François-Gaston de Lévis

François-Gaston, duc de Lévis, officier de l’armée française (né le 20 août 1719 près de Limoux, France; décédé le 26 novembre 1787 à Arras, France). Issu d’une branche appauvrie de la noblesse française, il gravit les échelons de la hiérarchie militaire grâce à ses relations, son sang-froid et sa bravoure sur le champ de bataille. Déployé en Nouvelle-France lors de la guerre de Sept Ans, il est secondé auprès du marquis Louis-Joseph de Montcalm. Il remporte la bataille de Sainte-Foy le 28 avril 1760 contre la garnison britannique de Québec commandée par James Murray.

François-Gaston, duc de Lévis, officier de l’armée française (né le 20 août 1719 près de Limoux, France; décédé le 26 novembre 1787 à Arras, France). Issu d’une branche appauvrie de la noblesse française, il gravit les échelons de la hiérarchie militaire grâce à ses relations, son sang-froid et sa bravoure sur le champ de bataille. Déployé en Nouvelle-France lors de la guerre de Sept Ans, il est secondé auprès du marquis Louis-Joseph de Montcalm. Il remporte la bataille de Sainte-Foy le 28 avril 1760 contre la garnison britannique de Québec commandée par James Murray.


François-Gaston de Lévis
Lévis porte un coup très dur à James Murray et aux Britanniques lors de la bataille de Sainte-Foy.
(avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-9141)

Enfance militaire

François-Gaston de Lévis naît le 20 août 1719 au château d’Ajac près de Limoux, dans le sud de la France. Il est le cadet d’une des plus anciennes familles de la noblesse de France. Deux de ses ancêtres figurent parmi les vice-rois de la Nouvelle-France (1625 et 1644).

Dès 1735, François-Gaston de Lévis porte l’épée comme sous-lieutenant du régiment de la Marine. Bien que noble, il est relativement pauvre, mais il a d’excellentes relations familiales. Il est le cousin du duc de Lévis-Mirepoix, qui sera fait maréchal de France en 1751. Rapidement promu lieutenant, il participe à la bataille de Clausen (guerre de Succession de Pologne), où sa bravoure lui vaut une autre promotion. Le 1er juin 1737, à l’âge de 17 ans, il est élevé au rang de capitaine.

En 1741, il sert dans le corps auxiliaire français de l’armée bavaroise qui envahit la Bohême pendant la guerre de Succession d’Autriche. C’est pendant cette campagne, dit-on, qu’il fait la rencontre de Louis-Joseph, marquis de Montcalm. Blessé au siège de Prague en 1742, il assiste à l’héroïque défense de la ville par le brigadier François de Chevert, sans pouvoir y prendre part.

La participation de Lévis aux campagnes d’Autriche, de Bohême et d’Allemagne lui permet de cumuler les honneurs. Il se taille une réputation de bravoure et de sang-froid parmi les officiers, qui le tiennent en haute estime. En 1748, il est fait chevalier de l’Ordre de Saint-Louis et obtient la croix de Saint-Louis, une distinction militaire prestigieuse.  

Campagne au Canada

François-Gaston de Lévis est ambitieux et bien qu’il ne dispose pas des fonds pour entretenir son propre régiment, il aspire ardemment à faire avancer sa carrière. En 1756, il est choisi pour être commandant en second des troupes françaises qui combattent en Amérique dans le cadre de la guerre de Sept Ans. Nommé brigadier, il est sous les ordres de Louis-Joseph, marquis de Montcalm.

Parti de Brest, en France, il arrive à Québec le 31 mai après une traversée de 56 jours sur la frégate La Sauvage. Il se rend à Montréal pour rencontrer le gouverneur général de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil, avec lequel il entretient des relations harmonieuses. Pendant toute la durée de la guerre, François-Gaston de Lévis contribue à de nombreux succès militaires.  Envoyé au lac Saint-Sacrement (aujourd’hui le lac George dans l’État de New-York) pendant l’été 1756, il se prépare à affronter l’ennemi au fort Carillon (aujourd’hui fort Ticonderoga), mais l’attaque n’aura pas lieu. L’année suivante, il commande l’avant-garde de 3 000 hommes de l’armée du général Montcalm, qui marche sur le fort William-Henry. Le fort anglais capitule après six jours de siège.

Bataille de Carillon

L’année 1758 marque un tournant important de la guerre. En juillet, une expédition britannique s’empare de la forteresse de Louisbourg, resserrant l’étau sur la colonie laurentienne. Le 7 juillet, François-Gaston de Lévis et un détachement de troupes d’élite marchent jour et nuit pour rejoindre l’armée française rassemblée au fort Carillon (aujourd’hui fort Ticonderoga). Le lendemain, ils sont attaqués par les 15 400 hommes du commandant James Abercromby. Ces derniers lancent, sans succès, des attaques successives sur les retranchements où se terrent 3 500 fusiliers français. La bataille fait rage toute la journée. Les lignes anglo-britanniques sont désorganisées par le terrain encombré de branches et de troncs amassés devant les retranchements français et les attaquants sont décimés. François-Gaston de Lévis commande alors le flanc droit de l’armée. La stratégie française fait merveille et à la tombée du jour, la victoire de la bataille de Carillon est décisive.

