Espèces envahissantes au Canada : Plantes

Une espèce envahissante est une espèce qui s’est établie dans un nouvel écosystème, principalement grâce à l’action humaine. On ignore le nombre exact d’espèces envahissantes au Canada, mais des chercheurs ont estimé en 2002 qu’au moins 1&nbps442 espèces envahissantes, incluant des poissons, des plantes, des insectes et des invertébrés, vivent aujourd’hui dans les fermes, les forêts et les cours d’eau du pays. Les effets environnementaux d’un si grand nombre d’espèces envahissantes sont complexes, peu connus et, peut-être, impossibles à connaître. La plupart du temps, les plantes non indigènes sont problématiques à cause de leur habilité à se reproduire plus rapidement que les espèces indigènes, et à les dominer dans la course à la nourriture, à l’habitat et aux autres ressources. Au plan économique, on estime que les espèces envahissantes coûtent aux Canadiens des milliards de dollars par année en pertes de revenus de ressources naturelles et en impacts sur les services écosystémiques.



La salicaire pourpre est une des plantes envahissantes les plus abondantes au Canada.
(avec la permission de lezumbalaberenjena/flickr, CC)

Sommaire

Les espèces envahissantes peuvent affecter toutes les régions du Canada. L’Agence canadienne d’inspection des aliments estime que 1 229 plantes vasculaires non-indigènes se sont établies dans le pays; sur celles-ci, 486 posent suffisamment de problèmes pour être considérées comme « envahissantes » ou comme des « mauvaises herbes ».

Ces espèces problématiques se sont répandues dans les 13 provinces et territoires du Canada. L’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique en possèdent le plus grand nombre, alors que le Nunavut, les Territoires-du-Nord-Ouest et le Yukon sont les territoires où il y en a le moins. (Sur les 486 espèces considérées comme envahissantes, presque 91 %, soit 441 espèces, sont présentes en Ontario.) Toutes les régions naturelles du Canada sont habitées par des plantes envahissantes. De la cordillère arctique, avec une seule plante envahissante, jusqu’aux plaines à forêts mixtes du sud, avec leurs 139 espèces étrangères, le Canada est l’hôte d’une grande variété de plantes importées. 

Ces plantes étrangères représentent un problème pour les gouvernements, les biologistes, les cultivateurs et les économistes des ressources, en raison des importants dommages écologiques et économiques qu’elles peuvent entraîner aux récoltes, aux pâturages du bétail, à la santé des forêts et, de manière générale, à la biodiversité du Canada.

Comment les plantes envahissantes se propagent-elles?

Les espèces envahissantes sont introduites dans de nouveaux habitats intentionnellement ou par accident, bien que l’activité humaine y soit presque toujours pour quelque chose. Par exemple, quand les vaisseaux océaniques vident leurs ballasts (réservoir d’eau, en fond de cale, servant à maintenir l’équilibre) dans les Grands Lacs, cette eau, qui provient souvent d’une autre région de la planète, peut contenir de nombreuses espèces non indigènes.

Les plantes non indigènes ont été introduites au Canada et en Amérique du Nord surtout après l’arrivée des colons européens, il y a plus de 400 ans. Toutefois, la plus grande partie est arrivée au 19e siècle, avec la croissance du commerce maritime international et une poussée d’immigration. Au 20e siècle, l’afflux des plantes envahissantes ralentit, mais se poursuit néanmoins, avec une moyenne de 0,58 nouvelle plante envahissante par année.

Les chercheurs estiment que 58 % des plantes envahissantes du Canada ont été introduites intentionnellement, pour l’agriculture, l’aménagement paysager, la médecine ou la recherche. Les plantes qui n’ont pas été amenées intentionnellement sont probablement arrivées dans de la terre ou des semences importées.

Le climat du Canada est similaire à celui de beaucoup de régions d’Europe, et beaucoup des premiers colons du pays ont immigré d’Europe. Il s’ensuit que 80 % des plantes envahissantes du Canada proviennent, selon les estimations, de l’Europe, de l’ouest de la Russie et de la région méditerranéenne. À peu près 15 % d’entre elles viendraient du Japon et de la Chine, principalement des plantes ornementales ou d’aménagement paysager.

Considérant le climat très semblable du Canada et des États du nord des États-Unis, il est peut-être curieux que 615 plantes envahissantes présentes dans les États frontaliers du Canada ne soient pas installées ici. Toutefois, alors que les changements climatiques forcent de nombreuses espèces, indigènes ou non, à se déplacer vers le nord ou vers de plus hautes altitudes, à la recherche des conditions qui leur sont familières, beaucoup d’espèces qui ne sont actuellement pas présentes au Canada sont sujettes à franchir la frontière au cours des années à venir.

