Tony Esposito

Anthony James, surnommé « Tony O », Esposito (né le 23 avril 1943 à Sault Ste. Marie, en Ontario). Gardien de but de hockey professionnel ayant passé 16 saisons en Ligue nationale de hockey (LNH), dont 15 avec les Black Hawks de Chicago (devenu les Blackhawks), Tony Esposito a acquis son surnom, « Tony O », en raison du nombre record de blanchissages qu’il a réussi. Étoile du hockey universitaire, il a gagné un championnat de la NCAA en 1965 avec le Michigan Tech et a été membre des Canadiens de Montréal, vainqueurs de la Coupe Stanley, en 1969. Frère cadet de Phil Esposito, Tony a remporté le trophée Calder de meilleure recrue de l’année en 1970 et a décroché le trophée Vézina à trois reprises. À l’occasion de la Série du siècle de 1972, Ken Dryden et lui se sont relayés dans les buts d’Équipe Canada. Il est considéré comme un pionnier de la technique « papillon » popularisée par Patrick Roy. Il est membre du Temple de la renommée du hockey et du Panthéon des sports canadiens.




Tony Esposito

Tony Esposito en 1973.

(avec la permission des Blackhawks de Chicago)

Jeunesse

Le hockey est un élément essentiel de l’enfance de Tony Esposito. Nés et élevés à Sault Ste. Marie, en Ontario, Tony et son frère aîné, Phil, pratiquent ce sport depuis leur plus jeune âge. Leur père, Pat qui travaille à l’aciérie Algoma de la ville et leur mère, Frances, ont également une fille, Terry, plus jeune que ses deux frères.

Dans sa prime jeunesse, Tony montre déjà des éclairs de son talent naturel. Malgré sa réputation de gardien de but talentueux, acquise dès son plus jeune âge, Tony Esposito, âgé de dix ans, encaisse, lors d’un match local, deux buts sur des tirs de loin qui auraient dû être faciles à arrêter pour lui. À la suite de cet incident, Phil suggère que Tony est certainement « aveugle », et, de fait, un examen de la vue révèle, peu après, qu’il a effectivement besoin de porter des lunettes. Lors de ses trois premiers matchs avec ses nouvelles lunettes, à l’occasion d’un tournoi scolaire, le jeune garçon effectue pas moins de 77 arrêts et est nommé joueur le plus utile du tournoi. Son père déclare : « Sa vue est trop mauvaise pour être gardien de but, et je n’arrive même pas à le “corrompre” pour qu’il tente de jouer à un autre poste. » Durant toute sa carrière, Tony Esposito portera des lentilles de contact. Phil déclarera plus tard : « Une fois qu’il a eu ses lunettes, il est devenu imbattable! »

Les frères Esposito sont coéquipiers au hockey bantam, bien que Tony se soit imposé comme un athlète multisport, excellant au hockey, au football, au softball et en athlétisme. En 1962, il est nommé joueur le plus utile de l’équipe de football de son école secondaire, le St. Mary’s College.

Carrière avant la LNH

Après avoir joué en junior A pour les Greyhounds de Sault Ste. Marie, de 1962 à 1963, Tony Esposito obtient une bourse d’études pour la Michigan Technological University de Houghton, dans le Michigan aux États‑Unis, où il commence à jouer pour l’équipe de hockey universitaire lors de la saison 1964‑1965. Au cours des trois saisons suivantes, il sera, systématiquement, sélectionné dans l’équipe des meilleurs joueurs de la National Collegiate Athletic Association (NCAA). En 1965, il conduit son équipe à un titre de champion national.

Son succès à l’échelon universitaire ne le place toutefois pas automatiquement sur une voie d’accès rapide à la LNH, une ligue au sein de laquelle son frère Phil s’est déjà imposé comme une étoile montante des Black Hawks de Chicago. Pour la campagne 1967‑ 1968, Tony Esposito intègre les Canucks de Vancouver qui font, à l’époque, partie de la Western Hockey League. L’année suivante, il joue pour les Apollos de Houston au sein de la Central Hockey League, une ligue mineure professionnelle, aujourd’hui disparue.

