John J. McLaughlin

John James McLaughlin (alias Jack), industriel du secteur des boissons, pharmacien (né le 2 mars 1865, près d’Enniskillen, en Ontario; décédé le 28 janvier 1914, à Toronto, en Ontario). John J. McLaughlin a créé et déposé la marque Canada Dry Ginger Ale au cours de la première décennie du 20e siècle. (Voir aussi Industrie des boissons gazeuses.)

John James McLaughlin (alias Jack), industriel du secteur des boissons, pharmacien (né le 2 mars 1865, près d’Enniskillen, en Ontario; décédé le 28 janvier 1914, à Toronto, en Ontario). John J. McLaughlin a créé et déposé la marque Canada Dry Ginger Ale au cours de la première décennie du 20e siècle. (Voir aussi Industrie des boissons gazeuses.)
Debouts (de gauche à droite) : J. J. McLaughlin, R. Sam McLaughlin. Assis (de gauche à droite) : Robert McLaughlin, George W. McLaughlin, date inconnue.

Jeunesse

John J. McLaughlin est l’aîné de cinq enfants. Son père, Robert McLaughlin, fabriquait des outils de travail du bois, notamment des manches de hache, avant d’installer un atelier de fabrication de voitures hippomobiles à Enniskillen en Ontario, en 1869. (Voir aussi Outils de menuiserie.) Comme l’entreprise prospère, il déménage son activité à Oshawa, où la famille s’installe également en 1878. Selon la biographe de la famille McLaughlin, Heather Robertson : « Jack était un élève brillant et son intelligence n’avait d’égale que ses qualités de cœur, sa prestance physique et son sens de l’humour. »

Entrée dans le secteur des boissons gazeuses

John J. McLaughlin avait initialement l’intention de devenir médecin, mais il entreprend plutôt des études pour devenir pharmacien, à l’Ontario College of Pharmacy, à Toronto (voir Pharmacie). Après l’obtention de son diplôme avec haute distinction, en 1885, il s’installe à Brooklyn, à New York, pour poursuivre ses études supérieures en troisième cycle. Après cinq ans à New York, il épouse Maude Christie, en 1890.

Alors qu’il travaille dans une pharmacie à Brooklyn, John J. McLaughlin acquiert un intérêt pour les eaux minérales et gazeuses qu’il sert à la clientèle. On croit, à l’époque, que les boissons gazeuses sont bénéfiques pour la santé. En outre, leur mélange avec des sirops aromatisés augmente leur popularité en tant que boissons à consommer, pour un moment de détente, aux fontaines distributrices de boissons gazeuses installées dans les pharmacies et sous forme de bouteilles, à la maison. Les années 1880 voient la naissance de marques américaines de boissons gazeuses aromatisées, comme Dr Pepper (1885) et Coca‑Cola (1886), qui remportent un grand succès auprès des consommateurs. (Voir aussi Industrie des boissons gazeuses.) Les fontaines distributrices de boissons gazeuses non alcoolisées offrent également une solution de rechange aux bars et aux saloons traditionnels qui servent de lieux de socialisation, en particulier pour les jeunes femmes. Dans ce cadre, le succès des boissons gazeuses augmente parallèlement à la montée en puissance du mouvement de tempérance.

L’intérêt de John J. McLaughlin pour les eaux minérales et gazeuses pourrait également avoir été suscité par son propre état de santé : étant atteint de la tuberculose, il souffre d’une toux chronique. Les bienfaits pour la santé des eaux minérales et gazeuses sont souvent vantés dans la publicité. Boire des versions aromatisées de ces eaux s’avère également bien plus agréable, comme remède, que la consommation d’huile de foie de morue.

La mauvaise santé de John J. McLaughlin fait croire à son père que l’avenir de son fils réside dans l’entreprise familiale de construction de voitures hippomobiles. Alors que Jack est encore à Brooklyn, son père rédige un contrat faisant de lui un associé junior de la McLaughlin Carriage Company. Cependant, ce dernier décline l’offre. Ses frères cadets, George et Robert Samuel, intègrent, eux, l’entreprise familiale, dont ils deviennent associés, en 1892. Ils assistent à sa transformation en constructeur automobile qui débouche sur une vente à General Motors, en 1918. (Voir aussi : General Motors du Canada Limitée; Industrie automobile.)

Après une visite en Europe pour y étudier l’industrie locale des boissons, John J. McLaughlin crée J. J. McLaughlin Limited Manufacturing Chemists, à Toronto, en 1890 (voir aussi Industries des aliments et des boissons). La nouvelle entreprise fabrique et vend, aux pharmacies de l’Ontario et de l’ouest du Canada, des produits et des équipements pour les fontaines distributrices de boissons gazeuses, notamment plusieurs gammes d’eaux distillées et de jus de fruits. La Compagnie de la Baie d’Hudson et la société Robert Simpson (voir Simpsons Limited) font partie de ses plus gros clients. Au milieu des années 1890, après avoir exploité plusieurs emplacements au centre‑ville de Toronto, John J. McLaughlin établit une installation de production permanente qu’il agrandit à plusieurs reprises, sur la rue Sherbourne, au nord de la rue Queen.