En quoi les plantes envahissantes posent-elles problème?

Les plantes envahissantes posent problème pour plusieurs raisons :

  • Elles entrent en concurrence avec les plantes indigènes pour les nutriments du sol, l’espace et le soleil ;
  • Elles modifient la chimie locale des sols, rendant la survie des plantes indigènes plus difficile (voir Étude de cas : Alliaire officinale);
  • Elles réduisent la biodiversité locale et mettent davantage de pression sur les espèces à risque ou menacées de disparition;
  • Elles réduisent les récoltes en introduisant de nouveaux parasites ou en faisant concurrence aux semences pour l’espace;
  • Elles menacent la santé humaine (par exemple, la berce du Caucase produit une sève toxique pour la peau humaine), ou croissent en bosquets de grande taille qui réduisent la visibilité sur le bord des routes (voir Étude de cas : Phragmites).

Bien que le coût de la présence des espèces envahissantes soit difficile à évaluer, des estimations partielles permettent d’imaginer à quel point la gestion d’espèces envahissantes peut être coûteuse. Dans les Prairies, on dépense 320 millions de dollars par année pour protéger les récoltes de canola du charbon des champs; au Manitoba, l’euphorbe ésule a envahi plus de 137 500 hectares de terres, rendant nécessaire des traitements au coût de 19 millions de dollars par année (voir Étude de cas : Euphorbe ésule).

Plus généralement, des chercheurs ont calculé en 2004 que l’impact économique de seulement 16 espèces non indigènes (incluant des plantes comme l’euphorbe ésule et la centaurée maculée, ainsi que des champignons comme la graphiose de l’orme), de l’agriculture aux pêcheries en passant par la mort d’arbres, se situe entre 13,3 et 34,5 milliards de dollars par année.

Étude de cas : Phragmites


Phragmites dans un parc à Windsor, en Ontario. Cette espèce envahissante peut atteindre une taille de 5 m et fait concurrence aux plantes indigènes pour l’eau et le soleil.
(avec la permission de Neil Cornwall/flickr, CC)

Le roseau commun d’Europe, aussi appelé phragmites, est une plante de milieux humides native de l’Europe et de l’Asie. Depuis leur introduction en Amérique du Nord, les phragmites se sont considérablement répandus, leurs graines étant facilement dispersées par le vent. Ils poussent en grappes serrées pouvant atteindre 5 m de hauteur, dans les marais, au bord des lacs et dans les fossés des routes, partout sur le continent.

Comme beaucoup d’autres plantes envahissantes au Canada, les phragmites nuisent à la biodiversité parce qu’ils dominent les herbes indigènes dans la concurrence pour accéder aux ressources. Comme l’alliaire officinale, les phragmites modifient la composition du sol des marais en libérant dans l’environnement des toxines qui rendent la survie des plantes indigènes plus difficile. Les longues racines et les tiges épaisses des phragmites en font une plante envahissante particulièrement vigoureuse, qui rend souvent impossible la circulation des serpents et des tortues des marais.

En raison de la robustesse des phragmites, les méthodes de contrôle sont complexes, exigeant une pulvérisation continue d’herbicides ainsi que la coupe et la destruction des plantes mortes par le feu. Dans les parcs provinciaux de Long Point et Rondeau, en Ontario, le gouvernement et des ONG ont traité plus de 1 500 hectares au cours des dernières années. Cette approche qui demande beaucoup de travail a fini par apporter des résultats, certaines des zones visées ayant connu une réduction substantielle de la population de phragmites.

Étude de cas : Alliaire officinale


L’alliaire officinale est une des plantes envahissantes les plus agressives au Canada, se répandant rapidement dans les forêts de feuillus.
(avec la permission de Leonora Enking/flickr, CC)

L’Alliaire officinale est une des plantes envahissantes les plus agressives en Amérique du Nord. Elle se répand au rythme de 6 400 km2 chaque année. Cette herbe, originaire d’Europe et riche en vitamines A et C, est arrivée au Canada au 19e siècle, et était cultivée pour l’alimentation.