Débuts en LNH

C’est alors qu’il joue pour les Apollos que Tony Esposito effectue le mouvement décisif de sa carrière. En novembre 1968, les Canadiens de Montréal se retrouvent démunis devant la défection de leur gardien Lorne « Gump » Worsley, membre du Temple de la renommée du hockey, que sa peur de l’avion a conduit à prendre un congé de maladie. Le Tricolore, au faîte de sa puissance alors qu’il vient de disputer cinq finales de suite de la Coupe Stanley, fait appel au gardien natif de Sault Ste. Marie, qui quitte, sans délai Houston pour Montréal. Le 29 novembre 1968, il fait ses débuts en LNH contre les Seals d’Oakland. Ultérieurement, le 5 décembre, il fait partie, pour la première fois, de l’alignement de départ du Bleu Blanc Rouge contre les Bruins de Boston pour lesquels joue son frère Phil. Jouant comme remplaçant du solide vétéran Rogie Vachon, il ne rentre sur la glace qu’à l’occasion de 13 matchs du club de la métropole québécoise. Cette année‑là, Montréal gagne la Coupe Stanley, et, bien que le gardien recrue n’ait pas joué durant les séries éliminatoires, il débute sa carrière avec un titre de champion, et voit son nom gravé sur le fameux trophée.

Avec les Black Hawks de Chicago

Le 11 juin 1969, Tony Esposito est recruté par les Black Hawks de Chicago pour un montant de 30 000 $. Il intègre une formation talentueuse qui a raté les séries éliminatoires la saison précédente et n’a toujours pas obtenu des résultats à la hauteur de son potentiel. Deux futurs membres du Temple de la renommée du hockey, les avants Stan Mikita et Bobby Hull, font d’ailleurs partie de cette équipe.

Tony Esposito débute sa carrière devant les filets de Chicago le 11 octobre 1966, contre les Blues de St. Louis pour le match d’ouverture de la saison qui se solde, en dépit de 36 tirs arrêtés sur 43, par une défaite sur la marque de 7 à 2. Les Black Hawks lancent leur saison avec une fiche peu glorieuse de 0‑5‑1 jusqu’à ce que Tony Esposito arrête les 30 lancers qui lui sont adressés lors d’une victoire 5‑0 contre Montréal le 25 octobre 1969, contribuant ainsi à renverser la vapeur d’une saison plutôt mal engagée pour Chicago. Lors de sa première saison complète en LNH, le gardien de la franchise de l’Illinois dispute 63 matchs et décroche, avec 23 victoires, la première place du classement des gardiens de la ligue à ce chapitre. Il trône également, avec 15 blanchissages, en tête de cette statistique, n’étant dépassé, à ce jour, que par George Hainsworth, dont les buts sont restés inviolés à 22 reprises au cours de la saison 1928‑1929.

Après avoir raté les séries éliminatoires la saison précédente, les Black Hawks terminent la saison régulière à la première place du classement, établissant, au passage, avec 45 victoires, un record de la ligue. En 1970, Tony Esposito, remporte, à 26 ans, le trophée Vézina récompensant le meilleur gardien de but de la ligue, devenant, du coup, la première recrue à s’approprier ce prix depuis Frank Brimsek en 1939. Il reçoit également, cette année‑là, le trophée Calder de la meilleure recrue de l’année en LNH.

La saison suivante, 1970‑1971, Tony Esposito termine de nouveau en tête, avec 35 victoires, du classement du nombre de victoires pendant la saison régulière de LNH. Il affiche également, au chapitre du pourcentage d’arrêts et de la moyenne des buts encaissés en saison régulière, des statistiques records en carrière, à respectivement 0,928 et 2,20, tout en contribuant à la présence de son équipe en finale de la Coupe Stanley contre Montréal. Cette série, au meilleur des sept matchs, au cours de laquelle Chicago prend rapidement les devants 2 à 0, va jusqu’à la septième rencontre décisive. Alors qu’il ne reste qu’un peu plus de cinq minutes à jouer en deuxième période, le défenseur des Canadiens, Jacques Lemaire, décoche un tir du centre de la patinoire, qui dépasse le gardien de Chicago et va frapper le fond de ses filets.

Des années plus tard, Stan Mikita, qui jouait alors pour Chicago, déclarera : « Tony était connu pour son incapacité relative à distinguer la rondelle lorsqu’elle était trop loin. Au moment du tir, je me trouvais sur le banc des punitions de ce côté‑là de la patinoire, et il est bien possible que j’aie eu une meilleure vue du lancer que lui! » Tony Esposito est tenu responsable de ce but et de la défaite de son équipe sur la marque de 3 à 2 qui a suivi.

