Vicomte Byng de Vimy

Feld-maréchal Julian Hedworth George Byng, 1er vicomte Byng de Vimy, commandant du Corps canadien de 1915 à 1917 et gouverneur général du Canada de 1921 à 1926 (né le 11 septembre 1862 à Hertfordshire, au Royaume-Uni; décédé le 6 juin 1935 à Essex, au Royaume-Uni). Lord Byng a mené le Corps canadien à la victoire lors de la Bataille de la crête de Vimy, pendant la Première Guerre mondiale. En tant que gouverneur général, il est surtout connu pour son rôle dans l’affaire King-Byng, lors de laquelle il a refusé expressément la proposition du premier ministre William Lyon Mackenzie King de dissoudre le Parlement et de déclencher une élection fédérale.



Vicomte Byng de Vimy
Julian Hedworth George Byng, mai 1917. Byng a agi honnêtement dans l'affaire qui l'a opposé à King, mais il a quitté le Canada dans la confusion.

Jeunesse et famille

Julian Hedworth George Byng est le 13e et plus jeune enfant de George Stevens Byng, 2e comte de Strafford et administrateur de la maison du roi Guillaume IV puis de la reine Victoria de 1835 à 1841. Son père, membre du Parti whig, agit également à titre de député du Parlement de 1830 à 1852, puis devient un pair de la Chambre des lords en 1853, un titre qu’il conserve jusqu’à son décès en 1886. Sa mère, Harriet Elizabeth Cavendish, est quant à elle la fille de Charles Cavendish, 1er baron Chesham et député pour le Parti libéral. De 12 à 16 ans, Julian Byng fréquente l’Eton College. Il n’y termine pas sa sixième année (la dernière année d’école secondaire pour les élèves désirant poursuivre leurs études à l’université) et affirme plus tard en riant qu’il était « le pire scug d’Eton », un terme populaire qualifiant un garçon ne se démarquant pas par ses études. À l’école, il est surnommé « Bungo », pour le distinguer de deux de ses frères aînés, surnommés « Byngo » et « Bango ».

Le 30 avril 1902, Julian Byng épouse Marie Evelyn Moreton, fille de Janie Ralli et de Richard Charles Moreton, administrateur à Rideau Hall au cours du mandat du gouverneur général lord Lorne, de 1878 à 1883. Le couple ne réussit pas à avoir d’enfants.

Le vicomte Byng de Vimy et lady Byng

Le vicomte Byng de Vimy et lady Byng (Montréal, Québec, ca mai 1922). (photo de Rice Studios, avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada / C-033995)

Débuts de carrière militaire

Même si Julian Byng désire suivre les pas de ses quatre frères aînés et faire un service militaire, sa famille n’a pas suffisamment de fonds pour acheter une commission militaire de base pour un septième fils. Il commence alors sa carrière dans la milice locale et devient sous-lieutenant dans la 2e milice de Middlesex (régiment Edmonton Royal Rifle) en 1879, à l’âge de 16 ans. En 1883, il se fait offrir par le futur roi Édouard VII, ami de son père, une place dans son propre régiment, le 10e régiment de hussards royaux (du prince de Galles). Julian Byng s’y joint donc pour un service à Lucknow, en Inde, et lors de la bataille de Tamai, au Soudan. Il devient alors un ami proche des fils d’Édouard, Albert Victor (qui décède en 1892) et le futur roi George V. Il rejette cependant l’occasion de devenir l’un des écuyers (ou officiers de la maison) d’Albert Victor et choisit plutôt de poursuivre son éducation militaire au Staff College de Camberley, qu’il termine en 1894.

De 1899 à 1902, Julian Byng est lieutenant-colonel lors de la guerre des Boers en Afrique du Sud et est responsable du recrutement et du commandement du régiment sud-africain Light Horse. Après la guerre et son mariage en 1902, il est à nouveau envoyé en Inde, d’où il revient en 1904. Il devient ensuite, l’année suivante, commandant de la 2e brigade de cavalerie de Canterbury. En 1909, il est promu au titre de major général et devient commandant de division dans les Forces territoriales nouvellement formées. Finalement, de 1910 au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, Julian Byng commande les forces britanniques en Égypte et est basé au Caire.

Première Guerre mondiale et commandement du Corps canadien

Julian Byng retourne en Grande-Bretagne dès l’éclatement de la Première Guerre mondiale et est nommé commandant de la 3e division de cavalerie. Il se rend au front ouest avec le Corps expéditionnaire britannique et sert avec honneur lors de la bataille d’Ypres en 1914. Il commande le 9e corps d’armée sur la péninsule de Gallipoli en 1916 et réussit à retirer les Britanniques des Dardanelles.

