Timber Wolf) du Corps expéditionnaire canadien, connu officiellement sous le nom de 107e Bataillon (de Winnipeg), est un bataillon d’infanterie établi pendant la Première Guerre mondiale. Après son arrivée en Grande-Bretagne, l’unité a été convertie en un bataillon de pionniers et a servi sur le front occidental en France et en Belgique. Elle a ensuite été absorbée par une brigade de génie. Environ la moitié des soldats de l’unité étaient des Canadiens autochtones.

Le 107e Bataillon (Timber Wolf) du Corps expéditionnaire canadien, connu officiellement sous le nom de 107e Bataillon (de Winnipeg), est un bataillon d’infanterie établi pendant la Première Guerre mondiale. Après son arrivée en Grande-Bretagne, l’unité a été convertie en un bataillon de pionniers et a servi sur le front occidental en France et en Belgique. Elle a ensuite été absorbée par une brigade de génie. Environ la moitié des soldats de l’unité étaient des Canadiens autochtones.


Insigne de casquette du 107e Bataillon

Insigne de casquette du 107e Bataillon Timber Wolf.

Les Canadiens autochtones et la Première Guerre mondiale

Au cours de la Première Guerre mondiale, le gouvernement ne veut pas recruter de Canadiens autochtones et bon nombre de ceux qui tentent de s’enrôler sont refusés (voirLes peuples autochtones et la Première Guerre mondiale). De toute évidence, le gouvernement craint que cela ne viole les traités, qui stipulent que les Canadiens autochtones ne peuvent être forcés de se battre pour le Canada. Pourtant, bon nombre de ceux qui tentent de s’enrôler sont des Indiens non inscrits, ce qui signifie qu’ils ne sont plus assujettis aux traités (voir aussiLoi sur les Indiens).

Malgré cette injonction, de nombreux Canadiens autochtones réussissent à s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC). En 1915, en raison des lourdes pertes subies sur le front occidental qui nécessitent des remplacements, le recrutement est officiellement ouvert aux membres des Premières Nations. Plus de 4 000 Canadiens autochtones s’enrôlent.

Glenlyon Campbell

Glenlyon Campbell (connu sous le nom de « Glen ») naît à Fort Pelly, en Saskatchewan, en 1863. Il est le fils d’un négociant en chef de la Compagnie de la Baie d’Hudson (Fort Pelly est maintenant un lieu historique national). Pendant la Rébellion du Nord-Ouest de 1885, il sert au sein des Scouts de Boulton, une unité à cheval irrégulière levée au Manitoba. À la bataille de Batoche, en mai, Campbell est promu capitaine.

Après la Rébellion, Campbell gagne sa vie en faisant de l’élevage, du piégeage et de la chasse. Il épouse Harriet Burns, fille du chef ojibwé Keeseekoowenin. Campbell parle couramment l’ojibwé (voirL’anishinaabemowin : la langue ojibwée) et le cri (voirLangue crie) et adopte un mode de vie autochtone.

Formation du 107e Bataillon

Une fois que le gouvernement décide de recruter des Canadiens autochtones, Campbell fait pression pour la formation d’une unité autochtone. Il obtient la permission de lever un bataillon (voirRégiment). Il est également nommé commandant du bataillon, un honneur rare pour un homme de 52 ans (il est l’un des plus vieux commandants de bataillon du CEC).

Campbell commence à recruter dans l’Ouest canadien en novembre 1915. Il demande même la permission de recruter des garçons autochtones dans les écoles industrielles du Manitoba. « Si ces garçons sont avec moi, écrit-il, ils seront sous une supervision plus étroite et plus aimable que dans tout autre bataillon de l’Ouest… même s’ils n’ont pas tout à fait dix-huit ans. » En trois mois, Campbell évalue plus de 1 700 candidatures et choisit les quelque 1000 officiers et soldats requis pour un bataillon d’infanterie. Environ la moitié de l’unité est composée d’Autochtones canadiens de la Confédération des Pieds-Noirs, ainsi que de Cris, d’Ojibwés, d’Iroquois, de Sioux (voirDakota), de Delaware et de Mi'kmaq.

L’unité s’entraîne au nouveau camp Hughes, au Manitoba. Comme de nombreuses recrues autochtones ne parlent pas l’anglais, on leur donne des cours de langue. De plus, Campbell s’occupe souvent de l’entraînement et des questions administratives quotidiennes en cri et en ojibwé. En septembre 1916, le 107e Bataillon quitte Halifax pour se rendre jusqu’en Grande-Bretagne à bord du RMS Olympic, navire jumeau du malheureux Titanic. Le 25 octobre 1916, le bataillon de 997 hommes arrive à Liverpool, en Angleterre.

Insigne de col du 107e Bataillon

Insigne de col du 107e Bataillon Timber Wolf.