Bataille de Beauport

Cependant, l’enthousiasme est de courte durée, car l’expédition britannique qui a pris Louisbourg se dirige maintenant vers Québec. Pendant l’été 1759, le général James Wolfe assiège la ville de Québec, avec une armée de près de 10 000 hommes. François-Gaston de Lévis prend les commandes de la gauche de l’armée française, forte de 13 000 hommes, prudemment retranchée sur la côte de Beauport. Le 31 juillet 1759, Wolfe ordonne une attaque directe sur la position du chevalier de Lévis, qui l’attend de pied ferme. C’est la bataille de la chute Montmorency. Alors que les grenadiers britanniques prennent d’assaut les hauteurs de Montmorency, un violent orage éclate, les mettant en position vulnérable. On compte plus de 400 morts ou blessés de leur côté et près de 70 seulement du côté français. Encore une fois, le chevalier démontre qu’il est un officier militaire d’expérience et un tacticien compétent.

Après la perte du fort Niagara en juillet 1759, Louis-Joseph, le marquis de Montcalm, craint une poussée des Britanniques vers Montréal et y envoie François-Gaston de Lévis avec 800 hommes pour faire rempart à cette menace. C’est depuis cette ville que le chevalier apprend la débandade de l’armée française à la bataille des plaines d’Abraham, qui s’est déroulée le 13 septembre et à laquelle il n’a pu prendre part. Devenu commandant en chef des troupes françaises suite à la mort du général Montcalm, il réunit l’armée en déroute et planifie la reprise de Québec avec le gouverneur Pierre Rigaud de Vaudreuil.  

Bataille de Sainte-Foy

En avril 1760, François-Gaston de Lévis se présente devant Québec avec une armée de 7 000 hommes, prêt à prendre la cité d’assaut. Il défait l’armée britannique forte de 3 400 soldats commandée par James Murray sur les plaines d’Abraham à la bataille de Sainte-Foy, tout près du lieu où avait échoué le général Montcalm quelques mois plus tôt. Mais les Français ne parviennent pas à mettre cette victoire à profit. François-Gaston de Lévis met le siège devant la ville, mais une artillerie défectueuse et l’arrivée de renforts britanniques le forcent à rebrousser chemin vers Montréal quelques jours plus tard.

Capitulation

En septembre 1760, François-Gaston de Lévis et ses 2 100 combattants sont encerclés par trois armées britanniques ayant convergé vers Montréal, totalisant 18 200 hommes. Malgré la situation désespérée, le général François-Gaston de Lévis insiste pour livrer une dernière bataille, mais le gouverneur Pierre Rigaud de Vaudreuil refuse de sacrifier d’autres vies. Le 8 septembre, ce dernier signe la capitulation de Montréal, cédant du même coup le Canada aux Britanniques. Dans un geste de protestation, le chevalier de Lévis aurait ordonné de brûler les drapeaux régimentaires, plutôt que de subir l’humiliation d’avoir à les remettre à l’ennemi.

Réputation et fin de carrière

Pendant la guerre, le chevalier François-Gaston de Lévis fait preuve de générosité tant pour ses supérieurs que ses ennemis. Après la bataille des plaines d’Abraham, il écrit à François Charles de Bourlamaque pour défendre les décisions militaires prises par le marquis de Montcalm et pour que les honneurs lui soient rendus. Avant et après la bataille de Sainte-Foy, il entretient une correspondance courtoise avec son adversaire, le général écossais James Murray. Les deux adversaires qui s’étaient affrontés devant Québec entretiendront une amitié empreinte de respect mutuel durant toute leur vie.

De retour en France, François-Gaston de Lévis plaide sa cause à Paris. Il dépose une requête afin d’obtenir le grade de lieutenant-général, une augmentation de sa solde et l’annulation de la clause de la capitulation de Montréal l’empêchant de servir pendant la durée de cette guerre. Ses demandes sont toutes acceptées. Ses faits d’armes lui confèrent une telle notoriété que l’ancien premier ministre britannique William Pitt lui adresse une lettre personnelle lui annonçant :

« l'agréable nouvelle, que le Roi m'a autorisé à vous dire, que malgré la Capitulation faite entre Monsieur le General Amherst et Monsieur de Vaudreuil, vous avez la liberté de servir, pourvu que ce soit en Europe.»

En février 1762, François-Gaston de Lévis épouse Gabrielle-Augustine-Michel de Tharon, fille d’un riche administrateur. Il continue de se distinguer par son courage et son audace sur les champs de bataille jusqu’à la fin de la guerre de Sept Ans. Ses services lui valent la reconnaissance de l’État, qui le nomme gouverneur de l’Artois en 1765, puis Maréchal de France en 1783. Un an plus tard, à l’âge de 64 ans, il est élevé au rang de duc. Il décède à l’âge de 67 ans, dans l’exercice de ses fonctions malgré une santé précaire.

La vie de François-Gaston de Lévis est le témoignage d’une formidable réussite sociale au 18e siècle. Héritier d’une famille sans fortune, il a dû essentiellement compter sur ses compétences personnelles pour servir ses ambitions et atteindre ainsi les plus hautes sphères de la société française.