En mai 1916, Julian Byng est promu au titre de lieutenant-général et se voit attribuer le commandement du Corps canadien, la plus grande formation du Corps expéditionnaire canadien. Le feld-maréchal Douglas Haig écrit au roi George V : « Le gouvernement canadien m’a donné carte blanche pour choisir le successeur [du lieutenant-général E.A.H. Alderson]. Je propose la nomination du général Byng. Je crois qu’il accomplira bien cette tâche et qu’il sera apprécié. » Julian Byng, surpris de recevoir le commandement du Corps canadien, répond ainsi à un message de félicitations : « Pourquoi m’envoie-t-on aux Canadiens? Je n’en connais aucun. »

En tant que commandant du Corps canadien, il propose une réforme de l’entraînement et de la nomination des officiers d’état-major. Il met également sur pied une école du Corps pour offrir une formation plus approfondie sur le maniement d’armes et les guerres de tranchées et pour permettre aux différentes divisions du Corps de se rencontrer, ce qui augmente la cohésion générale des forces armées canadiennes. Julian Byng, reconnaissant que les soldats canadiens se sentent détachés du corps des officiers britanniques, décide de nommer des Canadiens comme officiers d’état-major, ce qu’il continue de faire plus tard lorsqu’il est gouverneur général du Canada.

Le leadership et les réformes du commandant, surtout les tactiques flexibles des pelotons individuels, contribuent à la victoire canadienne lors de la bataille de la crête de Vimy, en 1917. Plus tard dans l’année, Julian Byng est à l’origine de la première attaque-surprise avec de l’artillerie mobile à Cambrai. Il devient alors très populaire au Canada. Les troupes canadiennes se surnomment elles-mêmes les « Byng Boys », un surnom qui continue d’être utilisé par les anciens combattants pendant le mandat de gouverneur général de leur ancien commandant.

En 1919, Julian Byng est promu au poste de général et reçoit le titre de baron Byng de Vimy pour ses exploits pendant la Première Guerre mondiale. Il devient vicomte Byng de Vimy en 1928, à la fin de son mandat de gouverneur général du Canada.

Julian Byng à Vimy

Sir Julian Byng, accompagné d’un officier français, qui inspecte différents types de mortiers de tranchées saisis par les Canadiens à la crête de Vimy; en arrière-plan, une rangée de traîneaux de mitrailleuses lourdes. (Mai 1917). (avec la permission du ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada)

Julian Byng à Vimy

Lieutenant-général sir Julian Byng inspectant un obusier allemand sFH02 de 15 cm saisi à la crête de Vimy; à l’arrière-plan, un avant-train saisi. (Mai 1917), (avec la permission du ministère de la Défense nationale, Bibliothèque et Archives Canada)

Byng Boys

Byng Boys canadiens de retour après la victoire contre les Allemands à la crête de Vimy. (Vimy, France, mai 1917), (avec la permission du ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-001451)

Nomination comme gouverneur général

En 1921, l’office des colonies du Royaume-Uni propose Julian Byng comme gouverneur général du Canada, d’après la recommandation « d’un groupe de Canadiens influents ». Sa nomination est beaucoup plus populaire auprès des Canadiens que celle de son prédécesseur, le duc de Devonshire, étant admiré en tant que commandant du Corps canadien à la crête de Vimy et ayant été choisi de concert avec le gouvernement canadien. L’auteur-compositeur montréalais Jules Brazil écrit en son honneur une chanson de bienvenue en 1921 qui commence comme suit : « Qui est cet homme que nous admirons tous en temps de guerre / Qui est cet homme pour lequel nous étions fiers de nous battre / Et qui est cet homme qui nous a menés à la victoire / Oui, qui est cet homme que le Canada est fort heureux de voir? » [traduction libre]. Julian Byng a cependant des réserves quant à ses aptitudes pour occuper ce poste. Le jour de son assermentation à Québec, le 2 août 1921, il affirme au premier ministre Arthur Meighen qu’il n’a jamais fait une telle chose et qu’il s’attend à faire des erreurs.

Gouverneur général Lord Byng de Vimy

Julian Hedworth George Byng, 1er vicomte Byng de Vimy, gouverneur général du Canada de 1921 à 1926. Photo prise en 1925. (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada)

Vie à Rideau Hall

Pendant le mandat de gouverneur général de Julian Byng, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) remplace la police du Dominion pour assurer la sécurité à Rideau Hall. Alors que les gouverneurs généraux précédents ont nommé des capitaines-adjudants britanniques pendant leur mandat à Rideau Hall, Julian Byng rompt avec la tradition et choisit des anciens combattants canadiens de la Première Guerre mondiale comme aides de camp. Parmi ceux-ci se retrouvent notamment Henry Willis-O’Connor, qui a servi avec lui en Flandre, et le futur gouverneur général Georges Vanier, qui a perdu une jambe après avoir mené une attaque à Chérisy, en France, en 1918. Julian Byng et sa femme deviennent de bons amis de Georges Vanier et de sa femme, Pauline, qui demande à l’ancien commandant d’être le parrain de leur troisième enfant, Benedict, surnommée « Byngsie ».