Après avoir consacré sa première année à établir un vaste système de racines, l’alliaire officinale croît en peuplements denses, produisant 60 000 graines par mètre carré. Ceci permet aux peuplements d’alliaire officinale particulièrement denses de doubler de taille tous les quatre ans. La plante assure aussi son succès à long terme en croissant la première chaque printemps, dans les sols des forêts de feuillus, afin de profiter du soleil abondant. Cinq ou sept ans après son introduction, l’alliaire officinale est habituellement devenue la plante dominante de la forêt. Elle est également favorisée par les importantes populations de cerfs de Virginie, qui se nourrissent des autres plantes indigènes et la laissent intacte.

Si on la laisse faire, l’alliaire officinale modifie la structure des sols de forêt pour faciliter sa survie, tout en rendant plus difficile la germination des arbres et arbustes indigènes. En nuisant à la croissance de certains champignons qui contribuent à transporter les nutriments vers les racines des plantes, l’alliaire officinale fait aussi des dommages à de nombreuses espèces menacées.

La pulvérisation d’herbicide ou le déracinement manuel sont les deux principales méthodes de contrôle de l’alliaire officinale une fois qu’elle est installée. Si l’opération réussit, il faut habituellement plusieurs années pour que les plantes indigènes rétablissent le niveau de biodiversité qui existait avant l’arrivée de l’alliaire officinale.

Étude de cas : Euphorbe ésule


L’euphorbe ésule est une plante envahissante présente dans presque toutes les provinces et les territoires.
(avec la permission de Matt Lavin/flickr, CC)

L’euphorbe ésule est originaire du sud de l’Europe, et sa présence au Canada a été notée pour la première fois au 19e siècle. Sa tige peut atteindre un mètre, et se termine par une touffe de petites fleurs jaunes pouvant éjecter des graines dans un rayon de cinq mètres. Elle s’est rapidement propagée dans tout le Canada au 20e siècle. Aujourd’hui, l’euphorbe ésule pousse de manière incontrôlée dans toutes les provinces et territoires à l’exception de Terre-Neuve-et-Labrador, des Territoires-du-Nord-Ouest et du Nunavut.

La plante est classée comme nuisible et interdite par la Loi fédérale sur les mauvaises herbes afin de limiter sa propagation dans les terres agricoles. Elle procède en développant une vaste canopée et une structure de racines pour accaparer l’eau et le soleil, en plus de diffuser des toxines pour prévenir la croissance des autres plantes. Elle réduit ainsi la biodiversité des prairies au Canada et aux États-Unis.

Le lait produit par l’euphorbe ésule entraîne aussi de l’irritation et des éruptions cutanées sur le bétail et les humains. Au Manitoba seulement, l’euphorbe ésule domine dans plus de 140 000 hectares de terres, une zone de la taille du Parc national Glacier, en Colombie-Britannique; les cultivateurs et le gouvernement dépensent à peu près 19 millions de dollars par année pour en débarrasser les pâturages.

Étude de cas : Salicaire pourpre


Chaque plant de salicaire pourpre peut produire 2,7 millions de graines par année, contribuant à une expansion rapide.
(avec la permission de nz_willowherb/flickr, CC)

La salicaire pourpre, une plante de milieux humides originaire de l’Europe et de certaines parties de l’Asie, est arrivée au Canada au début du 19e siècle, sous forme de graines dans la terre servant de ballast dans des navires océaniques. Cette plante de marais, d’une taille de 1,5 m, s’est rapidement répandue partout en Amérique du Nord, s’installant dans les milieux humides, sur le bord des lacs et les fossés humides le long des routes.

C’est uniquement son abondance qui a fait de la salicaire pourpre une des plantes envahissantes les plus problématiques au Canada. Elle forme des tapis de racines très denses qui empêchent souvent les plantes indigènes de prendre racine et de trouver suffisamment de nutriments, d’espace et de lumière pour survivre. Chaque plant de salicaire pourpre peut donner jusqu’à 30 tiges florales, capables de produire 2,7 millions de graines par année. Pour cette raison, la salicaire pourpre bloque les canaux d’irrigation, réduit la biodiversité dans les milieux humides et nuit à l’agriculture.

Quatre coléoptères qui se nourrissent de salicaire pourpre ont été identifiés et libérés au début des années 1990, une méthode de contrôle peu conventionnelle, car utiliser une espèce pour en contrôler une autre est généralement considéré comme trop risqué. Dans l’ensemble, galerucella calmariensis s’est montré le plus efficace parmi les quatre espèces de coléoptères utilisées pour contrôler la salicaire pourpre. Dans certaines régions de l’Ontario, la population de salicaire pourpre a été réduite de 90 % dans une seule saison, donnant aux plantes indigènes une occasion de reprendre leur place.


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