James K. Bartleman

James Karl Bartleman, O.C., O. Ont., diplomate, auteur, lieutenant-gouverneur de l’Ontario de 2002 à 2007 (né le 24 décembre 1939 à Orillia, en Ontario). James K. Bartleman a été diplomate pendant près de 40 ans, occupant le poste de haut-commissaire et d’ambassadeur dans de nombreux pays, dont l’Afrique du Sud, Cuba et Israël, ainsi que le poste de conseiller en matière de politique étrangère du premier ministre Jean Chrétien. Membre de la Première Nation de Mnjikaning, il devient en 2002 le tout premier Autochtone à être nommé lieutenant-gouverneur de l’Ontario. Durant son mandat, il fait la promotion de l’alphabétisation et de l’éducation dans les communautés autochtones et œuvre à combattre les préjugés entourant la maladie mentale.

Jeunesse et éducation

James Bartleman voit le jour le 24 décembre 1939 à Orillia, en Ontario. Sa mère, Marie Simcoe, est une Chippewa de la Première Nation de Mnjikaning. Lorsqu’elle épouse Percy Bartleman, d’origine écossaise, Marie Simcoe perd son statut d’Autochtone en raison des dispositions de la Loi sur les Indiens (voir aussi Les femmes autochtones et le droit de vote). En 1946, la famille s’installe à Port Carling, en Ontario, où elle passe ses étés dans une tente à proximité d’une décharge publique et ses hivers dans une maison louée en piteux état. Le père de James Bartleman travaille comme ouvrier et vend du poisson aux restaurants de la région. Quant à sa mère, elle souffre de dépression, que James Bartleman attribuera plus tard à la difficulté de concilier les mondes autochtone et non autochtone. Il fait lui-même l’objet de racisme et de discrimination dans la petite ville où il habite, et racontera plus tard avoir été traité de « sale métis » dans sa jeunesse, ce qui laisse des traces. En dépit de cette expérience, il en vient à revendiquer pleinement son héritage autochtone, à propos duquel il déclare : « Je pensais que de savoir ce à quoi ressemblait la vie autochtone me donnait, en tant qu’individu, une vie beaucoup plus riche ».

Grâce à des visites à la bibliothèque locale avec son père, un fervent lecteur, James Bartleman découvre de nouveaux horizons et développe la soif d’apprendre constamment de nouvelles choses. La petite école de Port Carling n’offre pas la 13e année (qui est alors la dernière année des études secondaires), ce qui menace de mettre fin à l’éducation formelle de James Bartleman. Ce dernier passe alors les étés de sa jeunesse à travailler pour l’américain Robert Clause, président de la Pittsburgh Plate Glass Company qui possède un chalet à Muskoka. En 1958, Robert Clause offre de financer non seulement son déménagement à London, en Ontario, pour qu’il y termine ses études secondaires, mais également ses études universitaires.

James Bartleman s’inscrit en l’histoire à l’Université de Western Ontario (aujourd’hui l’Université Western) à London, où il est à nouveau confronté au racisme et à la discrimination. Unique étudiant autochtone à l’université, il s’aperçoit rapidement « que la plupart des Canadiens sont mal à l’aise avec les Autochtones ». Il note que les cours sur l’histoire du Canada auxquels il assiste présentent souvent des généralisations sur lespeuples autochtones, simplifient leurs interactions avec les colons européens et effacent en grande partie les contributions des Autochtones au développement du pays. Malgré tout, James Bartleman plonge dans son nouveau milieu universitaire et s’intéresse particulièrement à la littérature et à l’histoire. Il termine son baccalauréat spécialisé en 1963.

Carrière diplomatique

Après avoir enseigné pendant un an dans le sud-ouest de l’Ontario, James Bartleman part pour l’Europe avec son sac à dos, voyageant notamment en Espagne, en Norvège et en France. Il s’arrête pour enseigner pendant un moment en Angleterre et à La Haye et travaille dans des centres d’aide aux étudiants en voyage. Durant son année à l’étranger, il vit certaines expériences qui l’inspirent à amorcer sa carrière au sein du Service extérieur canadien. Le 6 décembre 1964, souhaitant se rendre à la cathédrale Saint-Paul à Londres pour assister à un récital d’orgue, il se retrouve plutôt parmi les fidèles à écouter un discours du leader américain des droits civiques Martin Luther King Jr. Les paroles de King ont un effet profond sur James Bartleman, à une époque où il croit de plus en plus à l’importance de répandre des messages de paix et de coopération. Le mois suivant, il se trouve parmi les foules qui affluent dans les rues de Londres pour apercevoir le cortège funèbre de sir Winston Churchill.