En 1971‑1972, Tony Esposito réplique avec sa saison la plus solide sur le plan statistique, qui lui vaut le trophée Vézina 1972, une récompense qu’il remportera une troisième fois en 1974. En 1973, la franchise de Chicago et son gardien se retrouvent encore opposés aux Canadiens de Montréal en finale de la Coupe Stanley, une série qu’ils perdent une nouvelle fois. Chicago atteint les séries éliminatoires lors de chacune des 15 saisons au cours desquelles le gardien natif de Sault Ste. Marie joue dans l’équipe. Toutefois, le titre de 1969, remporté avec Montréal, restera son seul titre en carrière.

Série du siècle et compétitions internationales

S’étant imposé comme l’un des meilleurs gardiens de but de la LNH, Tony Esposito est sélectionné pour représenter le Canada lors de la « série du siècle », un tournoi exhibition en huit matchs, organisé en septembre 1972, opposant le Canada et l’Union soviétique. Le gardien intègre une formation canadienne hautement respectée avec notamment dans ses rangs des joueurs comme Bobby Clarke, Paul Henderson, Frank Mahovlich et Phil Esposito qui terminera meilleur pointeur de la série. Tony Esposito débute le tournoi dans le rôle de remplaçant de Ken Dryden.

Les huit matchs entre les deux pays se disputent à Moscou et dans quatre villes canadiennes. Lors du premier d’entre eux, le 2 septembre 1972 à Montréal, l’Union soviétique l’emporte par 7 buts à 3, alors que Ken Dryden garde la cage du Canada. Deux jours plus tard, à Toronto, l’entraîneur d’Équipe Canada, Harry Sinden, lance Tony Esposito devant les filets. Lors de ce match, il bloque 20 lancers et assure à son équipe la victoire sur la marque de 4 à 1. Phil Esposito se souvient : « Lors de la première période, ils ont sorti l’artillerie lourde, tirant au but huit ou neuf fois, mais mon frère Tony a arrêté toutes leurs tentatives. Cette performance devant les filets nous a véritablement lancés et nous à donné une énergie extraordinaire! » Tony Esposito disputera quatre matchs de cette série, enregistrant une fiche de 2‑1‑1 pour le Canada.

En 1977, il débute devant les cages du Canada lors des Championnats du monde de hockey sur glace à Vienne, où il termine, avec neuf matchs, en tête du classement du plus grand nombre de parties disputées, à égalité avec son adversaire de la Série du siècle, Vladislav Tretiak. Tony Esposito fait sa dernière apparition en compétition internationale en 1981 lors de la Coupe Canada (Coupe du monde de hockey). Écarté de la sélection canadienne, il joue pour les États‑Unis à l’âge de 38 ans, après avoir officiellement obtenu la citoyenneté américaine quelques heures avant le début du camp d’entraînement.

Tournoi de hockey Canada - URSS (1972)


(avec la permission de Frank Lennon. Bibliothèque et Archives Canada, e010933345)


Retraite et records

Tony Esposito prend sa retraite après 18 matchs lors de la saison 1983‑1984. À 40 ans, il est alors le joueur le plus âgé de la ligue. Quatre ans plus tard, en 1988, il est intronisé au Temple de la renommée du hockey. Le 20 novembre 1988, les Blackhawks de Chicago retirent son numéro 35 lors d’une cérémonie au Chicago Stadium. À cette époque, il rejoint le groupe restreint des seuls autres joueurs des Blackhawks à avoir mérité cet honneur, qui comprend également Stan Mikita, Bobby Hull et le gardien de but Glenn Hall. Bobby Hull déclare : « Tony était la colonne vertébrale de notre équipe. Grâce à lui, nous avons remporté de nombreux matchs. Il n’avait jamais peur! »

Reconnu pour sa capacité de travail impressionnante, Tony Esposito termine premier du classement de la LNH au chapitre du nombre d’arrêts lors de cinq saisons. Avec 24 761 arrêts et 27 324 tirs en carrière, il occupe la 4e place au palmarès historique à ce chapitre. En 2018‑1919, il figure dans le classement de la LNH des dix meilleurs de tous les temps pour les victoires en carrière (423), les blanchissages (76) et le nombre de matchs (886).

