Irene Uchida

Irene Ayako Uchida, O.C., généticienne (née le 8 avril 1917 à Vancouver, en Colombie-Britannique; décédée le 30 juillet 2013 à Toronto, en Ontario). La DreUchida est une pionnière de la cytogénétique au Canada. Ses études permettent la détection précoce d’anomalies chromosomiques, c’est-à-dire les modifications apportées aux chromosomes en raison de mutations génétiques. Elle a découvert notamment que les femmes exposées à des rayons X pendant leur grossesse ont un risque élevé de donner naissance à un enfant atteint du syndrome de Down ou d’autres anomalies chromosomiques. Elle a constaté également que le chromosome supplémentaire qui cause le syndrome de Down peut provenir de n’importe quel parent, et non seulement de la mère.

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Portrait photographique d'Irene Uchida

La généticienne Irene Ayako Uchida contribue à l’avancement de l’étude des maladies héréditaires comme le syndrome de Down.

Jeunesse et éducation

Irene Uchida naît sous le nom d’Ayako Uchida. Ses parents, Sentaro et Shizuko Uchida, sont des Japonais immigrants de première génération. La famille vit alors dans un quartier ouvrier de Vancouver aujourd’hui connu sous le nom de Hastings-Sunrise. Jeune, l’enfant aime jouer du piano, de l’orgue et du violon et joue souvent de ces instruments pour son église, l’Église unie japonaise. Sa professeure de musique, affirmant ne pas être capable de prononcer son nom, commence à l’appeler Irene. L’enfant, qui apprécie ce nouveau prénom, en vient à l’adopter officiellement.

À la suite du décès de sa meilleure amie dans un accident de voiture et de celui de sa sœur Sachi en raison de la tuberculose, Irene Uchida se promet d’aider les gens tout au long de sa vie. 

Après l’école secondaire, elle s’inscrit à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) et poursuit des études anglaises. Pendant ce temps, elle travaille également pour faire progresser les droits des Canadiens d’origine japonaise, ce qui la pousse à se joindre à la Japanese Canadian Citizens League (ligue des citoyens canadiens d’origine japonaise) et à écrire pour le journal New Canadian de la communauté. Après deux ans d’études, la jeune femme met en pause ses études et entreprend un voyage au Japon.

Le saviez-vous?

La tante d’Irene Uchida, Chitose (Josi) Uchida, est la première Canadienne japonaise à s’inscrire à l’UBC et devient la première femme à y obtenir un diplôme en 1916.


Parcours en temps de guerre

En novembre 1941, pendant la Deuxième Guerre mondiale, Irene Uchida revient au pays à bord du dernier bateau en partance de Yokohama, au Japon. Peu de temps après son arrivée, le gouvernement fédéral envoie 22 000 Canadiens d’origine japonaise, dont elle et sa famille, dans des camps d’internement. La famille Uchida est d’abord envoyée à Christina Lake, dans la région de Kootenay de la Colombie-Britannique, mais en 1942, Irene Uchida et son père sont déplacés à Lemon Creek. La jeune femme y retrouve son amie de Vancouver, Hide Hyodo, qui la convainc d’ouvrir une école pour les enfants des camps. Elle devient alors directrice et enseignante au camp de Lemon Creek jusqu’en 1944. (Voir aussi Internement des Canadiens d’origine japonaise : prisonniers dans leur propre pays.)

Études supérieures

Après la guerre, Irene Uchida demeure au Canada malgré les attitudes racistes envers les Japonais et le fait que la majorité de sa famille est maintenant rentrée au Japon. Elle poursuit alors son éducation à l’Université de Toronto, où elle reçoit du financement et un logement de l’Église unie du Canada. Irene Uchida décroche un baccalauréat en littérature anglaise en 1946. Pendant cette période de sa vie, elle travaille également comme couturière pour payer ses études.

Bien qu’elle planifie d’abord faire une maîtrise en travail social après son baccalauréat, la jeune femme change d’avis lorsque la Dre Norma Ford Walker l’encourage à poursuivre plutôt des études en génétique après lui avoir donné un cours d’introduction en la matière. Elle en vient finalement à décrocher un doctorat en zoologie en 1951.

Réalisations professionnelles

De 1951 à 1959, en tant qu’adjointe de recherche à l’Hospital for Sick Children, un hôpital pour enfants de Toronto, Irene Uchida met sur pied le plus grand registre (base de données) de jumeaux de l’Amérique du Nord. Elle l’utilise ensuite pour étudier les troubles génétiques chez les jumeaux atteints de maladies cardiovasculaires.

Appuyée par le Dr Bruce Chown, un pédiatre de renom, Irene Uchida travaille pour atteindre son objectif à long terme de créer un laboratoire de génétique à Winnipeg, au Manitoba. En 1959, avec l’aide du médecin, elle obtient une bourse d’un an de la Fondation Rockefeller pour étudier à l’Université du Wisconsin. Au départ, les États-Unis lui refusent l’entrée au pays : les douaniers la considèrent comme une Japonaise malgré sa naissance au Canada et le nombre annuel maximal de Japonais pouvant entrer au pays est déjà atteint. Elle réussit toutefois à obtenir un droit de passage spécial grâce au président de l’université. Son travail au Wisconsin s’oriente surtout sur les chromosomes des mouches à fruit.

En 1960, l’hôpital pour enfants de Winnipeg place Irene Uchida à la tête du service de génétique médicale. Elle y met au point un test pour dépister la trisomie-18 (syndrome d’Edwards) et fonde par le fait même le premier programme de cytogénétique du Canada.

