William Lyon Mackenzie King, premier ministre du Canada de 1921 à 1926, de 1926 à 1930 et de 1935 à 1948 (Berlin [Kitchener], Ont., 17 décembre 1874 – Kingsmere, QC [près d’Ottawa, Ont.], 22 juillet 1950). Chef du Parti Liberal de 1919 à 1948, période pendant laquelle il est premier ministre durant près de 22 ans, King est l’homme politique dominant d’une époque de grands changements. Premier ministre canadien ayant exercé ses fonctions le plus longtemps, King a guidé le Canada à travers l’industrialisation, une grande partie de la Crise des années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale. Au moment où il quitte son poste, le Canada a atteint une plus grande indépendance de la Grande-Bretagne, a gagné une voix internationale plus importante et a mis en œuvre des politiques comme l’assurance-chômage en réponse à l’industrialisation, à la détresse économique et aux réalités sociales changeantes.

Carrière initiale dans les relations de travail et les relations industrielles

King, le petit-fils de William Lyon Mackenzie, obtient un diplôme de l’Université de Toronto en 1895 avant de poursuivre des études en économie politique à Chicago et à Harvard. En 1900, il devient le premier sous-ministre du Travail du Canada. Son intérêt pour ce qui touche au travail coïncide avec l’expansion du secteur manufacturier et des tensions croissantes dans les relations industrielles. En tant que sous-ministre du Travail, King agit à titre de conciliateur dans plusieurs grèves. Il est très influent lors de l’adoption de la Loi sur les enquêtes en matière de différends industriels de 1907. Cette loi est un jalon important qui diffère le déclenchement des grèves et des lock-out dans les services publics et le secteur minier jusqu’à ce qu’une commission de conciliation ait conclu une entente ou publié son rapport. Il est élu député libéral de North York en 1908, puis nommé ministre du Travail au sein du Cabinet de sir Wilfrid Laurier en 1909.

King est défait aux élections fédérales en 1911 et à celles de 1917, qui portent sur la conscription. Il maintient son adhésion au Parti libéral, mais, pendant la guerre, il travaille en tant que consultant dans le domaine du travail et auprès de la fondation Rockefeller. Dans son livre Industry and Humanity (1918), il expose sa théorie selon laquelle l’industrie procède de quatre composantes (le capital, la direction, la main-d’œuvre et la société), d’où la nécessité que le gouvernement, agissant dans l’intérêt de la société, favorise la résolution pacifique des conflits de travail.

Premier ministre

Lors du congrès à la direction du Parti libéral de 1919, King est choisi pour succéder à Laurier. Deux ans plus tard, les libéraux remportent les élections fédérales par une faible majorité, et King devient premier ministre. Il cherche à regagner la confiance des agriculteurs de l’Ontario et de l’Ouest qui avaient appuyé le Parti Progressiste, nouvellement formé, mais ses réductions des tarifs de transport et des taux de fret ne suffisent pas à les convaincre. Après les élections de 1925, les libéraux ne se maintiennent au pouvoir qu’avec l’appui du Parti progressiste.

Dès la première session de la nouvelle législature, quand il devient clair que cet appui sera retiré en raison d’un scandale au sein de l’administration des douanes, King demande au GOUVERNEUR GÉNÉRAL, LE VICOMTE BYNG, la dissolution du Parlement. Byng refuse et appelle Arthur Meighen à former un gouvernement conservateur, lequel est défait quelques jours plus tard à la Chambre des communes. Lors des élections de 1926, King insiste sur le caractère présumé inconstitutionnel du gouvernement Meighen, mais les libéraux remportent la victoire grâce à l’appui des progressistes qui les préfèrent aux conservateurs et à leurs tarifs de transport beaucoup trop élevés (voir Affaire King-Byng).

Pendant les années de vaches grasses qui ont suivi 1926, le gouvernement libéral assure une administration prudente qui permet de réduire la dette fédérale. Sa seule initiative est la création d’un régime de Pensions de Viellesse. King se porte à la défense de l’autonomie canadienne dans ses relations avec le Royaume-Uni et contribue à définir le statut de dominion lors de la Conférence impériale de 1926. Selon la déclaration de Balfour qui en résulte, les dominions britanniques sont définis comme membres autonomes et égaux du Commonwealth. King est satisfait de cette définition, car il est loyal à l’Empire britannique tout en étant le grand défenseur de la souveraineté canadienne.

Crise des années 1930

Malgré ses études en économie politique, il est hésitant à reconnaître la crise économique qui fait rage pendant les années 1930. D’ailleurs, il ne note même pas le krach boursier de 1929 dans son journal personnel. Au début, il ne croit pas que la dépression affectera sérieusement le Canada, et refuse de fournir un financement fédéral aux provinces aux prises avec le chômage. À l’opposé, les conservateurs de R.B. Bennett promettent des mesures agressives, et les libéraux sont défaits lors des élections de 1930.

King s’avère efficace comme chef de l’Opposition. Tout en conservant l’unité de son parti, il accuse Bennett de ne pas tenir ses promesses et lui reproche la hausse du chômage et l’augmentation des déficits. Cependant, tout ce qu’il trouve à proposer est une réduction des barrières tarifaires. Les politiques de Bennett, y compris des camps de secours pour les chômeurs, la Loi sur le rétablissement agricole des prairies, la Commission canadienne du blé et ce qu’on connaît sous l’appellation New Deal de Bennett ont lamentablement échoué à régler les difficultés du pays. En 1935, le Parti libéral mène la campagne électorale sur le slogan « King ou le chaos » et remporte les élections avec une majorité confortable. King négocie des accords commerciaux avec les États-Unis en 1935, puis avec la Grande-Bretagne et de nouveau avec les États-Unis en 1938. Cependant, le recul économique de 1937 impose des dépenses élevées en secours directs, et le gouvernement se montre impuissant à redresser la situation. (voir aussi Crise des années 1930.)