Les eaux de l’entreprise, principalement commercialisées sous la marque Hygeia Waters, font l’objet de campagnes publicitaires mettant l’accent sur leur salubrité, leur pureté chimique et leur adaptation à un usage médical. Une publicité, dans l’édition d’août 1892 de l’Ontario Medical Journal, prétend ainsi que l’utilisation par l’entreprise de bicarbonate de soude pur est « incommensurablement supérieure à l’utilisation répandue de poussière de marbre et de blanc d’Espagne avec leurs impuretés terrestres. » D’autres publicités suggèrent que la marque Hygeia Waters de l’entreprise McLaughlin est en mesure de traiter des affections comme la goutte et les douleurs rhumatismales. (Voir aussi Arthrite.) John J. McLaughlin joue également des préoccupations du public concernant la qualité des réseaux municipaux de distribution d’eau, produisant, en 1906, des publicités déclarant que « l’eau de la ville est très souvent mauvaise » et « impropre à la consommation ». (Voir aussi Pollution de l’eau.)

Boissons gazeuses au gingembre

Logo du Canada Dry Ginger Ale, aux alentours du 15 novembre 2020.

John J. McLaughlin passe plus d’une décennie à expérimenter des formules de boissons gazeuses au gingembre. The Globe écrit au sujet de l’un de ses premiers produits de ce type, le Hygeia ginger ale, qu’il s’agit « d’une boisson fort appréciée des connaisseurs, qui estiment qu’il s’agit d’une véritable boisson gazeuse au gingembre et pas d’un “liniment” pour la gorge! » La boisson qui remporte le plus de succès à l’époque, que l’entreprise commercialise sous le nom de McLaughlin’s Belfast Style Ginger Ale, sirupeuse et de couleur sombre, est souvent servie chaude.

On rapporte fréquemment qu’à la suite d’un voyage en Europe, John J. McLaughlin souhaite mettre au point une formule de boissons gazeuses au gingembre dotée d’une effervescence et d’une légèreté qui la ferait ressembler à du champagne. Le résultat, introduit en 1904, est une boisson plus légère et moins sucrée, initialement commercialisée sous le nom de McLaughlin’s « Canada Dry » Pale Ginger Ale. Dans les semaines suivant l’incorporation de l’entreprise sous le nom de J. J. McLaughlin Limited, en octobre 1905, le Canada Dry Pale Ginger Ale fait l’objet du dépôt d’une marque de commerce. On met, à l’actif de Maude McLaughlin, l’invention du slogan publicitaire de Canada Dry qui perdurera longtemps, « The Champagne of Ginger Ales » (le champagne des boissons gazeuses au gingembre), conférant à la nouvelle boisson une image de grande classe. Dans sa nouvelle version, la bouteille porte un logo représentant une carte du Canada couronnée par un castor. La forte demande conduit à l’ouverture de succursales à Edmonton et à Winnipeg.

Le Canada Dry est exposé lors de l’Exposition nationale canadienne de cette année‑là. Le Toronto Daily Star écrit, en 1907 : « On doit aux compétences et à la persévérance de M. J. J. McLaughlin la mise au point d’une boisson que les Canadiens assoiffés attendaient depuis longtemps. Il s’agit d’une boisson gazeuse à la saveur à la fois douce et piquante, des plus agréables, son effet stimulant sur les organes digestifs en faisant une boisson particulièrement appréciée. »

Décès

La tuberculose de John J. McLaughlin pousse la famille à établir une résidence d’été au lac Rosseau, en Ontario, dans la région de Muskoka. On estime, en effet, que l’air pur du lieu sera bénéfique pour le malade. Alors que son état de santé décline, Jack passe également du temps dans le sud‑ouest américain et le sud de l’Europe. Il décède d’une attaque cardiaque, à son domicile, dans le quartier de Rosedale à Toronto, le 28 janvier 1914, et est inhumé au cimetière St. James.

Postérité

Au moment de son décès, les enfants de John J. McLaughlin, Donald, Marjorie et Roland, sont encore mineurs et ce sont ses frères, George et Sam, qui sont nommés exécuteurs testamentaires des activités Canada Dry. Ils créent la filiale américaine de l’entreprise, avec une usine d’embouteillage à New York, en 1922, en partie pour contourner une augmentation des droits de douane sur les boissons gazeuses au gingembre importées aux États‑Unis. Canada Dry est vendue à P. D. Saylor and Associates, en décembre 1923, pour 1 million de dollars. Fusionnée, en 1968, avec la société Norton Simon Inc., nouvellement constituée, l’entreprise est cédée à la Dr Pepper Company, en 1982. Après une série d’accords d’entreprise et de repositionnements de la marque ultérieurs, elle fait désormais partie de Keurig Dr Pepper.