James Bartleman se joint au Service extérieur en 1966, occupant d’abord un poste au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international. Cela marque le début d’une carrière de près de quatre décennies au sein de la fonction publique et de voyages à travers le monde. En 1972, en tant que haut-commissaire intérimaire, il ouvre la première mission diplomatique du Canada au Bangladesh, une république alors nouvellement indépendante. Au cours de sa carrière, James Bartleman sera nommé à de nombreux postes diplomatiques, dont celui d’ambassadeur à Cuba de 1981 à 1983. De 1986 à 1990, il occupe simultanément le poste de haut-commissaire à Chypre et celui d’ambassadeur en Israël. Durant les quatre années qui suivent, il est ambassadeur au Conseil de l’Atlantique Nord de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

En 1994, James Bartleman devient conseiller de politique étrangère du premier ministreJean Chrétien et secrétaire adjoint du Cabinet pour la politique étrangère et de défense au sein du Bureau du Conseil privé. Au milieu des années 1990, période marquée par le génocide rwandais de 1994, les relations avec plusieurs pays en Afrique sont particulièrement tendues. James Bartleman déclarera plus tard qu’il aurait souhaité en avoir fait plus, à titre de conseiller du premier ministre, et que la réputation du Canada tout comme celle des Nations Unies (ONU) a été entachée en raison de leur inaction quant au Rwanda. James Bartleman, qui travaille avec le général Roméo Dallaire, commandant de la mission de l’ONU au Rwanda, racontera plus tard avoir trouvé « difficile de regarder Roméo Dallaire dans les yeux ». En 1996, dans l’espoir d’éviter une situation similaire au Zaïre (Congo), le gouvernement canadien, en grande partie sous l’impulsion de James Bartleman, tente de mettre sur pied une mission internationale de sauvetage, mais la majorité de la communauté internationale rejette l’idée. James Bartleman travaille au sein du gouvernement Chrétien jusqu’en 1998.

Cette année-là, il occupe pendant un an le poste de haut-commissaire en Afrique du Sud avant d’occuper le même poste en Australie, de 1999 à 2000. De 2000 à 2002, il est ambassadeur à l’Union européenne.

Attentat d’Air India

James Bartleman est nommé chef des services de renseignements pour le ministère des Affaires étrangères en 1983. Il est en poste au moment de l’attentat contre le vol d’Air India en juin 1985. L’attentat terroriste contre le vol 182, décollé de l’aéroport Pearson de Toronto, fait 329 victimes, dont 280 canadiennes. L’attentat est l’œuvre de séparatistes de confession sikhe de la Colombie-Britannique. En mai 2006, le gouvernement canadien ouvre une enquête sur la réaction officielle à l’attentat.

En mai 2007, James Bartleman (alors lieutenant-gouverneur de l’Ontario) témoigne devant la Commission Air India et affirme avoir lu dans les jours précédant la tragédie un rapport du renseignement qui avertissait de l’imminence d’un attentat contre Air India. Il déclare en avoir discuté avec un fonctionnaire de la GRC, mais pas avec ses supérieurs aux Affaires étrangères. En 20 ans, il n’a jamais révélé ce fait. Cette révélation secoue l’enquête, et James Bartleman est critiqué pour avoir omis de partager l’information plus tôt. En revanche, plusieurs fonctionnaires du renseignement et de la GRC remettent en question l’exactitude de ses souvenirs. Le rapport final de l’enquête met en lumière des lacunes majeures dans la communication entre les organismes gouvernementaux canadiens, la GRC et la communauté du renseignement. Après sa comparution devant la commission, James Bartleman présente des excuses publiques auprès des familles des victimes.

Lieutenant-gouverneur de l’Ontario

Le 7 mars 2002, James Bartleman est nommé 27e lieutenant-gouverneur de l’Ontario, devenant le tout premier Autochtone à occuper cette fonction dans la province. Au cours de son mandat, il se concentre sur trois grandes initiatives : la lutte contre le racisme et la discrimination, la promotion de l’éducation et de l’alphabétisation des jeunes Autochtones, et l’élimination de la stigmatisation dont sont victimes ceux qui souffrent de maladies mentales.

Au cours de ses premières tournées dans les collectivités du nord de l’Ontario en tant que lieutenant-gouverneur, James Bartleman remarque que les bibliothèques scolaires de la région sont mal pourvues en livres. Face à ce constat, il organise en 2004 une campagne de collecte de livres. Environ 900 000 livres sont envoyés aux écoles, avec des envois prioritaires aux communautés accessibles uniquement par voie aérienne. Une deuxième campagne en 2007 comprend des envois de livres au Nunavut et au nord du Québec.

En 2005, James Bartleman lance un programme de jumelage entre les écoles autochtones et non autochtones en Ontario et au Nunavut afin de favoriser la compréhension mutuelle et le développement communautaire. Les étudiants participent à des échanges ainsi qu’à des programmes de correspondance, et des campagnes de collecte de ressources éducatives – dont des livres et des instruments de musique – sont mises sur pied.

En juillet 2005, James Bartleman annonce la création de camps d’alphabétisation pour les communautés autochtones du nord-ouest de l’Ontario. Les camps comprennent des activités sportives ainsi que des programmes de langue et de culture autochtones. En 2006, les camps sont offerts également aux communautés accessibles seulement par avion, et environ 3 500 enfants et jeunes de la région s’y inscrivent. Les participants aux camps deviennent membres du Club Amick, un programme de lecture qui en viendra à inclure 5 000 Autochtones.