Deuxième Guerre mondiale

King se voit obligé de porter plus d’attention aux affaires internationales, marquées par la crise de l’Éthiopie et celle de Munich, dans l’espoir que la guerre sera évitée par la voie de l’apaisement. Tout comme d’autres dirigeants contemporains, King est impressionné par Hitler lorsque les deux font connaissance à Berlin, en Allemagne, le 29 juin 1937. Il note dans son journal intime que Hitler « est un homme qui aime véritablement son prochain » (voir le journal intime de King, 29 juin 1937). Bien qu’ils discutent de divers sujets, King ne mentionne pas la politique anti-juive du Parti nazi pendant la réunion. Il existe une discrimination généralisée contre les juifs même au Canada, et la politique d’immigration du pays est influencée par un point de vue antisémite (voir Antisémitisme).

Au moment de leur rencontre en juin 1937, Hitler assure King que l’Allemagne n’a aucune envie de déclencher une guerre. Cependant, les faits révèlent bientôt les vraies intentions de l’Allemagne, décevant les espoirs de King d’éviter une autre guerre. Par contre, il souligne que, advenant l’éclatement d’un conflit, la décision d’engager la participation canadienne à la guerre appartient au Parlement canadien (et non au gouvernement britannique). Pour rendre une telle décision plus acceptable, particulièrement pour les Canadiens français, il promet qu’il n’y aura pas de conscription pour le service outre-mer. Quand la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne, en septembre 1939, le Parlement canadien est convoqué à une session d’urgence et, ne rencontrant qu’une opposition purement symbolique, proclame l’entrée en guerre du Canada.

King déclenche des élections éclair en 1940, et son parti est reporté au pouvoir avec une majorité accrue. Grâce à la collaboration entre le gouvernement et les dirigeants d’entreprise et les syndicats, l’industrie canadienne amorce un virage vers la production de guerre, et les taux de chômage chutent de façon spectaculaire. L’extraordinaire expansion industrielle qui en résulte s’appuie sur des ententes financières spéciales avec les États-Unis et sur une planification économique à l’échelle continentale.

Afin d’apaiser les Canadiens qui craignent un retour à la dépression économique après la guerre et qui se tournent vers l’État pour une plus grande sécurité sociale, King instaure l’assurance-chômage en 1940, et son programme de reconstruction, fondé sur les principes de l’Économie Keynésienne, comprend des allocations familiales et des propositions en vue d’un programme d’assurance-maladie.

Les premières victoires remportées par l’Allemagne incitent certains Canadiens à promouvoir la conscription, mais King, qui redoute une crise économique, essaie plutôt de trouver un compromis. En 1940, il adopte la conscription, mais seulement pour le service à l’intérieur du Canada. Ne pouvant résister aux pressions, il appelle en 1942 un plébiscite pour demander à la population de le dégager de sa promesse de ne pas recourir à la conscription pour le service outre-mer. Une majorité de Canadiens lui accordent leur appui, tandis que les Québécois se prononcent fortement contre. Le grand nombre de morts et de blessés en 1944 et la baisse du taux d’enrôlement volontaire entraînent de longs débats au sein du gouvernement et la démission du ministre de la Défense, James Layton Ralston. En novembre, King accepte subitement d’envoyer outre-mer des troupes jusque-là affectées à la défense du territoire canadien, décision acceptée même par les Canadiens français, bien qu’à contrecœur. (voir aussi Deuxième Guerre mondiale.)

Les libéraux remportent de peu les élections de 1945. King ne joue pas un rôle prépondérant pendant la période de l’après-guerre, préférant limiter autant que possible l’intervention du gouvernement dans les affaires internes comme à l’étranger. On l’amène à donner sa démission en 1948, et Louis St. Laurent lui succède. King décède deux ans plus tard.

Controverse et héritage

Mackenzie King continue de susciter l’intérêt des Canadiens. Certains affirment qu’il doit sa longue carrière politique à son habileté à se dérober et à sa politique de l’indécision, et que sa direction a manqué de créativité. Ses défenseurs allèguent que King a progressivement transformé le Canada, un pays difficile à gouverner, tout en conservant l’unité de la nation.

Des révélations récentes portent à croire que cet homme apparemment tout ce qu’il y a de plus convenable et sans histoire était un adepte du spiritisme qui entrait fréquemment en contact avec sa mère, d’autres membres de sa famille et des amis dans l’au-delà. King a tenu un journal intime pendant une bonne partie de sa vie. Ce journal, qui fut transcrit et publié en une série de volumes éditée par Pickersgill and Forster, a fourni aux biographes et aux historiens un regard fascinant sur les croyances de King, ainsi que sur sa vie personnelle et spirituelle. La publication du livre A Very Double Life de C.P. Stacey en 1976 donne lieu à des spéculations intenses au sujet de la vie sexuelle et spirituelle de King, et nombreux sont ceux qui comparent son existence à celle du Dr Jekyll et M. Hyde. Par contre, Allan Levine argumente dans King: William Lyon Mackenzie King: A Life Guided by the Hand of Destiny (2011) que les excentricités de King ont influencé ses décisions politiques, et que sa foi et sa spiritualité font partie intégrale de sa personnalité. Tandis que plusieurs ont ridiculisé ses séances régulières et ses discussions avec ses bien-aimés Terriers irlandais (Pat I, II et III), ses idiosyncrasies personnelles ne devraient pas éclipser ses réalisations politiques.