Une carrière en science est gratifiante, mais difficile. Les jeunes qui s’y aventurent doivent rester ouverts d’esprit pour tenter d’aider les gens de toutes les manières possibles.

— Irene Uchida


En 1969, Irene Uchida passe un an à l’étranger et devient chercheuse invitée à l’université de Londres et dans un laboratoire d’énergie atomique d’Harwell, au Royaume-Uni. Elle y apprend des techniques pour étudier les effets de la radiation sur les ovules et le sperme de souris. Une fois de retour au Canada, elle intègre l’Université McMaster, à Hamilton, en Ontario, où elle fonde un laboratoire de cytogénétique. La chercheuse devient également professeure au département de pédiatrie et de pathologie jusqu’en 1991. Ensuite, de 1991 à 1995, elle dirige le laboratoire de cytogénétique de l’hôpital général d’Oshawa.

Au cours de sa carrière, Irene Uchida publie près de 100 articles médicaux.

Des chromosomes sont observés à l’aide de la microscopie par fluorescence
Exemple de la technologie de microscopie par fluorescence utilisée par la Dre Uchida pour étudier les anomalies chromosomiques pendant son passage à l’Université McMaster.

Découvertes clés

En 1960, Irene Uchida conçoit le premier test sanguin diagnostique du Canada servant à établir un caryotype des chromosomes des nouveau-nés. Deux ans après, elle publie des études de cas détaillées sur la trisomie-18 (syndrome d’Edwards) chez les humains. Des cliniciens en viennent plus tard à utiliser sa méthode pour détecter les anomalies chromosomiques chez les fœtus en testant le liquide amniotique qui les entoure dans le ventre de leur mère.

Irene Uchida étudie également la relation entre la grossesse, les rayons X et les anomalies chromosomiques. Grâce à des entrevues d’enquête avec des parents, elle réussit à documenter la forte prévalence du syndrome de Down chez les personnes exposées à des rayons X avant la naissance.

Plus tard, la chercheuse réussit à démontrer que la trisomie à l’origine du syndrome de Down peut provenir de chacun des parents. En effet, avant ses recherches, il était convenu que seule la mère pouvait le transmettre à son enfant. (Voir aussi Maladies héréditaires.)

Irene Uchida est également l’une des premières personnes à utiliser le marquage chromosomique fluorescent pour étudier les anomalies dans les gènes du développement.

Décès et héritage

Irene Ayako Uchida s’éteint le 30 juillet 2013 après une longue lutte contre la maladie d’Alzheimer.

Au nombre des premiers membres du Collège canadien de généticiens médicaux, la chercheuse contribue à la formation de nombreux généticiens médicaux et de laboratoire canadiens. Elle laisse également derrière elle des réalisations en pédiatrie. Tous les deux ans depuis 1997, l’Université du Manitoba présente la Conférence Irene Uchida dans le cadre des Pediatric Grand Rounds de l’université, soit des conférences scientifiques hebdomadaires destinées aux pédiatres.

Ingenium (qui regroupe les musées des sciences et de l’innovation du Canada) intègre Irene Uchida à son exposition itinérante intitulée Volonté de fer : les femmes en STIM. L’exposition entame une tournée de trois ans en 2019. Ingenium décrit la chercheuse comme étant la première Canadienne et la première femme à étudier les effets de la radiation sur les bébés avant leur naissance.

Affiche sur le travail d'Irene Ayako Uchida
Au Canada, la DreUchida est une pionnière de la cytogénétique, branche de la génétique qui étudie les chromosomes. Dans les années 1960, elle a alerté les scientifiques sur un lien possible entre les radiations et les anomalies chromosomiques.

Prix et distinctions

  • Femme de l’année, Women’s Advertising and Sales Club, Winnipeg (1963)
  • Femme du siècle, Conseil national des femmes juives, Manitoba (1967)
  • Présidente, American Society of Human Genetics (1968)
  • Prix d’excellence, Altrusa Club, Winnipeg (1969)
  • Nommée parmi 25 femmes remarquables, Année internationale de la femme, Ontario (1975)
  • Nommée parmi 1 000 femmes canadiennes remarquables de 1867 à 1967, Club Média du Canada et Women’s Press Club of Toronto (1983)
  • Nomination comme officier de l’Ordre du Canada (1993)
  • Prix du fondateur, Collège canadien de généticiens médicaux (1995)
  • Doctorat honorifique en sciences, Université Western Ontario (1996)
  • Doctorat honorifique en sciences, Université McMaster (2000)

Mots clés : Irene Uchida

Anomalie chromosomique

Modification apportée au nombre ou à la structure des chromosomes en raison de mutations. Les anomalies chromosomiques peuvent causer des problèmes médicaux comme le syndrome de Down.

Chromosome

Structure microscopique qui porte les gènes.

Cytogénétique

Étude des chromosomes d’une cellule à l’aide d’un microscope optique.

Marquage chromosomique fluorescent

Utilisation de méthodes de coloration fluorescente pour observer les bandes claires et foncées des chromosomes condensés à l’aide d’un microscope à fluorescence pendant le caryotypage.

Caryotypage

Analyse, à l’aide d’un microscope optique, du nombre, de la taille et de l’apparence des chromosomes.

Trisomie

Pathologie dans laquelle les chromosomes sont au nombre de trois (plutôt que deux). On parle notamment de trisomie-18 (syndrome d’Edwards), de trisomie-13 (syndrome de Patau) et de trisomie-21 (syndrome de Down).

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