Réserves en Saskatchewan

La Saskatchewan est habitée par au moins 70 Premières Nations et diverses communautés métisses. Elle abrite 782 réserves, colonies et villages, dont une grande partie sont situés dans le sud de la province. Les réserves en Saskatchewan ont été fondées entre 1874 et 1906 par les Traités 2, 4, 5, 6, 8 et 10. En 2016, 47,5 % des 114 570 personnes s’identifiant comme Premières Nations vivaient dans des réserves, statistique comparable à celles du Manitoba. La majorité des autres vivent dans les villes de Saskatoon, Regina et Prince Albert.   



Drapeau de la Première Nation de Thunderchild
(avec la permision de Cree Hawk/Flickr CC BY-NC 2.0)

Géographie

Les réserves de la Saskatchewan sont principalement concentrées dans la moitié sud de la province. Les réserves de 16 bandes, y compris celles de Pasqua, de Muscowpetung et de Standing Buffalo, sont regroupées près de Fort Qu’Appelle, au sud-est, tandis que sept autres sont situées près de Saskatoon. La grande région de Prince Albert comprend aussi plusieurs réserves, y compris celles de la Première Nation de Sturgeon Lake et de la nation dakota de Wahpeton. Les réserves les plus à l’ouest appartiennent à la Première Nation de Nekaneet, située à environ 30 km de la ville de Maple Creek, et à celle d’Onion Lake, à la frontière de l’Alberta. De l’autre côté de la province, la Première Nation Cote et la Nation crie de Cumberland House se trouvent près du Manitoba.

Bien qu’environ 75 % des terres occupées par des réserves en Saskatchewan se situent à moins de 50 km les unes des autres dans la partie sud de la province, celles du nord sont plus espacées, et certaines sont éloignées de toute ville ou village. La frontière la plus au nord de la province abrite les Premières Nations de Fond Du Lac et de Black Lake, près du lac Athabasca, et la Première Nation de Hatchet Lake près du lac Wollaston. Aucune route praticable toute l’année ne mène à ces réserves, ce qui signifie que les gens et les ravitaillements doivent s’y rendre par avion ou par motoneige. À Fond du Lac, moins de 1 000 personnes vivent avec une densité de population de 6,5 personnes par km2, tandis que 1 400 personnes vivent dans la réserve de Black Lake avec une densité similaire. D’autres réserves isolées comprennent, au nord-est, celle de la Nation crie de Peter Ballantyne, près de Pelican Narrows, et, au nord-ouest, celles des Premières Nations de Birch Narrows et des Dénés de Clearwater River.

À l’instar de la réserve de White Bear, située à environ 19 km au nord de Carlyle, certaines réserves se trouvent près des villes tandis que d’autres se situent à l’intérieur même de celles-ci, par exemple la Première Nation de Muskeg Lake, à Saskatoon. Trois autres réserves urbaines sont celles de la Nation crie de Peter Ballantyne à Prince Albert, de la Première Nation de Star Blanket à Fort Qu’Appelle et des Premières Nations de Sakimay, à Yorkton.

Comme dans les autres provinces, les terres de réserve en Saskatchewan sont généralement divisées en petites sections territoriales. Par exemple, la réserve de Canoe Lake comprend trois régions près d’Île-à-la-Crosse. De la même manière, la réserve de Carry The Kettle est séparée en 73 parties au sud-est de Fort Qu’Appelle. Ces régions sont cependant beaucoup plus petites que les territoires traditionnels autrefois occupés par les peuples autochtones en Saskatchewan, avant la création des réserves.

La géographie des réserves en Saskatchewan peut également être interprétée selon les régions couvertes par chaque traité. Les traités 4 et 2 se séparent la partie la plus au sud de la province, bien que la majeure partie de la région soit couverte par le Traité 4. (Les peuples autochtones de la Saskatchewan n’ont pas signé le Traité 2, mais vivent dans des réserves correspondant à ce traité même s’ils ont signé le Traité 4.) Plus au nord, le Traité 6 englobe une grande partie du centre de la province, qui comprend aussi une petite région occupée par des réserves administrées par le Traité 5. Les terres du Traité 8 couvrent environ la moitié de la province et la majorité de son territoire au nord, tandis que celles du Traité 10 couvrent la région nord-ouest de la province. 

