Internement au Canada

Emprisonnement, détention ou confinement d'une personne en temps de guerre. Au Canada, cela signifiait que cette personne était privée de certains droits, en particulier de l'habeas corpus, bien qu'elle puisse parfois en appeler de sa détention.

Japonais, déplacement des
Même les Japonais qui possèdent la citoyenneté canadienne sont déplacés en 1942 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-46350).
Japonais, évacuation des
En 1942, le gouvernement canadien ordonne le déplacement de tous les Japonais en Colombie-Britannique, saisissant tous les biens qu'ils ne peuvent emporter (avec la permission de la Erindale College Photo Collection).

Emprisonnement, détention ou confinement d'une personne en temps de guerre. Au Canada, cela signifiait que cette personne était privée de certains droits, en particulier de l'habeas corpus, bien qu'elle puisse parfois en appeler de sa détention. Même si les détenus civils n'étaient pas réellement des Prisonniers de guerre, ils étaient généralement traités selon les normes internationales en la matière.

Première Guerre mondiale

Pendant la Première guerre mondiale, les étrangers ennemis (les ressortissants allemands, austro-hongrois et turcs) sont sujets à l'internement, mais seulement s'il existe des « motifs raisonnables » de croire qu'ils se livrent à l'espionnage ou à d'autres activités illégales. Certaines municipalités « se débarrassent » des indigents, dont beaucoup sont des immigrants récents, en les envoyant dans les camps d'internement.

En 1916-1917, de nombreux Autrichiens sont libérés conditionnellement pour combler la pénurie de main-d’œuvre. Des 8 579 hommes internés dans les 24 camps que l'on trouve au Canada, 5 954 sont d’origine austro-hongroise, y compris 5 000 Ukrainiens; 2 009 sont allemands, 205 sont turcs et 99 sont bulgares. Tous ont enduré la faim et le travail forcé, et ont contribué à la construction de certains des points de repère canadiens les mieux connus, comme le parc national Banff. En outre, 81 femmes et 156 enfants, personnes à charge des internés de sexe masculin, vivent volontairement dans les camps. Bien que la responsabilité de l'internement passe en 1915 du ministère de la Milice et de la Défense à celui de la Justice, le major général sir William Otter demeure l'officier responsable (plus tard directeur) des opérations d'internement.

Deuxième Guerre mondiale

Pendant la Deuxième guerre mondiale, le ministre de la Justice pouvait détenir quiconque agissait « d'une quelconque manière préjudiciable à la sécurité publique ou à la sécurité de l'État ». Si bien que les ressortissants de pays ennemis, autant que les citoyens canadiens, sont passibles d'internement. On estime que les quelque 40 camps de l'époque renferment de 30 000 à 35 000 prisonniers.

La plupart des Allemands internés sont membres d'organisations soutenues par les Allemands ou dirigent le Parti nazi au Canada. Des centaines d’Allemands en terre canadienne se font accuser d’espionnage et de subversion. Les camps servent aussi à loger les prisonniers de guerre, comme les plus de 700 marins allemands capturés en Extrême-Orient et envoyés au Canada.

Après l'entrée en guerre de l'Italie, un certain nombre d'Italiens en vue et de fascistes canadiens, notamment Adrien Arcand de Montréal, sont internés. À peu près 600 Italiens soupçonnés d’être sympathisants du fascisme sont placés dans trois camps : Kananaskis, en Alberta; Petawawa, en Ontario et Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Ce dernier renferme aussi 517 Juifs envoyés de l’Angleterre par Winston Churchill, qui les soupçonne d'être déloyaux.

Tout de suite après Pearl Harbor, la GRC interne 38 ressortissants japonais. Le même sort attend bientôt 720 autres Japonais, pour la plupart citoyens canadiens et membres du Nisei Mass Evacuation Group qui résistent à la séparation de leurs familles. Quelque 20 000 Canadiens d’origine japonaise qui ont dû se retirer de la côte Pacifique en 1942 sont logés dans des régions isolées et voient leurs activités sévèrement réduites.

Comme les citoyens pouvaient être internés en raison de leur appartenance à des organisations interdites, comme le Parti communiste, certains affirment que l'internement a été utilisé comme instrument contre les leaders ouvriers, notamment, J.A. « Pat » Sullivan, président du Syndicat des marins canadiens, interné en 1940. Avec environ 90 autres communistes, il est libéré en 1941 après que l'Union Soviétique communiste se fut jointe aux Alliés. Le plus connu, cependant, est le maire Camillien Houde de Montréal, interné pendant quatre ans pour avoir dénoncé l'inscription nationale de 1940 qui a précédé la conscription.

L'administration des camps relève de l'armée et du secrétariat d'État. Il y a eu un total de 26 camps en Ontario, au Québec, en Alberta et au Nouveau-Brunswick, mais seulement deux ont principalement abrité des Canadiens. Pendant la Première Guerre mondiale, le Canada a reçu 817 détenus de Terre-Neuve et des colonies britanniques des Caraïbes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les camps canadiens ont accueilli des prisonniers de guerre et des marins de la marine marchande capturés par les Britanniques, de même que des civils britanniques. En octobre 1944, le Canada atteint un sommet de 34 193 détenus provenant du Royaume-Uni.

Emprisonnement dans le Canada moderne

Des dispositions concernant l'internement existent encore pendant un certain temps. Un décret de planification d'urgence approuvé en mai 1981 par le Cabinet autorise le solliciteur général à établir des camps d'internement civils en temps de guerre. Cependant, il est remplacé en 1985 par la Loi sur les mesures d’urgence, suivie par la Loi sur la protection civile de 1988, laquelle est abrogée en 2007.

En outre, la Loi sur les mesures d’urgence de 1985 stipule qu’elle « n’a pas pour effet d’habiliter le gouverneur en conseil à prendre des décrets ou règlements : a) modifiant ses dispositions; b) prévoyant, dans le cas d’un citoyen canadien ou d’un résident permanent au sens du paragraphe 2(1) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, toute détention ou tout emprisonnement ou internement qui seraient fondés sur la race, l’origine nationale ou éthique, la couleur, la religion, le sexe, l’âge ou les déficiences mentales ou physiques. »


Lecture supplémentaire

  • D.J. Carter, Behind Canadian Barbed Wire (1980); Ted Jones, Both Sides of The Wire (1989).

Liens externes