Pendant la tournée du Canada de 1924 du futur roi Édouard VIII, le couple Byng organise des dîners officiels et des bals. Le secrétaire particulier adjoint d’Édouard, sir Alan « Tommy » Lascelles, écrit en 1935 : « Il me semble que les deux plus grands attraits d’un gouverneur général pour les Canadiens sont, premièrement, qu’il doit être en mesure de se défaire de sa vice-royauté comme de son chapeau, c’est-à-dire que, à l’exception d’événements officiels, il doit être approchable, humain et sympathique, soit les trois qualités attribuées aux gouverneurs généraux populaires du passé, comme Grey et Byng; et, deuxièmement, qu’il doit montrer de l’intérêt envers le Canada et manifester son bonheur de s’y trouver. » Julian Byng est cependant inquiet du comportement d’Édouard pendant la tournée. Il désapprouve le fait que le futur roi pourchasse des femmes mariées pendant son séjour à Ottawa et l’avise de ne pas revenir au Canada tant que son mandat de gouverneur général n’est pas terminé.

Navire à vapeur Distributor

Navire à vapeur Distributor pendant le voyage de Son Excellence le baron Byng de Vimy sur le fleuve Mackenzie, T.N.-O., 1925. (photo de William Arthur Steel, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-092343)

Radiotélégraphiste sur le navire à vapeur Distributor

Radiotélégraphiste du CTRC à bord du navire à vapeur Distributor pendant le voyage de Son Excellence le baron Byng de Vimy sur le fleuve Mackenzie, T.N.-O., 1925. (photo de William Arthur Steel, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-092363)

Navires sur le fleuve Mackenzie

Navires sur le fleuve Mackenzie pendant le voyage de Son Excellence le baron Byng de Vimy à Aklavik, T.N.-O., 1925. (photo de William Arthur Steel, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-092349)

Goélettes sur le fleuve Mackenzie

Groupe de goélettes sur le fleuve Mackenzie pendant le voyage de Son Excellence le baron Byng de Vimy à Aklavik, T.N.-O., juillet 1925. (photo de William Arthur Steel, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-092365)

Voyages au Canada

Le couple Byng voyage beaucoup lors de son séjour au Canada, notamment en faisant des tournées dans le Nord canadien. Julian Byng est le premier gouverneur général à se rendre jusqu’au cercle arctique et à y rencontrer des peuples inuits de communautés isolées. Il est notamment invité d’honneur lors d’un dîner organisé par le leader inuit William Maglaluik à Kittigazuit (aujourd’hui Kitigaaryuit), dans les Territoires du Nord-Ouest. Le gouverneur général voyage également beaucoup dans les régions rurales du Canada anglais et français et discute avec les fermiers de leurs préoccupations. En 1924, le Montreal Gazette rapporte : « La maîtrise grandissante de Son Excellence de l’accent français charme le peuple, et certains anciens clament haut et fort qu’il parle mieux français que lord Grey, un linguiste à la communication facile. »

La gouverneure générale Byng et Lady Byng

En 1923, le baron Byng de Vimy, gouverneur général du Canada, et Lady BYng, ont reçu leur premier cours de ski de W.K. Ross. (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada / PA-051594)

Sports et loisirs au Canada

Julian Byng apprécie les sports tout au long de sa vie et, dès un jeune âge, maîtrise le cricket et le polo. En tant que gouverneur général, il s’intéresse particulièrement aux loisirs canadiens, notamment au hockey : il assiste à la majorité des matchs à domicile des Sénateurs d’Ottawa avec sa femme, lady Bing. Il profite notamment de son séjour au Canada pour suivre des cours de patinage. De plus, jardinier passionné, il apprend à connaître les arbres et les fleurs du pays. 

L’affaire King-Byng

En 1926, Julian Byng joue un rôle majeur dans une crise constitutionnelle à propos des pouvoirs relatifs du premier ministre et du gouverneur général, connue sous le nom d’affaire King-Byng. Au début de son mandat, lui et William Lyon Mackenzie King entretiennent une relation cordiale. En 1921, en tant que chef de l’opposition, Mackenzie King écrit à un ami : « Je ne peux vous exprimer à quel point je suis ravi de Byng, et je suis convaincu que son administration sera digne des plus grands qui l’ont précédé. [...] Si, par chance, j’en venais à être son conseiller dans un avenir rapproché, je m’attends à ce que cette association soit l’une des meilleures et plus heureuses de mon existence. » Plus tard dans l’année, Mackenzie King devient premier ministre.