 
Traités en Saskatchewan.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Démographie

Les groupes linguistiques des Premières Nations de Saskatchewan sont le cri, le déné, le dénésuline, le dakota, le dakota (assiniboine), le saulteaux et l’ojibwé. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.) La région accueille également des peuples métis.

L’âge médian des personnes autochtones vivant dans les réserves en Saskatchewan est d’environ 20 ans, ce qui correspond à la moitié de la médiane des populations non autochtones de la province et vivant à l’extérieur des réserves. Le recensement de 2011 fait état d’une augmentation de 16 % par rapport au nombre de personnes vivant dans les réserves de la Saskatchewan. Cependant, celui de 2016 indique que cette population, après avoir atteint 55 692 personnes en 2011, est redescendue à 54 450.

École dénée de Clearwater River
École dénée de Clearwater River en 2015. (avec la permission de Kayoty/Wikimedia CC BY-SA 4.0)

Histoire

Avant que les Européens ne viennent coloniser l’ouest du Canada, les peuples autochtones vivent, récoltent et chassent librement dans les Plaines. Certaines nations, surtout les Cris et les Siksikas, mènent également des guerres pour s’approprier des ressources. À partir de la fin des années 1800, dans le but de peupler l’ouest avec des colons blancs et de développer la terre dans des visées commerciales et industrielles, la Couronne signe une série de traités avec les peuples des Plaines, connus sous le nom de Traités numérotés. En échange de territoires, les traités promettent aux Autochtones des territoires appelés réserves, et une compensation financière unique ou récurrente (selon le traité), en plus de leur conférer certains droits de chasse et de pêche. Certains traités comprennent également des promesses d’éducation et de soins de santé. (Voir aussi Histoire de la colonisation des prairies canadiennes.)

En 1874, le Traité 4 mène à la création des premières réserves de la province. Trois Premières Nations, bien qu’ayant signé ce traité, vivent sur des terres du Traité 2 : Ocean Man, Nakotas de Pheasant Rump et White Bear. Le Traité 4 couvre la région sud de la province, qui inclut aujourd’hui les villes de Moose Jaw, Regina et Yorkton.

Le Traité 5, signé en 1875-1876, mène à la création d’une petite étendue de terres de réserve à la frontière du Manitoba, tandis que le Traité 6, de 1876, cède à la Couronne une grande partie de la portion centrale de la province. Au nord de la Saskatchewan, le Traité 8 (signé en 1899) et le Traité 10 (signé en 1906) forment les dernières réserves de la province.

Une fois installées dans les réserves, les bandes sont assujetties aux clauses de la Loi sur les Indiens et soumises à un contrôle de circulation par un système de laissez-passer, une politique jamais codifiée par la loi qui restreint les déplacements des Autochtones dans l’Ouest, des années 1880 jusqu’aux années 1930. Les personnes désirant quitter les réserves ne peuvent le faire qu’avec la permission écrite d’un agent des Indiens. Un documentaire paru en 2015, The Pass System (le système de laissez-passer), montre l’exemple d’un résident de ce qui est aujourd’hui la réserve de Beardy’s & Okemasis, au centre de la Saskatchewan, qui doit déposer en 1897 une demande de permission de voyage pour se rendre à son mariage.

Helen Jeffries et Dave Robertson (Cris)
Helen Jeffries et Dave Robertson (Cris) à la Première Nation d’Onion Lake, Saskatchewan, 1946. (avec la permission de Wikimedia CC)

Politique

Comme d’autres communautés de Premières Nations, les réserves de Saskatchewan sont dirigées par des chefs et des responsables élus ou, dans certains cas, par des chefs héréditaires. La Loi sur les Indiens (1876) définit les paramètres de la gouvernance élue, y compris le nombre de membres du conseil de bande (soit un ratio standard de un pour chaque tranche de cent membres, avec un minimum de deux et un maximum de douze) et précise que chaque bande ne peut avoir qu’un seul chef. La loi exige que les chefs et les membres du conseil de bande soient élus par bulletins de vote secrets et établit une limite de mandat de deux ans. Tous les résidents des réserves âgés de plus de 18 ans et faisant partie d’une bande ont le droit de voter dans ces élections. Les autres méthodes d’élection pour les chefs des Premières Nations comprennent : la Loi sur les élections au sein de premières nations, les coutumes de la bande et les règlements propres aux communautés, établis par des nations dont le gouvernement est autonome.