Le style papillon

Tony Esposito a enrichi le poste de gardien de but avec un style unique. On lui attribue le mérite d’avoir été l’un des quelques joueurs pionniers de la technique « papillon », perfectionnée et popularisée, par la suite, par Patrick Roy.

Lorsqu’ils ont recours à ce style, les gardiens se laissent tomber sur les genoux, écartant leurs chevilles comme les ailes d’un papillon afin d’utiliser leur corps et leurs jambières de manière à couvrir au maximum l’espace inférieur du but. On considère que cette position a été utilisée, pour la première fois, par un autre ancien gardien de but des Black Hawks Glenn Hall. À cette époque où les gardiens de but ne portaient pas encore fréquemment des masques, cette position a soulevé certaines controverses, l’absence de protection rendant le style papillon relativement dangereux, compte tenu du risque de recevoir la rondelle en plein visage. Tony Esposito, qui a porté le même masque blanc distinctif tout au long de sa carrière, a inauguré une nouvelle ère pour les gardiens de but et a connu le succès grâce à cette approche unique.

Évoquant le style du gardien de Chicago, le chroniqueur sportif Jack Olsen faisait un jour observer dans Sports Illustrated : « Contrairement à d’autres gardiens dont le style se rapproche de celui d’une ballerine, comme Eddie Giacomin à New York ou Jacques Plante à Toronto, Tony n’hésite pas à se jeter sur la glace pour y déployer sa toile de bras, de jambières et de coudes! » Bobby Orr a, un jour, déclaré : « J’éprouvais les pires difficultés à marquer contre ce maudit gars‑là : dans toute ma carrière, je n’ai réussi à lui planter que deux buts! »

Tony Esposito

Tony Esposito en 2010.

(avec la permission de flickr)


Carrière postérieure à la retraite de joueur

Tony Esposito est nommé directeur général des Penguins de Pittsburgh avant la saison 1988‑1989.

Bien qu’il n’ait aucune expérience de la gestion d’équipe, il a été président de l’Association des joueurs de la LNH de 1981 à 1984, et demeure une figure respectée sur et en dehors de la glace. Lors de sa première saison à la barre du club, les Penguins se qualifient pour les séries; toutefois, l’année suivante, après un début de saison extrêmement mitigé, il est licencié de son poste le 5 décembre 1989.

Un an plus tard, Phil Esposito cofonde la franchise du Lightning de Tampa Bay et recrute son frère Tony au poste de dépisteur en chef. Cependant, Phil explique que le rôle de Tony dépasse largement les contours officiels du poste. Il se souvient : « J’ai appelé Tony et je lui ai dit que j’avais besoin de lui pour diriger toutes les activités liées au hockey. Bien entendu, il a accepté. Lorsque l’équipe a été constituée, fondamentalement, Tony gérait tous les aspects sportifs et, moi, je me contentais de tenter de vendre un maximum de billets! » Tony Esposito continue à travailler au sein de l’équipe jusqu’au 13 octobre 1998, finissant par devenir directeur des opérations hockey et directeur général adjoint.

Distinctions et héritage

En 2005, Tony Esposito est intronisé au Panthéon des sports canadiens, où est exposé le masque qu’il portait lors de la Série du siècle. Le 6 février 2008, les Black Hawks annoncent qu’il va revenir travailler pour la franchise au sein de laquelle il a passé 15 ans. Il est alors nommé « ambassadeur des Blackhawks ». Le 19 mars, l’équipe lui rend hommage en organisant une « soirée Tony Esposito » et une cérémonie pour marquer le coup. Il déclare, à cette occasion : « Dans mon cœur, j’ai toujours été et je serai toujours un Blackhawk! »

En 2015, Postes Canada émet un timbre commémoratif en son honneur. En 2017, il est sélectionné dans la liste des 100 meilleurs joueurs de l’histoire de la LNH dans le cadre des célébrations du 100e anniversaire de la ligue.

Prix

Trophée commémoratif Calder (1970)

Trophée Vézina (1970, 1972, 1974)

Membre, Temple de la renommée du hockey (1988)

Membre, Panthéon des sports canadiens (2005)