Le 29 octobre 1925, une élection fédérale donne un siège à 101 députés du Parti libéral, mené par Mackenzie King, 116 députés du Parti conservateur, mené par Arthur Meighen, et 28 députés progressistes, travaillistes et indépendants. Même si son parti compte moins de représentants au Parlement, Mackenzie King maintient la confiance dans la Chambre des Communes jusqu’au 25 juin 1926. Alors qu’il est encore premier ministre, il incite Julian Byng à déclencher une nouvelle élection fédérale. Ce dernier refuse la proposition de Mackenzie King et invite plutôt Arthur Meighen à essayer de former un gouvernement. Il refuse également la demande du premier ministre de consulter le gouvernement britannique pour résoudre la situation et conclut que la responsabilité revient entièrement au gouverneur général du Canada. Lorsqu’Arthur Meighen est incapable de garder la confiance de la Chambre, Julian Byng déclenche finalement une élection fédérale, ce qui ramène Mackenzie King au pouvoir.

L’affaire King-Byng mène à de profondes réflexions à propos de l’autonomie du Canada face au Royaume-Uni. L’avocat de droit constitutionnel écossais Arthur Berriedale Keith écrit : « Lord Byng, en refusant de dissoudre le Parlement à la demande du très honorable Mackenzie King, a remis en cause la doctrine de l’égalité des Dominions et du Royaume-Uni, et a résolument relégué le Canada au statut colonial que nous croyions qu’il avait dépassé. » D’un autre côté, le sénateur et expert de la Constitution Eugene Forsey avance que « toute accusation qui veut que lord Byng ait agi en tant qu’agent du gouvernement britannique est tout simplement erronée. Au contraire, il a même refusé de consulter le gouvernement britannique, malgré les demandes insistantes de monsieur King. [...] Lord Byng, en refusant d’accepter ces requêtes, a alors montré un plus grand égard envers l’autonomie canadienne que l’a fait monsieur King avec sa demande. »

Julian Byng partage plus tard ses réflexions sur son rôle dans la crise dans une lettre à Georges Vanier : « Je devrai attendre le verdict de l’histoire pour déterminer si j’ai pris une mauvaise décision. Je le fais avec bonne conscience parce que, ayant eu raison ou tort, j’ai agi dans l’intérêt du Canada et n’ai impliqué personne d’autre dans ma décision. » La Déclaration Balfour de 1926, appuyée par Mackenzie King, clarifie le rôle des gouverneurs généraux et indique clairement qu’ils ne représentent pas le gouvernement britannique, mais bien la Couronne au Canada et qu’ils agissent seulement selon les recommandations du premier ministre canadien.

Aucun autre gouverneur général canadien n’a refusé la demande d’un premier ministre de dissoudre le Parlement depuis Julian Byng.

Fin de vie

Après son retour en Grande-Bretagne, Julian Byng devient commissaire de la police métropolitaine de Londres et est promu au grade militaire de feld-maréchal. Il reçoit le titre de vicomte Byng de Vimy en 1928. En 1932, lady Byng et lui retournent brièvement au Canada, où ils rencontrent des anciens combattants canadiens de la Première Guerre mondiale et visitent le gouverneur général Bessborough et sa femme à Rideau Hall. Julian Byng décède subitement d’une obstruction abdominale à sa maison de campagne à Essex, Thorpe Hall, en 1935.

Le vicomte Byng de Vimy

Le vicomte Byng de Vimy, commissaire de la police métropolitaine, Scotland Yard (Londres, Angleterre, 1930). (Sport & General Press Agency Limited / Bibliothèque et Archives Canada / PA-122359)

Héritage

Julian Byng instaure la Coupe du Gouverneur général à la Foire royale d’hiver de l’agriculture, à Toronto. Ses honneurs militaires de la bataille de la crête de Vimy sont offerts au musée canadien de la guerre en 2007.

L’affaire King-Byng continue d’avoir un effet important sur les pouvoirs et les responsabilités du gouverneur général au Canada. La crise est notamment longuement étudiée dans la presse lorsque le premier ministre Stephen Harper demande à la gouverneure générale Michaëlle Jean de proroger le Parlement en 2008, ce qui crée un parallèle avec le dilemme de Julian Byng (Michaëlle Jean accepte cependant la prorogation après plusieurs heures de délibérations avec des experts de la Constitution). 


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