En 2017, la Première Nation dakota de Whitecap, située à 26 km au sud de Saskatoon, signe une entente de principe avec le gouvernement fédéral, ce qui représente une étape vers l’autonomie gouvernementale. Après un vote interne et la conclusion d’une entente finale, les dakotas de Whitecap deviennent la première Première Nation gouvernée de manière autonome en Saskatchewan. L’autonomie gouvernementale signifie qu’ils ne sont plus sujets aux clauses de la Loi sur les Indiens et qu’ils obtiennent officiellement le contrôle des terres de la réserve et de ses ressources, des politiques de taxes et de dépenses et de la gestion des programmes sociaux comme l’éducation et les soins de santé. D’autres ententes avec les Premières Nations sont actuellement négociées en Saskatchewan.

Projets et événements marquants

Certaines Premières Nations de la Saskatchewan connaissent un certain succès commercial sur leurs réserves. La réserve de la Première Nation dakota de Whitecap compte environ 300 personnes et gère un casino et un parcours de golf prospères, ce qui contribue à son faible taux de chômage de 19 %, tel que recensé en 2016. Le succès de la nation est également lié à la décision qu’elle prend en 2013 de laisser tomber les clauses de la Loi sur les Indiens en matière de gestion de la terre et de mettre au point ses propres politiques.

À Saskatoon, la Première Nation de Muskeg Lake répartit les profits de son entreprise de location de propriétés et de sa station d’essence entre tous les membres de sa réserve urbaine et offre des possibilités de bourses d’études.  

Difficultés

En 2011, 36 % des personnes vivant dans des réserves en Saskatchewan habitaient dans des maisons surpeuplées. Bien que le gouvernement fédéral ait prévu 417 millions de dollars, répartis sur deux ans, pour améliorer les habitations sur les réserves partout au pays, un rapport du Sénat du Canada fait état d’un manque extrême de logements sur les réserves de la province. En 2013, par exemple, les réserves de la province comprennent 14 583 maisons, y compris les 374 habitations bâties et les 90 logements détruits l’année précédente, mais l’augmentation nette de 2 % ne permet pas d’accueillir l’importante population. (Voir aussi Conditions sociales des peuples autochtones au Canada.)

Le chômage représente un autre problème important. En 2011, 59 % des personnes vivant dans des réserves en Saskatchewan sont sans emploi, comparativement à 40 % pour les Autochtones vivant à l’extérieur des réserves. Parmi les enfants qui grandissent dans une réserve en Saskatchewan, 69 % vivent dans la pauvreté, ce qui correspond au deuxième taux le plus élevé, après les enfants autochtones vivant dans des réserves au Manitoba. Le taux de suicide des enfants et des adultes est quatre fois plus élevé que celui du reste de la population. Le suicide de deux adolescents, en janvier 2018 sur la réserve de Fond Du Lac, témoignent de l’aspect tragique de cette crise persistante.

Un autre problème sur les réserves est celui de la dépendance aux drogues. En 2016, les chefs des Premières Nations de The Key, Cote et Keeseekoose appellent à une prise de conscience face à « l’urgence de santé mentale » découlant de la dépendance à la méthadone et aux surdoses sur leurs réserves. Deux ans plus tard, la Première Nation de Piapot enclenche un processus pour gérer le problème sur sa propre réserve : elle bannit la consommation de drogues et d’alcool et prévoit une amende pour ceux qui contreviennent à la nouvelle politique.   

Arts et culture

La Saskatchewan est le foyer de plusieurs auteurs, artistes et musiciens autochtones résidents ou originaires de réserves. (Voir aussi Art autochtone contemporain.) Le Saskatchewan Aboriginal Writers Circle (Cercle des auteurs autochtones de la Saskatchewan) organise régulièrement les festivals Anskokh pour présenter des créations orales et littéraires tandis que la galerie d’art de l’Université des Premières Nations à Regina affiche les œuvres d’une grande variété d’artistes autochtones. La danse et la musique autochtone traditionnelles sont mises en valeur lors de plusieurs pow-wow annuels dans la province, y compris celui de la Première Nation de Standing Buffalo, l’un des plus importants de la province, présenté tous les étés sur la réserve près de Fort Qu’Appelle.


Guide pédagogique perspectives autochtones

Collection des peuples autochtones

Lecture supplémentaire

  • James Daschuk, La destruction des Indiens des Plaines : Maladies, famines organisées, disparition du mode de vie autochtone (2013).

Liens externes