Les initiatives d’alphabétisation ont pour raison d’être de promouvoir l’estime de soi chez les jeunes et de leur offrir diverses possibilités d’avancement. James Bartleman estime toutefois qu’il faut en faire bien davantage pour améliorer la santé mentale dans les communautés autochtones du nord de l’Ontario. Ainsi, dans le but de diminuer les sentiments de honte souvent associés à la maladie mentale, il décide de parler publiquement de ses propres expériences avec celle-ci. Il parle entre autres des problèmes de sa mère ainsi que de son propre combat contre la dépression clinique. James Bartleman s’exprime ouvertement au sujet du stress post-traumatique dont il a souffert après avoir survécu à une attaque brutale pendant un vol à main armée en Afrique du Sud en 1999 : « J’en suis sorti vivant, mais je suis tombé dans une dépression profonde. J’ai eu des pensées suicidaires […] Je n’ai pas eu honte de demander de l’aide ». En parlant ouvertement de cette expérience, il espère estomper la stigmatisation qui empêche beaucoup de personnes souffrant de maladies mentales de se tourner vers des solutions de traitement.

À la fin de son mandat de lieutenant-gouverneur en septembre 2007, James Bartleman est nommé chancelier de l’École d’art et de design de l’Ontario (aujourd’hui l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario), poste qu’il occupe jusqu’en 2012.

Auteur

James Bartleman est auteur de livres à succès, publiant autant des romans que de la littérature non romanesque. Il raconte sa vie diplomatique et personnelle dans quatre mémoires. Dans Out of Muskoka (2002) et Raisin Wine (2007), James Bartleman parle de son enfance à Port Carling, en Ontario, des défis liés au mélange des cultures autochtone et non autochtone, du racisme et de la discrimination qu’il a vécus en raison de son identité. Il fait don des recettes des ventes de Out of Muskoka à la Fondation nationale des réalisations autochtones, tandis que les recettes de Raisin Wine servent à expédier des livres aux communautés du Nord. Dans On Six Continents (2004) et Rollercoaster (2005), James Bartleman raconte sa longue carrière en tant que diplomate et conseiller en politique étrangère, quoique Rollercoaster se concentre davantage sur son expérience au sein du gouvernement Chrétien.

James Bartleman s’inspire de ses expériences de vie pour produire également des œuvres de fiction. Son premier roman, As Long as The River Flows (2011), traite des effets à long terme du système de pensionnats indiens sur une famille autochtone du nord de l’Ontario. Exceptional Circumstances (2015) est un roman dans lequel se déroulent des intrigues diplomatiques sur fond de crise d’octobre au Québec.

Vie privée

Alors qu’il travaille au siège de l’OTAN à Bruxelles, James Bartleman rencontre sa femme, Marie-Jeanne Rosillon. Ils se marient en 1975 et ont trois enfants.

Distinctions et récompenses

James Bartleman a été président d’honneur de différentes organisations, dont la Mood Disorders Association of Ontario, l’Institut de recherches en santé mentale et le Centre pour la toxicomanie et la santé mentale (CTSM).

Un prix a également été baptisé en son honneur. En 2008, le gouvernement de l’Ontario crée les Prix James Bartleman pour la création littéraire des jeunes Autochtones en reconnaissance du statut de Bartleman en tant que premier lieutenant-gouverneur ontarien d’origine autochtone et de son engagement envers l’alphabétisation des jeunes Autochtones.

  • Prix national d’excellence décerné aux Autochtones pour le service public (1999)
  • Membre, Ordre de l’Ontario (2002)
  • Médaille du jubilé de la reine Elizabeth II (2002)
  • Dr. Hugh Lefave Award, Ontario ACT Association (2003)
  • Prix Courage de revenir à la vie, Centre de toxicomanie et de santé mentale (2004)
  • Prix Arthur Kroeger College en éthique et service public, Université Carleton (2007)
  • Prix Joseph Brant (pour Raisin Wine), Société historique de l’Ontario (2008)
  • Prix de la Journée nationale de l’enfant, Institut canadien de la santé infantile (2008)
  • Officier de l’Ordre du Canada (2011)
  • Médaille du jubilé de diamant de la Reine Elizabeth II (2012)

Diplômes honorifiques


Lecture supplémentaire

  • James K. Bartleman, Exceptional Circumstances (2015).

  • James K. Bartleman, As Long as the Rivers Flow (2011).

  • James K. Bartleman, Raisin Wine: A Boyhood in a Different Muskoka (2007).

  • James K. Bartleman, Rollercoaster: My Hectic Years as Jean Chrétien’s Diplomatic Advisor, 1994–98 (2005).

  • James K. Bartleman, On Six Continents: Life in Canada’s Foreign Service, 1966–2002 (2004).

  • James K. Bartleman, Out of Muskoka (2002).