Outre-mer

En Grande-Bretagne, le 107e Bataillon est l’une des nombreuses unités qui doivent être démantelées pour donner des renforts, car on a formé beaucoup plus d’unités qu’il n’en faut dans le Corps d’armée canadien (voirCorps expéditionnaire canadien). Mais Campbell se bat pour garder ses soldats autochtones ensemble, croyant qu’ils seront mal traités et victimes au racisme dans d’autres unités. Il note leur « capacité à s’adapter sans se plaindre aux circonstances difficiles et au mauvais temps, ce qui rend leur efficacité en tant que bataillon de pionniers bien supérieure à la moyenne ». Un article du Brandon Sun sur Campbell et son bataillon affirme que les soldats autochtones du 107e « peuvent voir le danger rapidement et savoir exactement quoi faire, car ils utilisent leurs instincts naturels ». Campbell gagne son pari et le 107e est maintenu, mais redésigné comme bataillon de pionniers. Ces unités sont formées non seulement pour combattre comme l’infanterie, mais aussi pour accomplir des tâches limitées de génie.

Les activités typiques du 107e comprennent le creusement et la réparation de tranchées ; la construction d’abris et d’abris souterrains ; le transport de munitions ; l’enfouissement de câbles téléphoniques ; la construction et la réparation de clôtures de barbelés ; la construction de routes ; la pose de voies pour les chemins de fer légers des dépôts de ravitaillement de la zone arrière vers le front ; et la construction de routes en planches pour que l’artillerie puisse être tirée vers l’avant dans la boue.

Plusieurs soldats sont transférés à l’intérieur et à l’extérieur de l’unité après son arrivée en France. En effet, les bataillons de partout reçoivent l’ordre d’envoyer leurs soldats autochtones dans le 107e pour en augmenter leur nombre. Le 107e a également plusieurs coureurs autochtones parmi ses rangs, dont Tom Longboat, un soldat Onondaga des Six Nations de la rivière Grand, et Joseph Keeper, de la nation crie de Norway House. Longboat remporte le marathon de Boston en 1907 et participe aux Jeux olympiques de 1908, tandis que Keeper est un coureur de fond olympique qui a également reçu la médaille militaire. Les deux athlètes sont des coureurs de dépêche, un travail dangereux qui consiste à transporter des messages manuscrits sur le front occidental (voirPremière Guerre mondiale).

Tom Longboat

Sur le front occidental

Le 107e Bataillon participe à la bataille de la crête de Vimy en avril 1917 et y accomplit diverses tâches de pionnier. En août, il joue un rôle important dans la bataille de la côte 70, où il suit les troupes d’assaut de tête. Des 600 soldats engagés, 21 sont tués et environ 140 sont blessés. Après cette bataille, une compagnie se porte volontaire pour chercher et ramener les morts et les blessés. En tout, la compagnie récupère 30 morts et transporte 25 blessés aux postes de secours, ce qui vaut aux soldats de nombreux éloges.

Honneurs de bataille

Dans l’Armée canadienne, les honneurs de bataille de la Première Guerre mondiale marquent la participation d’unités de cavalerie, d’infanterie, de mitrailleuses, de pionniers ou de chemin de fer à une campagne ou à une bataille particulière. Le 107e Bataillon reçoit les honneurs de guerre suivants : Arras, 1917-1918 ; Vimy, 1917 ; Arleux ; Scarpe, 1917 ; Côte 70 ; Ypres, 1917 ; Passchendaele ; Somme, 1918 ; France et Flandres, 1917-1918. Les honneurs de bataille avec des années spécifiques les distinguent des autres batailles du même nom, mais livrées à des années différentes.

Réorganisation

Glenlyon Campbell décède d’une insuffisance rénale le 20 octobre 1917. Il est remplacé par le major Hugh Walkem. En préparation de la dernière poussée alliée en août 1918 (voirLes cent jours du Canada), les unités de pionniers et de génie du Corps canadien sont réorganisées. Le 28 mai 1918, le 107e Bataillon est dissous et absorbé par la 1re Brigade du génie canadien.

Héritage

Duncan Campbell Scott, le surintendant général adjoint des Affaires indiennes (et poète bien connu), a fortement appuyé la politique gouvernementale selon laquelle les Canadiens autochtones devraient être assimilés à la société canadienne en général. Scott espère que le service militaire aidera à atteindre cet objectif. Dans une certaine mesure, cela se produit effectivement, mais le service des Autochtones a également l’avantage d’introduire les soldats blancs à ceux des Premières Nations, ce qui a pour effet que les soldats blancs commencent à traiter les soldats autochtones comme des égaux.

Bien que le service militaire n’ait pas changé les politiques paternalistes d’après-guerre du gouvernement envers les Canadiens autochtones, il a un impact sur les attitudes des Euro-Canadiens pendant la guerre, tant au pays qu’à l’étranger. Par exemple, dès 1915, des articles de journaux et de magazines de tout le Canada commencent à louer les capacités de combat des soldats autochtones et à parler avec fierté de la participation des Autochtones à la guerre. Une telle publicité montre aux autres Canadiens les capacités et les compétences des soldats autochtones. Cela est dû en grande partie à des hommes comme Campbell, qui ont fait pression de manière efficace pour que des soldats autochtones s’engagent aux côtés des Euro-Canadiens dans la Première Guerre mondiale.


Lecture supplémentaire

  • Janice Summerby, Soldats autochtones, terres étrangères (1993).

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